> Paroisses (Manche)
> pqrs
> Saint-James
> Histoire
> Saint-James - Notes historiques et archéologiquesNDLR : texte de 1845, voir source en bas de page.
Au bout d’un promontoire projeté de trois côtés sur une vallée profonde où le Beuvron bondit sur des rocailles, animée par le bruit des eaux, par les cascatelles des moulins et les voix joyeuses des lavandières, dans les vases de laquelle reposent d’antiques débris, [1] sur cette Hogue, prédisposée au séjour des hommes, surtout des hommes de guerre, [2] s’élevait naguère le château de Saint-James et s’élève encore sa vieille église : la ville moderne couvre l’isthme et s’éparpille vers la campagne. La commune, très-irrégulièrement découpée, se compose de deux lobes inégaux, le grand au nord, le petit au sud ; celui-ci, naturellement limité par la Dierge à l’ouest, et à l’est et au sud par le Beuvron aux coteaux boisés, l’autre arbitrairement dessiné. La grande route d’Avranches à Fougères coupe cette commune en deux bandes longitudinales, en courant sur la crête du coteau occidental du Beuvron.
Cette grande commune, formée des paroisses de Saint-Benoît et de Saint-James, est semée de villages dont les plus intéressans par leurs noms et leurs souvenirs sont : Atré avec sa fontaine aux barils d’or, la Vieille-Paluelle, berceau d’une illustre famille, les Vallées-Miettes, le Réclus, Beaufour, Pontcel, Aube-Roche, dont le nom rappelle Pierres-Aubes, Petrae albae, le château de la Paluelle, belle habitation seigneuriale sur une croupe pittoresque, un des beaux sites de l’Avranchin, la Villette, la Maladrerie, Lantouche, berceau de Montmorel, le Haut-Thannel, nom saxon, l’Épine, la Croisette, le Val-de-Sée sur le Brezel, les Guitons, les Bourreaux, les Touche-de-Souet, Touche-Gâté, Touche-Pommier, [3] la Croix-Blanche, la Cave-des-Pains, le Moulin-du-Prieur, la Salle, la Porte, la Croix-Chastel, la Croix-du-Repaire, la Croix-Blanche.
Le nom primitif de cette commune doit avoir été celui de Beuvron. Du moins dans la plus antique mention que nous connaissions de cette localité, dans une charte du commencement du XIe siècle, par laquelle le duc Robert donna au Mont ce qu’il y possédait, on ne trouve que le nom de Beuvron : « Dono in perpetuum donatum esse volo in burgo quod appellatur Beurona quidquid in eo mei juris erat. » [4] Ce nom de Beuvron, Bevro, Brevo, Beuro, signifiant rivière, se trouve dans les nombreuses localités de ce nom, dans les Bièvres, les Biefs, et est resté dans les mots bief, bieu et bièvre. Le nom de James est fort ancien : il se retrouve dans la commune de Jametel, Jacobellus : les Normands l’ont porté en Angleterre. [5]
L’élise de Saint-James remonte au commencement du XIe siècle, et fut bâtie et dotée par les ducs de Normandie Richard et Robert. Cette assertion est puisée dans une Requête manuscrite présentée en 1592 à Daniel Huet par Guérin, prieur commendataire du Prieuré de Saint-Jacques-de-Saint-James contre certaines prétentions des La Paluelle. On y lit : « Le sieur Guérin a justifié par des titres aussi anciens qu’ils sont sans reproches, que l’église du Prieuré a été bâtie et fondée par les ducs de Normandie, Richard et Robert, son frère, qui la donnèrent à l’abbaye de Fleury, de manière que l’abbé en est seul collateur ; en un mot qu’il est si vrai que cette église est la même qui fut bâtie par les ducs de Normandie et donnée à l’abbaye de Saint-Benoît, qu’encore aujourd’hui le prieur qui jouit des revenus est obligé d’acquitter les charges portées par le fondateur, entre autres de faire célébrer une messe la semaine et de nourrir un pauvre... La charte qu’on a rapportée de Guillaume qui confirme celle de Richard et de Robert, l’extrait des archives de l’évêché d’Avranches, fait par M. de Bourbon en 1481, et la copie tirée des œuvres manuscrites de messire Robert Cenalis, [6] évêque d’Avranches qui vivait il y a deux cents ans sont des témoignages authentiques. »
En 1648, ce Prieuré dont l’abbé de Marmoutier était patron, rendait 1,000 liv.
Nous connaissons quelques-uns de ses prieurs ou curés. Nous avons trois nominations à cette cure dans lesquelles on voit que depuis l’an 1594, Clément-le-Moine, Jean Menard, Jean-le-Pigeon et Richard Levesque, furent successivement appelés à ce bénéfice. Le prieur Guérin précité dut être leur successeur immédiat. M. Fargeonnel, conseiller-clerc au parlement de Paris, fut le dernier prieur et cessa de l’être en 1790, époque de la suppression des monastères.
