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Hambye - Notes historiques et archéologiques


Hambye, Hambeya, Hambia.

Hambia, suivant les uns, Hambeya, suivant d’autres, aurait été la capitale de ces peuples celtiques appelés Ambivares dans les commentaires de Jules-César : le mot Hambye signifierait aussi village, demeure de Bie, du mot ham, qui, dans la langue celtique, voulait dire hameau, habitation. [1] Une rivière qui coule dans la commune porte le nom de Hambiotte, quaedam aqua quae Hambiota nominatur. [2]

L’église actuelle de Hambye en a remplacé une qui datait du XIe siècle. Elle se compose d’un chœur, d’une nef et de deux bas-côtés qui s’arrêtent au mur absidal, sans rayonner autour du chœur. Dans toutes ses parties elle est voûtée en bois.

La nef et les bas-côtés ne remontent pas au-delà de 50 à 60 ans. Le chœur, quoique n’offrant aucun caractère, parait être plus ancien.

Les arcades des fenêtres et celles qui mettent le chœur et la nef en communication avec les bas-côtés présentent un demi-cercle, ou mieux peut-être un cintre surbaissé.

La tour, carrée et terminée par une plate-forme, est au nord, et en dehors de l’église.

On remarque à l’occident de la nef un joli porche du XVe siècle, et qu’on a sans doute conservé lors de la construction de la nef et des bas-côtés. Des consoles, figurant des têtes grimaçantes, reçoivent les arceaux croisés de la voûte. Le point de jonction des arceaux offre un écusson, soutenu par deux anges, et sur lequel un calice est représenté. L’arcade s’élève en accolade, et ses rampants, garnis d’animaux, reposent sur des lions.

Les colonnes de l’autel sont torses, chargées de raisins et de feuilles de vigne. Elles portent un entablement chargé de médaillons.

J’ai relevé dans le chœur, sur des pierres tombales, les inscriptions suivantes :

SOVS CE TOMBEAU
REPOSE LE CORPS DE
VENERABLE ET DISCR.
PERSONNE GVILL. MARIETTE
P. CURE DE HAMBYE DECEDE LE 30
JVIN 1676 IHS MA
*****
DESSOUS CE
TOMBEAU EST
LE CORPS DE
VENERABLE
ET DISCRETE
PERSONNE M.
HENRY ROBER
MARIETTE
Ptre CURÉ
DE CE LIEU
DECEDE LE
28 7bre 1720
ÂGÉ DE 48 ANS
PRIEZ DIEU Pr
LE REPOS DE
SON AME AMEN.
*****
SOUS CE TOMBEAU
REPOSE LE CORPS DE
M. HENRI ROBERT
MARIETTE
Ptre CVRE DE CE LIEV
DECEDE LE 18 AVRIL 1701.
*****
TOMBEAU DE
VENERABLE
PERSONNE M.
ANTOINE MARI-
ETTE Ptre CU-
RE DE CE LIEU
ET DOYEN DE
GAVRAY DÉCÉ-
DÉ LE 26 MARS
1752 PRIEZ DI-
EU POUR LUY.
*****
CY GIST LE CORPS DE
DISCRETE PERSONNE
M. PIERRE GUILLAUME
MARIETTE Ptre CURÉ DE
HAMBYE DÉCÉDÉ LE
15 9bre 1756 PRI-
EZ DIEU POUR LUY.
*****
CY GIST ET REPOSE LE CORPS DE CHARLES
DE BEAVFILS ESCVYER GOVVERNEVR ET CAPITAINE
DV CHASTAEU DE HAMBYE
QVI DECEDA LE 24 DOCTOBRB 1652.
*****
CY GIST LE CORPS DE MICHEL DE BAVFILZ
ESQ. Sr DE LATOVILLE GOVVERNEVR DV
CHASTEAV DE HAMBYE LE QVEL DECEDA
LE 7e IOVR DE IVIN 1658 AGE DE 83
ANS. PRIEZ DIEV POVR LVY.

Dans le cimetière, sur une table en granit :

ICI REPOSE LE CORPS DE HONORABLE HOM-
ME PIERRE HVREL VIVANT SIEVR DE
LA FOVRIERE VETERANT DES GARDES DV
CORPS DV ROY ET CONCIERGE DV
CHASTEAV DE HAMBYE DECEDE LE SIXIESME IOVR
DAOUST EN LANNEE 1657 PRIES Pr MOY †

Et devant une croix, sur une pierre tumulaire :

A LA MÉMOIRE
D’ANTOINE DAVID ROGER
LETULLIER
ANCIEN PROCUREUR
DU ROI EN L’ELECTION
DE COUTANCES
PREMIER SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT
DE LA MANCHE
MAIRE DE HAMBYE
SON LIEU NATAL
OÙ DANS SA 73e ANNÉE
LE 10 8bre 1823
IL EST DÉCÉDÉ
JUGE DE PAIX DE LA VILLE
ET CANTON DE COUTANCES.

A Hambye, comme dans beaucoup d’autres paroisses, on a fait des marches avec des pierres tumulaires.

L’église est sous le vocable de saint Pierre ; elle était comprise dans l’archidiaconé du Val-de-Vire et dans le doyenné de Gavray. L’abbaye de Hambye en avait le patronage et nommait à la cure, qui payait une décime de 20 livres : elle dîmait tout, même les novales, le lin et le chanvre : percipit omnes garbas etiam novalia, et linum et canabum. Le curé n’avait que le reste, Rector percipit residuum. Ce fut Guillaume Paynel qui donna cette église à l’abbaye le jour qu’il fonda cette maison religieuse : Donavi, dit la charte de fondation, ecclesiam de Hambeia cum pertinentiis suis in perpetuum possidendam. Cette donation fut plusieurs fois confirmée par la famille Paynel... [3]

Le château avait une chapelle sous le vocable de saint Nicolas. Chaque année, le jour de Pâques, l’abbaye de Saint-Sever [4] était tenue d’y envoyer un moine qui célébrait la messe. Ce religieux devait d’abord se présenter à l’abbaye de Hambye, et se rendre ensuite en chasuble depuis l’abbaye jusqu’au château, accompagné d’un ermite de Saint-Gerbold, qui lui servait la messe.

Guillaume Paynel, chevalier, seigneur de Hambye, aumôna, en 1272, les religieux qui desserviraient la chapelle Saint-Nicolas, placée dans son château, d’une acre de terre, unam acram terrae sitam in parochia de Hambeja. L’abbé de Hambye avait précédemment permis à Foulques Paynel de choisir, pour le service de sa chapelle, celui des religieux qui lui conviendrait, à l’exception cependant de l’abbé, du prieur et du bailli : exceptis tribus videlicet abbate, priore et ballivo. [5]

Faits historiques

On a trouvé à Hambye de ces instruments en bronze qu’on désigne ordinairement sous le nom de coins ou haches, et qui sont antérieurs à l’époque galloromaine.

Le château de Hambye a toujours été possédé par de puissants barons.

Sur les listes des seigneurs normands qui jouèrent un rôle important lors de la conquête de l’Angleterre, on lit les noms de Raoul et de Guillaume Paynel : ils appartenaient l’un et l’autre à l’une des plus riches et des plus grandes familles de la province. Guillaume-le-Conquérant, voulant récompenser Raoul Paynel des services qu’il en avait reçus, lui concéda en Angleterre un grand nombre de seigneuries dans divers comtés. On lit qu’il en avait jusqu’à 45 dans celui d’York.

Cette famille donna son nom à plusieurs paroisses, et les seigneuries qu’elle avait en Normandie étaient aussi nombreuses que les concessions qu’elle avait obtenues en Angleterre. Ainsi, elle posséda avec Hambye les seigneuries d’Agon, d’Ouville, de Regnéville, Chanteloup, Bricqueville-les-Salines, Lingreville, la Haye-Pesnel, Percy, Moyon, d’Agneaux, et plusieurs autres.

On trouve au nombre des seigneurs et chevaliers normands qui, sous Philippe-Auguste, avaient le droit de porter bannière, [6] Foulques et Jean Paynel. L’un et l’autre prêtèrent serment au roi dans une grande assemblée qui eut lieu à Rouen, au mois de novembre 1205.

