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Varenguebec - L’abbaye de Blanchelande


L'abbaye de Blanchelande

 [1]

L’emplacement choisi pour la fondation de l’abbaye de Blanchelande prouve encore une fois combien est peu fondé ce préjugé populaire, suivant lequel on dit que les moines s’emparèrent toujours des meilleures terres ; c’est en effet une grande erreur. Pendant les XIe et XIIe siècles, les moines s’établirent de préférence dans les vallées et près des rivières, ou au moins près d’un ruisseau ; mais, à cette époque éloignée, les vallées, par cela même qu’elles étaient naturellement fertiles, étaient couvertes de broussailles, de mauvaises herbes, et, dans beaucoup d’endroits, de vastes marécages que souvent on ne pouvait franchir. Les religieux, pendant de longues années, défrichèrent ces terrains, et, par suite des travaux considérables auxquels ils se livrèrent, les terres qu’ils possédaient sont restées meilleures et plus fertiles que les autres.

Ce fut aussi sur le bord d’un ruisseau nommé le Néaudouil ou Néaudoit, ad ripam rivi de Neaudouil, dans un lieu désert, d’accès difficile, hérissé de ronces et d’épines, nommé Blanchelande, in loco deserto, aspero et spinoso, dicto Blancalanda, que s’éleva le monastère de Blanchelande, entre Lessay et Saint-Sauveur-le-Vicomte, à six lieues de Coutances [2] : Exaquium inter et S. Salvalorem, sex a Constantia leucis. La vallée où il fut placé est spacieuse et est encore aujourd’hui entourée de bois, du moins en partie.

Il ne reste plus de l’abbaye de Blanchelande que la maison ou manse abbatiale, et quelques parties des bâtiments dépendant de la maison des religieux. Ces constructions sont modernes, et datent de la première moitié du XVIIIe siècle.

On trouve, à l’entrée de la cour, un double portique dont les arcades sont à ogives étroites et élevées. Ce portail est divisé par un mur percé de deux portes, l’une petite, pour les piétons, et l’autre grande, pour les voitures et les chevaux. Les voûtes du portique reposent sur des colonnes à tailloir rond, qui se termine par un petit crochet. La grande porte s’appelait la Porte Saint-Nicolas : on la nommait aussi la Porte d’Hommage, parce que c’était sous le premier portique donnant sur la cour de l’abbaye, que se plaçait et se tenait l’abbé, quand ses vassaux, qui restaient sous l’autre portique, en-dehors, vers le chemin, venaient lui rendre foi et hommage.

L’église qui datait du XIIe siècle, sauf les retouches ou réparations qu’elle avait subies, a disparu entièrement. Elle n’avait pas de nefs latérales ; mais il existait un transept ou nef transversale, entre chœur et nef, sur lequel vers le nord s’élevait un clocher que couronnait une flèche en charpente.

L’autel principal de cette église orne aujourd’hui celle de Couville. L’administration, malgré les nombreuses réclamations que lui ont adressées les amis des arts et des monuments historiques, n’a daigné rien faire pour la conservation de cette église, si intéressante par tout ce qu’elle renfermait de précieux pour l’histoire de l’art et des costumes, depuis le XIIe siècle jusqu’à l’époque de la renaissance. Il n’y a peut-être pas d’endroit en France, où de belles et intéressantes ruines aient été profanées et souillées comme à Blanchelande. Toutes ces ruines ont même disparu, alors qu’il aurait été si facile de détourner la pioche du démolisseur et d’arrêter la main du vandalisme qui a achevé leur entière destruction.

On voyait dans cette église le tombeau de Richard, baron de la Haye-du-Puits, et celui de Mathilde de Vernon, sa femme, l’un et l’autre fondateurs de l’abbaye. Leurs statues, couchées sur ces tombeaux, avaient le costume de la fin du XIIe siècle ; et leurs épitaphes, gravées aussi en caractères de l’époque, méritaient de fixer l’attention des amateurs de la paléographie du moyen-âge. Peut être ces précieux tombeaux , après que les cendres qu’ils renfermaient ont été jetées au vent, auront-ils été employés à faire le pavé d’une écurie ou servent-ils à abreuver les bestiaux !

L’abbaye de Blanchelande, de l’ordre de Prémontré, eut pour fondateurs Richard de la Haye, sénéchal de Henri Ier, duc de Normandie, roi d’Angleterre, et sa femme, Mathilde de Vernon. Elle fut fondée dans le mois d’août de l’an 1155. Nous lisons dans la charte de fondation de ce monastère, donnée par les fondateurs, ce qui suit :

" Richard de la Haye et Mathilde sa femme, à tous leurs hommes et amis de Normandie et d’Angleterre, salut et dilection. Faisons savoir à votre dilection et à la charité de tous, présents et futurs, que, sur notre propre héritage, au lieu appelé Blanchelande, nous avons fondé un monastère en l’honneur de Dieu, de notre seigneur J. C., de sa bienheureuse mère, et du très saint confesseur Nicolas, et que nous y avons établi, afin d’y servir Dieu, un couvent de chanoines de l’ordre de Prémontré ; pour la nourriture et l’entretien desquels nous avons, de nos faibles moyens, donné en perpétuelle aumône, pour le salut de nos âmes, des vôtres, et de celles de tous nos ancêtres, et avons consacré à Dieu, par la main du seigneur Richard, évêque de Coutances, les biens désignés plus bas, du consentement de Guillaume de Vernon, de Richard, son fils, et de Radulphe de la Haye, notre neveu, qui, de leurs propres mains, les ont offerts avec nous sur l’autel dudit monastère ; c’est à savoir : le lieu même sur lequel est fondé le monastère, avec les terres qui l’environnent, de Belval au mont Estenclin, ainsi qu’il est séparé de notre forêt par les bornes apposées." Suit le détail des biens donnés. On y remarque, sous la baronnie de la Haye-du-Puits, la terre Cernart avec 40 sous sur le marché ; la maison de Hugues de Néhou, son jardin et son verger ; deux acres de terre près Malconvenans, et le moulin à tan près le parc à Anfremesnil ; dans la mer, une pêcherie et la saline Osbert ; la terre de Richier de Fenouilleret ; toute celle que tenait Raoul Chenavant pour un quartier d’avoine, à Bolleville, à la mesure de Robert Tillemand ; à Cautecote, la terre Vase ; l’église de Saint-Symphorien avec ses appartenances, dans lesquelles est compris le moulin de Caudecote et la dîme du poisson de son écluse ; dans l’église de Montgardon tout ce qui appartient au fief de la Haye ; sous la baronnie de Varenguebec, la terre Gobe ; aux Essarts, deux masures ; dans toutes les forêts des fondateurs, le bois nécessaire pour la construction et l’entretien des bâtiments des religieux, pour leur chauffe et les besoins de leur maison ; le panage franc des porcs de l’abbaye et de ceux de ses hommes, avec les peaux des cerfs et des biches ; à Cheteville, Chetevilla, [3] la terre de Hugues le Taureau avec le poisson de l’écluse ; l’assise d’un filet dans la roue du moulin pour prendre des anguilles, une pêcherie au-dessous, et une masure pour loger le pêcheur ; à Beuzeville, la terre Parnier ; à Poupeville et à Varreville, la dîme des granges, celle du gerbage, même du foin, du champart, [4] du gros poisson, et de la foire de la campagne, à l’exception du moulin du Vey ; les églises de Cretteville et de Beuzeville ; [5] en Angleterre, le manoir de Cambridgeham avec ses dépendances, l’église exceptée.

La charte se termine ainsi :" Tout ce qui est écrit ci-dessus, nous l’avons donné à notre monastère de Saint-Nicolas de Blanchelande, en présence et avec l’approbation du clergé et du peuple, sans en rien retenir, et avec l’exemption de tous droits et de toutes coutumes à nous appartenant, et nous l’avons offert sur l’autel et consacré au seigneur par les mains de l’évêque............ Témoins Richard, évêque de Coutances ; Vaultier, abbé de Montebourg ; Raoul, prieur de Lessay, Philippe, archidiacre de Coutances ; Engelger de Bohon, Robert de Saint-Germain, Richard Avenel, et beaucoup d’autres, l’an de l’incarnation de Notre-Seigneur 1154, à Blanchelande. " [6]

Richard, évêque de Coutances, confirma la fondation de Blanchelande et les donations faites à cette abbaye, et entre autres celle de l’église de Saint-Georges en Bauptois, par Richard Avenel qui remit entre nos mains, dit l’évêque dans sa charte, le droit et le domaine que lui et ses ancêtres avaient usurpés dans cette église, suivant la mauvaise habitude du pays, et déposa sur l’autel son offrande, du consentement de Guillaume de Vernon, seigneur suzerain du fief, de Richard, son fils, de Guillaume Avenel, frère de Richard, donateur, et de son fils Richard, qui le déclarèrent à haute voix devant tout le monde. [7] L’évêque confirma encore à l’abbaye des donations que lui firent Guillaume de Vernon, Guillaume de Saint-Jean, Raoul de la Haye, Honfroy de Bohon, Eugegger de Bohon, et Hugues Wast.