L’église de Saint-James est une des quatre de l’arrondissement dont la nef ait des bas-côtés, et la quatrième dans l’ordre archéologique ou artistique. Elle est généralement romane : elle a du roman la physionomie austère et grave, la massive carrure, la nudité froide, et la vacuité sombre, [7] toutefois avec les apports des siècles ultérieurs. Le roman, le roman avancé, réclame la nef, et peut-être le collatéral du nord. Cette nef s’ouvre par un portail de même style et de même temps, à deux archivoltes brodées de rosaces entaillées, à deux colonnes dont les chapiteaux sont historiés de volutes végétales ou de figures symboliques : l’un a des fleurs de lis et un quadrupède qui se mord la queue, l’autre un quadrupède, un oiseau, et au milieu une tête de chien qui semble dévorer quelque chose. Deux contreforts plats filent jusqu’à la naissance d’un fronton à deux niches où s’abritent deux saints très-antiques, un évêque et un autre saint fleurdelisé, sans doute Saint-Louis. Au milieu une bonne fenêtre gothique se montre vide de sa tracerie. Le collatéral du sud, auquel suivant l’orientation ordinaire, s’accolait le cloître, n’est pas ancien. Le transept du nord est gothique : on y remarque une fenêtre semblable à celle de la façade. Le chœur, l’autre transept et la tour sont récens. La nef est pavée de tombes qui ne vont pas au-delà du XVIIe siècle : celle qui peut être antérieure est ornée d’une croix fleurie. Dans la nef on remarque une grande madone gothique : c’est la Vierge de Saint-Martin-du-Bellé qui, dit-on, eut grand peine à quitter son église. Il y a des restes de vitres coloriées, des têtes de saints, une d’abbé, un personnage en dalmatique avec une auréole, peut-être saint Etienne, avec le mot maturis, et au-dessus une tête à collerette coiffée d’une calotte à la Louis XI. La tour tomba en 1669 : une sentence condamna le prieur à rétablir le chancel tour et clocher, ensemble l’aile du côté du prieuré ; les habitans de leur obéissance réparèrent la nef et l’aile N. D. [8]
La principale illustration de Saint-James est son château et son histoire militaire. De cette forteresse, sentinelle avancée de la Normandie, il ne reste qu’un robuste fragment de mur, au nord-ouest de la ville, dans lequel les hommes de nos jours se sont creusé une habitation. Ce débris gigantesque fait rêver à l’ensemble, et, avec sa position formidable, donne l’idée d’une puissante forteresse : l’histoire confirme cette conception. Pour préciser cette idée, il faut recourir à des souvenirs encore récens et aux documens historiques. Ce château avait plusieurs tours. Une d’elles donnait sur la campagne, et Charles V, en 1379, y fit ouvrir une porte, comme nous le voyons dans son ordonnance. Nous croyons qu’elle était où se trouve le Calvaire. Une tour, qui devait être le donjon, s’appuyait aux murs de la ville, sur l’isthme ou la partie la plus expugnable. L’ordonnance ci-dessous semble autoriser cette hypothèse : « Pour la seûreté de notre chastel de S. James de Bevron et pour d’autres causes qui à ce nous meuvent, avons ordonné que en icelui chastel soit faite une yssue par laquelle on puisse yssir et rentrer audit chastel sans passer par ladite ville, et aussy que la tour qui est contre les murs de ladite ville soit par telle manière ordonnée et guerittée que l’on puisse être en ycelle sans le danger des habitants par la manière que en charge l’avoit nostre amé et féal chevalier Le Bègue de Fayel et comme il vous dira de par nous, et vous mandons à chacun de vous que ladite yssue vous fassiez faire audit chastel et aussi ladite tour remparer par la manière que dit est. 1379. » Les fortifications furent détruites au XVIIe et au XVIIIe siècle. Une tour subsistait encore au midi de l’enceinte quelque temps avant la Révolution. Certains seigneurs de la baronnie de la Croix étaient tenus de garder une des portes de ce château, quand l’armée de Normandie combattait ailleurs : Illos de honore Crucis qui servant unam portam de castello S. Jacobi cum exercitus Normannie alicubi progreditur. [9]
A cette description trop incomplète d’une forteresse très importante s’ajoute naturellement son histoire : les faits durent plus que les pierres, et ils ont encore leur intérêt et leur signification, même en l’absence de leurs témoins matériels.
Le château de Saint-James fut bâti par Guillaume-le-Bâtard : il le dit lui-même dans une charte adressée aux Bénédictins, auxquels son père et son grand-père avaient donné l’église : Circa vero eamdem ecclesiam ego Willelmus, successor eorum, Nortmannorum Dux et per Dei misericordiam Anglorum rex effectus, bellis ingruentibus, ob meae terrae defensionem, cum locus magis idoneus ad id videretur, castellum exstruxi, quo facto multa illi quae ibi non pertinebant attribui, viz leugam cum stagno et theloneo et mercatum... et nundinas [10] duos et pediaticum. Tria stagna construxi et homines illos qui pro voluntate sua ibi manebant stabiles esse feci... apud Rodolium. 1067. Ce château, comme le dit cette charte féconde en détails locaux, est antérieur à la Conquête ; d’ailleurs le biographe du Conquérant, G. de Poitiers, dit qu’il fut bâti contre les excursions de Conan : Castellum quod S. Jacobi appellatum est opposit in confinio ne famelici predones ecclesiis inermibus aut ultimo terrae suae vulgo excursionibus latrocinantibus nocerent. [11] G. de Jumiège répète à peu près ces idées, et ajoute que la garde du château fut confiée à Richard, comte d’Avranches, père de Hugues-le-Loup, qui devint comte de Chester : Illud castellum ad eos arcendos institutum tradidit Richardo Abrincatensi praesidi patri Comitis Hugonis. [12] Guillaume enleva au Mont plusieurs biens dans Saint-James : Abstulit etiam nobis burgum de Beuron et feriam que nunc est apud S. Jacobum. [13] Le Mont le tenait sans doute du duc Robert, car on lit dans un manuscrit : 11 feb. obiit Rob. comes Norm. qui nobis dedit villam de Bevone cum 8 molendinis. [14]
