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Laulne - Notes historiques et archéologiques


Laulne, Alnum, Alna.

L’église présente un parallélogramme rectangle ou un carré oblong ; elle offre quelques parties intéressantes.

La nef est du XIe ou XIIe siècle : le mur septentrional, malgré ses reprises, appartient à l’une de ces deux époques ; on y remarque trois petites fenêtres cintrées, qu’on désigne sous la dénomination de fenêtres en meurtrières, parce qu’elles ressemblent aux meurtrières ou fentes que l’on pratiquait dans les tours de défense pour lancer des flèches. Ces petites fenêtres se voient souvent encore dans nos églises rurales du XIe ou XIIe siècle, quand celles-ci ont conservé leur caractère primitif : elles y sont restées tant qu’on ne leur a pas substitué de plus grandes ouvertures, pour se procurer plus de lumière, substitution malheureuse qui a défiguré, surtout dans les campagnes, beaucoup trop d’édifices religieux. Des modillons en forme de biseau garnissent le même mur au-dessous de la corniche qu’ils soutiennent. On y voit aussi une porte dont le cintre a disparu, mais qui a conservé ses colonnes : on y remarque encore une fenêtre du XVe siècle. Vers le sud, le mur de la nef a été retouché ; mais les contreforts plats sont restés, ainsi que les modillons en biseau. Il y avait jadis dans ce mur une petite porte cintrée, aujourd’hui aveugle, qui ne présente plus que les contours du cintre. Plusieurs autres contreforts, placés le long des murs de cette église, sont massifs et remontent à une époque moins ancienne.

Le chœur est du XIIIe siècle ; il est éclairé au nord par quatre fenêtres à ogives, longues et étroites : les fenêtres au midi ont été refaites dans le XVe ou le XVIe siècle.

La porte occidentale est du XIe ou du XIIe siècle, et appartient à l’époque romane : ses archivoltes, composés de plusieurs tores ou moulures rondes, reposent sur des colonnes romanes, garnies de chapiteaux dont l’abaque est carré. Il existe, à droite et à gauche, une arcade géminée que partage une colonne ornée d’un chapiteau et d’un tailloir carré. Le mur dans lequel cette porte est ouverte est buté par des contreforts peu saillants ; il est percé d’une fenêtre à deux baies que divise un meneau, mais qui est d’une date postérieure à celle de la porte.

Une sacristie, dont les murs sont à pans coupés, fut adossée contre le mur absidal, vers la moitié du XVIIIe siècle, du consentement de l’abbé de Saint-Etienne de Caen, l’un des décimateurs de la paroisse.

Le chœur et la nef sont voûtés en bois. L’arc triomphal a disparu : on remarque encore les colonnes sur lesquelles se faisait la retombée de l’arcade. Sur une des poutres de la nef on lit :

DV DON DE MOVSIEVR BELLEFONTAINE.

et les deux millésimes 1662 et mil saint cent trois. On lit encore les noms de plusieurs donateurs ou bienfaiteurs de l’église : peut-être sont-ce les noms de ceux qui ont donné les poutres. Les deux petits autels, à droite et à gauche de la nef, ont été donnés l’un par le duc, et l’autre par le comte de Plaisance.

La tour est placée au nord à l’extérieur, entre chœur et nef, ses murs, à l’orient et à l’occident, sont percés de deux petites fenêtres cintrées pareilles à celles de la nef ; ses contreforts sont plats et peu saillants. Elle est quadrilatère et terminée par un toit en bâtière : ses retouches à part, elle parait annoncer le XIe ou le XIIe siècle, du moins dans sa partie inférieure. La cloche qu’elle renferme porte l’inscription suivante :

LAN 1740 JAI ÉTÉ NOMMÉE MARIE MAGDELAINE
PAR M. LOVIS LE CORDIER DE BIGARS [1] CHEVALIER
COMTE DE LA LONDE, MARQVIS DE LAVLNE,
BRIGADIER DES ARMÉES DV ROV,
ET PAR NOBLE DAME MARIE MAGDELAINE DE CROVILLE
VEVVE DU FEV SEIGNEVR MARQVIS DE REVILLE,
ET BÉNITE PAR M. THOMAS LECRIVAIN
Pbre CURÉ DR CE LIEV.
ANTOINE DE LA PAIX ET NICOLAS BREUSAN NOUS ONT FAIT.
FRANÇOIS LE CHEVALIER TRESORIER EN CHARGE
EN LADITE ANNEE 1740.

