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Pirou - Notes historiques et archéologiques


Pirou, Perehou, Pirovium, Piru, Pirae, Piro.

Le mot saxon hou signifie habitation.

L’église se compose du chœur, d’une nef, et de deux chapelles dont plusieurs parties offrent de l’intérêt.

Le chœur est du XIIIe siècle ; il est voûté en pierre, et les arceaux croisés de la voûte retombent sur des colonnes à tailloir rond, et à chapiteaux garnis de crochets et de feuilles larges en forme de palmettes. Il est éclairé au nord par deux fenêtres avec colonnettes de chaque côté, qui reçoivent une archivolte unie, composée d’un simple tore. L’une de ces fenêtres est à lancette, longue et étroite ; l’autre, à deux baies étroites, offre au-dessus du meneau une ouverture en forme d’oculus, mais qui, peut-être, était une rosace dont on a détruit les compartiments. Au midi, sont deux fenêtres refaites, qui ont pour archivolte un simple tore, dont la retombée se fait aussi sur des colonnettes à chapiteaux ornés de crochets : on remarque à l’extérieur, dans le mur septentrional du chœur, une porte à ogive bouchée, et dont l’archivolte, formée d’un simple tore et d’une cannelure, repose à droite et à gauche sur une colonnette garnie de volutes et d’un abaque rond. Dans l’autre mur, vers le midi, il y a aussi une porte en ogive, du XIIIe siècle, avec archivolte à deux tores et à deux cannelures, retombant sur des colonnes à tailloir rond et à chapiteaux ornés de crosses ou crochets.

L’arc triomphal, entre chœur et nef, est en ogive et parait dater aussi du XIIIe siècle. Il se compose de plusieurs tores que reçoivent des colonnes cantonnées en croix, et dont les chapiteaux sont couverts de volutes au-dessous d’un abaque rond.

La nef ne présente aucun intérêt ; sa voûte est en bois.

Le mur absidal est droit ; on y avait ouvert une fenêtre qui est aujourd’hui bouchée.

Les deux chapelles sont mises en communication avec la nef par des arcades en ogive. Cette partie de l’église date du XVe siècle. Le point d’intersection des arceaux de la voûte de la chapelle méridionale est circulaire et semé de fleurs de lis ; une fenêtre du XVe siècle éclaire la chapelle septentrionale : les contreforts qui butent les murs de l’une des chapelles sont appliqués sur les angles ; on distingue dans les murs des crédences du XVe siècle. Ces deux chapelles sont voûtées en pierre, et leurs arceaux croisés et anguleux annoncent la même époque ; elles offrent des murs qui se terminent en forme de fronton triangulaire, dont les rampants sont garnis de crochets.

Une tour quadrilatère, massive et lourde, couronnée par un petit toit en bâtière, est placée au midi à l’extérieur. Elle a été refaite et consolidée sur le devant ; on y a appliqué un fronton et deux niches : dans l’une, on distingue un Ecce homo ; dans l’autre, un groupe en pierre représente la Vierge tenant son fils mort sur ses genoux. La partie supérieure de cette tour est garnie d’une galerie et d’une balustrade, et sur chaque façade il existe deux ouvertures cintrées ; elle n’est pas surmontée de l’emblème rustique de la vigilance.

L’église est précédée d’un narthex ou petit porche voûté.

On distingue encore sur les murs extérieurs du chœur et de la nef la place où régnait la bande seigneuriale. Les armes qui sans doute y étaient peintes ont disparu.

Sur l’un des murs de la chapelle septentrionale on lit :

(Lettres gothiques.)

Lan mil cinq cent quatre le 11eme jour
d’apvril messire.............
il trépassa lequel a donné et faict faire cette
saincte chapelle a lhonneur de dieu et de madamelle
Barbe dont le corps est inhumé ciprès
.....priez Dieu pour son ame. pater noster.

J’aperçus reléguée dans un coin de l’église une tablette en marbre noir que j’eus la curiosité de soulever, et je fus assez heureux, après l’avoir brossée et nettoyée, d’y relever l’inscription suivante :

EPITAPHE.

