Le50enligneBIS
> Paroisses (Manche) > mno > Marcey-les-Grèves > Histoire > Marcey - Notes historiques et archéologiques

Marcey - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1845, voir source en bas de page.
En 1937, Marcey devient Marcey-les-Grèves


Marcey est encore un des rayons de la couronne d’Avranches, mais sa forme, un peu différente des cônes que forment les communes du même cercle, est sensiblement ellipsée. Elle a pour bornes à l’est la Broise, Brosius rivus, qui afflue à la Sée au Pont-Corbet, à l’ouest et au nord le Souliet, qui vient de Lolif — fluviolus Soulieti ab Olivetano pago prodiens, — et afflue dans les grèves au Pont-de-Marcey, appelé quelquefois Arche de Vargnon, au sud la grève et la Sée. Épanouie au midi — apricus campus — sur une pente légère au fond du bassin de la Sée, cachée dans le vallon du Souliet et dans les plis d’un terrain mouvementé, cette commune jouit d’une température favorisée et peut s’appeler le jardin d’Avranches. Le bois de Marcey, sur le versant méridional du coteau, appelé Butte de Marcey, forme une masse compacte de verdure d’où surgit son château bariolé de rouge et de blanc, et qui se détache en un sombre relief sur la petite plaine qui couronne le plateau. Entre ces taillis et cette plaine passe la grande route de Granville, qui divise la commune en deux parties à peu près égales. Près du rivage s’arrondit le mamelon de Mont-Coq.

Les gués appellent les ponts, les ponts appellent les habitations. Le groupe d’habitations le plus considérable de cette commune, est le village qui s’étend depuis Pont-Gilbert jusqu’aux Trois-Croix. Un autre groupe est au Pont-de-Marcey, à peu près en face du gué de Sauguière.

Marcey, Marceium. Ce nom signifie primitivement habitation de Marci. [1] Radulfus de Marci, sous-tenant, possédait dans les comtés de Suffolk et d’Essex, et figure dans le Domesday. [2] C’est sans doute celui qu’indique Masseville dans sa liste des guerriers de la Conquête. [3]

Le manoir de Marcey, le berceau probable de Raoul de Marci, est maintenant une ancienne habitation rustique, dans laquelle on remarque un grand cintre bouché et un pignon soutenu de deux contreforts. Il est voisin de l’église, selon l’usage. Il est très-probable que Hasculphe de Subligny fut seigneur de Marcey, lui qui, en 1143, donna à l’abbaye naissante de la Luzerne, dont il fut le principal bienfaiteur, la masure d’Osberne et un acre de vignoble, situés à Marcey, « in Merceio vel Marceio masuram Osberni dapiferi et unam acram terre ad vineam. » [4] Ce qui élève cette supposition presque à la certitude, c’est que Lesceline du Grippon, fille de Hasculphe, était suzeraine de Marcey, d’après une charte du Livre Vert : « Ego Lescelina, domina de Marceio, filia Hasculphi de Sulligne. » Mais il est douteux que le frère de Richard d’Avranches, Gislebert, qui donna son nom au Pont-Gilbert, et se noya dans la Sée, [5] fût seigneur de Marcey à la fin du XIIe siècle : « Being lord of adjacent parish of Marcey, » comme le dit Stapleton dans ses Observations sur les Rôles de l’Echiquier. Au XIVe siècle Marcey était aux Paisnel, auxquels il avait été apporté par les femmes. Jean Paisnel, sire de Marcey, était capitaine de Saint-James. Marcey était une baronnie qui donnait droit de séance à l’Echiquier de Normandie. Un seigneur de Marcey fut fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin (1592), d’après Masseville. [6] En 1698, d’après la Statistique de M. Foucault, les personnes nobles à Marcey étaient la veuve du sieur de Montanel, son fils le sieur de Montanel, et Jean Taillefer. [7]