Henri II, roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, approuva pareillement la fondation de l’abbaye de Blanchelande par une charte qu’il adressa aux archevêques et évêques, abbés, comtes et vicomtes, barons, et à tous ses justiciers. Sa charte qui fut donnée à Bures, apud Burum, eut pour témoins Henri, évêque de Bayeux ; Froger, évêque de Séez ; Renaud, archidiacre de Salisbury ; Richard de Canville, et Hugues de Creissy.

Les fondateurs de Blanchelande firent venir d’un prieuré voisin, nommé Brocquebœuf, et fondé récemment, Ranulphe et les religieux avec lesquels il vivait, pour leur remettre cette abbaye. Alors, il n’y avait encore à Blanchelande qu’une simple chapelle en bois et quelques bâtiments. Quand les religieux de Brocquebœuf arrivèrent, Richard de la Haye s’y trouva avec tous les barons, ses amis, les seigneurs et les nobles du pays, et un nombreux clergé. Richard, évêque de Coutances, se présenta à la porte de la chapelle ; et prenant chaque frère par la main, il l’introduisit, et consacra ensuite l’autel. Cette consécration eut lieu au mois d’octobre de l’an 1155.

I. Pendant les fêtes de Noël de la même année, les religieux, guidés par les conseils de Ranulphe qui refusa cet honneur, se choisirent un abbé. On ignore le nom de ce premier abbé de Blanchelande ; on sait seulement que, quatre ans après son élévation, il se retira de son plein gré, engageant ses religieux à choisir Ranulphe même pour abbé.

II. Ranulphe de Roncey (de Roncheio), prieur de Brocquebœuf, fut, malgré son refus, élu abbé de Blanchelande. Le 28 juin 1160, la veille de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul, il fit consacrer un cimetière au-delà du ruisseau de Néaudouil. L’année suivante, le 28 avril, il jeta les fondements d’une église, bâtie à pierre et à ciment : cœmento et lapide ecclesiam construxit.

Pendant qu’il gouvernait l’abbaye, Richard de Bohon, évêque de Coutances, à la prière de Henri du Neubourg et de Raoul de la Haye, donna l’église de Ravenoville à l’abbé et aux religieux de Blanchelande. [8] Deux ans après, en 1166, le même évêque confirma à cette abbaye la portion de l’église de Bloville, qui lui avait été donnée par Guillaume d’Angerville et par Bazire, sa femme.

Benoit d’Angerville et Emma, sa femme, donnèrent d’un commun accord à l’abbé de Blanchelande la chanterie cantoria de l’église de Bloville, avec ses appartenances, afin que cette abbaye qui possédait, par la donation de Guillaume d’Angerville, deux gerbes de l’église de Bloville, possédât toute cette église.

Richard, évêque de Coutances, Rotrou, archevêque de Rouen, et Henri II, roi d’Angleterre, confirmèrent les donations de l’an 1166. [9]

Le même évêque, après que l’abbé de Lessay eut résigné le droit qu’il avait sur l’église de Saint-Symphorien, le donna aux religieux de Blanchelande, ainsi que la dîme du moulin de Caudecote, du consentement de Richard de la Haye, dans le fief duquel l’église était située. L’évêque fit cette donation entre les mains de Ranulphe, abbé de Blanchelande, dans l’abbaye de Lessay, en présence de Pierre, abbé de ce monastère, et de ses religieux ; d’Herbert, abbé de Grestain ; de Robert de Milly, Guillaume d’Orval, Richard de la Haye, Robert de Prétot, Richard Avenel, Richard de Glatigny, Renaud du Mesnil, et de plusieurs autres. [10]

Ranulphe mourut le 26 juillet 1167, après avoir, pendant sept ans, donné tous ses soins à la construction de l’église de l’abbaye.

III. Pierre Ier, surnommé le Poète (poeta dictus), fut, d’un commun accord, élu troisième abbé par ses frères, le 2 novembre 1167 : il entreprit avec courage l’œuvre qui lui était confiée ; et la troisième année de son élévation, la veille de la Saint-Pierre en l’an 1170, ses religieux, au nombre de 30, quittèrent leur chétive demeure, et l’évêque, Richard de Bohon, les introduisit dans celle que l’abbé venait de leur construire avec tant de peine, et à la sueur de son front. Quand les religieux furent entrés dans l’église, l’évêque consacra trois autels, l’un au midi, en l’honneur de saint Pierre et de tous les apôtres dont il est le prince ; le second, du même côté, en l’honneur de saint Martin et de tous les pontifes ; et le troisième, vers le nord, en l’honneur de saint Blaise et de tous les martyrs. Long-temps après, Guillaume de Tournebut, évêque de Coutances, bénit les nouveaux édifices, et fit la dédicace de l’église de l’abbaye, la 24e année depuis sa fondation, le 14 janvier 1185.

Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, à la prière de Jean, comte de Mortain, accorda aux religieux de Blanchelande la permission d’avoir, sur une place que leur avait donnée Robert de Sainte-Marie, près le fief du Bush, dans la paroisse de Picauville, une foire annuelle, à la Décollation de saint Jean-Baptiste, et un marché le vendredi de chaque semaine, avec les franchises et les coutumes, excepté le meurtre et le viol, excepta murdro et rapto. Le roi, par la même charte, leur confirma la possession du fief de Busch, et les donations que Richard de Vernon, son chevalier, leur avait faites tant en Angleterre qu’en Normandie. Furent témoins de cet acte Jourdain Taisson, Guillaume d’Orval, Robert du Neufbourg, Engelger de Bohon, Renaud de Saint-Valéry, la 29e année du règne de Henri II.

Pierre Ier figure, en l’année 1186, dans des chartes pour le Mont-Saint-Michel.

Luc de Runeville, en 1188, donna aux religieux de Blanchelande le patronage de l’église de Runeville, aujourd’hui Régneville, près d’Orglandes, avec tous les droits qu’il avait sur cette église. Guillaume de Tournebut, évêque de Coutances, en présence et par les mains duquel Luc fit cette donation, la confirma la même année, à Coutances. Ce même évêque confirma aussi à Blanchelande le patronage alternatif des paroisses Notre-Dame et Saint-Pierre-d’Allonne, que lui avait donné et aumône Robert de Sortoville, chevalier.

Un débat s’étant élevé entre l’abbaye de Lessay et celle de Blanchelande pour le patronage de l’église de Saint-Martin de Cambridgeham, l’évêque de Coutances, établi juge, l’adjugea à Blanchelande, en 1194. [11]

Gauthier de Sainte-Marie plaida contre les religieux de Blanchelande pour le droit de patronage de la moitié de l’église de Notre-Dame-d’Allonne, et les religieux furent forcés de lui abandonner la moitié des dîmes de cette portion.