Ce ne fut pas Hugues-le-Loup qui représenta Saint-James à la Conquête : ce fut Gautier Giffart à qui Guillaume offrit le drapeau à la bataille d’Hastings. Ce fait est raconté dans un fragment de Wace, différent du passage analogue du Roman de Rou, tel qu’il a été publié par M. Pluquet :
Il refuse le gonfanon, qui est donné à
Après la mort du roi Guillaume, lorsque Henri eut obtenu du don de son frère Robert : « Omnem pagum Constanciensem simul et Abrincatensem necnon et episcopatus utriusque pagi, » le château de Saint-James fut accordé, ex integro, au comte Hugues à cause de sa fidélité : « Et quia Hugo, comes Cestrensis, ei fidelis extiterat concessit ei ex integro castellum quod S. Jacobi appellatum est in quo idem comes nunc nihil habebat praeter custodiam munitionis ipsius oppidi. [16]
Le roi Henri II ayant demandé le serment de fidélité aux barons de Bretagne, Raoul de Fougères le refusa et entraîna dans son parti le comte de Chester. Raoul brûla le château de Saint-James : Rad. de Fulgeriis castrum S. Jacobi tradidit incendio, similiter castrum Tilioli.... Comes vero Cestrie et Rad. et 40 milites cum eis cum non possent effugere, quia inimici eorum obstruxerant viam fugiendi, incluserunt se in turrim (Dol) ; itaque obsessa est turris Doli a Brebenzonibus et plebe Abrincatina. [17]
Peu de temps après, Henri II pardonna à Hugues, reçut son serment de fidélité, et lui rendit le château de Saint-James. Les vers suivans ont quelque rapport à ce fait :
Pendant que, Hugues posséda son château, il fit des dons à plusieurs établissemens religieux : à Saint-Sever, dont il fut pour ainsi dire le fondateur, il donna ses moulins : De S. Jacobo super Devron ; à Montmorel, il donna : Ex dono Comitis cestrie XXti sol. in prefectura Abrinc. et unam plateam in Castro S. Jacobi. [19] Hugues conserva ce château jusqu’à sa mort, qui arriva en 1181, et le transmit à son fils Ranulf III, qui avait épousé en premières noces Constance, duchesse de Bretagne, veuve de Geoffroy, fils de Henri II. Constance, séparée de lui pour cause d’adultère, fit annuler son mariage, et épousa Guy de Thouars, et Ranulf, de son côté, se remaria deux fois. Dans l’intervalle de sa rupture et de son divorce, il la fit arrêter, comme elle passait à Pontorson, et la retint prisonnière près d’un an au château de Saint-James. Ranulf fut un des plus zélés partisans du roi Jean : aussi ses châteaux en Normandie furent-ils tous confisqués. [20]
A la fin du XIIe siècle, le bailli d’Avranches, Gauf. Duredent, rendait compte pour le taillage de Saint-James : 1180, Gauf. Duredent r. cp. de taillag. de S. Jacobo. [21] Dans un autre article on lit : Comes cestrie reddit compot. per Ran. de Pracriis de 100 l. de firma prepositure de S. Jacobo. In thesauro 90 l. In decima S. Amandi Roth. 10 l. et quictus est. W. Bacon de Landelle et le comte de Chester devaient 2,250 l. de la ferme de Saint-James ; [22] Ranulfe, successeur de ce dernier, donna à Montmorel une place dans la villa de Saint-James.
Pendant la minorité de Saint-Louis, Pierre de Dreux, dit Mauclerc, comte de Bretagne, se révolta contre ce prince, et fit fortifier Saint-James, dont le roi lui avait confié la garde. Après avoir échoué sur la Haye-Pesnel, Pierre Mauclerc demanda sa grâce : elle fut accordée, Jean de France dut épouser sa fille, avec plusieurs places pour dot, parmi lesquelles figura Saint-James.
En 1234, le duc de Bretagne fit serment de fidélité au roi de France. On lit entr’autres choses dans ce serment la cession de St James par ce duc : « Je quitte à perpétuité au roi et à ses hoirs le chasteau de St-James-de-Beuvron, fortifié comme il l’est. » [23]
En 1238, Philippe III rendit l’arrêt suivant relatif à Saint-James : « Cum burgenses nostri Sancti Jacobi de Beurenio nobis conquesti fuissent quod burgenses de Dynamio impediebant quominus possent emere filum, laneum et lanam... nos burgenses de Dynamio coram nobis fecimus adjornari... qua die recognoverunt quod burgenses nostri Sancti Jacobi de Beurenio, in duabus nundinis possunt emere filum, laneum et lanam, excepta die mercati... donec burgenses ville de Dynamio emerint quantum voluerint... et sic fuit usitatum. » [24]
En 1266, Robert Doissey était capitaine de Saint-James au nom de Saint-Louis.
En 1316, Louis-le-Hutin, par libéralité ou par reconnaissance, fit don au duc de Bretagne de la ville de Saint-James, « nostre ville de S. James de Beuvron et la chastellenie doudit lieu, o toutes les appartenances, fiefs, seigneuries, rentes et demaines, especialement o toute la haute justice desdits lieux. » [25] Il promettait en outre que si cette ville ne valait pas mille livres de rentes, il lui ferait assigner le surplus sur les terres de son domaine qui seraient le plus proche ; mais il exigeait aussi que le surplus des mille livres lui serait rendu. Philippe de Valois ayant trouvé que cette terre valait plus de mille livres, la reprit et donna un échange.
En 1359, deux capitaines anglais, Windsor et Pleby, vinrent, avec leurs compagnies, faire des courses jusqu’à Saint-James. Duguesclin qui était à Pontorson, et qui en fut averti, assembla ses amis, chargea les Anglais, les défit, et emmena dans la ville dont il était gouverneur les deux capitaines Anglais.