Il existe dans le chœur une pierre tumulaire sur laquelle on remarque deux figures, l’une d’homme et l’autre de femme. Les deux personnages ont les mains jointes : la tête, les mains et les pieds étaient en pierre blanche incrustée, mais ils ont en partie disparu. La pierre principale est d’une couleur grisâtre, de forme carrée, et bordée d’une espèce de cannelure ou moulure concave ; elle ne présente aucune inscription.

Sur le mur septentrional du chœur, on lit :

(Lettres gothiques.)

Lan de grâce mil cccc iiiixx
xi (1491) le viie jour de nouembre m....
Bourdon presbtre : curé de céans fist dédier [2]
ceste église. Dieu luy face pardon, a.

Dans la nef, sur le mur nord, on lit :

CY DEVANT GYSENT LES CORPS DE RICHAR JOVNINET
ET DE GILETTE GOVIN, SA FAME, ME. BIENFAITEVRS
DE CETTE ÉGLISE QUI ONT FONDÉ LOCTAVE DU
ST SACREMt IS VOVS DEMANDE VN PATER
VN AVE POUR LE REPOS DE LEVRS AMES.

On trouve dans le cimetière, sur une pierre tombale, l’inscription, suivante :

ICI REPOSE LE CORPS DE PIERRE
ROBERT ANCIEN CURÉ DE CE LIEU
NÉ EN CETTE PAROISSE, L’AN 1744,
ET DÉCÉDÉ LAN 1813.

Un curé de Laulne, Bernard Bernard, fut enterré dans la chapelle Saint-François, dans la cathédrale de Coutances ; on y lisait encore, au commencement du XVIIIe siècle, sur une pierre tumulaire :

CY GIST LE CORPS DE VENERABLE ET CIRCONSPECTE PERSONNE
MESSIRE BERNARD BERNARD EN SON VIVANT
PRESTRE LICENTIÉ AU DROIT CANON,
CHANOINE EN CETTE EGLISE EN LA PREBENDE D’YVETOT,
ET CURÉ DES EGLISES PAROISSIALES DE
SAINT PIERRE DE CANISY ET DE LAULNE
LEQUEL TREPASSA LE LUNDI VINGT QUATRE D’AVRIL 1531.
PBIEZ DIEU POUR SON AME AMEN.

L’église de Laulne est sous le vocable de saint Cyr et de sainte Juliette. Elle payait une décime de 22 livres, et dépendait de l’archidiaconé du Bauptois et du doyenné de la Haye-du-Puits. Le patronage appartenait au chapitre de Coutances. Thomas de Bricqueville avait d’abord donné cette église à l’abbaye de Lessay ; Guillaume d’Aubigny, comte de Sussex, lui avait encore confirmé tout ce que les fils de Ranulfe Espec lui avaient donné, et qu’ils tenaient de la baronnie d’Aubigny : Ego Willelmus, comes Sussessie, concessi et confirmavi ecclesie sancte Trinitatis Exaquii et monachis ibidem Deo servientibus, videlicet quicquid filii Ranulphi Espec tenuerunt de honore Albineï in Alna. [3]

L’abbaye perdit, sans doute, une partie de ses droits, puisqu’une charte nous apprend que Robert de Bricqueville, chevalier, donna au chapitre de Coutances, pour le salut de son âme et de ses amis, et parce qu’il aurait sa part dans les prières qui se feraient en l’église cathédrale, la moitié du patronage de Saint-Cyr de Laulne, avec tous les droits qu’il y avait ou pouvait y avoir. Robert, pour garantie de cette donation contre tout ce qui pouvait arriver, reçut du chapitre une somme de 80 livres tournois, jurant cette garantie envers et contre tous, sa main sur le grand autel, en présence de l’évêque Hugues de Morville : en foi de quoi le prélat donna une charte, scellée de son sceau, dans le mois de novembre de l’an 1221. [4]

Hugues de Morville, à qui l’abbé de Lessay abandonna, en 1224, ses droits sur l’église de Laulne, en concéda tous les revenus à la commune capitulaire, sauf la vie et l’entretien de celui qui devait desservir ladite paroisse.