Parmi les barons normands renommés dans le XIVe siècle, et à la fin du XIIIe, figurent le sire de Hambye, Jean Paynel de Marcey, Paynel de Moyon, Fouques Paynel, Raoul Paynel, Guillaume Paynel d’Agon, Guillaume Paynel de Bracqueville, et Thomas Paynel. [7]

La seigneurie de Hambye, à cette époque, valait 1,200 livres de revenu ; c’est ce que nous apprend un acte de l’an 1327, dans lequel on lit : « M. Fouquier Paenel chevalier tient Hambye o ses appartenantes cest assavoir Bréhal Ouville Hauteville Courtil en la vicomté d’Avranches et valent les choses dessus dites autant comme il en demeure en sa main environ 1200 liv. de revenus. »

Ce Fouquier Paynel figure au nombre des cinquante nobles seigneurs normands qui, en 1339 [8], revêtus des pouvoirs et procurations des prélats et gens d’église des autres nobles des citoyens habitants des villes et de tout le commun peuple de Normandie, s’engagèrent par un traité fait devant notaire à fournir pendant dix semaines 4,000 chevaliers, hommes d’armes, et 2,000 hommes de pied, pour aider au roi de France à faire, au nom de Jean, son fils, duc de Normandie, la conquête du royaume d’Angleterre ; parce que Jean en serait proclamé roi, et que ceux qui l’auraient accompagné obtiendraient des concessions dans le pays conquis. Cet acte prouve combien était grande la haine des Normands contre l’Angleterre, puisqu’ils en voulaient faire une seconde fois la conquête.

Après Foulques Paynel, on trouve Jehan Paynel, qui était chevalier, capitaine de la frontière des pays de Normandie ; et Guillaume Paynel, chevalier, sire de Hambye, aussi capitaine commis et establi par le roi ès parties du Costentin.

Le château de Hambye était trop important pour n’être pas attaqué par les ennemis de la France. Aussi, en 1362, les Anglais et les Soldats du roi de Navarre l’occupaient et y avaient une garnison. Les chefs qui les commandaient les envoyaient chevaucher de jour en jour sur la ville de Saint Lo, prenant gens d’icelle ville, emmenant plusieurs personnes tenues en leurs fors, et avec ce les marchands fréquentant la dite ville de Saint Lo ont été par eux dérobés de leurs draps et autres biens. Aussi, « par un mandement du 17 juin 1362, des élus de par le roi en la cité de Rouen, sur le fait de l’aide ordonnée à lever pour la délivrance du roi, fut-il enjoint à ceux du diocèse et cité de Coutances, pour qu’ils aient à rabattre la somme de 200 livres tournois sur la ferme des draps de la ville de Saint Lo, dont les marchands avoient été pillés, emmenés prisonniers et même mis à mort par les Anglois et Navarrois de la garnison de Hambye. » [9]

Un Guillaume Paynel, baron de Hambye et seigneur d’Ollonde, ayant épousé, dans le cours du XIVe siècle, Jeanne Bertrand [10], de la puissante famille de Bricquebec, se trouva possesseur de la baronnie de Bricquebec et des domaines étendus qui en dépendaient. Ils eurent un fils du nom de Guillaume, qui posséda, après eux, les châteaux de Hambye et de Bricquebec, et les laissa à son fils, aussi nommé Guillaume.

Ce Guillaume épousa une de ses parentes, fille d’Olivier Paynel, seigneur de Moyon. Il ajouta, par cette alliance, la grande baronnie de Moyon à celles que déjà il possédait. Cet Olivier Paynel avait eu pour femme Isabelle de Meullan du Neufbourg, dame du Mesnil-Patry.

Nicolas Paynel, fils de Foulques Paynel et d’Agnès de Chanteloup, épousa, vers l’année 1393, Jacqueline de Varenne, veuve de Raoul Tesson, seigneur du Grippon. Ce Nicolas Paynel et Foulques Paynel partagèrent, en 1413, la succession de leur frère Jean Paynel, mort sans enfants. Voici quelques passages de l’acte de partage :

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront Jean Boivin clerc garde des sceaux des obligations de la vicomté de Coutances salut. Scavoir faisons que par devant Jean Lengronne tabellion juré et commis au siège de Cenilly ce sont les partyes d’héritages que fit messire Nicole Paisnel chevalier seigneur de Moyon à monsire Foulques Paisnel chevallier seigneur d’Hambye et de Bricquebec des héritages qui leurs sont eschus de la mort et succession de feu monsire Jean Paisnel chevallier sire du Mesnil Ceron leur frère. Suit le détail de tous les biens qui composent chaque lot. On voit que le premier lot demeura par non choix à monsire de Moyon et quant à ce que dit est les dits chevalliers chacun en son fait obligèrent eux et leurs hoirs et tous leurs biens présents et à venir en témoing de ce nous gardien des sus dits à la relation du dit juré nous avons mis à ces lettres le scel dessus dit sauf autruy droit. Ce fut fait en la presence de monsire Charles de Dinan et monsire Guillaume de la Haye chevalliers le quatrième jour doctobre lan de grâce mil quatre cent treize. » [11]

En l’année 1421, il y eut une revue de la garnison du Mont-Saint-Michel ; on y vit paraître entre les chevaliers messire Nicolle Paisnel banneret. Ailleurs on lit : La monstre de messire Nicolas Paynel chevalier banneret et quatre chevaliers bacheliers et quatorze escuyers de sa chambre........

Un Nicolas Paynel, peut-être celui qui figura à la revue, épousa Jeanne de la Champagne, baronne de Gacé. Il n’en eut pas d’enfants, et laissa son immense fortune à Jeanne Paynel restée l’unique héritière de cette riche et puissante famille. Jeanne, en épousant le sire Louis d’Estouteville, dont les aïeux avaient aussi figuré à la bataille d’Hastings avec les Paynel et les Bertrand, lui apporta en dot les baronnies de Hambye, de Bricquebec, de Gacé et de Moyon.

Le sire d’Estouteville ne devait pas jouir long-temps de ses nombreux domaines. L’année même de son mariage fut livrée cette sanglante bataille d’Azincourt, si funeste à la France. Henri V, roi d’Angleterre, se fut bientôt rendu maître de la capitale et des deux tiers des provinces. Il se jeta sur la Normandie, et s’empara de plusieurs villes. Ce fut Nicholle Paynel, gardien de Coutances, qui, après capitulation, rendit cette ville au comte de Hantitonne, qui commandait les troupes anglaises.

Louis d’Estouteville, sire de Hambye, était alors gouverneur du Mont-Saint-Michel. Secondé par 119 braves gentilshommes qu’il commandait, il conserva cette forteresse à son prince légitime contre les Anglais, qui, en l’année 1423, s’assemblèrent en bon nombre vinrent poser le siège devant iceluy tant par mer que par terre. Au nombre des cent dix-neuf braves on trouve le sieur Paisnel. [12]

Henri V s’empara des domaines de Louis d’Estouteville. Jehan de Soule, écuyer de messire Philippe de la Haye, chevalier et capitaine de Hambye, rendit le château aux Anglais, commandés par le comte de Glocester, qui permit à la garnison de sortir et de se retirer. [13]

Le roi, le 13 mars 1418, donna la baronnie de Hambye et celle de Bricquebec à Guillaume de la Pole, comte de Suffolk, un de ses plus grands capitaines. Voici les termes de cette donation, datée de Bayeux : [14]

« Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d’Angleterre, seigneur d’Irlande, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Faisons savoir que de notre grâce spéciale, et à cause des bons et loyaux services que notre très-cher parent Guillaume, comte de Suffolk, nous a si admirablement rendus jusqu’à ce jour, nous lui donnons et concédons les châteaux et domaines de Hambye et de Bricquebec, avec leurs dépendances et tous les autres fiefs héréditaires, terres, possessions qu’a eues Fouques Paynel "chivalier" mort dans notre duché de Normandie, pour en jouir lui le dit comte et ses héritiers de mâle en mâle avec les dignités, franchises, droits, donations quelconques, appartenant aux dits châteaux, domaines, ainsi qu’aux fiefs héréditaires et autres possessions, situés dans notre duché de Normandie, de la même manière qu’en jouissait le dit Fouques ou tout autre, à charge d’hommage à nous et à nos héritiers, et de nous fournir à perpétuité un cavalier armé le jour de la fête Saint-Georges, à notre château de Cherbourg, nous réservant la haute justice et tout autre droit qui nous appartient ou pourrait nous appartenir. Parce que encore le dit comte ou ses héritiers nous fourniront à leurs frais six hommes armés et douze arbalétriers pour chevaucher avec nous, nos héritiers, ou notre lieutenant, tant que durera la présente guerre, parce que la guerre finie, il ne fera plus ce service qu’en partie. En foi de quoi nous avons rendu publiques les présentes lettres. Donné dans notre ville de Bayeux, le 13e jour de mars, et de notre règne la cinquième année. » [15]

Le comte de Suffolk était encore seigneur de Hambye en 1427. Dans un acte de cette époque, il prend les titres de comte de Suffolk et de Dreux, seigneur de Craon, Bricquebec et Hambye. Il parait que tant que dura la domination anglaise, il serait resté maître de la baronnie de Hambye, et qu’il l’aurait possédée jusqu’après la bataille de Formigny, [16] qui fut bientôt suivie de l’expulsion entière des Anglais du territoire français. Ce furent le duc de Bretagne et le connétable de Richemont qui reprirent le château de Hambye et en chassèrent les Anglais, au mois de mai 1450.