Dix ans auparavant était mort un des plus braves capitaines de Saint-James, qui l’avait défendu deux fois avec succès contre les Anglais, Raoul Guiton, qui reçut de Philippe-le-Valois ce témoignage : « Raoul Guiton, escuyer, a tenu et gouverné le fort de S. Jacques de Beuron bien et loyaument et l’a tenu françois à grants couts frais et missions tant par deux peines de siège que les Anglais mirent devant comme autrement... en juing 1348. » Il mourut à Saint-James, et on grava ces mots sur sa tombe : Cy gist R. Guyton esc. capitaine du fort de céans pour le roy nostre sire qui trespassa le 14 juing l’an de grace 1349. Priez Dieu pour l’âme de ly. »
Nous avons pour ce siècle des titres relatifs à la vallée de Beuvron et à ses nombreux moulins : Litiera W. Tardif quod tenet esclusam de valle de Beitr. in bono statu. Lit. quod tred. molendini de Bruille in valle Beuronis ad nos pertinet 1322. De molendino de Bige. De Bore. De Beurone. Du Deluge. Ibid. 1322.
Jean Paynel, chevalier, sire de Marcey, était capitaine de cette place à la fin de 1355, et Pierre de Villiers le remplaça l’année suivante : ce dernier était en même temps capitaine de Pontorson. [26] En 1367, Fraslin Avenel fut nommé capitaine de Saint-James, et Guillaume le Bègue de Fayel en 1379. C’est en cette année que Charles V rendit son ordonnance précitée.
En 1386 mourut Sylvestre de La Cervelle, évêque de Coutances, originaire de Saint-James.
En 1418, Vigor de Clinchamp prit possession de la capitainerie de Saint-James, probablement au nom du roi d’Angleterre. On fit, en 1424, le dénombrement de cette place. On y trouva (intra muros) 277 feux et 1,328 habitans. [27]
L’époque de l’occupation anglaise fut féconde en affaires militaires pour l’Avranchin : une des plus importantes eut lieu sous les murs de Saint-James. Un conteur moderne nous offrira une introduction à une ancienne narration de cet événement :
« Si le lecteur, qui nous a déjà si souvent et si complaisamment suivi dans nos excursions historiques à travers la vieille France, veut bien, cette fois encore, faire avec nous un pas rétrograde, nous le transporterons à quelques lieues de la jolie petite ville d’Avranches, au pied d’un château-fort dont les murailles, cachées à cette heure sous l’herbe, ceignaient bravement le bourg de Saint-James-de-Beuvron. Sur l’emplacement occupé par les vertes et grasses prairies qui s’étendent jusqu’à Pontorson, s’élevaient alors les logis de l’armée de Bretagne, qui, depuis le carême de 1425, était venue mettre le siège devant le château de Saint-James. En jetant les yeux sur le fossé qui ceint le camp... on reconnaîtra que c’est un capitaine savant dans l’art de mener une bataille qui a tracé le plan de ces fortifications, établies à la fois pour l’attaque et pour la défense... C’est ce qui pouvait arriver d’un jour à l’autre à l’armée de Bretagne, s’il plaisait aux Anglais d’Avranches de venir en aide à leurs frères de Saint-James. » [28]
A cette exposition du romancier contemporain, aux détails dramatiques duquel nous renvoyons, ajoutons le récit du secrétaire même du héros de cette affaire, G. Gruel, historien du connétable de Richemont :
« Et de là allèrent mettre le siège audict lieu de Beuvron et fut en caresme et ne dura ledict siège que huict on dix jours. Et dist-on que le chancelier de Bretagne fist retarder le payment des gens de guerre, et à l’occasion de ce ils n’avoient de quoy payer les marchands qui leur amenoient les vivres. Et pour ce fut conclu l’assault par grande délibération de conseil. Et quand ceulx qui estoient audict assault devers l’estang montoient pour combattre main à main à ceulx du dedans, ils veirent une grande compaignie de gens d’armes qu’on avoit ordonné à faire les courses durant ledict assault. Car le comte de Suffolc et le sire de Scales estoient à Avranches. Et ainsi cuidèrent nos gens que ce fussent les Anglois et se commencèrent à retirer. Et alors lesdicts Anglois saillirent sur eux et en tuèrent et firent noyer un grand nombre en l’estang dudict lieu et ceulx qui estoient de l’autre côté n’en sçavoient rien. Et se fallut retirer et y eut grande multitude de gens morts et prins.... et ceste nuict plusieurs commencèrent à desloger sans congé, les uns blessez, et les autres pour les conduire. Et bientôt après meirent le feu ès logis dudict siège de Beuvron et tantost l’on vint dire à monseigneur le connestable et à monseigneur d’Estampes, son beau frère, qu’ils seraient bruslez s’ils ne se sauvoient et que tout le monde s’en alloit. Et ainsi montèrent lesdicts seigneurs sur petits chevaulx pour cuider faire demeurer ceulx qui s’en vouloient aller ; mais homme ne vouloit arrester. Et tant que mondict seigneur le connestable fut abatu en la presse cheval et tout et passoient par dessus luy qui ne l’eust secouru et conveint malgré luy s’en venir quand et les aultres, ou demeurer bien seul. Et pensez que c’est grand chose quand un dessarroy se met en un grand ost, et de naict. » [29]
Cette affaire, dans laquelle la défaite fut causée par la panique et l’indiscipline, est racontée avec des détails variés par les historiens. Quelques-uns donnent 20, 000 Bretons au connétable : ce qui paraît très-considérable. Jean Chartier et l’auteur de la Chronique de la Pucelle donnent aux Anglais six à sept cents hommes : des historiens français et bretons [30] disent 6, 000. Tandis que Gruel fait ignorer aux assiégés la panique des Bretons, D. Lobineau met ceux-ci entre deux feux : Les Bretons n’avaient pour aller à un boulevard qu’ils devaient attaquer qu’un petit chemin difficile et dans le moment où ils commençaient à descendre dans le fossé, ils entendirent crier des deux côtés : Salberi et Suffolk ! En même temps Nicole Burdet qui commandait dans le boulevard fit une vigoureuse sortie par une fausse-porte. [31] Le général anglais, Rameston, secondé par Burdet et Ph. Branche, selon M. de Gerville, fit une sortie qui acheva de dissiper les Bretons. Le combat, commencé sur les bords de l’étang de Saint-James, eut pour principal théâtre un terrain près du roc de Dierge qui s’appelle encore aujourd’hui la Bataille. Les Bretons arrivèrent le lendemain au point du jour à Antrain.