Gauthier, plusieurs années après, reconnut qu’il avait, pour ainsi dire, extorqué non seulement cette portion de dîmes, mais encore l’autelage et des terres d’aumône que Robert de Sortoville, chevalier, avait données à l’abbaye : il rendit alors aux religieux ce qu’il pensait leur avoir extorqué. Luce, sa femme, et Robert, son fils aîné, furent présents à cet acte de restitution qu’ils approuvèrent, et qui fut déposé sur l’autel Saint-Nicolas. [12]

Des chartes de l’année 1192 confirmèrent à Blanchelande la donation de la baronnie de Pont-l’Abbé, le patronage de l’église de Saint-Germain-le-Gaillard, ecclesiam sancti Germani le Gaillard, qu’en 1179 lui avait donné Geffroy de Mauvoisin, ainsi que des églises et des terres qui lui avaient été aumônées par Guillaume de Vernon. [13]

Robert de Malveisin ou Mauvoisin, pour son salut et celui de sa femme, donna aux religieux de Blanchelande, du consentement de Robert Letablier, son suzerain, des terres, et entre autres, " la vavassorie de Monakeville et le mesnage que ledit Malvesin avoit fait sur ladite terre, à condition que les religieux de Blanchelande rendront à Robert Letablier et à ses héritiers deux sous angevins de rente à la saint Paul pour tout service, ainsi que ledit Malvesin avoit coutume de les rendre. Il fit cette donation à condition encore que l’abbaye aura une chapelle dans ledit mesnage, et y placera un chanoine à perpétuité pour la desservir, et un prestre séculier au lieu de chanoines, si la rigueur de l’ordre ne permettoit pas au régulier d’y résider ". Il donna cette terre avec le ménage par les mains de Vivien, évêque de Contances, qui confirma cette donation, en présence de Guillaume Lecheminant, d’Etienne Lepoitevin, de Serlon, Pierre Dufour, Geoffroy de Prestreville, Robert Letablier et Robert de la Lande.

Notre abbé obtint de l’évêque de Coutances une charte qui confirma à son abbaye la donation de l’église de Selsouef par Raoul de Lestre, fils d’Odon [14], et celle de saint Laurent de Jersey, in insula, avec la troisième gerbe, que Jean, comte de Mortain, lui avait donnée en pure et perpétuelle aumône, sous la condition qu’on ferait, à Blanchelande, mémoire de lui pendant sa vie, et qu’après sa mort on lui célébrerait un perpétuel et solennel anniversaire : Ita quod in predicta abbatia quandiu vixero memoria mei habeatur et post decessum meum solemne et perpetuum anniversarium pro me celebretur. Pour beaucoup de ceux qui dotaient un monastère de leurs biens, le motif de la donation était un annuel ou un obit célébré dans l’église des religieux.

Pierre Ier obtint de l’évêque Vivien plusieurs portions de dîme en la paroisse du Rosel, qu’Eustache, évêque de Coutances, confirma à l’abbaye, en l’année 1283.

Guillaume de Rollos , pour le salut de son âme et de celle de sa femme Isabelle, donna à l’abbaye de Blanchelande le patronage de l’église de Saint-Denis-le-Vêtu avec tout ce qui, dans cette église, lui appartenait ou avait appartenu à ses ancêtres. On remarque au nombre des témoins Richard du Hommet, de Humetis, Guillaume de Questreville, de Ketelvilla, Bertrand, serviteur de dame Mathilde, serviente dominœ Mathildis. [15] Cette donation fut faite par la main de l’évêque, per manum episcopi, qui la confirma. [16]

Le houdus de Flamanville, chevalier, fut aussi un des bienfaiteurs de l’abbaye de Blanchelande. Il lui donna, en 1213, dans le mois de mai, le jour de l’Ascension , cinq quartiers de froment de rente sur son moulin de Canteraine, à Flamanville. Deux de ces quartiers sont donnés pour le luminaire et les messes de la Vierge célébrées le dimanche, et trois pour entretenir une lampe dans les chambres du dortoir particulier, in cameris privati dormitorii.

Pierre, en 1205, termina un différend entre Odon, abbé de Sainte-Marie-du-Vœu, près Cherbourg, et l’abbé de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Il fut encore choisi, en 1206, avec l’évêque de Coutances, pour arbitre entre les moines du Valricher et l’abbé de Fécamp. On le voit sister aussi à la donation d’une tierce gerbe de la dîme de Gonfreville que fit, en 1211, à l’abbaye de Blanchelande, Raoul de Gonfreville, sous la condition d’être participant aux prières des religieux : le donateur en mit l’acte entre les mains de l’évêque Hugues de Morville qui l’accepta et la confirma. [17] Que de fois, à cette époque d’une foi fervente, on remarque les donateurs demander humblement, en retour des biens qu’ils abandonnent à l’église du monastère, d’être admis à la participation des biens spirituels dont jouissent les religieux, ou de ceux que le ciel ne peut manquer d’accorder à leurs prières, societatem et bénéficia !!

Lorsque ce même évêque, Hugues de Morville, fonda l’hôpital de Coutances, il engagea les abbayes et les fidèles de son diocèse à faire des donations à cet établissement. Pierre, abbé de Blanchelande, et ses religieux répondirent aux vœux du prélat : Nonnulla dédit hospitali Constanciensi ; ils lui donnèrent, entre autres, une rente de dix boisseaux de froment à prendre sur ce qui leur appartenait à Angoville. Cet acte, du mois d’octobre 1213, fut accepté et confirmé par l’évêque.

On trouve que la même année, Odon Le Bouteiller de Lestre, chevalier, seigneur d’Anglesqueville, donne aux religieux de Blanchelande l’église de Lestre avec le patronage, les dîmes et tout ce qui en dépend, parce que cette église sera desservie par deux chanoines. Ce même Odon, seigneur de Doville, leur donna aussi l’église d’Escalleclif, aujourd’hui Doville. [18]

Notre abbé vit son abbaye comprise pour trois sextiers d’orge, tria sextaria ordei, dans le testament que Henri de Tilly, seigneur de Fontaine-Henry, qui vivait encore dans les premières années du XIIIe siècle, fit en faveur de plusieurs maisons religieuses. [19]

Pierre Ier se démit en faveur de son successeur le 1er décembre 1213, et mourut le 5 janvier 1217, après avoir, pendant 44 ans, gouverné et enrichi son abbaye. [20]

IV. Robert Ier de Ravenoville, succéda à Pierre Ier, comme quatrième abbé de Blanchelande. A sa demande, Hugues de Morville, évêque de Coutances, confirma la donation faite à son abbaye par Guillaume Avenel, fils de Henri Avenel, du patronage de l’église d’Octeville-l’Avenel, qui lui appartenait par droit héréditaire, jure hereditario, [21] comme il le dit dans son acte de donation. Richard de Vernon la confirma aussi comme seigneur suzerain.

Les religieux de Blanchelande remirent plus tard l’église toute entière d’Octeville à l’évêque Hugues de Morville, qui, en retour, leur abandonna deux gerbes de la dîme du blé sur toute la paroisse, exemptes de toutes coutumes épiscopales, et se rétrécit, dit l’acte, (se borna) à disposer de la troisième gerbe, de l’autelage et des terres d’aumône, en faveur de la vicairie qui paierait les droits épiscopaux. L’évêque abandonna aussi aux chanoines deux acres de terre, afin d’y bâtir une grange et un ménage pour celui qui en aurait la garde.

Baudouin de Bueville concéda aux religieux de Blanchelande tout droit de seigneurie qu’il pouvait avoir au patronage de l’église de Saint-Martin-d’Octeville ; il leur donna aussi plusieurs acres de terre, et une spécialement pour le luminaire de sainte Marguerite, le jour de sa fête, in die sua, le tout franc de services, aides, reliefs, etc.

Hugues de Morville reçut un acte par lequel Geoffroy de Prestreville abandonnait à l’abbaye de Blanchelande, avec la chapelle Saint-Michel-d’Etoublon, la foire d’un jour qui se tenait à la Saint-Michel, audit lieu d’Etoublon, près de cette chapelle qui dépendait du prieuré d’Etoublon. [22] La charte de donation de Geoffroi est de l’an 1310.

La mort de l’abbé Robert est inscrite dans les cartulaires comme arrivée le 25 avril 1217. Il n’aurait ainsi gouverné l’abbaye que trois ans et quelques mois.

V. Pierre II fut le 5e abbé de Blanchelande. Il reçut, en 1220, la donation que Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, fit à l’abbaye de Blanchelande, des dîmes de tous les reliefs de ses manoirs de Poupeville et de Varreville. Dans le XVe siècle, l’abbaye jouissait encore de ces dîmes, car, en 1457, les religieux de Blanchelande avouent tenir la dîme des manoirs de Poupeville et de Varreville, y compris la dîme de la foire, et excepté celle du marché. [23]

Raoul de Colebec, chevalier, donna, sur la demande de Laurence, sa femme, à l’abbé et aux religieux de Blanchelande, en pure aumône, deux quartiers de froment à prendre sur le moulin de Quiefdefer, dans la paroisse de Flottemanville, pour l’entretien d’une lampe dans la chapelle de l’infirmerie de l’abbaye, in capella infirmorum. Cette donation fut faite, l’an 1227, sur l’autel de cette chapelle, en présence de Geoffroy du Bisson, chevalier, seigneur suzerain, qui la confirma et la scella de son sceau, ainsi que Raoul de Colebec.