PASSANS, ARRESTOY CE QVE
TV VAS LIRE ICY, VAVT BIEN LA PEINE DE
T’ARRESRER. SCACHE DONC QVE IL N’APPAR-
TIENT QV’AVX MORTS D’INSTRVIRE LES
VIVANTS PVIS QVILS LE FONT
SANS INTÉRÊT ET PVIS QV’IL FAVT
FAIRE PARLER LES MARBRES, LORS QVE
LES MORTS MESMES NE PARLENT PLVS LIS ES....
SONGE A TOY EN SONGEANT A.....
PROFITE DE LEVR INSTRUCTION.
L’ANCIENNETÉ DE LA NOBLESSE, LA
GRANDEVR DE LA MAISON, LES CHARGES
IMPORTANTES QVE L’ON Y A VEVES LES
ILLVSTRES ALLIANCES QVI Y SONT
ENTREES LE COVRAGE LA VALEVR ET
LES BELLES ACTIONS QVE L’ON Y A FAITES
PVIS QVE TOVT CELA DIS JE N’A PAS
EMPECHÉ MESSIRE CHARLES DVBOIS [1]
D’ENTRER AV TOMBEAV. QVI QVE TV SOIS
RENTRE EN TOY MESME VOIS QVE TOVT
N’EST QVE VANITÉ ET POVR PRENDRE
LE MESME CHEMIN QV’IL A PRIS VIS ET
MEVRS COMME IL A VESCV ET
COMME IL EST MORT CAR C’EST LE SEVL QVI
MEINE A LA GLOIRE. PASSANT PRIE POVR
LVY AFIN QV’IL PRIE POVR TOV C’EST
TOVT CE QVE LE MARBRE AVOIT A TE DIRE.

L’église est sous le vocable de saint Martin. Elle dépendait de l’archidiaconé de la Chrétienté et du doyenné de Periers ; l’abbaye de Lessay en avait le patronage : cette église lui avait été donnée par Guillaume et Richard de Pirou. L’abbé de Lessay était seul décimateur ; le curé n’avait que le casuel, sa demeure et une acre de terre aumônée, ce qui, dans le cours du XIIIe siècle, lui valait 25 livres ; il payait pour le saint chrême 18 deniers, pour la chape de l’évêque 10 sous, et pour droit de visite 3 sous. C’était l’abbé de Lessay qui payait la visite de l’archidiacre. [2]

La grange aux dîmes se voit encore à peu de distance de l’église. Ses murs sont butés par des contreforts. Elle peut dater du XVIIe siècle.

Prieuré de Pirou

Guillaume et Richard de Pirou donnèrent l’église à l’abbaye de Lessay, à condition qu’elle placerait dans la paroisse trois moines, chargés de servir Dieu : ut ibi tres monachi Deo servirent. [3] Plus tard, ce nombre fut réduit à un seul religieux. [4] Ce prieuré fut donné, en l’année 1106, à l’abbaye de Lessay. [5] On trouve près de l’église de Pirou un emplacement nommé le Moustier, ce qui indique peut-être l’existence d’un ancien monastère.

Il y avait une chapelle dans le château de Pirou ; celle qu’on y voit encore aujourd’hui n’offre aucun intérêt, elle est employée à usage de grange.

Faits historiques

La famille des seigneurs de Pirou remonte aux temps des premiers ducs de Normandie. Sur toutes les listes des barons qui accompagnèrent Guillaume à la conquête, on lit : le sieur de Pirou ou le seigneur de Pi ???. Robert Wace dit : Et un chevalier de Pirou. [6] Ses descendants figurent parmi les barons de l’Angleterre.

Guillaume le Conquérant récompensa le seigneur de Pirou, car sa famille avait en Angleterre de nombreux domaines. La principale résidence de cette illustre famille dans le Sommersetshire, a porté, pendant plusieurs siècles, le nom de Sloke-Pirou ou Pero : Gilbert de Pirou possédait encore, à la fin du XIIIe siècle, ce manoir auquel ses ancêtres avaient donné leur nom.