Le jour saint Pierre 1448, le maréchal de Lohéac reprit ce château sur les Anglais sans aucune difficulté. Dès-lors il est resté à la France : le mariage d’Anne de Bretagne le rendit inutile contre cette province.
Un des fils du grand Montgommery, Gedéon, eut la capitainerie de Saint-James, d’après une pièce du château de Ducey. Une autre du même dépôt nous montre la geôle de Saint-James désignée dans un partage entre les fils de Gabriel II, autre fils du grand Montgommery.
En 1605, une peste ravagea Saint-James, ce qu’atteste une charte de Louis XIII.
En 1705, une maladie contagieuse y fit périr plus de 300 personnes. [32]
Les dernières guerres qu’ait vues Saint-James sont celles de la chouannerie. Des engagemens assez vifs eurent lieu dans ses environs où les chouans avaient pour chef un homme actif et entreprenant, nommé Boailly.
Au-delà du Beuvron, sur un coteau aux contours capricieux, au milieu d’un vaste parc verdoyant, semé de bouquets d’arbres et sillonné de sentiers sinueux, flanqué de deux foutelaies (?) mollement ondoyantes et arrondies en dôme, est le château de la Paluelle, le plus pittoresquement assis de l’arrondissement, édifice irrégulier, où l’on remarque le colombier du XVIe siècle, le toit aigu du XVIIe et les italiennes du XVIIIe. C’est bien là l’habitation seigneuriale, majestueuse, mais un peu froide du siècle de Louis XIV, auquel le Nôtre à ajouté la propreté, le caprice et la grace du parc anglais. Ce nom de la Paluelle, Paludella, ne se concilie guère avec les eaux pures et le fond caillouteux de la rivière qui baigne son coteau : c’est sur les bords de la Dierge, dans un lieu marécageux, où se trouve la Vieille-Paluelle, qu’il faut chercher l’origine de ce mot. Le château de la Paluelle s’appelait primitivement les Granges ; une vieille tour s’y appelle le Petit-Château. Jeanne Besiel, qui épousa Michel de La Paluelle vers 1530, le porta en dot à cette famille, et ce fief prit le nom du mari.
La vavassorerie de la Paluelle, située sur le bord de la Dierge doit remonter au moins au XIIIe siècle, puisque depuis Saint-Louis on n’a institué que des fiefs. [33] C’est là que naquit au XIVe siècle Pierre de La Paluelle qui fut nommé patriarche de Jérusalem et envoyé par le roi de France pour traiter de la paix avec le Soudan. Il composa plusieurs ouvrages théologiques, un livre intitulé : des Guerres du Seigneur, et une Chronique des rois de Jérusalem. [34] Un seigneur de La Paluelle se trouvait au nombre des 119 chevaliers défenseurs du Mont Saint-Michel, Louis de La Paluelle, cité dans la liste manuscrite et dom Huynes. [35] Il portait d’azur à trois molettes d’argent. Cette famille avait pour devise : Mihi gloria calcar. Le roi d’Angleterre donna la Paluelle à Philippe Branche.
Au commencement du XVIIe siècle, Tristan de La Paluelle rendit aveu à Louis XIII de son manoir et de ses dépendances, dans lesquelles on remarque un colombier vollant les moulins de la Paluelle, étangs et pêcherie, la Hebronière, Laulnay. [36] Charles de La Paluelle, attaché à Richelieu et Mazarin, nommé baron en 1638, créé marquis de La Paluelle, [37] vint habiter aux Granges, lieu qui reçut son nom. Il faisait partie du Prieuré de Saint-James.