VI. Nicolas Ier de Sturville est cité comme le 6e abbé de Blanchelande. Je n’ai trouvé aucun acte qui conserve le souvenir de son administration. Il dut mourir le 2 mars 1232.

VII. Pierre III de Baudienville, devenu le 7e abbé de Blanchelande, se démit de sa dignité en 1247. Il reçut, l’an 1233, un acte par lequel N. Desbarres, sieur de Sainte-Mère-Eglise, donnait et aumônait aux religieux de Saint-Nicolas-de-Blanchelande plusieurs tènements et rentes, avec le droit de sieurie qu’il pouvait avoir sur ces tènements.

VIII. Robert II Hairou devint le 8e abbé de Blanchelande au mois de septembre 1247. Il abdiqua, le 13 mai 1253, et mourut le 16 novembre de la même année. Sous cet abbé, le prélat métropolitain, Odon Rigault, visita une première fois l’abbaye de Blanchelande ; le livre de ses visites pour 1250 et 1266 n’indique pas l’état du personnel et des revenus de l’abbaye : on remarque seulement que, le 20 août 1250, il vit l’abbaye de Blanchelande de l’ordre de Prémontré, et qu’en 1266, le 8 septembre, fête de la Nativité de la Sainte-Vierge, l’archevêque célébra la grand’messe à l’abbaye de Blanchelande, et y coucha.

IX. Thomas Ier de Sainte-Mère-Eglise est indiqué comme le 9e abbé de Blanchelande. Pendant qu’il gouvernait l’abbaye, Robert de Lancquetot contesta aux religieux les dîmes de Saint-Germain-le-Gaillard, et prétendit qu’elles lui appartenaient par droit d’hérédité. Thomas eut recours à l’intervention de Jean d’Essey, évêque de Coutances : le prélat fit sentir à Robert de Lancquetot combien sa prétention était injuste, et jusqu’à quel point il méconnaissait les intentions de Robert, son aïeul, qui avait donné ces dîmes aux religieux de Blanchelande, ainsi que le prouvait une charte émanée de Hugues, évêque de Coutances. Robert de Lancquetot, se rendant aux observations de Jean d’Essey, acquiesça à la demande des religieux qui lui donnèrent 17 livres et demi tournois, ce qui prouve que son acquiescement ne fut pas gratuit : il abandonna donc ses droits, et confirma par une charte donnée le lendemain de la Quasimodo de l’an 1260, la donation de son aïeul.

Thomas Ier mourut en 1260 ou 1262. La date de sa mort n’est pas bien connue.

X. Pierre IV de Sainte-Mère-Eglise, d’après un vieux catalogue, est cité comme le successeur de Thomas, et comme le 10e abbé de Blanchelande. Rien ne nous est parvenu sur l’administration de cet abbé.

XI. Guillaume Ier, dit Aubert de Sainte-Marie, devint le 11e abbé de Blanchelande. Il gouverna l’abbaye pendant peu de temps, car on indique sa mort comme arrivée dans le mois de novembre 1271.

XII. Thomas II, dit Fabien, figure dans des chartes de l’abbaye de Lessay des années 1275 et 1277. Ce fut le 12e abbé de Blanchelande. Il obtint d’Eustache Ier, évêque de Coutances, la confirmation, pour ses religieux, de la possession d’une certaine portion de la dîme du Rozel que leur avait concédée l’évêque Vivien. L’acte de confirmation fut fait à Valognes, le lundi après la saint Denis de l’an 1283. [24]

Le même prélat, en 1286, confirma aux religieux de Blanchelande la troisième gerbe de la dîme d’Octeville-l’Avenel. [25]

Guillaume de Mortener, chevalier, et Robert de Mortemer, écuyer, son frère, donnèrent aux religieux de Blanchelande, pour le salut de feu leur père, Robert de Mortemer, chevalier, et de feue dame Julienne, leur mère, 50 sous tournois de rente, à prendre le jour de la mort de leur père, le 5 des calendes d’avril (28 mars), sur le moulin de Caudecote, dans la paroisse de Saint Symphorien près de La Haye-du-Puits. Cette donation était faite à charge par les religieux de célébrer tous les ans, à l’abbaye, un obit pour les père et mère des donateurs. Ceux-ci reconnaissaient que si le moulin venait à cesser de moudre par défaut d’eau, de meules, ou toute autre cause, les religieux ne seraient tenus à aucun entretien ni aux réparations.

Thomas II mourut le 29 ou le 30 du mois d’août 1298.

XIII. Robert III Hardy devint le 13e abbé de Blanchelande. Il transigea, en 1302, avec l’abbé du Mont-Saint-Michel pour les dîmes du territoire de Rotour. En avril 1325, les religieux de Blanchelande obtinrent de Charles IV une foire à Saint-Germain-le-Gaillard, le jour saint Urbain. Ils la comprirent dans leur aveu de 1454. [26]

Robert III gouverna l’abbaye pendant 33 ans et mourut le 1er juin 1331, ainsi que l’indiquait l’inscription qu’on lisait sur son tombeau.

De son temps, le seigneur abbé et les religieux de l’abbaye St Etienne de Caen se plaignirent au pape d’être l’objet d’un grand nombre de vexations, d’injustices et de spoliations, de la part des ducs, marquis, comtes, barons, chevaliers, des communes, des universités, des villes et châteaux, qui s’emparaient des terres, revenus et prébendes du monastère. Benoit XI, pour remédier à de tels abus, enjoignit aux abbés de Sainle-Trinité-du-Mont, près Rouen, de Notre-Dame-de-Barbery et de Saint-Nicolas-de-Blanchelande, de veiller à ce que les pertes subies par l’abbaye fussent soumises à une enquête sévère ; et les autorisa à prononcer ensuite un jugement, à recourir même aux censures ecclésiastiques, et à invoquer au besoin le secours du bras séculier.

XIV. Jean Ier Pitebout succéda à Robert III, comme 14e abbé de Blanchelande. Il gouverna l’abbaye pendant six ans.

L’épitaphe qui se trouvait sur son tombeau fixait l’époque de sa mort au 16 des calendes de février (17 janvier) de l’an 1337.

XV. Guillaume II de Cresal devint le 15e abbé de Blanchelande. Il reçut, en 1338, Simon, abbé de Marmoutier, qui visitait, de la part du pape Benoit XII, les monastères de la Normandie. Il est indiqué comme étant mort deux ans après son élection, le 4 septembre 1339. [27] S’il en est ainsi, il a eu pour successeur un autre abbé que Nicolas de la Bonneville ; car, celui-ci, en 1347, n’était encore que simple procureur de l’abbaye, comme on le voit par l’acte suivant dans lequel il figure à ce titre :
"L’an 1347, le vendredi, jour de la feste St Barthélémy, devant Berthout Philippe, lieutenant du vicomte de Carentan, se présentent l’abbé de Blanchelande et frère Nicolle de la Bonneville, procureur du couvent, qui montrèrent que de nouvel en la paroisse de Sainte Marie du Mont es fiefs de Jean de Melun, chevalier, sire de Tancarville et de Varenguebec, et de madame sa femme, sont arrivenus et venus a vret deux marsouins ou poissons que l’on appelle gras poissons. Et par ce qu’ils avoient entendu dire que par justice lesdits poissons avoient esté mis en la main du prince, et depuis estre délivrés par le seneschal dudit sire de Varenguebec, s’opposoient affin d’estre paiez ellieu et as termes où il devra, et ce qui leus peut et doit appartenir de la diesme d’iceux poissons. De laquelle chose lesd. religieux requirent cest mémorial de leur opposition et requeste pour leur valoir. Octroyé par ledit lieutenant." Cet acte prouve combien les abbayes se montraient jalouses du maintien de leurs droits, puisque, dans la circonstance, les religieux réclamaient jusqu’à la dîme de deux poissons.

Antérieurement à cet acte, une contestation s’était élevée entre les religieux de Blanchelande et Jean Langlois, curé de Saint-Germain-le-Gaillard, pour la dîme des novales de la paroisse et les offrandes faites à la chapelle ou oratoire de Monaqueville, qui appartenait aux religieux. Chaque partie s’attribuait ces dîmes et ces offrandes. Le procès se termina devant Guillaume de Thieuville, évêque de Coutances, le mardi avant la saint Marc, évangéliste, de l’année 1343 : les novales et les offrandes restèrent aux religieux qui, chaque année, au synode de Pâques, devaient payer au curé, sur leur dîme et leur grange de la paroisse, douze boisseaux d’orge, appelée paumelle.