La branche aînée de cette famille posséda long-temps la seigneurie de Pirou ; l’autre branche se répandit dans le pays : ainsi on voit qu’Eustache de Pirou, seigneur de Montpinchon, détenait, dans le cours du XIVe siècle, un fief qui obligeait ses vavasseurs à garder la foire de Montmartin pendant un jour et une nuit.

Dans divers passages des rôles de l’Echiquier de Normandie, on trouve mentionnés Jean, Robert, Foulques, et Guillaume de Pirou.

Guillaume et Richard de Pirou comptent au nombre des bienfaiteurs de l’abbaye de Lessay. Ainsi, dans une charte de Henri II, en faveur de cette abbaye, on lit : ex dono Willelmi et Richardi de Pirou. La même charte nous apprend que Raoul de Pirou et ses trois frères Geoffroi, Roger et Etienne de Pirou, tous quatre héritiers de Guillaume et de Richard confirmèrent à la même abbaye la cession que ces deux seigneurs lui avaient faite de l’église de Pirou : Et ex concessione et confirmatione heredum eorumdem Radulfi de Pirou et fratrum ipsius, Gaufredi, Rogeri et Stephani ecclesiam de Pirou. [7] Richard de Pirou donna aussi à l’abbaye de Blanchelande un quartier de froment à prendre sur sa terre de Varenguebec.

Henri Ier, duc de Normandie et roi d’Angleterre, après avoir marié son fils Guillaume Adelin à la fille de Foulques, comte d’Anjou, retourna en Angleterre avec sa nouvelle fille, et fit une heureuse traversée ; mais il n’en fut pas ainsi de la Blanche-Nef dont il se croyait suivi, et sur laquelle était son fils avec plusieurs autres seigneurs et dames. Le vaisseau toucha à un écueil, et bientôt tous ceux qui le montaient périrent engloutis dans les flots. [8] Au nombre des seigneurs normands, victimes de ce naufrage, se trouva Guillaume de Pirou, escuyer trenchant, et cité comme grand sénéchal de Normandie, en l’année 1149. On trouve en effet une charte de Henri Ier avec cette suscription : Ego Guillelmus Pirou Dapifer. [9] Il possédait un fief militaire qui l’obligeait à avoir plusieurs chevaliers au service du comte de Mortain. [10]

Sous Henri II, nous voyons encore figurer un seigneur de Pirou. Ce prince, qui venait de succéder à son père Geoffroy Plantagênet, voyait avec peine que le château de Gisors, qui avait appartenu à la Normandie, fût entre les mains du roi de France. Ne pouvant supporter cette perte, hanc juris Normanici diminutionem non patiens, mais craignant d’échouer, s’il s’en prenait à un ennemi aussi puissant que le roi de France, il inventa une combinaison qui lui réussit. Il proposa à ce monarque un mariage entre son fils Henri et Marguerite, fille du roi : Gisors fut la dot promise. Cette place forte devait rester dans les mains des Templiers jusqu’à ce que les noces fussent célébrées. Le roi de France pensait avoir du temps devant lui, puisque le jeune prince n’avait alors que trois ans, et que la princesse entrait dans son quatrième mois ; mais le rusé Normand, qui avait eu la précaution de se faire donner la garde des deux enfants, fit célébrer le mariage après deux années à peine écoulées, et réclama des Templiers le château de Gisors. Robert de Pirou était un de ceux qui en avaient la garde ; n’ayant rien à objecter contre la demande du prince normand, puisque les noces avaient été célébrées, Robert de Pirou lui remit les clefs de Gisors.