Le dernier La Paluelle ne laissa qu’une fille. En 1687 elle épousa Gaspar de Carbonnel de Canisy, dont les descendans possèdent aujourd’hui le château. Cette famille n’est pas moins illustre que la précédente : il y avait un Carbonnel à la Conquête. [38] Toutefois les La Paluelle se prétendaient être d’origine gauloise : un Guillaume de La Paluelle répondit à Robert Doessey, capitaine de Saint-James, dans le XIIIe siècle « que si les eaux n’avoient pas au temps de jadis submergé le manoir lieu et sieurie de ses pères, il prouveroit qu’il est de noblesse gauloise, ce dont le sieur Cheftaine se contenta, ains estant preux et hommes d’armes ayant servi es bandes de par de là. » [39]
Saint-James avait deux églises, celle du Prieuré, intra muros, et celle de Saint-Martin dit du Bellé, de Bello, bâtie par Guillaume en souvenir du patron de la Conquête, comme il avait fondé sur le théâtre même de sa victoire l’abbaye de la Bataille. De cette église il ne reste plus qu’un élégant portail ogival, que, par un pieux respect, on a réédifié comme porte du cimetière, et quelques fenêtres acquises par M. de Guiton et rétablies dans sa chapelle. Elle existait encore, mais à l’état de ruine, il y a une vingtaine d’années : les amateurs en possèdent un carton par M. Le Normand, qui offre une tour à bâtière, à lanterne ronde, son portail du XIIIe siècle et quelques baies gothiques. On remarque sur sa tour les traces de l’incendie qui dévora l’édifice. Dans sa visite de 1708, l’archidiacre Bragelongne trouva Oresve, curé de Saint-Martin-de-Saint-James, établi dans le Prieuré : un incendie avait consumé son église et n’avait laissé que les murs et la tour. Le curé eut un procès avec Charles Guiton : il avait brisé son écusson peint sur les vitraux et avait enlevé les pierres tombales. Les Guiton étaient patrons de cette église, de haute antiquité, puisque dans une charte de 1254 Raoul Guiton est qualifié de Persona S. Martini de super Beuron. Le curé fut condamné à remettre les choses à leur place, mais les vitraux ne purent être refaits, le secret de cette peinture étant perdu.
Saint-Martin était l’église paroissiale de Saint-James, et, s’il faut en croire l’Enquête précitée, était une des plus belles et des plus grandes du diocèse. [40] La chapelle Saint-Ermel était intra limites parrochialis ecclesie S. Martini de Belle dit une collation de cette chapelle en 1586. [41]
Cette église fut le théâtre d’une attaque violente qui montre l’animosité héréditaire de deux familles, l’audace et la puissance d’un gentilhomme, même sous Richelieu, et le ferment des haines religieuses mal éteintes. Elle fut l’objet d’une plainte au Parlement dont nous extrairons les traits essentiels :
« Disent les Supplians que François Guiton de La Villeberge a droit de séance à banc dans la chapelle N. D. de l’église S. Martin de S. James, qu’il entretient les vitres de ladite chapelle où sont ses armes,... lequel banc fort vieil avait a jour passé servi à la devanture dudit Guiton, lequel n’ayant encore atteint l’âge de vingt ans, et le sieur de La Paluelle se servant de sa minorité, peu de jours avant la fête S. Martin auroient ôté le banc et ne se contentant pas du banc qu’ils ont dans le côté dextre du chœur, voulant obliger ledit Guiton a prendre séance avec le commun du peuple ; ce que voyant N. Billeheust et Guiton avoient prié le curé de parler auxdits de La Paluelle... ayant fait refus les supplians auroient fait replacer ce banc...
Les supplians étant allés le jour de S. Martin a la messe, lesdits de La Paluelle voulant continuer leurs violences avoient envoyé en poste guérir Budes et ses gens et avoient fait assembler en leur maison des Granges 70 hommes qu’ils avoient armés de pertuisanes, hallebardes, mousquets, arquebuses et carabines, et s’étant armés de cuirasses en l’assistance dudit Budes sieur de Sacey, avoient conduit toute cette cohorte à la porte de l’église, avoient fait monter six mousquetaires dans la tour, et ayant laissé dehors huit mousquetaires avoient fait entrer quatre hommes portant pertuisanes suivis de six arquebusiers ayant le chien rabattu, après lesquels suivoient 25 ou 30 hommes armés de carabines, arquebuses à gibier et pistolets ayant tous le chien rabattu et l’épée nue, lesdits Budes et de La Paluelle abordèrent les supplians entendant la sainte messe, étant le prêtre à la consécration et avoient saisi les supplians au collet leur tenant le pistolet contre la tête et disant avec blasphèmes exécrables qu’il falloit mourir.
Ce que voyant ledit de Billeheust dit à Budes : Et quoi, M. de Sacey, ce ne sont pas là les protestations d’amitié que me fîtes avant-hier à votre maison. A quoi fut dit par ledit Budes que c’étoit trop raisonner et qu’il fallait mourir. Ce qu’entendant les supplians s’étoient jetés entre les bras du prêtre qui avoit été obligé de quitter la consécration. Ce que voyant lesdits Budes et complices avoient poursuivi les supplians contre l’autel disant : Ventre de Dieu, coquins, il faut mourir, vous êtes des huguenots et faites les galans. Il vous faut des bancs, je renie Dieu, vous mourrez présentement, si ne voulez mettre l’épée à la main. A quoi ledit de Billeheust ayant reparti qu’il n’y avoit apparence de commettre de telles violences en ce lieu, lesdits de La Paluelle avoient dit audit Guiton : Mon petit mignon, c’est à vous à qui nous en avons et faut voir ce que savez faire ; mettez l’épée à la main ou je vous tue. Ce que lesdits complices eussent fait cessant que le vicaire qui disoit la messe s’étoit porté au-devant des coups et à l’aide de la foule du peuple avoit favorisé la retraite des supplians... Les complices se ruèrent sur le banc et le mirent en morceaux, proférant infâmes blasphèmes du nom de Dieu et retardèrent plus d’une heure la consécration...
Lesquelles violences ont été faites au préjudice des édits du roi et à la passion des supplians, lesquels a cause de l’autorité desdits complices sont empêchés de se plaindre par-devant les juges des lieux... ont recusé la juridiction d’Avranches, etc. » [42].
Saint-Martin formait une seule paroisse avec Saint-Benoît, unico pastore regi solitas quoiqu’il soit spécialement désigné, Montmorel avait en 1275 un héritage : In parrochia S. Martin de S. James de Beuvron. François Péricard, en 1630, transporta la paroisse au Prieuré.