XVI. Nicolas II ou Nicolle de la Bonneville, est le 16e abbé de Blanchelande, s’il a succédé à Guillaume II de Cresal. Il dut mourir le 26 août 1362.

XVII. Aubin Le Roux est compté le 17e abbé de Blanchelande ; il le fut pendant quinze ans, et mourut le 2 avril 1377.

XVIII. Robert IV succéda à Aubin Leé Roux comme 18e abbé de Blanchelande. Pas plus que son prédécesseur, je ne l’ai trouvé cité dans les chartes ou les actes de l’abbaye.

XIX. Thomas III des Iles (de InsulisJ, fut élu 19° abbé de Blanchelande. On lit dans une charte reçue par un de ses prédécesseurs "Guillaume de Mortemer, chevalier, seigneur de la Haye du Puits, donne et octroye en pure et franche aumosne à l’église de Saint Nicolas de Blanchelande, à l’abbé et aux religieux d’icelle, en fondant un autel au moustier de ladite abbaye en l’honneur de Dieu, de la vierge Marie, de St Jacques et de St Jean apôtres, lequel autel est fait construire et édifier en ladite église au mestre bout d’icelle par devers orient, pour le salut de son âme et de Marguerite de Montegnye sa femme, 15 livres de rente annuelle sur l’émolument des coutumes de son marché et de ses foires de la Haye du Puits, la moitié à la St Michel, la moitié à Pâques. Fait l’an de grâce 1339 le dimanche jour St Jacques et St Christophe." Cette rente fut, en l’année 1379, et alors que Thomas des Iles gouvernait l’abbaye, éteinte par une transaction entre les religieux d’une part, et d’autre Henri de Colombières, chevalier, et Jeanne Campion, sa femme. Le seigneur et la dame de Colombières, devant le garde du scel des obligations de la vicomte de Carentan, se soumirent à payer aux religieux 160 livres, dans cinq ans, pour l’extinction de la rente de 15 livres qui, comme il vient d’être dit, était prélevée sur les foires et le marché de la Haye-du-Puits. [28]

XX. Richard succéda comme 20e abbé de Blanchelande à Thomas des Iles, qui mourut le 26 août 1400. Il est cité dans le Neustria pia et dans les annales de Prémontré. Il dirigea l’abbaye pendant 12 ans. Il vendit à Colin de Bazan le fief de Flamanville que les religieux de Blanchelande tenaient de Robin de Benois, écuyer : l’acte fut passé par devant Jehan Breton, garde du scel des obligations de la vicomté de Coutances, par Guillaume Tolissac, clerc tabellion juré au siège de la Haye-du-Puits, en présence du père en Dieu l’abbé de Blanchelande et de frère Thomas de Saint-Lo, procureur du couvent, et de Colin de Bazan, écuyer, du lieu de Flamanville. Le prix de cette vente qui comprenait tous les droits et honneurs attachés à cette terre, fut fixé à 1,200 écus d’or et un écu pour vin.

XXI. Thomas IV de Saint-Lo, 21e abbé de Blanchelande, obtint du pape Jean XXIII, en 1413, le droit de porter les insignes pontificaux. Pendant l’occupation anglaise, il se retira en Angleterre avec les saintes reliques, les vases sacrés et les vieilles chartes de l’abbaye : il y demeura pendant neuf ans. Il obtint de Henri VI, roi d’Angleterre, de revenir dans son monastère, l’an 1430. Il mourut le 25 février 1447.

XXII. Thomas V de Saint-Lo succéda à son frère ou à son oncle, Thomas IV, comme 22e abbé de Blanchelande. Philippe Badin, abbé de la Luzerne [29] et Robert Le Caretier, abbé d’Ardenne, présidèrent à son élection, en 1447.

Après l’expulsion des Anglais, le roi lui fit demander son serment ; mais il obtint, en 1450, un délai pour l’accomplissement de cet acte solennel.

Il rendit aveu en l’année 1452, pour son abbaye, à Guillaume d’Harcourt, seigneur de Tancarville, connétable hérédital de Normandie, qui représentait le fondateur, comme possédant la baronnie de Varenguebec.

Il y a incertitude sur l’époque de sa mort qui, suivant les uns, serait arrivée en 1452, et, suivant d’autres, le 8 septembre 1461. C’est plutôt cette dernière date qu’il faut adopter, car on voit qu’il alla, en 1452, assister à l’élection de Geoffroy Le Court, comme abbé de la Luzerne. [30]

XXIII. Nicolas III Mulot fut le 23e abbé de Blanchelande. Il prêta serment au roi, le 10 novembre 1461, presque aussitôt après son élection, entre les mains de Louis d’Estouteville, lieutenant et gouverneur général pour le roi dans le duché de Normandie.

L’abbé et les religieux de Blanchelande rendirent aussi, à cette époque, aveu au roi pour toutes les propriétés qu’ils tenaient dans le bailliage de Cotentin, en la terre et juridiction du duc d’Orléans.

Notre abbé donna, en 1473, pour le chœur de l’église de l’abbaye, un chandelier en cuivre. Il se démit de sa dignité trois ans après, et mourut le 7 février 1483, comme l’indiquait l’inscription gravée sur sa pierre tumulaire.

XXIV. Pierre V Pitebout de Graffard de Barneville fut élu le 24e abbé de Blanchelande. On le trouve cité, en cette qualité, dans des chartes de l’année 1480. Il mourut jeune, et ne fut abbé que pendant six ans.

XXV. Robert IV Rosselins devint le 25e abbé de Blanchelande. Prenant en considération l’indigence et les modiques revenus de deux offices de son abbaye, la pitancerie et la vineterie, ce prélat abandonna, du consentement et à la prière des religieux, deux dîmes entières et une pièce de terre de 50 vergées, appelée l’Ouesellerie, sise près le pavé de l’abbaye : à l’office de la pitancerie, [31] il donna la dîme et la grange de Gonfreville, ainsi que la pièce de terre l’0uesellerie ; et à celui de la vineterie [32] la dîme de la paroisse de Sainte-Marie-du-Mont. Cet acte se fit le 14 avril 1491.

L’abbé Robert et Geffroy Herbert, évêque de Coutances, eurent une contestation pour le patronage de l’église de Saint-Denis-le-Vêtu. Les religieux exhibaient et invoquaient la donation qui leur avait été faite du patronage de cette église, en 1199, par Guillaume de Rollos, et qui avait été approuvée, la même année, par Guillaume de Tournebut, évêque de Coutances, et par Vivien, son successeur. Suivant d’autres chartes que leur avait données Robert de Dive, en l’année 1204, celui-ci, en présence et du consentement de Vivien, avait donné en aumône à l’abbé et aux religieux de Blanchelande tous les droits qu’il pouvait prétendre à ce patronage.

Guyon Mauger, le procureur de l’évêque, opposait le Livre noir et le Livre blanc de l’évéché, [33] et ensuite la nomination des trois derniers curés pourvus de plein droit par les évêques, ses prédécesseurs, sans opposition de l’abbé et de ses religieux.

Il fut ordonné que le procès se terminerait suivant l’usage de la province. On nomma quatre prêtres, tous curés du diocèse d’Avranches ; et à défaut de chevaliers, on prit quatre écuyers du diocèse de Coutances, qui furent Guillaume Meurdrac, écuyer, sieur de Contrières ; Enguerrand de Camprond, écuyer, sieur de Nicorps ; Charles du Breuil, écuyer, sieur des Traits ; et Jean Gaultier, sieur de la Benserie. La sentence arbitrale qui intervint ne donna gain de cause à aucune des parties. Elle déclara que le patronage serait alternatif, c’est-à dire que l’évêque et l’abbé l’exerceraient tour-à-tour. Cette sentence fut homologuée aux assises tenues à Coutances, le 19 du mois de mars de l’an 1492, par Jacques Josel, lieutenant-général du bailli du Cotentin. [34]

Robert IV mourut le 4 mars 1501.

XXVI. Pierre VI Lefebvre fut élu le 26e abbé de Blanchelande. Il ne fut abbé que pendant six ans, et il mourut le 22 juin 1507, comme le faisait connaître l’inscription gravée sur son tombeau.