Marcey était encore une baronnie du temps de Masseville, et le baron était le marquis de Canisy. [8] Une pierre tombale de l’église de Marcey, avec la date de 1633, est celle de Georges de Canisy, écuyer. La seigneurie passa plus tard aux Carbonnel. Le château actuel a été construit par un Carbonnel au siècle dernier dans le bois de Marcey, près de la grande route. C’est un corps de logis avec deux ailes plus projetées en arrière que sur la façade. Les ouvertures sont encadrées dans des bordures de briques, le linteau étant légèrement arqué. Le fronton encadre un écusson à couronne baronniale. La principale avenue du bois fut tirée en ligne droite du perron du château sur la cathédrale et sur cette fausse-porte par où la trahison introduisit les Calvinistes à la fin du XVIe siècle. [9] Il y a une chapelle. Ce qui manque à cette habitation, ce n’est pas la beauté et la grandeur du spectacle ; c’est un élément sans lequel les châteaux, les villas, les parcs sont incomplets : c’est l’eau. La pelouse des beaux châteaux de l’Angleterre est toujours rafraîchie par des étangs, des ruisseaux et des rivières. Il manque encore quelque chose au château de Marcey, dont le bois banal est ouvert à tout le monde, à cette habitation sous laquelle passe la grande route et le chemin du bois : c’est un mur de parc, c’est l’avantage du chez soi, de la liberté entière, du mystère si l’on veut, ce que les anglais appellent le home.

L’église de Marcey est située au bord d’un chemin creux, dans un vallon boisé que traverse la rivière du Souliet, et d’où l’on voit le Mont-Saint-Michel s’élever au-dessus des arbres, comme s’il était en terre-ferme, et comme il devait s’élever dans la légendaire forêt de Sciscy. [10] Il n’y a d’ancien dans ce simple édifice que la croisée et la tour qui la couronne. Cette partie est du XVe ou XVIe siècle. La tour, terminée en coin, et faite sur le modèle de celles de Ponts et de Saint-Jean-de-la-Haize, est caractérisée par un parapet à jour, à arcades cintrées, à la naissance de la toiture conique. Le transept méridional est pénétré d’une fenêtre divisée en deux lancettes trilobées, couronnées d’un quatre-feuilles. Le transept opposé, tout tapissé d’un lichen blanc et chevelu, est aussi éclairé d’une fenêtre, mais elle est plus petite, ogivale, lancéolée. La nef a été faite en 1756. Le chœur, qui se pourtourne en abside pentagonale depuis qu’on y a accolé une sacristie, a été construit en 1715 par M. Guillot, curé, et repose sur une base d’ancienne maçonnerie. Les fenêtres du chœur et de la nef sont en anse de panier, la forme invariable du XVIIIe siècle. A l’intérieur on remarque la croisée dont les quatre arcs sont en ogives, sans chapiteaux, se mourant dans des piliers massifs à pans coupés. Le baptistère présente la forme d’un calice taillé à huit faces. Le bénitier est une colonnette creusée. On ne remarque qu’une pierre tombale, celle de Georges de Canisy, écuyer. 1633.

En 1648, l’église de Saint-Pair de Marcey, qui était à la présentation du baron du lieu, rendait 400 liv., d’après le Pouillé du Diocèse. [11] En 1698, d’après la statistique de M. Foucault, elle valait encore 400 liv. ; il y avait deux prêtres ; la taille était de 1,069 liv., et le nombre des taillables était 180. [12]

Le chapitre d’Avranches possédait in tota parrochia de Marceyo, duas partes decimarum bladorum et leguminum. [13] Au XVe siècle, le chapitre eut une contestation à ce sujet avec le curé de Marcey. On a une charte d’accord — apunctuamentum cum curato de Marceyia — dont voici les principaux traits : « Universis.. officialis Abr. salutem.... Notum facunus quod cum venerabiles et discreti domini decanus et capitulum ecclesiœ Abr. a tempore quo memoria hominum exsiterat, habuissent et haberent jus percipiendi duas partes decimarum in tota parrochia de Marceyio, et curatus ejus parochie tertiam partem, nuperque exorta fuisset questionis materia inter J. Godefroy, curatum ecclesiae et capitulum. » [14]

A la limite de Marcey et de Bacilly est le petit pont de Souliet, où passe le ruisseau de Souliet, que Robert Cenalis s’est plu à décrire : « Est rivulus ab Olivetano pago prodiens à quibusdam stagnantibus lacunis auctus, nec tamen piscosus, non procul à Ponte-Gilberto in Seiam sese effundit : nomen fluviolo Soulieti inditum est, vulga Souliet. Pontem vera quem prœterlabitur Marceianum vulgo appellant. » [15]

Un village s’appelle la Croix-aux-Champions : il n’est indiqué ni sur la carte de Cassini, ni sur celle de M. Bitouzé ; mais il l’est sur la carte du diocèse de Coutances par Mariette. [16] Le village des Trois-Croix tire son nom de trois croix plantées sur trois dés que l’on y voit encore. Il y a eu une chapelle particulière au Clos-Hubert. Cassini indique dans cette commune un petit Mesnil, ou Mès, le Mès-Jouan : ce nom est aussi le nom primitif de la Biqueterie.