Charles VII, redevenu maître de son royaume, rendit à Louis d’Estouteville, qui lui était resté fidèle, le château et la baronnie de Hambye, avec les seigneuries de Percy, de Moyon, de Chanteloup et de Bricquebec. [17]

Quoique les Anglais eussent perdu toutes les forteresses qu’ils occupaient dans le Cotentin, cependant il leur restait encore dans le pays, et notamment à Hambye et à Chanteloup, plusieurs compagnies de troupes qui inquiétaient les habitants. Elles reçurent injonction de se retirer, et elles abandonnèrent leur position dans le délai de dix jours qui leur avait été accordé. [18]

Louis II d’Estouteville, baron de Hambye et de Bricquebec, seigneur de Vallemont et de Hottot, était grand sénéchal de Normandie en 1467. Louis I d’Estouteville l’avait été en 1413.

Pendant les troubles du XVIe siècle, le château de Hambye a dû jouer un rôle ; mais je n’ai trouvé aucun fait historique précis, et même la tradition est très-incertaine.

La seigneurie de Hambye, depuis la fin des guerres civiles, perdit peu à peu son ancienne importance.

Adrienne d’Estouteville, fille et unique héritière de Jean d’Estouteville, avait apporté en mariage, en l’année 1534, à François de Bourbon, comte de Saint-Paul, fils puîné de François de Bourbon, comte de Vendôme, la baronnie de Hambye.

Léonor d’Orléans, duc de Longueville et d’Estouteville, ayant, en 1563, épousé Marie de Bourbon, se trouva seigneur de Hambye.

On voit qu’à la fin du XVIIe siècle, la châtellenie de Hambye appartenait à la duchesse de Longueville, et qu’ensuite elle fut possédée par la duchesse de Nemours. Alors, elle s’étendait sur une partie de Bourrey, du Loreur, de Montmartin, de Hauteville-sur-Mer, de Cérences, en entier sur Bréhal et Hudimesnil, et elle était d’un revenu de 10 à 12 000 livres,

La baronnie et la seigneurie de Hambye devinrent, en l’année 1725, la propriété des Matignon de Thorigny, qui, vers la fin du règne de Louis XIV, avaient changé leur nom pour celui de Grimaldi, et qui, plus tard, par suite d’un mariage, prirent le nom, les armes et les titres du prince de Monaco, duc de Valentinois. Un arrêt du Conseil du roi de 1726 porte union des fiefs et de la baronnie de Hambye au comté de Thorigny en faveur de M. de Matignon. [19]

Il y avait, dans le XVIIe siècle, à Hambye, deux fiefs nobles. Le fief de la Châtellenie de Hambye, avec extension sur Percy, Montabot, Chevry et Ouville, appartenait au duc de Longueville.

L’autre, nommé le Fief de l’Abbaye, était possédé par l’abbé et les religieux de Hambye.

En l’année 1652, les cinq traits ou provostés du Moustier, de Trouey, d’Amonthambye, du Bourg et du Mesnil-Gonfroy, sis en la paroisse de Hambye, et dépendant de la châtellenie du même nom, se composaient : le premier trait, de seize fiefs ; le second, de vingt-quatre ; le troisième, de vingt-un ; le quatrième, de vingt-six ; et le cinquième, de vingt-six.

On comptait aussi à Hambye, à la même époque, quatre moulins. Le duc de Longueville avait ceux de Mauny et de la Chaussée. Chacun d’eux était banal, et leur revenu était de 800 livres. Celui des religieux, banal aussi, valait 300 livres.

C’est sans doute le moulin qu’on voit à peu de distance des bâtiments de l’abbaye. Un moulin à foulon rapportait 60 livres.

Château de Hambye

Le château de Hambye et sa forteresse ont complètement disparu. Lorsque je visitai l’emplacement où ils s’élevaient, je ne reconnus plus que l’orifice d’un puits creusé à une grande profondeur, dans une roche de grès schisteux. En parcourant ces lieux, où se trouvait jadis un des plus grands châteaux du pays, une des forteresses les mieux défendues, on se sent vivement impressionné au souvenir de tous ces sires, de tous ces barons de Hambye, qui, en France comme dans les pays lointains, furent l’honneur et la gloire du nom normand.

Le château était placé sur un tertre, à l’extrémité du bourg de Hambye, qu’il dominait. Il était de forme carrée, d’après ce que me dirent des personnes âgées, et qui en avaient encore vu une partie.

Le donjon avait plus de cent pieds de hauteur ; son sommet était garni de créneaux, et il avait à chaque angle une petite guérite en pierres, soutenue par des consoles. On prétend qu’il fut terminé par Louis d’Estouteville et Jeanne Paynel. Comme le château de Hambye paraissait être du XIVe siècle, et en avait sans doute remplacé un autre qui remontait au Xe ou XIe siècle, il est possible que, dans le XVe siècle, Jeanne Paynel et Louis d’Estouteville aient fait exécuter des travaux à cette forteresse, et en aient augmenté les moyens de défense.

Presque tous les appartements étaient voûtés.

On avait établi des citernes destinées à recevoir et à conserver les eaux pluviales, parce que sans doute on craignait que celles du puits fussent insuffisantes pour les besoins de la garnison.

La chapelle était placée au rez-de-chaussée du donjon. Sous l’escalier de ce donjon et près de la chapelle, il existait une basse-fosse.

Une des tours se nommait la tour de Moyon. On sait que, dans le XIVe siècle, les Paynel possédaient la baronnie de Moyon et celle de Hambye ; celui des membres de cette famille qui fit construire cette tour lui donna le nom de sa seigneurie de Moyon.

Une légende ou histoire merveilleuse se rattache au château de Hambye, et j’en dois le récit ; car tout ce qui est relatif au moyen-âge, tout merveilleux que cela soit, est souvent de l’histoire.

Dans l’antique château de Hambye vivaient un preux chevalier et une châtelaine d’une grande beauté. Le chevalier partageait son amour entre sa dame et ses armes, tant était grande son ardeur pour la gloire des combats. Un soir, à la veillée, pendant que la châtelaine faisait à l’aiguille une tapisserie, un de ces rapsodes ou ménestrels qui parcouraient les manoirs et les châteaux redisait au châtelain les malheurs des habitants de Jersey, dont un énorme serpent ou dragon ailé désolait l’île. Aussitôt le sire de Hambye forme le projet d’aller combattre ce monstre. Le lendemain, on le vit échanger avec la châtelaine un gage de souvenir, se revêtir de son armure, s’élancer en selle, suivi d’un seul écuyer. Le pont-levis s’abaissa pour le laisser passer, et, après un dernier regard d’adieu donné à la châtelaine, qui se tenait à l’une des fenêtres du vieux manoir, on le vit s’éloigner dans la plaine.

Le sire de Hambye, arrivé à Jersey, se fait indiquer l’endroit où se trouve le serpent. Bientôt il l’aperçoit roulant son corps sinueux sur le gazon. Il s’élance aussitôt, la visière baissée et la lance en arrêt, contre ce redoutable ennemi. Le fer de la lance se brise contre la dureté des écailles. Le chevalier tire son épée ; mais le cheval, qu’une morsure du serpent a empoisonné, tombe frappé de mort. Le sire de Hambye se dégage de ses étriers, et un combat à mort s’engage entre lui et le serpent.. L’écuyer effrayé s’enfuit, abandonnant lâchement son chevalier. Après un rude combat, le monstre enfin expire percé de coups. Alors l’écuyer revient près da son maître, qui, épuisé de fatigue, se débarrasse de son armure et s’endort.

Le lâche écuyer, voyant son seigneur et maître livré au sommeil, conçoit l’affreuse pensée de l’assassiner. Il va ensuite trouver les habitants de l’île, et leur fait un récit mensonger. Le serpent a tué le noble chevalier, et lui, pour venger sa mort, a plongé son épée dans la gueule béante du monstre. Le sire de Hambye fut enterré dans le lieu témoin de sa victoire, et les trop crédules habitants attestèrent comme vrai le récit faux qui leur fut fait.

Muni de ce témoignage, l’écuyer revient au château de Hambye, et s’y présente comme le vengeur de l’époux de la châtelaine.

Lorsque le deuil de la dame de Hambye fut passé, le criminel écuyer ne craignit pas d’aspirer à la main de celle qu’il avait rendue veuve. Les parents paraissaient agréer cette union ; la châtelaine seule éprouvait une répugnance invincible.