Après la mort de saint Louis, son fils Philippe le Hardi, étant monté sur le trône, obligea tous les barons du Cotentin à lui prêter serment de fidélité. Au nombre des principaux seigneurs qui lui firent hommage, on trouve Richard de Pirou. [11]

Sur la liste des chevaliers et écuyers de la baillie de Cotentin qui devaient service au Roi, et vinrent en l’ost [12] de Foix, en 1271, on voit que Rogier de Pirou doit service de 2 chevaliers et la tierce partie de 1 chevalier. Il comparut aussi, à Tours, à la quinzaine de Pâques pour l’armée du Roi, l’an 1272. [13]

Richard de Pirou devait aussi, en 1272, 2 chevaliers et la tierce partie d’un chevalier. [14]

Eustache de Pirou, chevalier, seigneur de Montpinchon et de Cerisy, confirma, le jeudi d’après la Toussaint de l’an 1304, une donation de deux boisseaux de froment à prendre sur cinq acres de terre, sises à Montpinchon, que Geffroy Cotton fit au chapitre de Coutances, sauf, dit l’acte, autre droit et mes redevances.

Jean de Pirou embrassa le parti du roi de Navarre ; mais, en 1390, il se réconcilia avec le roi de France. [15]

Un Thomas de Pirou figure sur la liste des 119 gentilshommes qui, en 1423, sous le commandement du sire d’Estouteville, défendirent si héroïquement le Mont-Saint-Michel contre les Anglais, [16] et qui perdirent tout fors l’honneur.

On retrouve et on suit, comme on le voit, la famille des seigneurs de Pirou jusqu’au XVe siècle. Alors, la seigneurie de Pirou passa dans la famille Du Bois par le mariage de Jean Du Boys, dit le Gascoin, avec Catherine, fille de Guillaume de Pirou et de Jeanne de la Haye.

Un des ancêtres de cette famille Du Bois était aussi à la conquête, et on trouve son nom sur plusieurs listes. [17] Jean Du Bois fut du nombre des seigneurs qui accompagnèrent le duc Robert à la croisade. Les Du Bois figuraient en France, sous le règne de Philippe-Auguste, parmi les chevaliers bannerets de Normandie, milites ferentes bannerias. [18] Jean Du Bois, chevalier, comparut à la revue des gentilshommes que du Guesclin passa en 1378. [19]

La famille Du Bois conserva la seigneurie de Pirou pendant près de trois siècles ; [20] elle la perdit momentanément, pour être restée fidèle à la cause de Charles VII, et les Anglais en furent maîtres depuis 1418 jusqu’en 1449. Le château de Pirou fut un de ceux que les Français reprirent sur les Anglais : le duc de Bretagne, par lettres-patentes du 24 janvier 1450, manda au bailli de Cotentin ou à son lieutenant de remettre Thomas Du Bois en possession de la seigneurie de Pirou, occupée par les Anglais. Thomas Du Bois avait épousé Marie de Virville ; leur fille, Guillemette Du Bois épousa Henri du Saussey, seigneur de Servigny.

Le domaine de Pirou, en 1546, appartenait à Jacques Du Bois. Ce seigneur de Pirou épousa Jeanne, fille aînée de Jehan de Cambernon, seigneur de Montpinchon ; et devint ainsi seigneur en partie de cette paroisse. [21]

On trouve encore dans la première moitié du XVIIe siècle, Charles Du Bois, chevalier, seigneur et châtelain de Pirou. Sa veuve donna 6,000 livres aux religieuses hospitalières de Coutances, parce qu’elle et ses héritiers auraient le droit d’entretenir à l’hospice deux pauvres de la paroisse de Pirou, ou de tout autre lieu qu’il leur plairait de désigner. [22]

La famille de Vassy, vers la fin du XVIIe siècle, acquit la seigneurie et le château de Pirou, qui alors formaient un marquisat : on voit que Françoise de Romillé épousa, en juillet 1671, Claude de Vassy, marquis de Pirou et de Brecey. [23]

Le parlement de Normandie jugea, en 1677, au profit de Claude de Vassy contre la comtesse de Créances, que le marquisat de Pirou ne pouvait être partagé. [24] Cependant, d’après un état des fiefs du bailliage de Coutances, rédigé vers 1689,le marquisat de Pirou se trouvait divisé en deux portions : la première appartenait à Claude de Vassy, seigneur du lieu, et était d’un revenu d’environ 2,000 livres ; la seconde était entre les mains de noble dame Marie Du Bois, comtesse de Créances ; elle ne s’étendait que sur les paroisses de Créances et de Pirou, et valait 2,500 livres de revenu.

