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Ver - Notes historiques et archéologiques


Ver, Vair, Veyre, Vere.

L’église est un parallélogramme rectangle. La nef, quoique retouchée dans plusieurs parties, appartient au XIIe siècle, peut-être à la fin du XIe. Ses murs offrent l’opus spicatum, ou de la maçonnerie en arête de poisson. Au nord, elle n’était pas éclairée, et la petite fenêtre carrée qu’on y voit aujourd’hui est d’une époque peu ancienne. La voûte de la nef est en bois.

Le chœur est du XIIIe siècle. Les arceaux de sa voûte, en pierre, viennent tomber sur des colonnes engagées dont les chapiteaux sont ornés de volutes. Ses fenêtres septentrionales sont à ogive, et garnies de colonnes. Au midi, il est éclairé par trois fenêtres : deux sont du XVe siècle ; la troisième est d’une époque plus récente.

Le mur occidental est percé d’une fenêtre qui parait appartenir au XIIIe siècle ; elle est à deux baies, divisées par un meneau, et encadrées dans une plus grande ogive.

La tour, couronnée par un toit à double égout, est placée entre chœur et nef. Le haut est postérieur à la partie basse, qui date du XIIIe siècle. Elle est voûtée en pierre, et des colonnes engagées en portent les arceaux.

Une sacristie à pans coupés est adossée contre le mur absidal, qui est droit, et se termine en forme de fronton triangulaire.

On remarque des pierres tombales qu’aux attributs, formés de croix et de calices, qui les couvrent, on reconnaît pour appartenir à des prêtres. Sur une d’elles, j’ai relevé l’inscription suivante :

ICI REPOSE LE CORPS DE M. SEBASTIEN
BRIENS, Pre VICAIRE DE CE LIEV
DÉCÉDÉ LE 29 MARS 1678.

L’église est sous l’invocation de la sainte Vierge. Elle payait pour décime 25 livres, et dépendait de l’archidiaconé du Val-de-Vire et du doyenné de Gavray. Henri II, doc de Normandie, avait donné cette église, ainsi que celles de Gavray et du Mesnil-Amand, à la cathédrale de Bayeux, au profit de laquelle elles formaient une prébende. C’était le chanoine prébendé de Gavray qui avait le patronage de l’église de Ver, et présentait à la cure. Il percevait toutes les dîmes, et le curé n’avait que le casuel.

Il y avait sur la paroisse de Ver, au lieu dit le Valencey, une chapelle qui, comme une partie de l’église, datait du XIIe siècle. Elle payait une décime de 30 livres ; le seigneur de Valencey y présentait ; elle était sous le vocable de sainte Marguerite.

Faits historiques

Ver signifie, dit-on, rivière ou bord de l’eau. On sait que la rivière la Sienne coule à Ver.

La paroisse de Ver, quarante ans avant la conquête, faisait partie du domaine ducal. Elle est citée parmi les terres que Richard III, duc de Normandie, donna en dot à sa fiancée : conceda ergo tibi jure dotati de rebus proprietatis meae civitatem quae appellatur Constancia... concedo quoque curtem quae dicitur Ver super fluvium Senae cum silvis et terris cultis et incultis. [1]

Sur les listes des compagnons de Guillaume lors de la conquête, on trouve le sieur de Ver. Un écrivain anglais dit que Geoffroy de Ver figurait à la conquête parmi les chevaliers de Guillaume de Moyon. Robert, fils de Bernard de Ver, fut connétable d’Angleterre. [2]

En l’année 1135, ce fut Robert de Ver qui conduisit en Angleterre le corps de Henri Ier. [3] L’année suivante, il signa la charte de joyeux avènement qu’Etienne de Blois donna à Oxford.

Deux paroisses, du nom de Ver, dans la Basse-Normandie, Ver près Bayeux, et Ver près Coutances, revendiquent l’honneur d’avoir été le berceau de l’ancienne maison des comtes d’Oxford. Ver près Bayeux est plus important ; mais ce qui parait assurer les droits de Ver qui nous occupe, c’est que dans le Domesday, ou livre cadastral de l’Angleterre, à la fin du XIe siècle, Alberic de Ver est indiqué comme sous-tenant de Geoffroy, évêque de Coutances, dans les comtés où Alberic figure lui-même comme tenant en chef du roi. Quoi qu’il en soit, la famille normande de Ver est citée parmi les bienfaiteurs des abbayes de Sainte-Trinité de Caen, de Fontenay, d’Aunay, de Savigny et de plusieurs autres maisons religieuses. Elle conserva aussi des relations de parenté avec la branche anglaise. Ainsi, on voit dans des chartes normandes qu’Alberic de Ver, comte d’Oxford, abandonna, en l’année 1209, à l’abbaye de Sainte-Trinité, tous ses droits sur plusieurs manoirs qu’il avait en Angleterre, sous la condition que deux jeunes filles seraient admises comme religieuses dans ce monastère, et qu’elles seraient présentées par lui ou par les comtes ses successeurs en Normandie. On trouve encore en 1248 Geoffroy de Ver, miles, chevalier, et en 1301 Jean de Ver.

Cette famille a existé plus long-temps en Angleterre qu’en Normandie. Cependant, sous le règne de Henri II, duc de Normandie et roi d’Angleterre, Raoul de Ver devait le service d’un chevalier au château de Gavray. Dans le XIIIe siècle, d’après le registre des fiefs de Philippe-Auguste, Guillaume de Ver, Guillelmus de Ver, devait, avec plusieurs autres seigneurs, le service de trois chevaliers et demi pour la garde du même château : debent servicium trium militum et dimidii ad custodiam Gaure. Robert de Ver, en 1272, prêta au roi serment de fidélité pour un fief entier.