Le ciel frappa le coupable écuyer d’un châtiment exemplaire. Partout il lui semblait voir son maître devant lui. Un jour, il entre dans l’appartement qu’occupait la châtelaine, et aussitôt il aperçoit le sire de Hambye auprès de celle dont il venait demander la main. Un autre jour, invité à un festin que donne la famille, c’est encore son maître qu’il trouve à la place même qui lui est destinée. Alors il quitte la salle, poussant des cris affreux, et, dans un accès de délire, il avoue son crime. Aussitôt il fut arrêté, et, après jugement, dégradé de l’ordre sacré de la chevalerie, et pendu en dehors de l’enceinte du vieux manoir de Hambye.

La dame de Hambye fit élever un tombeau à la mémoire de son noble mari, dans l’île de Jersey, sur une colline qu’on nomme encore aujourd’hui Hougue-Bie, c’est-à-dire Colline de Bie.

Hambye est un ancien bourg qui dépendait de l’élection de Saint-Lo et de la sergenterie de Gavray. Aujourd’hui il fait partie du canton de Gavray. Il s’y tient dans l’année plusieurs foires, et un marché chaque semaine.

Château de Mauny

A peu de distance de l’abbaye de Hambye, et près de la rivière de Sienne, on rencontre l’emplacement d’un autre château, nommé le Château de Mauny. Elevé dans les premières années du XIVe siècle, il n’eut un peu d’importance que pendant cent cinquante ans environ ; car, dès le XVIe siècle, il ne pouvait plus servir de point de défense.

La famille Mauny, dont le château-fort portait le nom, était étrangère au pays, où elle n’était venue s’établir que dans le XIVe siècle, à la suite du connétable du Guesclin.

Jean-Hervé de Mauny était un seigneur breton, parent du connétable du Guesclin. Il le suivit dans presque toutes ses expéditions. En l’année 1370, il acheta de l’amiral Jean de Vienne la seigneurie de Torigny, et deux ans après Charles V le fit un de ses chambellans et un des capitaines généraux de la Normandie. Plus tard, Hervé de Mauny et Guillaume Paynel, baron de Hambye, commandaient les troupes du roi dans le Cotentin. [20]

Cette famille fut dépossédée de sa seigneurie de Torigny par les Anglais, lorsque, dans le XVe siècle, ils se rendirent maîtres de la Normandie. Un de ses membres, Olivier de Mauny, [21] épousa Catherine de Thieuville, héritière de la branche aînée des seigneurs du Mesnil-Garnier.

Je n’ai trouvé mentionné dans les historiens du Cotentin aucun fait historique relatif au château de Mauny.

Abbaye de Hambye [22]

L’abbaye de Hambye, de l’ordre de saint Benoît, dédiée à la Vierge Marie, s’élevait au pied d’un rocher, ad radicem montis abrupti, à peu de distance du vieux château, non longe ab antiquo Hambeiae castello, et dans un riant vallon où serpente la rivière de Sienne. On a remarqué le soin que mirent, dès le X ??e siècle, les pieux fondateurs d’abbayes et de maisons religieuses à toujours les établir près d’une rivière, ou au moins d’un ruisseau d’eau vive.

On entre dans la cour de l’abbaye par deux portes cintrées : l’une, grande et assez large pour les charrettes ; l’autre, moins grande, pour les gens de pied. La grande porte est ornée d’un rang de petites moulures rondes, figurant des têtes de clous. Il y avait au dessus un écusson aux armes des Paynel. Ces armes ont en grande partie disparu. Suivant les uns, elles étaient d’or à deux fasces d’azur à une orle de merlettes de gueules. [23] Suivant d’autres, elles étaient d’or à deux fasces d’azur à neuf merlettes de gueules, 4, 2, 3.

La petite porte présente comme ornement une garniture denticulée.

Les ruines de l’église sont encore imposantes et dignes d’être visitées. A leur vue, on est saisi d’un sentiment d’indignation contre ces vandales et ces barbares de la fin du XVIIIe siècle, qui entreprirent de régénérer la société en incendiant et en détruisant ces admirables basiliques, ces vieux donjons qui redisaient la bravoure comme la piété de nos aïeux, et avaient fait appeler notre belle province la terre classique des églises et des châteaux.

Cette église est à gauche, en entrant dans la cour ; elle se compose d’un chœur, d’une nef, de bas-côtés régnant autour du chœur, et de cinq chapelles qui rayonnent le long des bas-côtés.

La nef est antérieure au chœur ; elle annonce un peu l’époque de transition. Commencée à la fin du XIIe siècle, elle n’a été achevée que dans les premières années du XIIIe. Le chœur est de la fin du XIIIee siècle ou de la première partie du XIVe. Quelques travaux de réparation paraissent y avoir été exécutés dans le XVe siècle.

On remarque dans cette église de longues et étroites fenêtres dont l’ogive représente presque un fer de lance, ce qui a fait donner à cette forme de fenêtre, par les antiquaires anglais, le nom de lancette. On y en voit aussi de plus courtes, géminées et renfermées dans une plus grande ogive. Un trèfle occupe le centre de l’arcade.

De belles colonnes s’élancent d’un seul jet jusqu’au haut des voûtes. Celles qui règnent autour du sanctuaire sont légères, géminées et de forme cylindrique.

Plusieurs chapiteaux sont ornementés, les uns avec des palmettes, des volutes ou fleurs enroulées, les autres avec des animaux à corps ou figures bizarres. On remarquait encore, il y a quelques années, une scène de chasse sur le chapiteau d’une courte colonne en granit, monolithe, vers le transept, côté de l’évangile : sur ce chapiteau l’artiste a grossièrement sculpté un chasseur tenant de la main droite une lance ou épieu, et de la gauche un olifant dans lequel il souffle fortement. Deux chiens le devancent, poursuivant un cerf. Sous chaque angle du tailloir qui est carré un arbre étale ses rameaux : les arbres figurent sans doute un bois, une forêt. Cette scène se reproduit souvent dans l’architecture du XIIe siècle.

Le clocher, qui, dit-on, était d’un style fort élégant, s’élevait entre chœur et nef. Sa voûte existe encore. Il était soutenu par quatre piliers élancés de figure hexagonale.

La partie absidale de l’église est en forme de rond-point.

L’église est entièrement dépavée. Elle avait conservé un grand nombre de pierres tumulaires. Jeanne Paynel et Louis d’Estouteville, son mari, regardés comme les restaurateurs d’une partie de l’église du monastère, reposaient dans le milieu du chœur. Leur tombe était fermée par une grande pierre tumulaire plate offrant une épitaphe marginale en français, et revêtue, dans sa partie moyenne, d’une tablette en cuivre sur laquelle était sans doute représentée l’effigie des deux époux. [24]

Plusieurs tombeaux des membres de la famille des fondateurs étaient placés dans les chapelles et dans les entre-colonnements autour du chœur. On en remarquait un surtout très-curieux : c’était un guerrier, représenté couché, les mains jointes sur la poitrine, en costume militaire. Sur son écu, attaché au bras gauche, on distinguait les armes des Paynel.

Des actes de donations ou de fondations de messes et d’obits nous font connaître sous quels vocables étaient quelques-unes des chapelles de l’église de l’abbaye. Ainsi, Lesceline de Subligny donna à la chapelle Sainte-Catherine, et pour le soulagement des moines infirmes, six acres de terre de son domaine de Marcey ;... videlicet capellae Sanctae Catherinae abbatiae de Hambeja.

Noble et puissant chevallier messire Nicolas Paisnel seigneur de Bricqueville-sur-la-Mer fonda quatre messes de requiem par chacune semaine pour le salut de lame de luy de madame Marie de la Marche sa femme et pour madame Agnès de Chanteloup sa mère... Suit le détail des objets donnés... Et furent icelles messes fondés lan mil trois cent quatre vingt dix huit et trépassa le dit chevallier lan mil quatre cent en retournant du pardon de Rome et en gist le corps en lhopital de Montflacon et le corps de madame Marie sa femme gist en la chapelle Saint Jacques de cette abbaye et le corps de madame Agnès sa mère gist devant la chapelle Saint Jean.
Comme feu de noble mémoire monsire Guillaume Paisnel sire d’Hambye naguère allé de vie à trepassement en son testament ou deraine (dernière) volonté eut esleu sa sepulture en labbaye du dit lieu d’Hambye qui fondés fut par ces prédécesseurs et aussy noble dame madame Jeanne Paisnel dame de Moyon sa compagne eut pareillement esleu sa sepulture en la dite abbaye et à relligieux abbé et couvent djcelle abbaye et à leurs successeurs eut le dit seigneur donné affin dheritage trente livres de rente à estre pris en franc fieu pour le salut des ames de ses père et mère et autres ancesseurs de luy de la dite madame Jeanne Paisnel dame de Moyon sa compagne et de touts leurs successeurs et amis et parmy ce que jceux relligieux et leurs successeurs seroient tenus et obligés dire et célébrer chacun an quatre obits solennels dont la messe sera ordonnée à diacre et sous diacre cest a scavoir aux quatre temps de lan et outre ce par dessus seront tenu dire et célébrer perpétuellement chacune semaine trois messes à la chapelle Saint Michel que le dit feu sire dHambye avait fait faire à la dite abbaye et avant qu’il eu peu avoir passé lettres devant tabellion royal fut aller de vie a décéder... nobles hommes Guillaume Paisnel Foulques Paisnel Colin Paisnel Jean Paisnel escuyers enfans et héritiers du dit feu sire dHambye lesquels en accomplissant la bonne dévotion de leur dit père par le consentement et le conseil de la dite madame leur mère de révérend père en Dieu monsieur l’évêque de Coutances et de plusieurs autres et de leurs amis rattifierent approuvèrent et eurent agréable le dit don des trente livres de rente pour les causes et en la manière dessus touchés... Ce fut fait en la présence de Guillaume Despas et de Raoul de Monde le quatorzième jour davril lan de grâce mil quatre cent quatre.