Dans le XIIIe siècle, le chapitre percevait toutes les gerbes, excepté sur la vavassorie dite du Château, sur laquelle il n’en avait qu’une ; l’abbé de Caen, c’est-à-dire le prieur du Fresne, à Baupte, [5] avait les deux autres. Le casuel et les aumônes appartenaient au curé, ce qui lui valait 41 livres.

L’église de Laulne, dans le siècle suivant, payait 17 sous et 4 deniers pour la débite, 8 sous pour la chape de l’évêque, et 4 sous pour droit de visite. Le chapitre dîmait sur toute la paroisse ; le prieur du Fresne y avait cependant plusieurs traits de dîme. Le chapitre payait annuellement 400 sous tournois au curé qui avait douze acres de terre aumônées, ratione presbiteratus.

Il existait dans la paroisse deux chapelles. Le seigneur de Laulne avait le patronage de la chapelle de son château ; elle payait une décime de 25 livres : le chapelain avait une portion de dîme dans la paroisse de la Bonneville. Le curé prenait dans cette chapelle les offrandes faites aux fêtes de Noël, de Pâques, de saint Cyr et de sainte Juliette ; le chapelain avait tous les autres revenus, et une rente de 12 livres tournois que lui payait le seigneur patron. La chapelle qu’on voit aujourd’hui près de l’ancien château est insignifiante ; elle est en partie couverte en chaume. Pierre Ansgot en était le titulaire en l’année 1764.

Robert de Bricqueville, chevalier, seigneur de Laulne, en faisant élever cette chapelle dans son château, vers l’an 1225, garantit au curé tous ses droits curiaux ; et, pour indemniser l’église du préjudice que pourrait lui faire éprouver l’érection de sa chapelle, il lui donna quatre acres de terre exemptes de servitudes et de tous droits de moulin. Le chapelain jura fidélité au curé, et promit de ne pas recevoir ses paroissiens. Ensuite le seigneur s’obligea d’assister, lui et sa famille, à l’office de la paroisse, à des jours déterminés, entre autres le jour de Noël, à la troisième messe, et de n’entendre dans sa chapelle que les deux autres sans pouvoir les faire chanter ; d’aller aussi à l’église paroissiale les jours de Pâques et de la Pentecôte ; enfin de ne pas faire célébrer de messes dans sa chapelle aux cinq fêtes de la Vierge, savoir : la Purification, l’Annonciation, l’Assomption, la Conception, et la Visitation. [6]

L’autre chapelle, dans la paroisse de Laulne, se nommait saint Joseph de Bellefontaine. Cassini en indique une sur sa grande carte, sous le titre de Notre-Dame du Chesne. C’était celle du Château, qui, dans les archives du château de Laulne, pour le XVIe siècle, est nommée la Chapelle Notre Dame du Chesne.

Faits historiques

Camp romain.
Cinquante ans environ avant Jésus-Christ, César chargea Publius Crassus, un de ses lieutenants, d’aller, à la tête d’une légion, établir la domination romaine dans les cités armoriques. Plusieurs contrées se révoltèrent, et les peuples qui occupaient les pays de Lisieux et d’Evreux vinrent se réunir à ceux du Cotentin, qu’alors Viridovix commandait. On voyait encore, il y a quelques années, à Laulne et sur plusieurs autres communes voisines, l’emplacement des camps qu’occupaient les Gaulois et les troupes ennemies conduites par le lieutenant de César ; mais on perd chaque jour la trace de tous ces camps ou emplacements militaires. Aussi est-il bon, ne fût-ce qu’à titre de souvenir historique, de signaler les lieux qui virent ces grandes réunions d’hommes armés.

Dans le retranchement des Castillons, dans la partie méridionale de la lande, on a trouvé un éperon plaqué en or ; ainsi que sa molette qui a un pouce de diamètre environ. La branche en est courte ; il devait s’attacher avec une courroie.

