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Tourville - Notes historiques et archéologiques


Le déterminant sur Sienne fut ajouté en 1950.


Tourville, Torfvilla, Turvilla, Torvilla.

Un trouvère du XIVe siècle nous apprend que le nom de Tourville était celui d’un seigneur normand, nommé Torf, qui donna son nom à plusieurs demeures féodales. Ainsi, Torfvilla signifie demeure de Torf. Voici les vers du poëte :

Le père Turulphus fut Tors
Dont en ce pays plusieurs villes
Si ont prins les noms de Tourville.
 [1]

L’église de Tourville n’a que le chœur et la nef. La nef appartient à deux époques. Le mur septentrional offre des assises de pierres, rangées en arête de poisson, et une petite fenêtre cintrée étroite et courte, comme on en voit dans beaucoup d’églises de campagne des XIe ou XIIe siècles. Le surplus de la nef paraît dater du XVe siècle. Deux crédences à ogive sont placées dans les murs.

Le chœur est sans intérêt ; il date de 1778.

On remarque dans le mur septentrional de la nef l’emplacement d’un ancien tombeau. Ce monument était pratiqué en partie dans l’épaisseur du mur, et se trouvait, à l’aide d’une arcade ouverte, en communication avec l’église. A l’extérieur, son corps avancé dans le cimetière offrait la forme d’une chapelle. Cette partie du monument a été détruite. Ce tombeau apparent devait être celui de quelque personnage notable dans le pays à l’époque où il fut élevé.

Un petit autel parait avoir existé autrefois de chaque côté de la nef. Les crédences qu’on voit dans les murs peuvent le faire penser.

La tour quadrangulaire, placée entre chœur et nef, se termine par un petit toit à double égout. On remarque dans sa partie inférieure des fenêtres ogivales sans ornements. La cloche que renferme la tour est de l’année 1700. Elle eut pour parrain le maréchal de Tourville, ainsi que le fait connaître l’inscription qu’elle porte, et que je dois à l’obligeance de M. le curé de Tourville, qui voulut bien m’accompagner dans ma visite à son église :

Je m’appelle Anne Hilarion
et j’ai été nommée
par haut et puissant Seigneur
Anne Hilarion de Costentin
Maréchal de Tourville.

On ne peut que féliciter les habitants de Tourville d’avoir religieusement conservé cette cloche, qui leur rappelle l’une des gloires de la marine française.

Un petit porche précède l’église. Il est couvert en pierres, et son arcade est à ogive.

Il existait dans le cimetière plusieurs pierres tombales, que le curé fit enlever lorsqu’on exécuta les travaux du chœur, et dont il pava la nef de l’église. Les inscriptions ont aujourd’hui complètement disparu. M. le curé actuel de Tourville blâme, et avec raison, cet acte de son prédécesseur, qu’on pourrait sévèrement qualifier.

Dans mes visites aux églises et aux cimetières, j’ai eu souvent occasion de m’élever contre la mutilation ou la destruction des pierres tombales. On fait ainsi disparaître chaque jour des pierres tumulaires sur lesquelles on distinguait des effigies, gravées au trait. C’est une violation impie des tombes, qui ont droit à tous nos respects : mais c’est aussi un grand mal au point de vue de l’art et de la science, car souvent elles indiquent le costume en usage au temps où vivait celui dont elles couvrent les restes, ou bien encore elles portent des dates intéressantes et des noms curieux pour l’histoire des familles et celle du pays.

On lit sur deux pierres tombales, dans le cimetière :

ICI REPOSE M. J. B. LEBOUTEILLIER,
CHANOINE HONORAIRE DE COUTANCES,
CURÉ DÉMISSIONNAIRE DE MONTMARTIN-SUR-MER,
ET ANCIEN CURÉ DE CETTE PAROISSE,
DÉCÉDÉ LE 8 Xbre 1841,
A L’AGE DE 81 ANS 6 MOIS.
*****
ICI REPOSE LE CORPS DE MONSIEUR
JEAN CLAUDE SIMON HALBOT
CI DEVANT TRÉSORIER DE FRANCE
AU BUREAU DES FINANCES
DE LA GÉNÉRALITÉ DE CAEN
LIEUTENANT DES GENDARMES
DE LA GARDE ORDINAIRE DU ROI
DÉCÉDÉ LE 11 MARS 1816, AGÉ de 68 ANS.
PRIEZ DIEU POUR LE REPOS DE SON AME.

L’église est sous le vocable de la sainte Vierge. Elle faisait partie de l’archidiaconé et du doyenné de la chrétienté. Elle était taxée à trente livres de décime.

L’abbaye de la Luzerne avait le patronage de cette église, qu’elle faisait desservir par ses chanoines, qui percevaient toutes les dîmes. Patronus abbas de Lucerna et deservit ibi per canonicos suos et percipiunt omnia.

Un acte de la fin du XIIe siècle nous apprend que Guillaume de Saint-Jean, Willelmus de Sancto Johanne, noble homme, vir nobilis, avait donné au monastère et aux chanoines de la Luzerne tout ce qu’il avait à Tourville, sauf certains droits ou certains biens qu’il s’était réservés, comme la tangue, excepta tangua.

Sur la route de Coutances à Tourville, on rencontre le village de la Belle-Croix, indiqué sur la carte de Cassini. On y voit une croix, renversée lors de la première révolution, et replacée en 1817.

Plus loin, sur la même route, il existe une petite chapelle du XVe siècle, appelée dans le pays la Chapelle aux Jacquet. Ses fenêtres sont petites et sans ornements. Je n’ai pu la visiter à l’intérieur. Elle doit dater de l’année 1474. Elle était sous le vocable de saint Germain, patron de son fondateur, Germain Jacquet, qui a dû être un des aïeux du maréchal de Tourville. Un prêtre de l’église de Tourville devait y célébrer la messe tous les lundis. La rente créée pour cette fondation a été, depuis la Révolution, cédée à l’hospice de Coutances.