Messire Jean Paisnel chevallier seigneur du Mesnil Ceron du quel le corps repose en la chapelle de la Magdelaine de cette abbaye fonda quatre obits et trois messes la semaine la première de la Trinité la seconde de Nostre Dame et la tierce de St. Jacques et St. Christophe pour le salut de lame de lig et de son père de sa mère et de ses frères et pour ce donna et aumosna afin dheritage pour jceux obits et messes fondés le fieu de Lengronne le quel don après le trepassement du dit seigneur du Mesnil Ceron le dit messire Foulques Paisnel seigneur de Moyon de Créances et de Chanteloup frères aisnés et héritiers du dit seigneur du Mesnil-Ceron eurent et agréable et pour ce baillèrent au dit abbé a héritage la saisine et possession du dit fieu de Lengronne et fut ce fait lan de grâce lan mil quatre cent treize. [25]

Les bâtiments claustraux étaient voisins de l’église, et les moines pouvaient se rendre à l’office à couvert et sans traverser ni les cours, ni les jardins. On remarque dans le bas-côté méridional de l’église la porte par laquelle ils entraient.

La salle du Chapitre est encore entière. Un rang de colonnes la divise en deux. Sa voûte est en pierre, et ses arceaux croisés sont formés de tores bien profilés et de cannelures soigneusement évidées. Des fleurons ornent leur point de jonction, et des volutes garnissent les chapiteaux. Cette salle, qui se termine par un rond-point, et dont les murs sont tapissés de quinze arcades ogivales aveugles ou bouchées, est bien conservée, et offre un beau type de l’architecture à ogive du XIIIe siècle.

Près de la salle capitulaire, on trouve la Salle des morts, ainsi nommée, parce qu’après leur mort on y déposait les religieux jusqu’à leur inhumation. Sa voûte en pierre n’est soutenue au centre que par un pilier cylindrique.

La cuisine est placée à côté, et un pilier central soutient sa voûte, qui pareillement est en pierre.

On voit encore la longue galerie couverte que suivaient les religieux lorsqu’ils se rendaient à l’église, et le long de laquelle règnent les chambres qu’ils occupaient. Cette partie des bâtiments date du XVIIe siècle.

L’une des chambres, appelée Chambre du meurtre, [26] est voûtée en pierre, et fermée par une porte en fer. C’était dans cet appartement qu’on déposait les papiers, les archives et les chartes de l’abbaye.

Dans une chambre, au premier étage, et qui peut-être était celle de l’abbé, on remarque une cheminée dont le trumeau est orné d’anges qui jouent dans des grappes da raisin et autres fruits. Un lion repose sur chaque colonne, placée à droite et à gauche du trumeau.

L’abbaye de Hambye fut fondée vers l’année 1145. Son fondateur, Guillaume Paynel, descendait de Raoul Paynel, un des seigneurs normands qui allèrent avec Guillaume conquérir l’Angleterre. Il donna la charte de fondation en présence de ses quatre fils, Hugues, Jean, Fouques et Thomas, et d’Algare, évêque de Coutances, qui lui inspira la pensée de cette fondation. Cette charte est en latin ; en voici la traduction :

« Qu’il soit connu à tous, présents et à venir, que moi Guillaume Paisnel, de l’avis et du consentement de mes fils Hugues, Fouques, Thomas et Jean, j’ai fondé une abbaye sur mon propre héritage, à Hambye, pour le salut de mon âme et de celles de mon père, de ma mère et de mes ancêtres ; pour la construction de laquelle et pour l’entretien des frères qui serviront Dieu en ce lieu, j’ai donné à perpétuité l’église de Hambye avec tout ce qui en dépend ; deux charruées de terre en cette même paroisse ; la dîme de tous les revenus des terres que je possède dans l’évêché de Coutances ; la moitié de la laine des moutons, et trois livres de cire à prendre sur le Mont-Saint-Michel ; tout mon sel de Verdun ; le panage de leurs porcs, et l’exemption de toute coutume ordinaire pour leurs hommes et serviteurs ; le lieu où est située l’abbaye, avec tous les droits d’eau des deux côtés, et l’île qu’elle forme ; et encore cette partie de la forêt qui a été séparée par des devises, et la lande de Meley ; en outre, une maison de retraite dans la forêt qui m’appartient aux Moutiers-Hubert, avec ce qui en dépend, savoir :
cette partie de la même forêt qu’on a partagée par des devises, deux charruées de terre, deux acres de pré, un jardin et toutes les dîmes de mes revenus du château des Moutiers-Hubert. Le terme de ces donations est la Saint-Michel ; à la charte desquelles j’ai fait apposer mon sceau, afin que personne n’ose y attenter par quelque machination que ce puisse être. Témoins Algare, évêque de Coutances, à la recommandation duquel j’ai entrepris cette œuvre ; Théodoric, abbé de Saint-Lo ; Roger, Gislebert et Philippe, archidiacres ; Robert de Hambye, Roger de Lizors, Hugon de Neuville, Silvestre, Thomas et Jean Paisnel, Guillaume de Verdun, Jean de Gavray, Guillaume de Tresgoz, et beaucoup d’autres.
 » [27]

Alexandre III, Grégoire X et plusieurs autres papes accordèrent à l’abbaye de Hambye des privilèges et des immunités. Elle compta au nombre de ses bienfaiteurs Henri II, duc de Normandie et roi d’Angleterre, les Paynel, Lesceline de Subligny, Eléonore, comtesse de Salisbury, André de Vitry, Foulques de Chanteloup, Nicolas et Jourdain de la Haye, Henri et Guillaume de Thieuville, Guillaume de Tresgoz, seigneur de Saint-Romphaire, son fils Geoffroi, Guillaume Carbonnel, Guillaume de Montaigu, seigneur de Guéhébert, Guillaume et Jean de Brucourt, Jeanne Paynel, et Louis d’Estouteville, son mari. [28]

L’abbaye de Hambye possédait le patronage des églises de Pont-Flambart, Quesnay, Bréhal, Mesnil-Bonant, Tribehou, Saint-Romphaire, Lolif, Marcilly, Crollon, Subligny, Ronthon, du Grippon et de Notre-Dame-des-Houlettes aux Moutiers-Hubert, [29] ainsi que le prieuré de la Genevraie. [30]

Ce fut Foulques Paynel qui lui donna les églises de Bréhal et de Quesnay, avec tout ce qui en dépendait ; la dîme aussi de la foire de Bréhal, celle de la mouture et des anguilles de son moulin de Quesnay. Guillaume, son fils, donna à l’abbaye vingt quartiers de froment sur ses moulins de Bréhal. [31]

Lesceline de Subligny lui donna, pour le salut de son âme, de celles de son père, de sa mère, de Foulques, son mari, de Guillaume, son fils, en pure et perpétuelle aumône, les églises de ses fiefs en Angleterre et en Normandie. Elle l’aumôna encore de toute la dîme de son fief et de son héritage de Pont, afin d’avoir le vin nécessaire pour les messes qui seraient célébrées dans l’église du monastère. [32]

Le patronage de l’église de Tribehou lui fut donné par Raoul de Tribehou.

Voici la liste des abbés qui ont gouverné l’abbaye depuis sa fondation jusqu’en 1789 :

I.— Foulques. Il obtint pour lui et ses religieux, de Richard de Bohon, évêque de Coutances, une charte par laquelle l’évêque confirmait toutes les donations que ses diocésains avaient faites par ses mains ou en sa présence à Dieu et à ses serviteurs, les religieux de Hambye, et il prononçait anathème contre tous ceux qui oseraient en violer la sainteté. D’après cet acte, l’abbaye avait les grosses dîmes de la paroisse ; on devait prendre sur les oblations et les autres menus revenus de l’autel ce qui serait nécessaire pour le luminaire et l’entretien du vicaire. [33]

II.— Roscelin. Le pape Alexandre III, par une bulle de l’an 1181, statua que les abbayes qui avaient adopté la règle de Hambye ne pourraient se soustraire à sa juridiction.
Plusieurs abbayes suivaient la règle monastique de Hambye. On comptait en France l’abbaye de Valmont [34] et celle de Longues. [35] En Angleterre, celles de Mulen, de Osmon et de Hubrestène.
Richard, évêque d’Avranches, donna à l’abbé de Hambye une charte confirmative de toutes les donations faites à l’abbaye.