Quatre petites pièces carrées, deux à chaque côté des boucles, ont conservé un émail bleu très-solide, sur le milieu duquel on voit une fleur liliacée en or. Sur les deux côtés, on lit, en caractères gothiques du XIVe ou du XVe siècle, en relief, cette devise : Je-le-dezir (sic). [7]

On trouve en Angleterre un Guillaume de Laulne, Willelmus de Alna, faisant partie de la maison de Bricqueville qui, d’après De Laroque, est la même que celle de Laulne. [8] Cette branche de la famille de Bricqueville, venue en Angleterre avec Guillaume, s’y établit et s’y maintint pendant plusieurs siècles. Alexandre de Laulne avait un fief de chevalier dans le comté de Sommerset, sous le règne de Henri II. Son père en avait déjà possédé un sous le règne du roi Guillaume, et en avait inféodé une partie à son frère Hugues. [9] Guillaume de Laulne, à la fin du XIIIe siècle, soutenait encore plusieurs tenures dans la baronnie de Robert de Grenon ou Guernon. [10]

Au nombre des chevaliers normands qui furent appelés, en l’année 1214, à l’occasion de la guerre que Philippe-Auguste eut à soutenir contre l’empereur Othon IV et le comte de Flandre, on voit figurer Foulques de Laulne : il fait partie des chevaliers portant bannières : Fulco de Alneto... milites Normannie ferentes bannerias. [11]

On voit par le registre des fiefs de Normandie que, sous le règne de Philippe-Auguste, et dans les premières années du XIIIe siècle, la châtellenie de Laulne était une dépendance de la seigneurie de Moyon, et qu’elle y devait au château le service militaire : Robertus de Bricquevilla tenet inde (de Moyon) Alnum per servicium unius militis apud Moyon.

Guillaume de Bricqueville, seigneur de Laulne, est cité comme témoin à un acte de confirmation donné à l’abbaye de Lessay, par Henri, duc de Normandie. Il fut un des seigneurs normands qui accompagnèrent Robert-Courte-Heuse, lorsque ce prince se rendit à Jérusalem. Il portait pallé d’or et de gueules de six pièces. [12]

Robert de Bricqueville, sire de Laulne, épousa Mahaud Paynel, qui appartenait à l’une des plus grandes familles de Normandie. II donna, par une charte du mois de juillet 1256, à l’abbaye de Lessay, pour le soulagement et le salut de l’âme de Thomas, son fils, mort dès 1214 et enterré dans l’église de Lessay, trois quartiers de froment à prendre sur son moulin du Pissot, [13] tous les ans, le jour de la fête saint Michel au mont Gargan, c’est-à-dire le 8 mai, jour où, suivant le martyrologe romain, eut lieu l’apparition de l’archange saint Michel, sur le mont Gargan, dans la Pouille, au royaume de Naples. [14] Il donna encore au monastère de Lessay une acre de terre dans la paroisse de Laulne, ses droits dans la forêt de Hupelande, et sa part dans la pêcherie des étangs de Mathon.

On trouve, dans le cours du XIVe siècle, Guillaume de Bricqueville, sire de Laulne, seigneur de Bricqueville-la-Blouette, de Lastelle, etc., qui épousa Jeanne de Meullant, fille de Raoul de Meullant, conseiller, chambellan du roi.

Un de leurs enfants, Roger, seigneur de Gerville, de Laulne et de Bricqueville-la-Blouette, épousa Jeanne Campion. La qualité de chevalier qu’il portait dans les actes était une récompense de sa valeur. Il comparut, en 1392, avec un autre chevalier et six hommes de sa compagnie, à la montre que fit Jean Le Meingre dit Boucicault, maréchal de France. Il mourut en 1404, et fut inhumé dans l’église de l’abbaye de Blanchelande. Il laissait ses enfants mineurs sous la tutelle de Jehanne Campion, leur mère, baronne de la Haye-du-Puits, veuve en premières noces de Jean ou de Henri, sire de Colombières et de Sainte-Croix-de-Grantonne, qui, en mourant, lui avait donné ces deux terres. [15]

Guillaume de Bricqueville, leur fils, sire de Laulne et de Bricqueville-la-Blouette, épousa Jeanne de Méautis. Il mourut sans postérité, et fut inhumé avec sa femme dans l’église de Lessay. On y voit leur pierre tumulaire dans la nef latérale vers le nord. Il vivait encore en 1419.