On trouve en 1762, François-Marie de Vassy, chevalier, seigneur, marquis de Brecey, Pirou et autres lieux, seigneur d’Anneville ; en 1789, le comte Alexandre de Vassy, seigneur de Pirou et d’Anneville, fit partie de l’assemblée des trois ordres du grand bailliage de Cotentin.

La famille de Vassy vendit le domaine de Pirou à M. Huguet de Sémonville, qui devint grand référendaire de la chambre des pairs sous le gouvernement de la Restauration. Ce domaine plus tard appartint à M. Quesnel-Morinière, riche propriétaire de Coutances, qui l’a transmis à ses héritiers.

Château de Pirou

Le château de Pirou remonte à l’époque des premiers ducs de Normandie ; mais c’est au temps où la famille Du Boys l’a possédé qu’il faut reporter la majeure partie des constructions actuelles. La famille de Vassy n’a fait que des distributions, afin de rendre plus habitable un ancien édifice dont on avait cherché à faire plutôt une forteresse qu’une demeure paisible, ainsi qu’elle le devint au temps de ses derniers habitants. [25]

Ce château avait trois enceintes de murailles, toutes défendues par des fossés profonds où les eaux étaient concentrées et retenues captives.

Dans la première enceinte, on remarque de chaque côté de l’entrée deux salles voûtées à usage sans doute de corps de garde : les murs, qui ont un mètre d’épaisseur, sont garnis de petites ouvertures rondes qui permettaient de voir ce qui se passait à l’extérieur. On remarque encore dans ces murs les gonds en fer sur lesquels roulaient les portes.

Plus loin, et à 40 pas environ, on trouve une autre enceinte carrée ; les portes en sont cintrées. On a pratiqué, à l’intérieur, dans l’épaisseur des murs, des niches à plein cintre qui sont établies de manière à permettre à un homme de pouvoir s’y asseoir ; chaque niche, entre l’intrados du cintre et le banc en pierre qu’elle contient, a 1 mètre 25 centimètres de hauteur ; et à la hauteur de ce banc 84 centimètres de largeur. Ces niches, à n’en pas douter, étaient destinées aux soldats qui gardaient l’entrée du château ; ils pouvaient, en s’y asseyant, se mettre à l’abri de la pluie et de la fatigue.

Au centre de la troisième enceinte, on voit encore le donjon, remarquable par l’épaisseur de ses murs. Ce donjon et le château étaient d’un assez difficile accès, et capables de faire une longue résistance à cause des ouvrages avancés et de la largeur des fossés qui les environnaient et en défendaient les approches. Une partie des murs autour du château est couronnée par une galerie, et, dans les murs d’une tourelle à deux étages, on remarque des meurtrières. Ces murs, dans la cour actuelle, sont en partie détruits : ils ont environ six pieds d’épaisseur. Le château de Pirou fut pris en 1370, par les troupes anglo-navarroises : mais il rentra en la possession du roi de France ; on a vu que Jean de Pirou, qui avait embrassé la cause du roi de Navarre, obtint grâce auprès de son prince.

Les Anglais, pendant leur occupation d’une partie de la France, s’emparèrent du château de Pirou, au mois de mai 1418 ; mais ils le perdirent en l’année 1449, alors qu’ils furent expulsés de notre province.

Je n’ai retrouvé dans le château de Pirou ni écussons, ni armoiries qui rappelassent ses anciens maîtres. Les seigneurs de Pirou portaient de sinople à la bande d’argent ; les Du Bois d’or à l’aigle de sable, et les de Vassy d’argent à trois tourteaux de sable, 2 en chef et 1 en pointe.