A Marcey naquit, en 1664, Jean Oursin, que son mérite éleva d’un rang inférieur aux titres de receveur général des tailles de la Généralité de Caen, et de secrétaire du roi, maison et couronne de France. [17] De cette commune est originaire un écrivain poète, un archéologue artiste, qui cache son nom de Le Tellier sous celui de Maximilien Raoul, auteur de l’Histoire pittoresque du Mont Saint-Michel, ornée d’excellentes eaux-fortes par Boisselat, histoire bien incomplète sous le rapport historique et monumental, mais écrite en un style qui sera difficilement surpassé.

En 1763, la paroisse de Marcey faisait partie de la sergenterie de Benoist, et comptait 95 feux. [18]

A la grève de Marcey, vers le pont du Souliet, commencent à se montrer deux plantes assez rares qui caractérisent ce littoral, l’Euphorbe Esule et l’Erigeron du Canada. Nous avons trouvé sur un mondrin, à Marcey, le Seneçon vagabond (Senecio erraticus). On rencontre dans le bois de Marcey le champignon appelé Phallus impudicus, et dans les prés adjacens une grande variété d’Orchis. Nous avons encore trouvé auprès du château la Pomme épineuse (Datura stramonium), peut-être rejetée du jardin. Dans une herborisation, avec plusieurs élèves, demandant notre chemin, dans une ferme voisine de la grève, nous trouvâmes sur une armoire une statuette en marbre blanc : c’était la sainte Barbe de la cathédrale. [19]

Source :

Notes

[1] Voir l’introduction de l’auteur à l’étymologie des noms locaux de l’Avranchin, Revue archéologique du départ. de la Manche.

[2] Introd. au Domesday, par sir Ellis, t. II.

[3] Hist. de Normandie, t. 1er, p. 202.

[4] Gallia Christ., t. XI, instrumenta.

[5] Quelques historiens ont dit que Gislebert d’Avranches se noya dans la Sée ; Stapleton dit qu’il se noya en mer, en accompagnant le roi en Angleterre, dans l’Avent de 1170. t. 1er.

[6] Hist. de Normandie, t. VII, p. 117.

[7] Mém. sur la Généralité de Caen. On trouve les Taillefer sur plusieurs points de l’Avranchin. Un nécrologe du Mont Saint-Michel cite Michel Taillefer, bienfaiteur de ce monastère ; au XVe siècle, Monfaut trouva noble G. Taillefer à Saint-Laurent-de-Terregatte. Voici à Marcey Jean Taillefer en 1698. En 1678 mourut, à Carnet, un Taillefer, qui probablement était le père de celui-ci ; c’était Charles Taillefer, seigneur Plantis. On pense que ce sont les descendans du jongleur qui entonna devant l’armée normande à Hastings les chants nationaux de Roland, d’Olivier, etc.
Taillefer ki moult bien cantout
Sur un cheval ki tost alout
Devant ax sen alout cantant
De Karlemaigne e de Rolant
E d’Olivier e de vassals
Ki morurent a Rainschevals. (Rob. Wace.)
Après avoir chanté, et jonglé avec son épée, il tomba sur l’ennemi, tua deux chefs saxons et fut tué à son tour.

[8] Etat géog. de la Normandie.

[9] Cette entreprise des Calvinistes fut racontée par un contemporain dans un opuscule dont nous avons omis la mention à l’article d’Avranches, et qui avait pour titre : Description de l’Entreprinse sur la ville d’Avranches par ceux de la religion réformée, et de la découverte et prinse d’iceux. Paris, Velu. in-8°. Ap. le Père Lelong, Bibl. Hist.

[10] NDLR : voir Existence et étendue de la forêt de Sciscy

[11] Pouillé, p. 5.

[12] Mém. sur la Gén. de Caen.

[13] Livre Vert, p. 259.

[14] Ap. M. Desroches, Hist. du Mont Saint-Michel, t. II, p. 179.

[15] Hierarch. Neustriae.

[16] Mariette de La Pagerie a fait, au XVIIe siècle, une intéressante carte du diocèse de Coutances. Le célèbre géographe Samson en a fait une du diocèse d’Avranches indiquée dans la bibliothèque historique du Père Lelong. Adrien de Valois, à propos de la Sée, cite : « Samsonis amnica tabula. »

[17] M. Fulgence Girard, Ephémérides de l’Annuaire.

[18] Expilly, Diet. des Gaules.

[19] Elle appartient à l’auteur.