Ce fut sur son frère qui, comme son père, portait le nom de Roger, et fut aussi seigneur de Laulne et de Bricqueville-la-Blouette, que Henri V, roi d’Angleterre, confisqua tout ce que ce seigneur avait dans le Cotentin. [16]

La seigneurie de Laulne, après avoir appartenu à la famille de Bricqueville pendant plusieurs siècles, passa successivement dans plusieurs autres familles. Ainsi on trouve, en 1696, le marquis Paul de Rassent, chevalier, seigneur et châtelain de Laulne, lieutenant-général des armées du roi, grand bailli de Caux ; [17] — en 1726 et 1740, Louis Le Cordier de Bigards, chevalier, seigneur, comte de la Londe, marquis de Laulne, brigadier des armées du roi, et, après lui, le président de la Londe. [18]

Le fils de M. de Turgot, qui était seigneur de Laulne, en 1789, vendit le grand domaine de Laulne au prince Le Brun, alors troisième consul, dans la famille duquel il est encore. Le prince Le Brun, quelques années après cette acquisition, fit clore une partie considérable de la lande, et donna à une nouvelle ferme qu’il en forma le nom de Plaisance, à cause du titre de son duché de Plaisance : elle faisait partie de son majorat ducal.

Château de Laulne

Le château de Laulne, bâti par les Bricqueville, n’existe plus : M. de Turgot le fit démolir dans le cours du XVIIIe siècle. Elevé sur un terrein bas et uni, il n’offrait pas une grande résistance ; il était entouré de fossés profonds et pleins d’eau. On montre encore l’emplacement où était la prison. Le château de Laulne, en 1430, était commandé par un capitaine.

L’habitation actuelle remonte encore à l’époque où la famille de Bricqueville possédait la seigneurie de Laulne. Elle n’offre aucun intérêt. On remarque surtout l’épaisseur des murs d’enceinte : l’un d’eux, dans la cour, en a une d’un mètre cinquante-trois centimètres. Ces murs sont percés de petites ouvertures en forme de meurtrières. L’escalier est placé dans une tourelle à pans coupés et couronnée de corbeaux. Louis Le Cordier de Bigards, dont le nom se lit sur la cloche, habitait le château en l’année 1748. [19]

On remarquait encore, il y a quelques années, dans une des salles du château de Laulne, au rez-de-chaussée, une tapisserie en haute-lisse, rendue célèbre par Molière, [20] et que n’ont pas connue les commentateurs de ce grand homme. Elle est indiquée parmi les objets que le prêteur, maître Simon, force Cléante à prendre pour mille écus :
«  Plus une tenture de tapisserie des amours de Gombaud et de Macé. » [21]

Les amours de Gombaud et de Macé, leurs fiançailles, leurs noces,, etc., y sont représentés sur huit toiles. Des quatrains qui ont la liberté du temps expliquent les sujets. Ces amours de Gombaud et de Macé forment toute une pastorale. Un personnage, placé entre Gombaud et Macé qui se donnent la main, leur dit :

GOMBAVLT. TV. PROMETS. DE. PENSÉE.
ET. DE. FAIT. DESPOVSER. MACÉE.
QVE. V0ICY. ET. LA. PRENDRE. A. FEMME.
ET. VOVS. MACÉE. LA. HOVZEE.
VOVS. N’EN. SEREZ. PAS. COVROVCÉE.
SI. GOMBAULT. VOVS. VEVT. POVR. SA. DAME.
ENEZ. ON. VOVS. DONNERA. LE. TERME.
A. CETTE. FIN. QVE. CHACVN. CHOME.
POVR. ESTRE. PREST. AVX. EPOVSAILLES.

ON distingue sur les toiles, des bergers, des bergères, des ménestrels. Sur une d’elles se trouve un pèlerin qui dit :

VOYLA. COMMENT. FINIRA.
AINSI. TOVT. PLAISIR. FINIRA.
LHOMME. DEVIENT. MALADE. OU. VIEUX.
MAIS. SIL. PEVT. PARVENIR. AVX. CIEVS.
APRES. LA. MORT. LORS. FINIRA.

Cette tapisserie fut apportée par le grand Turgot dans son château de Laulne. Le prince Le Brun en devint propriétaire, et son petit-fils, M. le comte de Plaisance, l’a donnée au musée de Saint-Lo, dont elle n’est pas le moins curieux ornement. [22]

Source :

Notes

[1] Il avait, en 1734, donné 30 livres de rente à l’église à charge de services religieux.