III.— Guillaume Ier. Il est cité dans des chartes de 1197 pour l’abbaye de Savigny. [36] Il gouvernait encore l’abbaye en l’année 1209 ; car le pape le choisit avec Guillaume, évêque de Coutances, pour terminer une contestation qu’avaient les religieux de Lessay et ceux de Blanchelande.

IV.— Lucas. Il dirigeait l’abbaye en 1218. Philippe-Auguste, roi de France, lui donna une charte confirmative de toutes les donations faites à l’abbaye.
Guillaume Paynel confirma aussi, en 1230, la donation que sa femme Pétronille avait faite à l’abbaye de cent sols tournois pour le luminaire, ad luminare, à prendre, à la Saint-Michel, par les mains de son prévôt, sur les revenus du marché de Percy. [37]

V.— Jean Ier. En l’année 1234, il abandonna aux moines de l’abbaye la dîme de la paroisse de Saint-Romphaire, pour leur procurer des vêtements. On le trouve encore cité en 1240.

VI.— Hamon. Il figure, dans les années 1242 et 1243, sur des chartes en faveur de l’abbaye de Fontenay.

VII.— Hugues. Ce fut lui qui, en 1248, convoqua, dans l’abbaye de Sainte-Marie de Hambye, un chapitre général de l’ordre de saint Benoît, auquel se rendirent Robert, abbé de Lantenac, l’abbé de Longues, l’abbé de Valmont, le prieur du Merlerault, de Merula, [38] et celui de Buron. Entre autres décisions qui furent prises dans ce chapitre, on remarque celles qui suivent ; comme le texte est en latin, j’en donne la traduction :
« Quand, au chapitre, on fait lecture de la règle, elle doit être expliquée en langue française, en faveur des jeunes religieux. Les abbés et les moines, les malades exceptés, ne doivent pas coucher ailleurs que dans les dortoirs ; et aucun religieux, sinon l’abbé, ne doit avoir une chambre particulière.
Un malade ne doit recevoir sa portion que s’il se sent en état de la manger ; et si, après l’avoir acceptée, il ne peut la manger, ce qui reste doit être aussitôt porté à l’office.
Les religieux, une fois au réfectoire, n’en peuvent sortir qu’avec permission. Ils ne doivent pas entrer dans la cuisine. Pour boire ou manger à des heures outres que celles marquées, l’abbé ou le prieur doit les y autoriser.
Ni l’abbé, ni les religieux, ne doivent manger hors de l’abbaye, s’ils n’en sont à plus d’une lieue.
Si un religieux, dans l’abbaye ou hors de l’abbaye, se trouve ivre, il doit s’abstenir de paraître aux offices, et s’il s’y présente, il encourt des peines plus sévères.
Un religieux ne peut donner ou vendre ses vêtements et sa chaussure. Il ne peut de même accepter un dépôt sans l’assentiment de l’abbé ou du prieur, et ceux-ci ne le peuvent non plus sans la présence de personnes qui en pourraient témoigner.
Les serviteurs inutiles ou mal famés doivent être renvoyés des abbayes ou des prieurés.
Les copistes, "scriptores", ne peuvent, sans la permission du supérieur, recevoir aucun salaire pour leur travail, "scripturarum", et ce salaire doit vertir au profit du monastère.
Les religieux doivent s’abstenir de fréquenter les cabarets, les personnes et les lieux suspects.
Ceux qui auraient répandu le sang de leur prochain, "sanguinis effusores", ou auraient commis des énormités, "enormitatutn actores", doivent être jugés au prochain chapitre général. Jusques-là, ils doivent s’abstenir de paraître à l’autel, et deux fois par semaine jeûner au pain et à l’eau.
Si un moine est trouvé avec une femme, et qu’il n’y ait pas d’honnêtes témoins, la permission de sortir de l’abbaye doit à l’avenir lui être refusée.
 »
Ces détails sur la vie et les mœurs monastiques, dans le XIIIe siècle, ne sont pas sans intérêt.
Odon Rigault, archevêque de Rouen, fit, dans le cours du XIIIe siècle, plusieurs visites pastorales, afin de s’assurer de l’état des maisons religieuses et de leur discipline dans les divers diocèses suffragants de sa métropole. En l’année 1250, le 9 août, l’archevêque se transporta à l’abbaye de Hambye ; il y trouva dix-sept moines, dont deux habitaient chacun un prieuré, ce qui était contre la règle ; car ils devaient y vivre au moins deux. Ils se servaient tous du même calice. Il n’y avait dans la maison qu’un dortoir commun. On y observait fort mal la règle sur les articles de la confession, de l’abstinence et du jeûne. Les hôtes étaient mal reçus.
Le prélat constata encore que cette abbaye avait quatre prieurés et le patronage de six églises ; qu’elle jouissait de 600 livres de revenus et qu’elle était grevée de 4,100 livres de dettes, qu’enfin la gestion de la maison était en désordre. Les moines prétendaient que l’élection du prieur appartenait au couvent. Odon Rigault partit après avoir fait ses injonctions aux religieux.
L’archevêque revint le 1er septembre de l’an 1266, et inspecta l’abbaye. Il s’y trouvait vingt-un moines qui avaient 300 livres de dettes. Il ordonna de faire dresser un état exact des revenus de la maison. [39]

VIII.— Robert Ier. Il figure depuis l’année 1266 jusqu’en 1282. A cette époque, il rendit hommage à Jean, abbé du Mont-Saint-Michel, pour un tenement, [40] pro quodam tenemento, que l’abbaye de Hambye possédait dans la paroisse de Pontorson.

IX.— Geoffroi Ier. Il administra l’abbaye pendant peu de temps. Il obtint de Jean Paynel, seigneur de Marcey, confirmation des donations faites par Lesceline de Subligny.

X.— Philippe. Il gouverna l’abbaye, comme abbé, depuis 1296 jusqu’à l’année 1306. Il déclare, en 1303, que la contestation qu’il avait avec les religieux de l’abbaye de Fontenay, [41] au sujet du prieuré de Buron et des dîmes de Rots et de Cesny, a été terminée par un accord du consentement des deux parties.

XI.— Richard Ier. Il ne gouverna l’abbaye que pendant quelques années.

XII.— Robert II. En l’année 1315, à l’exemple de ses prédécesseurs, il rendit hommage à l’abbé du Mont-Saint-Michel pour le tenement de Pontorson.

XIII.— Thomas Ier. Pendant qu’il était abbé, la dame de Hambye fit une donation de froment pour l’établissement de deux torches dans l’église. Voici quelques passages de l’acte de donation :
« A tous qui ces lettres verront ou orront Agnès de Chanteloup dame dHambye salut scavoir faisons que pour le bien et affection que nous avons à Dieu et à Nostre Dame de l’abbaye d’Hambye nous avons donné et donnons par la teneur de ces présentes pour Dieu et en pure aumosne et pour le salut de lame de nous et de nos enfans et de nos prédécesseurs à relligieux et honnête l’abbé et couvent du dit lieu afin d’héritage perpétuel deux quartiers de froment à la mesure de Gavray d’annuelle rente à la Saint Michel en septembre...... Cest à scavoir pour être cette rente convertie et employée dorénavant à trouver à toujours mais deux torches de cire bonnes et convenables qui serviront ardentes à l’eslevation du saint sacrement à la grande messe du moustier de la dite abbaye et à l’eslevation du saint sacrement à la messe de Nostre Dame de la chapelle de la Sergue au dit moustier toutes fois qu’elle y sera célébrée.... En témoing de ces lettres sont scellés de nostre propre scel les quels furent données le dimanche dernier jour de janvier lan mil trois cent soixante. » [42]

XIV.— Gérard. Dans un acte de donation de Foulques Paynel, de l’an de grâce 1364, on lit : « Avons donné... C’est a sçavoir pour l’amour de Dieu pour charité et en aumosne pure pour le salut de l’ame de Jean et Guillaume Paisnel jadis archidiacres de monsire Foulques Paisnel jadis notre père de madame Agnès de Chanteloup nostre mère de nous et de toute notre lignée tant vifs que trespassés et pour estre dorénavant tous les dessus dits et chacun de la lignée plenierement participant en toutes les messes prières et bienfaits spirituels qui seroient faits dits et célébrés en la dite abbaye et par spécial pour avoir désormais en jcelle à toujours et à perpétuité chacune semaine une messe des trépassés pour les ames de dessus dits. » [43]

XV.— Guillaume II Bovelin. On le trouve cité depuis l’année 1376 jusqu’à 1384. Colin Le Tanneur, sieur de Bricqueville, accorda, dans le mois de février 1377, aux religieux de Hambye, le droit de nommer deux curés. Il se réservait de nommer le troisième. [44]

XVI.— Valeran.