Comme seul souvenir, j’ai remarqué deux petits canons dont on dut faire usage lorsqu’on reprit le château de Pirou sur les Anglais ; ils paraissent dater de l’époque de l’introduction de l’artillerie en Basse-Normandie. L’un a 50 centimètres de longueur, 40 centimètres de circonférence extérieure, et 14 centimètres d’ouverture ; il est relié par quatre anneaux : la culasse a 39 centimètres de hauteur, et une ouverture de 6 centimètres. L’autre qu’on nomme couleuvrine offre une longueur de 2 mètres 26 centimètres, une circonférence extérieure de 60 centimètres et une ouverture de 8 centimètres.
Le petit canon à bras ne devait pas se charger comme les canons actuels : il parait qu’en effet il se chargeait par la culasse, au moyen d’un oreillon ou petite porte à charnière qu’on ouvrait ou refermait soit pour charger, soit pour décharger la pièce.

Il y a eu à Pirou, dans un temps éloigné une foire et un marché qui, avec ceux établis à Créances et à Saint-Germain-sur-Ay, furent, après la fondation de l’abbaye de Lessay, transportés dans le bourg qui se forma autour du monastère. Il y a encore à Pirou un champ nommé le foirage : un autre s’appelle la pièce de l’hospice ; il appartenait sans doute à l’hospice de Coutances, et tirait son nom de la donation que la veuve de Charles Du Bois fit à cet hospice pour y entretenir deux pauvres.

On voyait encore à Pirou, il y a quelques années, un emplacement, nommé la mare de Pirou, qui offrait une étendue de 55 hectares, couverte d’eau. Grâce à des travaux entrepris et exécutés avec intelligence, M. Quesnel-Morinière, à qui appartenait cette vaste mare, est parvenu à la dessécher, et à en livrer le terrein à l’agriculture. Il a, pour conduire les eaux à la mer, établi un canal en maçonnerie qui a 1265 mètres de longueur, 70 centimètres de largeur et 1 mètre 40 centimètres de profondeur. L’auteur de ces travaux, si profitables aux intérêts agricoles, mérite d’être signalé à la reconnaissance publique.

Les Oies de Pirou

Pirou aussi a sa légende, et si son château ne joue plus aucun rôle, la tradition populaire a conservé le souvenir d’une merveilleuse histoire dont il fut le théâtre, et dont je dois le récit à mes lecteurs.

Chaque année, alors qu’avec le beau mois de mai revenaient les hirondelles, et que les prés s’émaillaient de fleurs, on voyait jadis une multitude d’oies sauvages s’abattre dans les fossés et dans les cours du château de Pirou, y déposer leurs œufs et y élever leurs petits. Les habitants du château, qui avaient remarqué la visite que cette gent emplumée leur faisait tous les ans, voulurent lui en témoigner leur reconnaissance, en disposant pour elle, à l’avance, des nids faits avec de la paille, et préparés avec soin.

Quand les petits étaient assez forts pour se servir de leurs ailes, ils prenaient leur vol, et toute la colonie disparaissait, pour ne revenir qu’au prochain printemps. Pour expliquer leur hospitalité envers leurs singuliers hôtes, les habitants du vieux manoir féodal de Pirou ont, pendant des siècles, et de génération en génération, redit la merveilleuse histoire qui suit :