Faits historiques

On trouve sur les listes des conquérants de l’Angleterre le nom d’un Tourville ; mais peut-être faut-il chercher sa demeure plutôt dans le canton de Montebourg que dans celui de Saint-Malo-de-la-Lande.

Guillaume de Bricqueville et Thomas, son fils, donnèrent à l’abbaye de la Luzerne dix acres de terre à Tourville. [2] Alors peut-être lui donnèrent-ils le patronage de l’église ; car on lit dans une charte du pape Urbain III, donnée en 1186, et confirmative des biens appartenant à cette abbaye, en parlant de la donation de Guillaume de Bricqueville : In Constantiensi episcopatu ecclesiam Sanctae Mariae de Tourvilla cum omnibus pertinentiis suis. [3]

D’après le registre des fiefs de Normandie, la famille de Creully possédait à Tourville un fief que le roi confisqua avec ceux de Nicorps, Montcarville et Gratot. Hoc, quod dominus rex apud......... Torvillam, per escaetam, debet servitium dimidii feodi militis.

Richard de Landelles, chevalier, miles Richardus de Landellis, seigneur de Tourville en l’année 1285, confirma toutes les acquisitions et donations qui avaient pu être faites aux dépens de son fief pour les fontaines de Coutances. Quod ego firmas et gratas habui et habeo, et presentibus litteris confirmo procuratori operis fontis Constanciensis omnes emptiones, contractus et acquisitiones quas dictus procurator fecerit in feodo meo in parochis de Tourvilla et de Gratot. [4]

On lit dans un acte du XIVe siècle, « que Jehan Lessablier tient le 6e d’un fieu de haubert de Tourville et doit mener la Reyne à la Lucerne et au Mont St. Michel et doit mangier o ses sergeants d’armes et vaut led. fieu 12 liv. de revenu. »

Un autre acte des dernières années du même siècle nous apprend que ce fut un seigneur de Tourville, Bernard Le Cointe, qui fonda et dota, dans l’église cathédrale de Coutances, une chapelle sous le vocable de saint Jean, et qu’il fit cette fondation d’accord avec Jean Le Cointe, son frère, et Tiphaine de Prestelle, son épouse.

Dans une charte de l’année 1327 on lit « que l’Abbé et couvent de Blanchelande ont à Tourville, du don du seigneur de St. Jean et Eudes de Sottevast teneur franche qui vaut de revenu 38 s. 8 d. » La même abbaye avait encore d’autres revenus à Tourville ; car, « le 6 juillet 1500, l’abbé de Blanchelande obtint mandement pour faire banir et proclamer le moulin de Tourville appartenant à Jean de Cottentin escuier faute de paiement de cinq années d’arrérages de 10 liv. de rente dues au dict seigr Abbé à cause du dit moulin. »

Il y avait à Tourville, dans le XVIIe siècle, sept fiefs nobles. Ils appartenaient : le grand fief de Tourville, au comte de Tourville ; celui de la Luzerne, à l’abbaye de la Luzerne ; le fief de Tourville, le franc-fief Duval et la fief-ferme, au marquis de Costentin ; le fief de Guehebert, au Marquis de Gratot, et le fief de Lessay, à l’abbaye de Lessay.

Les deux moulins, nommés, l’un le Grand Moulin, et l’autre le Moulin Duval, appartenaient au marquis de Costentin, et ils étaient d’un revenu de 210 livres.

Dans les XVIIe et XVIIIe siècles, on trouve, en 1600, Jehan de Costentin, sieur de Tourville, Leval et Coutainville, conseiller du roi, vicomte et capitaine de Coutances.

En 1627, Jacques de Costentin, seigneur de Tourville publia un ouvrage dans lequel il expliquait quelques difficultés du droit romain.

On voit figurer plus tard Anne-Hilarion de Costentin, chevalier, seigneur et comte de Tourville. Il devint maréchal de France, et fut le plus grand officier de marine de son siècle. Les auteurs des Grands officiers de la Marine font remonter sa famille à une époque reculée. Les uns le font naître à Tourville, dans la maison qui est appelée le Manoir de la Vallée, d’autres à Coutances ; mais c’est bien plutôt à Tourville qu’il appartient ; sa famille avait dans cette paroisse son fief, son manoir, et plusieurs de ses membres en ont été les seigneurs. Tourville doit revendiquer la gloire d’avoir vu naître celui que Louis XIV nomma maréchal de France, malgré le désastre qu’il éprouva sur mer en l’année 1692, et à qui le grand roi rendit si bien justice en lui disant : « J’ai eu plus de joie d’apprendre qu’avec quarante-quatre de mes vaisseaux vous en avez battu quatre-vingt-dix de ceux de mes ennemis pendant un jour entier, que je ne me sens de chagrin de la perte que j’ai faite. » La victoire de la flotte ennemie fut de courte durée, car l’année suivante elle se chargea en une défaite complète. Tourville vengea l’honneur français, et rendit à son pays la place qui lui appartient sur les mers.

En 1738, Jean-Baptiste de Costentin était, seigneur de Tourville et autres lieux. Il avait épousé Renée-Charlotte de Campron de Saint-Germain.

On trouve encore, en 1752, Louis de Costentin, chevalier de Tourville.

Source :

Notes

[1] Le poëme qui renferme ces vers était composé à la louange de l’illustre maison d’Harcourt.

[2] Histoire mss. de Lefranc, p. 85.

[3] Gallia Christiana. Appendix, p. 331. Gallia Christiana

[4] Histoire mss. de Toustain de Billy.