XVII.— Raoul. Pendant qu’il gouvernait l’abbaye, on voit que « noble et puissant seigneur monsire Fouques Paisnel, chevallier seigneur de Créances, partit en l’armes de Turquie contre les ennemis de la foi en la compagnie et sous le gouvernement de très excellent prince monsire le comte de Nevers et de plusieurs autres comtes barons et seigneurs. Il fit un testament en faveur de l’abbaye de Hambye, et lui donna des terres, afin d’avoir part aux prières. Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires noble et puissant seigneur monsire Guillaume Paisnel chevallier son frère, seigneur d’Hambye, noble dame et puissante madame Marie Riboul femme d’jcelluy monsire Foulques. Foulques Paynel périt sans doute dans l’expédition ; car on trouve que sa veuve, le 13 janvier 1400, donna une procuration pour exécuter le testament. Cette procuration se termine ainsi : Et promit et s’obligea la dite dame par la foy de son corps et l’obligation de tous ces biens meubles et immeubles, présents et à venir. » [45]

XVIII.— Guillaume III Bertault. Il figure dans des chartes des années 1400, 1401 et 1405. En 1409, l’abbé de Hambye envoya un religieux, chargé de le représenter au concile de Pise. Bertrand Paynel, chevalier, seigneur d’Orlonde, et Foulques Paynel, sire de Hambye et de Bricquebec, abandonnèrent « à Dieu et à l’église moustier ou abbaye Nostre Dame d’Hambye et aux relligieux abbé et couvent du dit lieu toute la disme en portion et disme entièrement sans y rien retenir ni reserver aucunes choses....... la dîme de Villebaudon, assise en la paroisse de Villebaudon et illec environ.... » [46]

XIX.— Robert III. Il ne fut abbé que très-peu de temps.

XX.— Geoffroi II. De simple procureur de l’abbaye, il en devint abbé. Pendant l’occupation anglaise, il prêta serment à Henri V, roi d’Angleterre, maître de la Normandie, et il obtint de ce prince, le 26 mai 1419, que les biens confisqués sur l’abbaye lui fussent rendus.

XXI.— Martin le Masnier. On le voit figurer depuis 1436 jusqu’à 1456. Il rendit hommage à Charles VII, quand ce prince eut reconquis son royaume.

XXII.— Robert IV. Il ne gouverna l’abbaye que pendant quelques années.

XXIII.— Guillaume IV. Le 13 décembre 1476, il prêta serment à Louis XI. En 1485, il assista, avec plusieurs autres abbés, aux états-généraux de Normandie.

XXIV.— Berault de Bonce. Il est cité dans des actes de l’an 1504.

XXV.— Richard II Lhermite. Des actes des années 1522 et 1523 font mention de lui.

XXVI.— Pierre Pinchon. Curé de Saint-Romphaire, il fut élu abbé de Hambye le 28 mai 1528 : évêque de Porphyre in partibus, il fut suffragant de Coutances. En 1548, il permuta son abbaye contre le titre de grand chantre de Coutances avec François de Lautrec. Il mourut en 1559, et fut inhumé dans la chapelle des enfants de chœur. Ce fut le dernier abbé élu.

XXVII.— François de Lautrec, fils de Simon, seigneur de Saint-Germier, et de Marguerite Sanguinette, fut le premier abbé commendataire de Hambye.
Dans un temps, on vit les rois et les grands seigneurs, tentés par les richesses que possédaient les abbayes, s’en déclarer abbés, afin de jouir de leurs revenus. Alors, les abbés furent divisés en deux classes : les abbés réguliers, véritables moines ou religieux, faisant des vœux et portant l’habit de leur ordre ; et des abbés séculiers, jouissant, pendant leur vie, des revenus d’une abbaye qu’ils tenaient en commende, c’est-à-dire en garde, en dépôt. On vit même les revenus des monastères donnés à des laïques, comme moyen de les faire vivre. Dans les derniers temps de la monarchie, on détruisit une partie des abus attachés aux commendes ; mais on en conserva l’usage. On donna alors le titre d’abbé commendataire à celui qui, nommé par le roi à une abbaye régulière, disposait des revenus. Il en faisait trois parts : l’une pour lui, la seconde pour les moines, la troisième pour l’abbé régulier, afin de subvenir à l’entretien et aux charges de la maison. Le plus souvent, il en appliquait la plus forte portion à ses propres besoins.

XXVIII.— Jean II de Ravalet, sieur de Tourlaville. Charles IX le nomma abbé commendataire de Hambye en l’année 1561 ; il n’avait alors que douze ans. Lorsqu’il eut reçu les ordres, il devint grand vicaire d’Arthur de Cossé, évêque de Coutances, puis chanoine et grand chantre de la cathédrale. Ce fut à sa générosité que le collège de Coutances dut des dotations importantes. [47]
Le roi, dans le mois de janvier 1586, obtint du pape une bulle qui lui permettait, afin de subvenir aux frais de la guerre qui avait recommencé plus vive que jamais entre les catholiques et les huguenots, de vendre des biens appartenant au clergé, jusqu’à concurrence d’une somme de 100,000 écus. Cette bulle et la vente des biens mécontentèrent les évêques ; mais les circonstances étaient graves, et il fallut se résigner. Le diocèse de Coutances fut taxé à 28,000 livres, et l’abbaye de Hambye figura dans cette somme pour 1,150 livres. Afin d’en obtenir le paiement, on vendit sur Jean de Tourlaville, alors abbé de Hambye, 34 demeaux de froment de rente foncière mesure de Cerences, qu’il avait droit de prendre, à la Saint-Michel, sur plusieurs terres dans la paroisse de Bréhal.
Ce fut Martin Bernard du Breuil, chanoine et scholastique de Coutances, qui acheta cette rente pour 464 liv. 4 s. et 35 s. 6 d. pour frais. [48]

XXIX.— Thomas II Morant. Il fut abbé de Hambye jusqu’en 1602.

XXX.— Jacques de Franquetot. Aumônier du roi, grand chantre de Coutances, il devint abbé commendataire de Hambye en l’année 1602. Il mourut en 1626.

XXXI.— Alphonse-Louis de Richelieu. C’était le frère aîné du cardinal de Richelieu, premier ministre sous Louis XIII. Quoiqu’il fût homme de mérite et prélat très-distingué, son nom cependant est un peu obscurci par l’éclat qui entoure celui de son frère.
Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu fut cardinal, archevêque de Lyon, grand aumônier de France, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, abbé de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Paul de Cormery et de la Chaise-Dieu, doyen de Saint-Martin de Tours, proviseur de Sorbonne.
Nommé à l’évêché de Luçon, il se démit, avant d’être sacré, en faveur de son frère, embrassa la vie monastique et fit profession chez les Chartreux, où, pendant vingt-un ans, il vécut dans une austère solitude. Il était parvenu aux premières dignités de leur ordre, quand Louis XIII le fit sortir du cloître, et l’éleva à l’archevêché d’Aix. Deux ans après, en 1628, il fut transféré à celui de Lyon : il reçut, l’année suivante, le chapeau de cardinal du pape Urbain VIII, qui, dans cette circonstance, s’écarta du règlement de Sixte-Quint, qui ne permet pas que deux frères soient admis en même temps dans le sacré collège.
Sur la démission du cardinal de La Rochefoucauld, il fut nommé grand aumônier de France, le 24 mars 1632. Le roi le fit commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, et, en 1635, le chargea, auprès du pape, d’une mission fort délicate, dont il s’acquitta avec succès. De retour dans son diocèse, il trouva Lyon ravagé par une peste affreuse : il y répandit d’abondantes aumônes, allant lui-même visiter les malades et leur offrir les consolations de la religion.
Il avait favorisé l’établissement d’un grand nombre de maisons religieuses dans son diocèse. Il mourut le 23 mars 1653, et fut inhumé dans l’église de la Charité, hospice qu’il avait fait bâtir et qu’il avait richement doté. [49] Il avait ainsi lui-même composé son épitaphe :


PAUPER NATUS SUM ; PAUPERTATEM VOVI ;
PAUPER MORIOR ! INTER PAUPERES SEPELIRI VOLO. [50]

Ce prélat portait de gueules à deux chevrons d’argent, à la bordure d’azur chargée de six besants d’argent. [51]

XXXII. — Jean III de Passelaigue. D’abord moine de Cluny, prieur de la Charité-sur-Loire, de Saint-Victor de Nevers, et évêque de Belley, on le trouve abbé de Hambye en l’année 1652 ; il mourut en 1664.