XXVII. Laurent Mulot, 27e abbé de Blanchelande, fut élu le 22 juin 1507, le jour même de la mort de son prédécesseur. Il enrichit le chœur de son église d’une statue en cuivre, représentant Moïse. On le trouve cité dans une charte de l’archevêque de Rouen du 14 février 1522. D’après Jean Columbi, il abdiqua ses fonctions, et mourut en 1535 : il aurait ainsi gouverné l’abbaye pendant 28 ans.

XXVIII. Nicolas IV Le Maistre succéda à Laurent Mulot, comme 28e abbé de Blanchelande : il se retira, comme lui, en résignant en faveur de son successeur, le 23 avril 1537, et mourut le 22 mai suivant, d’après son épitaphe rapportée au Neustria Pia.

XXIX. Nicolas V Le Maistre, de la paroisse de Heugueville, frère du précédent, lui succéda et fut le 29e abbé de Blanchelande. On trouve son nom dans les actes du chapitre général tenu en 1539. Cet abbé et ses religieux furent en procès avec François Simon, sieur de Beuzeville et de Sainte-Mère-Eglise, au sujet de la droiture et juridiction, gage plège, cour et usage que lesdits religieux disoient avoir en ladite paroisse de Ste Mère-Eglise. A l’appui de leurs prétentions, ils représentaient la copie d’une charte de l’an 1233 que leur avait donnée N. Desbarres, sieur de Sainte-Mère-Eglise, [35] qui leur aumonait plusieurs tènements et rentes avec le droit de sieurie qui pouvait lui appartenir sur ces tènements. Ils s’appuyaient aussi sur des aveux qui leur avaient été rendus par plusieurs paroissiens de Sainte-Mère-Eglise, qui se reconnaissaient obligés envers l’abbaye au service de prévôté, et à l’acquit de droits et devoirs seigneuriaux ; ils invoquaient encore des aveux rendus au roi et des actes passés aux plaids tenus par leurs sénéchaux. Malgré leurs chartes et leurs actes, les religieux perdirent leur procès et furent condamnés à vingt sols d’amende : le parlement de Normandie jugea, le 27 mars 1555, que la sieurie de Ste-Mère-Eglise avec le patronage estoit tenu nuement et sans moyen du roy en sa vicomté et chastellenie de Carentan par un plain fief de haubert, et que les religieux ne pouvaient prétendre droit de fief ou seigneurie. [36]

Quand ou étudie l’histoire des maisons religieuses, pendant le moyen-âge, on est surpris de voir avec quelle ardeur, quelle ténacité, les abbés et les religieux défendaient leurs droits, avec quelle énergie ils soutenaient leurs privilèges, et combien ils étaient jaloux de toutes leurs immunités. Entre autres faits, en voici un qui vient à l’appui de cette observation.

Les seigneurs abbé et religieux de Blanchelande, possesseurs du droit alternatif de patronage de Notre Dame d’Alonne (Alompna), soutinrent devant le bailliage de Valognes, en l’année 1543, que noble homme Michel du Mesnil, sieur de Tocqueville, et la dame du Mesnil, sa femme, seraient obligés de rétablir l’écusson qui antérieurement était à l’une des vitres du chœur de l’église de Notre-Dame, et portait les armes de l’abbaye, et qu’ils seraient tenus d’enlever l’écusson et les armoiries qu’ils y avaient fait placer. Michel du Mesnil et sa femme, pour eux, leurs serviteurs et domestiques, soutinrent au contraire que lesdits abbé et religieux n’étaient point patrons de l’église, qu’ils avaient seulement le droit de nommer alternativement à la cure, qu’ainsi ils n’avaient aucun droit d’écusson et d’armoiries à la vitre du chœur de l’église ; mais la justice en pensa autrement, et Michel du Mesnil fut condamné à enlever ses armoiries et à rétablir celles de l’abbaye.

Aux assises de Valognes, tenues le 10 décembre 1548, par Gilles d’Anneville, écuyer, sieur de Beaumont, lieutenant général du bailli de Cotentin, le seigneur d’Octeville abandonna aux religieux de Blanchelande le droit de patronage de l’église du lieu, que tout d’abord il réclamait, et reconnut qu’il leur avait été donné par ses ancêtres.

Notre abbé mourut, le 25 avril 1557, après avoir gouverné l’abbaye pendant 22 ans.

XXX. Nicolas VI Aneroult fut le 30e abbé de Blanchelande. Il ne jouit pas long-temps de sa dignité, car il mourut quelques jours après son élection. On lit sur sa pierre tumulaire, dans le chœur de l’église de Lestre, l’inscription suivante :

( Lettres gothiques. )
Cy devant gist frere Nicolas Aneroult,
natif de Criense (Créances) en son vivant
abbé de Blanchelande.
prieur curé de ceste ville [37]
qui décéda le 2e jour de juing 1557
dieu en ait lame
.

XXXI. François Ier de Bouillers, clerc du diocèse de Turin, seigneur de Manne, en Provence, Mannœ dominus, devint le 31e abbé de Blanchelande, probablement en 1557.

Nous arrivons à une époque où la trace des événements qui signalèrent le XVIe siècle se fait sentir sur le régime des abbayes. L’année 1562 vit couler des flots de sang sur notre belle terre de Normandie. Les protestants, après avoir été long-temps l’objet des plus rigoureuses persécutions, exercèrent de cruelles représailles, prirent plusieurs villes, pillèrent et dévastèrent ces admirables églises qu’éleva la piété de nos pères. Les moines eux-mêmes perdirent l’esprit de leur état, et adoptèrent des habitudes mondaines. À ces faits de décadence morale vint s’en joindre un autre, non moins fâcheux, l’établissement des commendes [38]. L’abbé ne sera plus un religieux, choisi par ses frères, comme seul digne de les gouverner ; il ne vivra plus au milieu d’eux, dans l’enceinte du cloître, pour leur donner l’exemple des vertus : ce sera un prélat, ou un prêtre élevé en dignités, qui ne connaîtra ni son abbaye ni ses religieux, et qui, le plus souvent, ne cherchera même pas à les connaître. Les rois nommèrent, en effet, aux bénéfices des titulaires non résidants qui, déjà en possession de charges ecclésiastiques, cumulèrent ainsi plusieurs sinécures fort lucratives. De là vint le partage des revenus des monastères ; l’abbé commendataire en eut un tiers avec un logis plus ou moins fastueux où il venait quelquefois passer ses loisirs ; les moines eurent un autre tiers sous les dénominations de mense et pitance ; l’autre tiers fut réservé pour l’entretien des bâtiments.

François de Bouillers fut le premier qui inaugura à Blanchelande le désastreux régime des commendes. L’évêque de Coutances, Arthur de Cosse, qui tint et présida le synode paschal de 1565, ayant ordonné que toutes les provisions sur bénéfices seraient présentées et homologuées, afin de reconnaître les abus et d’y remédier, s’il était possible ; notre abbé présenta les siennes qui étaient de 1559. [39] Il résigna, en 1575, ses fonctions en faveur de Philippe Troussey, moyennant une pension annuelle de 1,800 livres, sub annua 1800 librarum pensione. Il mourut, en 1590, évêque de Fréjus, abbé de Lerins et de Bonport.

XXXII. Philippe Ier Troussey fut élevé de la dignité de prieur à celle d’abbé. Il devint, sous le titre d’évêque in partibus de Porphyre, suffragant [40] de l’évêque de Coutances, chargé des fonctions épiscopales, par délégation, dans certaines occasions. Ainsi, dans un acte d’ordination du 20 juin 1580, voit-on que l’évêque, Philippe Troussey, agit avec la permission de l’évêque de Coutances : De Itcentia et permissu reverendissimi patris ac domini Arturi de Cosse episcopi Constanciensis. [41]

Pendant que Philippe gouvernait l’abbaye, la guerre se continuait contre les protestants dans les diverses provinces du royaume. Le roi, ne sachant comment faire face aux dépenses qu’entraînait cette guerre, obtint du pape, le 30 janvier 1586, la permission d’aliéner pour cent mille écus de biens du clergé, pour subvenir, disait le souverain pontife, aux besoins du royaume et à la conservation de l’église catholique. L’abbaye de Blanchelande fut taxée à 1,872 livres [42] : Philippe Troussey, afin de payer une partie de cette taxe, vendit une rente de 35 boisseaux de froment et une autre d’avoine à prendre sur Pierre Legros, écuyer, de la paroisse de Beuzeville-sur-le-Vey. Pierre Calimache, bourgeois de Carentan, les acheta, moyennant 318 livres 10 sous. [43]

L’abbaye ayant été pillée et incendiée, le 28 février 1587, l’abbé et les religieux obtinrent du Parlement de Normandie un arrêt qui les dispensait de représenter leurs titres, et disposait qu’ils pourraient faire preuve de leurs droits par témoignage et par tous les moyens en leur pouvoir.