Dans le XIVe siècle, la famille Louvel avait remplacé les anciens seigneurs de Ver, et la seigneurie de Ver était devenue un plein fief de haubert. Elle continuait à devoir au château de Gavray le service militaire en temps de guerre. Voici ce qu’on lit dans un acte de l’an 1327 :

«  Jehan Louvel escuyer tient des hoirs Fouquier Louvel par parage un fief de haubert en la paroisse de Ver et fait le dict escuyer pour le dict fieu un chevalier au château de Gavray par le temps de guerre. »

Au nombre des cent dix-neuf gentilshommes qui, en 1423, défendirent avec Louis d’Estouteville le Mont-Saint-Michel contre les Anglais, figure le sieur de Veir. [4]

Il y avait aussi, dans le XIVe siècle, une foire à Ver ; car on trouve qu’en 1395, Raoul Chaalon prenait 12 deniers de rente sur la foire Toussaint à Ver. [5]

Lorsque, dans le cours du XVe siècle, Charles VII, guidé par Jeanne d’Arc, eut chassé les Anglais et reconquis son royaume, il rendit aux seigneurs qui lui étaient restés fidèles les terres et les seigneuries qu’ils avaient perdues. Alors Jehan Louvel, seigneur de Ver, fut réintégré dans tous ses domaines, et sa seigneurie, que l’Anglais Guillaume Walpon avait obtenue, lui fut rendue. [6]

Seigneurie de Valencey

Il existe dans la paroisse de Ver une terre qui a toujours été connue sous le nom de Valencey, et qui était seigneuriale. Il parait que dans un temps elle aurait été divisée, car on disait le grand et le petit Valencey.

Sous Philippe-Auguste, le fief de Valencey devait le même service que celui de Ver au château de Gavray ; c’était alors Guillaume de Ver qui le possédait aussi : Guillelmus de Ver tenet feodum unius militis apud Valence ad servicium Guaraii. [7] On voit aussi qu’Agnès de Valencey, Raoul de Thieuville, Guillaume de Ver et Guillaume de Montaigu devaient, pour garder le château de Gavray, le service de trois chevaliers et demi : Radulfus de Tevilla, Guillelmus de Ver, Agnes de Valence et Guillelmus de Monte-acuto debent servicium trium militum et dimidii ad custodiam Gaure. [8]

La seigneurie de Valencey avait le titre de baronnie, et on trouve plusieurs fiefs qui en relevaient.

Après les Louvel, ce furent les Gascoing qui possédèrent la seigneurie de Ver et la baronnie de Valencey. La famille Louvel et la famille Gascoing sont anciennes, et l’une et l’autre ont été distinguées en Angleterre aussi bien qu’en Normandie. Les armes des Louvel étaient de gueules au griffon d’or. La famille Gascoing de Ver portait d’argent à trois feuilles de laurier en pairle de sinople, accompagné de trois molettes d’éperon de gueules.

Dans le cours du XVIIe siècle, on trouve Louis de Gascoing, seigneur de Ver et de Valencey. Il épousa noble dame Marguerite Cornet.

Après lui, on voit figurer Gabriel de Gascoing, chevalier, comte et seigneur de Ver, baron du grand et du petit Valencey et d’autres lieux. Il se maria à Marie-Bertrande de Rochefort.

Leur fille, Marie-Gabrielle-Victoire de Gascoing, dame de Ver et baronne de Valencey, épousa Henri Leforestier de Mobecq, et porta dans sa nouvelle famille la seigneurie de Ver et la baronnie de Valencey.

C’est un de leurs enfants, M. Pierre-Henri Leforestier de Mobecq, chevalier de la Légion-d’honneur et de l’ordre de Malte, qui possède aujourd’hui la terre de Ver et la baronnie de Valencey.

Château de Ver

Je n’ai pu me faire indiquer, dans la paroisse de Ver, l’emplacement de l’ancien château. Cependant la famille de Ver, dont plusieurs membres, dès l’époque de la conquête, figuraient parmi les premiers barons de l’Angleterre, et ont été comtes d’Oxford, a dû posséder un château, ou au moins un manoir féodal, dans le lieu où fut son berceau. Peut-être aussi, les seigneurs de Ver devant le service militaire au château de Gavray, relevant du roi, leur avait-il été défendu d’élever château contre château.

Le château actuel de Ver, qu’habite M. Leforestier de Mobecq, ne doit pas être antérieur au XVIIe siècle. Il est placé près de la rivière de Sienne.

On ne rencontre non plus à Valencey aucuns vestiges d’ancien château. Quelques personnes placent le château de Valencey sur un tertre qui porte le nom de Mont-de-Souris ; mais c’est évidemment une erreur ; car Valencey a toujours fait partie de Ver, et le Mont-de-Souris dépend de Cérences.

Source :

Notes

[1] Recueil des historiens de France, tome X, p. 270. Th. Licquet, Histoire de Normandie, tome 2, p. 269.

[2] Histoire militaire des Bocains.

[3] Orderic Vital, apud Normann. scriptores, p. 901.

[4] Dumoulin, Histoire de Normandie.

[5] Annuaire de la Manche, 1850, p. 548.

[6] Mss. de Toustain de Billy et de M. Lefranc, et le Compte du domaine de Coutances, par Jamet Godard, écuyer, vicomte, en 1451. Histoire militaire des Bocains, par Richard Séguin.

[7] Liber feodorum domini régis Philippi.

[8] Liber feodorum domini régis Philippi.