XXXIII.— Henri Ier de Mesmes. Fils de Jean-Antoine et d’Anne Courtin, il mourut abbé de Hambye en 1658.

XXXIV.— Claude de Mesmes. Frère de Henri et chevalier de Malte, il devint abbé de Hambye et de Val-Roi au diocèse de Reims : il fut tué à Rome dans le mois de février 1681.

XXXV.— Henri II de Mesmes. Il était fils de Jean-Jacques de Mesmes, président à mortier au parlement de Paris. Aumônier de la reine de Pologne, il fut le successeur de son oncle aux deux abbayes de Val-Roi et de Hambye. Nommé en avril 1681, il mourut dans le mois de mai 1721.

XXXVI.— Nicolas Lepelletier de la Houssaye. Nommé abbé de Hambye en 1721, il mourut à Paris en 1740.

XXXVII.— N. de Pontac. Aumônier de la reine, il obtint du roi sa nomination d’abbé commendataire de Hambye. Il mourut presque aussitôt après.

XXXVIII.— Joseph-Hubert de Vintimille du Luc, fils de Joseph Hubert, seigneur de Vidauban, de Figassières, et de Marthe de Fortia de Piles. Chanoine de Paris, en 1740, lorsque le toi le désigna comme abbé de Hambye, il mourut en l’année 1744.

XXXIX.— N. de Scepeaux. Le roi le nomma abbé commendataire de Hambye à la mort de Joseph-Hubert de Vintimille du Luc.

XL.— De la Prune-Montbrun. Nommé en 1771, il était encore abbé commendataire à l’époque de la révolution. De son temps, l’abbaye avait cessé d’avoir des religieux. Des prêtres séculiers y célébraient l’office et y acquittaient les fondations.

L’abbaye avait environ 20,000 livres de rente, dont plus de la moitié revenait à l’abbé, qui payait 72 florins en cour de Rome pour ses lettres de provision. Elle était taxée à 705 livres de décime.

C’est un devoir pour moi, en terminant cet article, d’adresser mes remerciments et de témoigner ma reconnaissance à M. Denis, avocat à Saint-Lo, pour les renseignements qu’il m’a si obligeamment fournis. Je lui dois surtout les trois plus intéressantes inscriptions de l’église paroissiale de Hambye.

Source :

Notes

[1] Dictionnaire celtique, par Bullet ; Depping, Histoire des invasions des Normands.

[2] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[3] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[4] L’abbaye de Saint-Sever faisait autrefois partie du diocèse de Coutances ; mais, depuis la nouvelle division territoriale de la France, elle appartient au diocèse de Bayeux. Fondée vers la fin du VIe, puis ravagée par les Normands, elle fut relevée vers 1085.

[5] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[6] Le titre de banneret était attaché à la possession d’un grand fief, et un banneret, suivant qu’il était comte, baron ou châtelain, devait avoir sous sa bannière un nombre déterminé d’archers ou d’arbalétriers.

[7] Dumoulin, Histoire de Normandie.

[8] Histoire militaire des Bocains, par Richard Séguin.

[9] Cet acte est revêtu des sceaux, en cire rouge, de Rouen, de Coutances et Saint-Lo.

[10] Le chef de cette famille, qui tenait le second rang dans le Cotentin, prenait le titre de sire et de premier banneret.

[11] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[12] Dumoulin, Histoire de Normandie.

[13] Mss. de M. Lefranc.

[14] Le texte de cet acte étant en latin, j’en donne la traduction.

[15] Henri V monta sur le trône d’Angleterre en 1413.

[16] M. de Caumont, dont on ne peut trop louer le patriotisme, a fait placer, à ses frais, sur la route de Caen à Cherbourg, au Val de Formigny, où se livra cette fameuse bataille qui vengea l’honneur national, une borne monumentale qui rappelle ce grand fait historique.
On sait qu’il en a fait placer une aussi sur la route de Caen à Paris, dans la commune de Vimont, en souvenir de la bataille du Val-ès-Dunes, que le duc Guillaume gagna, le 10 août 1047, sur les barons normands révolté contre lui.

[17] Mss. de M. Toustain de Billy ; Histoire, militaire des Bocains, par Richard Séguin.

[18] Mss. de M. Lefranc.

[19] Registres mémoriaux de la Chambre des comptes de Normandie.

[20] Grands Officiers de la Couronne, tome V, p. 389, et Histoire du maréchal de Matignon, p. 10.

[21] Olivier de Mauny et Guillaume de La Fayette défendaient la ville et le château de Falaise, lorsque Henri V, roi d’Angleterre, se présenta en personne, avec toutes ses forces, le 4 novembre 1417, pour s’en emparer. La ville n’ouvrit ses portes qu’après deux mois de siège, et quand les vivres manquèrent tout-à-fait. Le château, où commandait Olivier de Mauny, ne se rendit qu’un mois plus tard, après avoir été battu et miné sans relâche par l’armée anglaise. Le roi se montra fort irrité d’une aussi longue résistance. Il est vrai que ce siège est un des plus mémorables que Falaise ait soutenus. Voir la Chronique de Nagerel, p. 170, et Masseville, t. IV, p. 63.

[22] L’abbaye de Hambye avait été signalée par le Conseil-Général de la Manche, dans sa session de 1842, à la sollicitude du Ministre de l’intérieur, comme offrant un intérêt assez grand pour recevoir de l’Etat des allocations sur les fonds destinés à l’entretien des monuments. Il ne parait pas que ce voeu ait jamais été exaucé, même en partie.

[23] Dumoulin, Histoire de Normandie.

[24] Visitant, il y a quelques années, le musée d’Avranches, je remarquai une partie de pierre tumulaire sur laquelle était une figure de moine émaillée. Elle provenait, me dit-on, de l’abbaye de Hambye. Elle appartenait bien plutôt à la ville de Coutances qu’à celle d’Avranches. Il est vrai que Coutances, qui aurait pu avoir un musée d’objets curieux, depuis l’époque gauloise jusqu’à nos jours, n’a pas imité ses rivales du département, Saint-Lo, Avranches, Cherbourg, qui ont leur musée. Elle ne pense même pas à conserver les ruines historiques de son aqueduc, qui se trouve en partie enfoui de par la permission de l’autorité municipale.

[25] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[26] Je n’ai pu savoir pourquoi cette chambre était nommée Chambre du meurtre.

[27] Fundatio monasterii de Hambeia ; Cartulaire de l’abbaye de Hambye ; Neustria pia, p. 821 ; Gallia christiana. p. 931.

[28] Gallia Christiana ; p. 931 ; Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[29] Dans le diocèse de Lisieux. Voir les Pouillés de Lisieux, recueillis par le savant M. A. Leprevost.

[30] Dans le diocèse de Lisieux.

[31] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[32] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[33] Mss. de M. Toustain de Billy.

[34] Abbaye fondée dans le diocèse de Rouen, en 1169, par Nicolas d’Estouteville. Il y plaça des moines qu’il fit venir de Hambye : Collocavit monachos sub abbate Hambeiae accitos.

[35] Abbaye du diocèse de Bayeux, fondée en 1168, par Hugues Wac ou Wacq : Abbatia ex Hambeia prognata.

[36] Abbaye dans l’arrondissement de Mortain, fondée par Raoul de Fougères, dans les premières années du XIIe siècle.

[37] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[38] Dans l’ancien diocèse de Liseux, aujourd’hui dans celui de Séez.

[39] On doit à M. de Caumont l’intéressante publication du livre des visites d’Odon Rigault.

[40] Terre dépendant d’une seigneurie.

[41] Abbaye dans l’évêché de Bayeux, et dont la fondation doit remonter à l’année 568. Ruinée par les Normands, elle fut relevée vers la fin du XIe siècle.

[42] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[43] Carlulaire de l’abbaye de Hambye.

[44] Mss. de M. Lefranc.

[45] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[46] Cartulaire de l’abbaye de Hambye.

[47] Voir sur le collège de Coutances une excellente notice historique, publiée par Monseigneur Daniel, que tout le diocèse a été si heureux de voir élever au siège épiscopal de Coutances.

[48] Mss. de MM. Toustin de Billy et Lefranc.

[49] Gallia Christiana, tome IV, col. 193 et suiv. ; Biographie universelle, v. Richelieu.

[50] Pauvre je suis né ; j’ai fait vœu de pauvreté ; pauvre je meurs, et au milieu des pauvres je veux être enterré.

[51] Ces armoiries, peintes sur un des piliers de la tour de l’église de l’abbaye de Hambye, disparaissent chaque jour, détruites par les pluies.