Ce fut philippe Troussey qui fit bâtir la maison abbatiale où il fut assassiné par des soldats ligueurs, a foedetaris militibus, le 25 mai 1590. il fut inhumé à Blanchelande dans le cœur de l’église. On lisait, sur son tombeau, l’épitaphe suivante gravée sur une table de marbre des environs de Coutances, déposée au musée de St-Lo [44]

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XXXIII. François II Troussey, devint le 33e abbé de Blanchelande, en 1589, sur la démission de Philippe Troussey, son frère. Il gouverna l’abbaye pendant 25 ans, et mourut le 22 février 1614. Voici l’épitaphe qui se lisait sur le tombeau que lui fit élever Philippe Troussey, son neveu :

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Aux mânes de très-noble et révérend père Philippe Troussey, abbé d’une éminente piété, qui, pendant plusieurs années, gouverna ce monastère d’une manière digne d’éloges et qui ne laissa pas aux siens de médiocres regrets, Philippe Troussey, son neveu, plein d’affliction, éleva ce monument. Il mourut le 22 février 1614.

XXXIV. Philippe II Troussey succéda à son oncle comme 34e abbé de Blanchelande, sur la démission de N. Phélypeaux, nommé par le roi, et auquel il dut payer une pension de 1,200 livres. Pendant qu’il gouvernait l’abbaye, le R. P. Lepaige vint en faire la visite, comme député-visiteur-général. [45]

Philippe II ne se montra pas moins jaloux, que son prédécesseur Nicolas V, des droits et privilèges de son abbaye, comme nous le fait connaître l’acte suivant :

" Le 12 mars 1631, Charles de Gourmont, escuyer, sieur des Fonteynes et d’Adeville, baron de Gyé, conseiller du roi, lieutenant général civil et criminel au bailliage de Cotentin, est requis par l’abbé de Blanchelande, Philippe Troussey, conseiller et aumônier du roy, patron présentant de Sainte-Marie de Ravenoville, assigner François Scelles, escuyer, sieur de Cibrantel, pour voir dire et juger qu’il sera tenu de faire abattre une ceinture [46] funèbre mise avec ses armes à l’entour de ladite église, et l’écusson mis à la maîtresse vitre du chœur, et à oster le banc de la dame sa femme dans le chœur d’icelle église, l’y ayant fait mettre sans droit ni qualité et au préjudice de la comodité du clergé qui ne peut pas se remuer dans le chœur et avoir la liberté de passer. Par quoi ledit escuyer sans motifs pretendoit s’attribuer les droits de patron. Aucun acte n’apprend si l’abbé réussit dans sa prétention. "

Philippe III résigna ses fonctions d’abbé, moyennant une pension de 1,200 livres, et mourut le 11 février 1646.

XXXV. Jérôme 1er Grimaldi, cardinal de la famille des princes de Monaco, devint le 35e abbé de Blanchelande. Il se démit de ses fonctions d’abbé dès l’année 1648, fut nommé, cette même année, archevêque d’Aix, et mourut le 4 novembre 1685.

XXXVI. Joseph Zongo Ondedei, le 36e abbé de Blanchelande, fut nommé le 1er janvier 1649. C’était le favori du cardinal Mazarin, et comme tel le cardinal de Retz le maltraite fort dans ses mémoires. [47]

Il résigna ses fonctions dans le mois d’août 1651 en faveur de Jean-Vincent de Tulles, se réservant une pension de 5,000 livres, fut nommé évêque de Fréjus en 1654, et mourut le 23 juillet 1674.

XXXVII. Jean-Vincent de Tulles, évêque de Lavaur, Vaurensis episcopus, fut nommé abbé commendataire de Blanchelande en l’année 1651, et mourut le 4 décembre 1668.

XXXVIII. François III de Caillebot-de la Salle succéda à Jean-Vincent de Tulles comme 38e abbé de Blanchelande : nommé le 18 décembre 1668, il se démit le 1er octobre 1671. Il était fils de Louis Caillebot, seigneur de la Salle et de Montpinchon, et d’Anne Martel, et frère de Louis, marquis de la Salle. Il portait d’or à six annelels de gueules, posés 3, 2, 4. [48]

XXXIX. Melchior de Harod, marquis de Saint-Romain, 39e abbé de Blanchelande, reçut l’abbaye en commende le 1er octobre 1671, et ne la garda que pendant un an.

XL. Jean-Baptisle Boyer, chanoine de Paris, et 40e abbé de Blanchelande, fut nommé abbé commendataire, le 31 octobre 1672, et mourut en novembre 1685. Pendant qu’il gouvernait l’abbaye, les religieux se prétendirent gros décimateurs sur le tiers de la paroisse de Saint-Georges-des-Groseillers. [49] Ils attaquèrent le curé pour le contraindre à leur payer pour trois années la tierce partie des grosses dîmes de cette paroisse, et produisirent des chartes de donation et de confirmation. Le curé, n’osant lutter contre ces titres, transigea, et reconnut les droits de Blanchelande. [50]

XLI. François IV Le Vasseur, fils du marquis de Coignée, fut nommé abbé de Blanchelande, le 29 mars 1687.

XLII. Gilles-Bernard Raguet, 42e abbé de Blanchelande, fut nommé le 2 août 1721, et se démit en 1723. C’était un littérateur et un homme fort instruit : le cardinal de Fleury l’employa à l’éducation de Louis XV. Il coopéra, de 1705 à 1721 à la rédaction du Journal des Savants. C’est un des premiers qui aient signalé l’inscription mérovingienne de l’autel du Ham. [51]

XLIII. N. de Lormande fut nommé abbé de Blanchelande à la fin d’octobre 1723.

XLIV. N. d’Inteville, nommé abbé de Blanchelande, le 12 avril 1738, fut transféré à l’abbaye de Licques, au diocèse de Boulogne, en 1748.

XLV. Jérôme II Prévost, prieur régulier de Blanchelande, en fut nommé abbé par le roi, le 2 mars 1748. Il mourut, en son abbaye, en 1765, ce qui arrivait rarement alors. Il était frère de l’abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut, l’un des écrivains les plus féconds du XVIIIe siècle.

XLVI. Ange-François de Talaru de Chalmazel fut le dernier abbé de Blanchelande. Après avoir suivi la carrière des armes, il embrassa l’état ecclésiastique. Nommé évêque de Coutances, en 1765, il obtint l’abbaye de Blanchelande en 1767, et celle de Montebourg en 1774. La persécution qui, sans motifs légitimes, s’attacha à lui dans sa ville épiscopale, le força souvent à se retirer dans l’une de ses abbayes. Il mourut en émigration, à Londres, le 20 mars 1798.

Lorsque la révolution de 1789 arriva et entraîna la ruine et la destruction des abbayes, il n’y avait plus à Blanchelande que quatre religieux que gouvernait un prieur.

L’abbaye de Blanchelande payait une décime de 1735 livres 18 sols[Les décimes étaient une subvention annuelle que le roi levait sur tous les biens du clergé. Les plus anciennes décimes furent imposées au clergé pour soutenir la guerre sainte, et subvenir à ses frais. Cet impôt, une fois établi, continua à être prélevé par les papes d’abord, et finit par rester au roi.]] : l’abbé payait en cour de Rome 200 florins pour ses provisions ; [52] les annales [53] étaient taxées à la même somme. Les revenus de l’abbé, dans les derniers temps, étaient de 12,000 livres.

L’abbaye de Blanchelande avait, à l’époque de 1789, le patronage de plusieurs églises et le droit de présentation aux cures ; c’étaient :

  • Dans le doyenné de Cenilly, l’église de Saint-Denis-le-Vêtu ;
  • Dans celui de Périers, l’église de Saint-Aubin-du-Perron ;
  • Dans celui de baint-Sauveur-le-Vicomte, les églises de Doville et de Saint-Symphorien ;
  • Dans celui de Barneville, l’église de Notre-Dame-d’Allonne ;
  • Dans celui d’Orglandes, l’église de Régneville ;,
  • Dans celui du Plain, les églises d’Angoville, de Brucheville, de Bloville et de Ravenoville ;
  • Et dans celui des Pieux, l’église de Saint-Germain-le-Gaillard.