La Maladrerie de Saint-James est souvent citée dans les documens locaux. La chapelle de Saint-Ermel est mentionnée dans le Pouillé de 1648 qui lui attribue un revenu de 200 l. En 1698, elle n’avait plus que 150. Un acte de 1413, cité par M. Boudent, donne à l’évêque d’Avranches la collation de cette chapelle. Un titre du Mont du XIVe siècle nous apprend que la vavassorerie de la Maison-Dieu de St-Jacques devait hommage à ce monastère étant située en Villiers et en la Croix. L’hôpital ou Maison-Dieu de Saint-James était distinct de la Maladrerie, et n’est pas moins ancien. L’Inventaire des Titres du Mont signale une pièce intitulée : Littera Domus Dei de S. J. de Beurone. C’est sans doute la charte suivante datée de 1244 : « Ricardus humilis abbas Priori et fratribus Domus Dei S. Jacobi super Beurone presentibus litteris confirmamus quod ipsi teneant... quale quod habent apud villam quod dicitur la Croix in Abrincatino et apud Viliers et Plance quod feodum Reginardus de Cruce miles quondam tenuit de nobis reddendo 5. s. ad manerium nostrum de Ardevone. » [43] Un acte de 1457 attribue à cette maison le droit de havage. La Maladrerie y fut réunie, en 1698, et alors fut nommé le premier chapelain à gages de cet hospice, en remplacement du prieur. La statistique de cette année lui attribue un revenu de 200 liv. En 1707, il fut confié à des religieux de Saint-Thomas-de-Villeneuve. En 1720, y fut enterré son restaurateur, le bon abbé Bragelongne. [44] En 1830, une chapelle fut construite sur l’emplacement de l’ancienne.
Le couvent des dames Trinitaires dont la chapelle n’a d’intéressant qu’un bénitier, la Maison des Retraites dont l’oratoire a été décoré avec goût par les missionnaires diocésains, bordant la rue du Mont, complètent la liste monumentale de Saint-James. [45] Elle est voisine du manoir d’Auberoche et du cimetière où nous avons montré le portail de Saint- Martin, et où l’on remarque la tombe d’un étudiant de dix-huit ans, A. Ameline, sur le marbre de laquelle est un cadran solaire avec ces vers :
A une demi-lieue de Saint-James, au pied d’un coteau escarpé dont le Beuvron suit les contours, au bout d’une longue rue, est la chapelle de Saint-Benoît, autrefois église paroissiale de Saint-James, avec Saint-Martin-du-Belle pour annexe. En effet on lit dans l’Enquête précitée : « S. Martin a toujours été annexe et succursale de S. Benoît, régie comme elle et par un même curé, et les habitans comme ne faisant qu’un corps avec eux étaient imposés en un seul et même rolle à taille. »
La tradition parle d’une abbaye de Saint-Benoît qui aurait été établie très-anciennement dans ce lieu, et cette tradition a peut-être quelque élément de vérité. En outre, on montre, dans une prairie de cette vallée, une pierre miraculeuse sur laquelle l’œil d’une foi complaisante reconnaît l’empreinte des côtes du saint et ses larmes intarissables. [46] Il semblerait que l’église de la paroisse devrait être aussi ancienne que sa succursale : toutefois il n’y reste rien de roman, excepté peut-être les fonts. Elle semble appartenir au XVIe siècle par sa grande ogive de l’est, son portail cintré, des restes de vitraux et son campanier à deux tinterelles.
En 1370, le moulin du Pré en Saint-Benoît, et en 1372, le moulin du Déluge furent acquis par le Mont Saint-Michel. [47] En 1587, le Fief du prieur fut aliéné par le sieur de Romilly, au bénéfice de Saint-Benoît et de Saint-Martin. Il faisait partie de la donation affectée au prieuré par les ducs de Normandie. Les guerres de religion furent vives dans le Saint-Jamais : « Les églises de S. James et de S. Benoît furent ruinées par des gens iniques et mal vivans, les images rompues et cassez les livres bruslez et les vitres rompues avec les cloches et les ornemens perdus et emportez par lesdits perfides et méchans. Somme toute il y eut grande persécusion des gentz d’église. [48]
C’est près de Saint-Benoît, dans le lieu élevé appelé LongueTouche ou Lantouche que s’établit primitivement le monastère dit depuis Montmorel : et ainsi s’explique un peu cette abbaye de Saint-Benoît dont parle la tradition. Le Gallia parle ainsi de ce premier siège de Montmorel : « Abbatiae fundamenta prius posita fuerant in quadam villa nomine Longe-Touche quae adhuc cernuntur, sed mutato consilio Monmorellum ob aquarum utilitatem aquarum translatum est aedificium. » Lantouche appartenait à Montmorel, comme nous l’apprend son Cartulaire : « Ex dono Joh. de Sulligneio sedem malendinorum in Bevrone et cursum aque et Longam Tuscam. » [49] Carta J. Lovel quorumdam que habebat in Longa Tuscha 1259. Jean de Longa Toscha est cité dans les Rôles de l’Échiquier près de Robert de Juilli.