[2] La dédicace de l’église avait eu lieu précédemment : il ne s’agit sans doute ici que d’une bénédiction donnée _ après quelques travaux importants exécutés.

[3] Neustria pia, pag. 620.

[4] Mss. de M. Toustain de Billy.

[5] Annuaire de la Manche, année 1858, pag. 104 et suiv.

[6] Voir le Livre blanc de l’évêché, et les MMss. de MM. Toustain de Billy et Lefranc.

[7] Cet éperon a appartenu à M. de Gerville. Voir ses Etudes sur le département de la Manche, pag. 51 et 141.

[8] (Traité de l’Origine des noms, par De Laroque, pag. 46.

[9] Etudes sur le département de la Manche, par M. de Gerville. pag. 141.

[10] Recherches sur le Domesday, par M. Lechaudey-d’Anisy.

[11] Rôles du ban et de l’arrière-ban, par De Laroque, pag. 49.

[12] (6) Galeries de Versailles, tom. VI. pag. 264. La branche des Bricqueville de Bretteville porte d’argent à six feuilles de chêne de sinople, 2, 3 et 1.

[13] Le moulin du Pissot est situé à Vesly.

[14] Voir le Grand Armorial de France, V. Bricqueville.

[15] Armorial de France, V. Bricqueville.

[16] Armorial général de France, V. Bricqueville. — Moreri, Dictionnaire historique, V. Bricqueville.

[17] Masseville, Etat de Normandie, tom. I, pag. 196.

[18] Mss. de M. Toustain de Billy.

[19] Un Antoine de Bigards, seigneur de la Londe, chargé des importantes fonctions de sergent-major de Rouen, et qui s’illustra sous les ordres de l’amiral de Villars, lors du siège que Rouen soutint contre Henri IV (Histoire du parlement de Normandie, par Floquet, tom. III, pag. 246, 353 et suiv.), rendait aveu, en l’année 1584, de plusieurs fiefs, relevant nuement du roi, et situés dans la vicomté de Pont de l’Arche. L’un de ces fiefs l’obligeait envers le roi, son souverain seigneur, à une myne de tercheul de la valeur de 12 deniers tournois, pour paistre les chiens dudit seigneur.
En 1698, François Le Cordier de Bigards résigna ses fonctions de président en la cour des Comptes de Normandie, en faveur de Jacques Duhamel.
En 1777, le marquis de la Londe, président à mortier au parlement de Rouen, rend foi et hommage, à cause du marquisat de la Londe et autres terres et seigneuries.
Le Cordier de Bigards, marquis de la Londe, président honoraire au parlement de Rouen, obtint du roi des lettres-patentes qui unissaient et incorporaient au marquisat de la Londe plusieurs terres et seigneuries.

[20] Voir l’Avare, acte II, scène Iere.

[21] M. Jules Janin, dans un feuilleton du Journal des Débats, du 16 novembre 1857, parle des amours de Gombaud et de Nicette, et non des amours de Gombaud et de Macé.

[22] C’est ainsi que Saint-Lo continue de s’enrichir des objets qui devraient orner le musée de Coutances, si l’administration municipale ne continuait pas à montrer autant d’indifférence pour les collections scientifiques, les objets antiques et tout ce qui se rattache à l’histoire locale. Un citoyen généreux a doté la ville d’un grand et magnifique jardin public auquel est attenant un vaste hôtel. Comment, dans cet hôtel, l’administration municipale ne s’est-elle pas empressée d’ouvrir un local où chacun se serait fait un devoir d’apporter son obole, et tous les objets qui peuvent contribuer à la création et à la richesse d’un musée, comme haches gauloises, poteries romaines, médailles et monnaies anciennes fossiles, etc., etc., enfin tout ce qui présente du prix aux yeux des savants et des archéologues ? Un musée ne se forme pas en un jour ; ce n’est qu’à force de soins, de sacrifices et de persévérance qu’on finit par lui donner de l’intérêt et une véritable importance. Bien des fois, pendant mon séjour à Coutances, j’ai exprimé aux administrateurs de la ville mes voeux pour la création d’un établissement de ce genre ; ma demande n’a obtenu aucune marque de sympathie.