Lorsque les Normands, nos aïeux, vinrent sous la conduite de Rollon faire la conquête de la Neustrie, ils rencontrèrent dans le Cotentin un château-fort qui leur opposa une énergique résistance : c’était le château de Pirou. Et comment pouvait-il en être autrement, des fées l’avaient bâti, et leur magique puissance le défendait. Rollon et ses Normands jurèrent de prendre cette redoutable forteresse. Ils l’investirent dans l’espoir que les assiégés, pressés par la famine, se rendraient ; mais il n’en fut pas ainsi. La garnison ne tenta aucune sortie ; bientôt même on n’entendit plus aucun bruit dans l’intérieur du château, et aucun soldat n’apparaissait sur les remparts ou aux fenêtres du donjon. Grande fut la surprise des Normands, surtout quand ils virent ce profond silence régner ainsi pendant plusieurs jours. Alors quelques soldats, plus hardis que les autres, escaladèrent les murs, et arrivèrent dans l’enceinte de la forteresse sans éprouver de résistance, ils ne trouvèrent qu’un vieillard couché, accablé sous le poids de la maladie et des ans. Il leur apprit que grâce à la magie dont les seigneurs de Pirou s’instruisaient dans des livres précieux, et qu’ils cultivaient de père en fils, les assiégés avaient pu s’enfuir sans courir de danger ; que manquant de vivres, et bientôt forcés de se rendre, ils s’étaient avec leur chef, transformés en oies sauvages, et avaient pris leur vol par dessus les remparts. Les Normands se rappelèrent que, la veille du jour où un profond silence avait commencé à régner, ils avaient en effet remarqué plusieurs volées d’oies s’élever au-dessus des murs et des toits du château, puis disparaître dans les bois et dans les marais voisins.

Mais, alors même qu’on est sorcier, on ne songe pas à tout, et les sorciers des temps anciens, semblables à ceux de nos jours, se laissaient prendre aussi. Quand une fois le danger fut passé, les oies songèrent à reprendre leur forme humaine primitive ; mais les livres qu’on avait consultés pour se transformer en oies, manquèrent quand on voulut se métamorphoser en hommes, et force leur fut de rester et de vivre sous leur forme nouvelle. Comme les lieux qui nous virent naître nous sont toujours chers, la gent volatile qui éprouve aussi, dit la tradition, ce doux sentiment, revient, chaque année, visiter son ancienne patrie. Peut-être aussi y revient-elle dans l’espoir de retrouver les livres magiques du château de Pirou...

Source :

Notes

[1] Charles Du Bois a dû mourir dans le cours du XVIIe siècle. L’orthographe de l’inscription annonce cette époque.

[2] Voir le Livre noir et le Livre blanc de l’évêché.

[3] Gall. christ., tom. XI, col. 917.

[4] Convenit Thomas cum Willelmo de Pirou, unicum in ecclesia de Pirou monacum deincepse mansurum. Gall. christ., tom. XI, col. 919.

[5] Histoire des évêques de Coutances, par M. l’abbé Lecanu, page 137.

[6] Roman de Rou, tome II, page 236. - Masseville, Histoire de Normandie, tome I, page 203. - Chronique de Normandie, page 111.

[7] Gall. christ., tome, XI, Instrum., col. 336. — Neustria pia, pag. 620.

[8] Ce naufrage de la Blanche-Nef eut lieu le 25 novembre 1120.

[9] Orderic Vital, livre XII. — Histoire de Normandie, par Dumoulin, livre IX. — Essai sur l’Histoire de Normandie, tom. II, page 312. — Histoire de la Normandie, par Depping, tom. I, pag. 381.

[10] Duchesne, Histr. Norman. scriptores.

[11] Histoire militaire des Bocains, par Richard Séguin.

[12] Armée.

[13] Rogerius de Pirou comparuit, debet duos milites quos ducit videlicet semet ipsum et Johannem de Pirou, et insuper tertiam partem unius militis pro quo servit in exercitu — Anciens rôles, à la suite du Traité de la Noblesse, par De Laroque, pag. 64 et 79.

[14] Anciens rôles à la suite du Traité de la Noblesse, par De Laroque.

[15] Histoire militaire des Bocains, par Richard Séguin, pag. 79.

[16] Histoire de Normandie, par Dumoulin, appendice, pag. 51.

[17] Histoire de Normandie, par Dumoulin, in fine.

[18] Duchesne, Histor. Normann. scriptores, pag. 1031-1051.

[19] Masseville. Histoire de Normandie, Tome III, pag. 401.

[20] Sur cette famille Du Bois, voir Moreri, V. Bricqueville et V. Luzerne.

[21] Mss. de M. Toustain de Billy et de M. Lefranc.

[22] Mss. de M. Lefranc.

[23] Moreri, V. Romillé.

[24] Basnage, tome I, page 595.

[25] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tome II, page 247.