Saint-Benoît est riche en noms significatifs : Cassini cite un lieu appelé les Millières ; les champs voisins de la pierre qui pleure les larmes de Saint-Benoît, s’appellent les Châtelets et les Landelles ; il y a le village de la Maladrerie, celle de Saint-James, le hameau des Villettes, Thannel, et Haut-Thannel que l’on peut rattacher à l’étymologie de Tanis, Blet avec sa vieille maison et le manoir d’Auberoche, Alba roca, maison seigneuriale de la paroisse. Raveu de Campront, sieur d’Auberoche, était seigneur de Saint-Benoît à la fin du XVIe siècle, et son fils fut tué en 1590, dans les guerres de religion, dans la maison du cheval Noir à Avranches. Un Garnier et un Othon d’Auberoche étaient avec du Guesclin à la bataille de Navarrette. [50] Montitier est cité dans une charte de Montmorel : « Tribus sol. in parrochia S. Benedicti supra Bevron apud Montiter ou Montitier. » [51]
Source :
Avranchin monumental et historique, Par Édouard Le Héricher, Volume 2 - 1845
Canton de Saint-James, pages 506 et suivantes.
[1] C’est là que fut trouvée cette barque antique d’une seule pièce, cercueil d’un squelette, dont s’occupa beaucoup le monde savant vers 1835. Voir l’Institut.
[2] On a trouvé des monnaies romaines sous les ruines du château de Saint-James.
[3] Voir Montanel.
[4] Cartulaire du Mont.
[5] De là aussi les Jamin, les Jamault, les Jamard, les Jametel.
[6] D’après une opinion grave et mathématiquement incontestable, celle de M. Laisné, il faudrait rendre à cet évêque son nom véritable de Robert Cenau. Toutefois Cenalis, à part son avantage phonique et musical, est consacré par un usage constant, et, comme on le voit ici, déjà ancien : il est cité dans une grande œuvre, Notre-Dame-de-Paris. Il est aussi difficile de l’appeler Cenau que d’appeler Chauvin celui contre lequel il guerroya, qui disait de son adversaire : « Ut nomini tuo respondeat, Cenalis ad culinam revertitur, » nous voulons dire Calvin, l’auteur du Calvinisme.
[7] M. de Gerville, comparant l’abbaye de Cerisy et l’église de Saint-James, dit de celle-ci : « Comme elle est en granit, on n’y trouve aucun des détails de l’abbaye de Cerisy. » Mémoire sur les Eglises du département de la Manche.
[8] Manuscrit de M. de Guiton.
[9] Cartulaire.
[10] Une des anciennes foire de Saint-James s’appelle l’Angevine.
[11] Gesta W. Ducis. Ap. Duchesne, page 191.
[12] Ibid. 294
[13] Cartulaire, fol. 103.
[14] N° 94
[15] Ap. Sir Henri Ellis, Introd. au Domesday, tome 1er, page X.
[16] Will. Gemm.
[17] Chronica Roberti, manuscrit 186.
[18] 4 Chronique des ducs de Normandie, tome III, page 311. Dans ce poème, nous trouvons deux vers qui mentionnent une rivière qu’il nous est impossible de localiser :
Sur l’Eison, ez prez herbus
Prés d’Avrenches, sunt descenduz.
[19] M. de Gerville, Châteaux.
[20] Rôles de l’Échiquier.
[21] M. Stapleton, tom. II, p. 242.
[22] Idem. 243.
[23] D. Lobineau, tome 1er, page 233.
[24] Olim.2.139
[25] Preuves : D. Lobineau : Le roi Jean « data une charte apud S. Jacobum super Bevron »
[26] Extrait d’un compte des gages des gendarmes. Ap. M. de Gerville.
[27] Extrait d’un compte des gages des gendarmes. Ap. M. de Gerville.
[28] Alex. Dumas, Scènes hist., Soirées du faub. S. Germain, II. p. 157.
[29] Mém. Petitot.
[30] Villaret, d’Argentré, Lobineau.
[31] Al. Dumas, tome 1er, page 367.
[32] Mss. de Villier.
[33] D’Hozier, p. 227.
[34] M. Desroches, tome II, p. 33.
[35] Voir le Mont.
[36] Mss. de M. de Guiton.
[37] Dumoulin dit encore le marquisat de Beuvron.
[38] Liste de Duchesne, p. 1124. Carbonnel, coupé de gueules et d’azur à trois besants d’hermine.
[39] Ap. M. Desroches, ch. 9.
[40] Voir Saint-Benoît.
[41] Mss. de M. de Guiton.
[42] Mss. de M. de Guiton. Le banc fut rétabli. Un La Paluelle fut estropié par de Billeheust. Guiton enfonça deux côtes dans un carrefour à Budes qui en mourut. Sa veuve y planta la croix dite Budes-teillé. Guiton alla de là servir en Allemagne. 24 ans après, Henri Budes l’ayant rencontré à Rouen lui reprocha la mort de son père ; un duel eut lieu : Budes reçut une blessure des suites de laquelle il mourut. Voir Sacey
[43] Contin. du Cartul.
[44] Notice manuscrite du M. Sursois.
[45] Les archives de la Société d’Archéologie renferment un intéressant Mémoire de M. Sursois, plein de détails modernes sur les monumens de cette localité.
[46] Cette pierre pourrait bien être un dolmen. M. Hairby dit d’elle : « Entre Saint-Benoît et Saint-James, dans un site solitaire, tel que le demandait la religion druidique, il y a une pierre qui a la forme d’une tombe, presque enfouie dans la terre, qui n’est pas vue sans frayeur par les superstitieux habitans de la localité. Ils vous montrent prés de là des monticules qu’ils croient avoir été formés de têtes de victimes, » Avranches and its Vicinity, p. 15.
[47] D. Le Roy.
[48] s Mss. de M. de Guiton.
[49] Conf. ep. Ab. 1210.
[50] Poème de Cuvelier.
[51] Charte sans date, vers 1200.