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Aucey - Notes historiques et archéologiques


Autrefois simplement Aucey, la commune a ajouté la-Plaine à son nom en 1927 pour éviter les confusions avec la commune d’Auxais, près de Saint-Lô.


NDLR : texte de 1847, voir source en bas de page.


Cette commune affecte la configuration que les botanistes appellent reniforme. La grande route d’Antrain forme la nervure médiane ; le Couesnon [1] tronque le lobe occidental, le réseau des chemins imite les fibrilles du tissu ; une ligne à peu près idéale contourne le lobe oriental. Deux petits affluens du Couesnon côtoient le bord du sud en l’échancrant au milieu et celui du nord. Les marais du Couesnon se resserrent à Aucey par le rapprochement des rebords du bassin. En cette commune est un passage assez fréquente : c’est le Gué-Perroux par lequel passa le prince de Condé déguisé qui se réfugiait en Angleterre. En fait de noms significatifs on remarque le Haut-Gringal, la Rue, la Lande-Chauve, la Herpoterie, la Croisade, la Porte, et l’ancien fief de la Crenne qui appartient à une branche des Verdun, et près duquel on a trouvé des monnaies carlovingiennes, [2] et la chapelle dite des Fiévroux, dédiée à la Vierge. [3]

Il ne reste plus rien de l’église que R. de Beaufou donna au commencement du XIIe siècle ; celle d’aujourd’hui, vaste, propre, confortable, a une origine toute moderne : la tour est de 1762, la nef de 1775, et le reste est à peu près de ce temps. Il n’y a rien aux murs, rien à la voûte, rien aux autels qui ait un caractère d’art ou qui parle du passé. Le pavé seul a conservé quelques pierres plus vieilles que l’église. On remarque une dalle à grande croix, ornée de trois écussons lozangés, la pierre tombale de Marie A. d’Aucey de Lenbert 1776, inscription reproduite sur une dalle récente de marbre noir, placée dans le pavé du chœur, celle de Michel Lenglois 1622, une de 1572, celle d’Olyvier Guyon, prêtre et chanoine, de la Crenne 1639. Les murs du cimetière sont revêtus d’anciennes pierres taillées en prismes, venues sans doute de l’ancienne église.

En 1648, cette église rendait 300 liv. ; en 1698 elle en valait 500 : 143 taillables payaient 1,172 liv. [4] Notre épigraphe nous apprend que, dans l’origine, cette église était aux évêques d’Avranches, et qu’elle fut transférée à l’abbaye de Marmoutier.

Dans une ancienne charte du Livre Vert [5] on trouve un Gaufridus de Anceio et Auceio, et ailleurs on lit : « Unam plateam cum orto apud Auceium. » Aucey est cité dans l’Echiquier, pour l’année 1198, dans la Préfecture de Pontorson : « Golf. de Auccio deb. xl. so. quos habuit de Ric. Burnof de Taill. Fales. » [6] Nous avons une charte de Montmorel relative à cette paroisse, intitulée : « Carta confirmationis Rolandi de Auce pro elemosinis datis a Joh. de Ciz. Polle. 1234.... teneor garantizare abbatie M. Morelli elemosinam quam J. de Ciz. fecit de feodo presbiteri in parrochia de Poilleio... ad majorem firmitatum. D. Jordoinus de Auceio miles hujus conventionis plegius sigillum suum apposuit. » [7]

Aucey est latinisé en Alceium ou en son équivalent Auceium : ces mots signifient habitation d’Auci ou d’Alci. Il y a trois Tenans en Chef de ce nom dans le Domesday.

Dans le château de la Crenne est né le chef d’escadre, Verdun de La Crenne, illustré spécialement par le voyage scientifique qu’il fit avec Borda et Pingré, sur la Flore ; il alla en Russie aider Catherine II dans l’organisation de sa marine, prit part à l’expédition Franco-Espagnole contre Gibraltar en 1782 ; après cette campagne, il alla prendre le commandement de la station des Antilles, et, en 1788, devenu chef d’escadre et chef de division, il entra dans le conseil supérieur de la marine. La Révolution arriva : il se retira en Espagne, rentra en France vers 1800, et vint mourir, en 1805, au lieu de son berceau. [8]

Source :

Notes

[1] NDLR : Voir Pontorson (Le Couesnon).

[2] Dans la réparation de l’étang. M. Desroches, tom. 1er, chap. IX. Ce nom de la Crenne est fort ancien. En 730, Evrefedus in pago Oximensi villam quae vocatur Crenna (Crennes) abstrahere nisius est. Vita S. Hermetandi. Act. Bened. Voir les Cresnays.

[3] Dans Gué-Perroux et les Fiévroux, nous retrouvons la terminaison des adjectifs normands conservée dans les adjectifs anglais.

[4] Pouillé et M. Foucault.

[5] NDLR : manuscrit de la cathédrale d’Avranches, écrit à la fin du XIVe siècle, par les ordres de Jean de Saint-Avit, évêque d’Avranches.

[6] Tom. II, p. 291.

[7] Chartrier de Saint-Lo.

[8] Voir cette vie racontée par M. de Clinchamp, Journal d’Avranches, juin 1843.