Elle avait eu pendant long-temps le patronage de l’église de Saint-Laurent à Jersey : l’abbé de Blanchelande y percevait le tiers de la dîme. La cure, d’après le Livre noir, valait trente livres.

Cette abbaye ne paraît pas s’être illustrée par les travaux littéraires ou historiques de ses religieux. Peut-être, au moins aura-t-elle, par ses travaux agricoles, contribué à féconder les terres qui l’environnaient.

Source :

Notes

[1] L’emplacement de l’abbaye de Blanchelande, d’après la nouvelle circonscription des communes, se trouve aujourd’hui dépendre du territoire de Neufmesnil, mais comme, avant 1789, il faisait partie de celui de Varenguebec, j’ai cru devoir l’y maintenir.

[2] La distance légale entre Blanchelande et Coutances est de 3 myriamètres 3 kilomètres.

[3] Aujourd’hui, Cretteville

[4] Le droit de champart, campi pars ou campi partus, qu’en plusieurs endroits on appelait terrage, agrier, consistait dans une certaine portion des fruits que le seigneur levait sur les terres soumises à son fief.

[5] Le seigneur de Varenguebec était seigneur honoraire et tréfoncier des églises de Cretteville et Beuzeville

[6] Neustria pia. pag. 842. — Gall, christ., tom XI, col. 944, et Instr. Eccles. Const., col. 212 et 243.

[7] Gall.Christ., tome XI ; Instr. Eccles., col. 243

[8] Mss. de M. Toustain de Billy et de M. Lefranc

[9] Ces renseignements sur la cure de Bloville sont extraits d’un registre rédigé, en 1690, par le prieur de Blanchelande.

[10] Renseignements extraits d’une copie de la donation, prise dans le XIII siécle.

[11] Controversia inter abbatem et conventum de Exaquio et inter abbatem et conventum de Blancalanda occasione ecclcsae sancti Martini de Cambridgeham in Anglia pacificata fuit, et abbati conventuique de Blancalanda est per Guillelmum episcopum Constantiensem anno réparatae slulis 1192, apud Constantias. Mss. de M. Toustain de Billy.

[12] Cet acte, ou une copie, se trouve dans les archives départementales. Voir aussi les Mss. de MM. Toustain de Billy et Lefranc.

[13] Mss. de M. Toustain de Billy, et Histoire des évêques de Coutances, par M. l’abbé Lecanu, page 555.

[14] Mss de M. Toustain de Billy

[15] Jean de Brucourt avait donné à l’abbaye de Blanchelande une partie de la dîme de Saint-Denis-le-Vétu. Voir supra, page 888.

[16] Mss. de MM. Toustain de Billy et Lefranc

[17] Mss. de MM. Toustain de Billy et Lefranc

[18] Mss. de MM. Toustain de Billy et Lefranc : Histoire des évêques de Coutances, par l’abbé Lecanu,page 532

[19] Statistique monumentale du Calvados, par M. de Caumont, tome I, p.362

[20] Gallia Christiana, tome XI, col. 946

[21] Mss. de M. Toustain de Billy.

[22] Le prieuré de Saint-Michel-d’Etoublon se trouve dans la paroisse de Sotteville, dans le doyenné des Pieux. La foire d’Etoublon qui, en 1201, était sur Sotteville, est maintenant sur Teurtéville-Hague. Elle fut établie, en 1200, à la demande de Raoul de Baudritot qui, pour l’obtenir, donna au roi treize pièces d’or, appelées besants. C’est ce que nous apprend le rôle normand des oblats, pendant la seconde année du règne du roi Jean.......Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tome XV, page 103, col. 9.

[23] Annuaire du département de la Manche, année 1850, p. 548.

[24] Mss. de M. Toustain de Billy ; Histoire des évêques de Coutances ; et Gall. christ., tome XI, col. 882.

[25] Mss. de M. Toustain de Billy.

[26] Annuaire du département de la Manche, année 1850, page 546.

[27] Selon le Gallia Christiana, col. 946, il mourut le 4 septembre 1349.

[28] Ces actes m’ont été communiqués par M. Dubosc, archiviste du département.

[29] L’abbaye de la Luzerne, dans l’ancien diocèse d’Avranches, fut fondée dans la première moitié du XIIe siècle. Si l’on en croit son nécrologue, jamais abbaye n’eut plus de fondateurs.

[30] Voir l’Avranchin monumental et historique, par M. Lehéricher, tome II, page 97.

[31] La pitancerie était un office claustral qui avait pour objet les provisions de l’abbaye. Le pitancier, ou religieux chargé de cet office, était l’économe de la communauté.

[32] La vineterie concernait les vins.

[33] Voir Annuaire de la Manche, 1855, page 22.

[34] Mss. de M. Toustain de Billy qui dit avoir vu l’acte de ce jugement.

[35] Voir supra. page 20.

[36] Berault, Sur la coutume de Normandie, tome I, page 315.

[37] Il est assez singulier, comme le fait observer M. de Gerville, de voir donner le titre de ville à une bourgade

[38] Voir Annuaire de la Manche, 1854, page 130.

[39] Mss. de M. Toustain de Billy.

[40] Les évêques suffragants dans le diocèse de Coutances faisaient, dit assez rudement Toustain de Billy, les fonctions du titulaire, pendant que celui-ci percevait les revenus de l’évêché, et les mangeoit à la cour, ne paraissant que rarement dans son diocèse.

[41] Mss. de M. Toustain de Billy.

[42] Histoire des évêques de Coutances, par M. l’abbé Lecanu, page 299.

[43] Mss. de M. Toustain de Billy.

[44] C’est avec un profond sentiment de regret qu’on rencontre, dans les musées de chaque ville du département, des objets qui devraient se trouver dans celui de Coutances, si l’administration ne montrait pas autant d’indifférence pour tout ce qui intéresse l’histoire du pays. — Je dois cette inscription à l’obligeance de M. Denis, avocat à Saint-Lo, qui a bien voulu la relever pour moi.

[45] Jean Lepaige, procureur-général de l’ordre de Prémontré, fut chargé de visiter les maisons religieuses de cet ordre, et de rétablir la règle dans celles qui s’en étaient écartées. Voir Biographie universelle de Michaud, v. Lapace.

[46] La litre ou ceinture funèbre était une bande peinte en noir sur les* mûrs d’une église, sur laquelle étaient aussi peintes les armes du seigneur. Le seigneur haut-justicier avait le droit de litre à l’intérieur et à l’extérieur de l’église ; le patron ne pouvait en avoir qu’à l’intérieur. On trouve encore la litre sur les murs extérieurs de beaucoup d’églises rurales, mais je l’ai rarement remarquée sur les murs intérieurs.

[47] Madame d’Epinelle, dit l’auteur des Mémoires, étoit la concubine en titre d’Ondedei, et espionne avérée de Mazarin..........
Quand Zongo Ondedei fut nommé évêque de Fréjus, Gaumin, doyen des maîtres des requêtes, fit contre lui les deux vers suivants :
Nune commissa lupo pastoris ovilia cernii :
Dedecus unde hominum, dedecui vnde Dei. _
Mémoires du cardinal de Retz, collection Petitot, tome II, pages 91 à 161, 291 à 298, et tome III, page 163. _
Saint-Evremond reproche aussi à Ondedei d’avoir reçu un billet de 50,000 écus pour servir le duc de Mazarin dans ses projets de mariage avec Hortense Mancini, nièce du cardinal. Ce billet fut rendu, l’évéque de Fréjus se fiant à la parole du duc ; celui-ci, plus tard, refusa net de payer, par scrupule de conscience.

[48] Voir Annuaire de la Manche, pages 47, 48 et 52.

[49] Paroisse dans le canton de Flers, arrondissement de Domfront.

[50] Houard, Dictionnaire de Droit normand, v° Dixmes

[51] Arrondissement de Valognes.

[52] [C’était le droit qu’on payait avant d’entrer en possesion d’un bénéfice.

[53] On nommait annale, du mot latin annus, le revenu d’une année que la chambre apostolique à Rome prélevait sur chaque bénéfice ou prébende, lorsque le pape donnait des bulles d’investiture à ceux que le roi avait nommés.