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La Chapelle-Urée - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1845, voir source en bas de page.


La Chapelle-Urée forme comme une enclave dans l’arrondissement de Mortain dont quatre communes l’enserrent de trois côtés : cette petite commune est à peu près carrée. Son sol est légèrement sillonné par quatre ou cinq vallons parallèles, dont un s’appelle les Vallettes, qui appartiennent au bassin de la Sélune. La grande route qui la traverse au nord, court sur le plateau séparateur du bassin de la Sée et de celui de la Sélune.

Cette chapelle était autrefois, dit-on, au milieu d’une forêt que dévora un incendie. Elle fut miraculeusement préservée de l’embrasement. Elle s’appela dès-lors la Chapelle-de-la-Forêt-Urée, et par suite du besoin impérieux d’abréger, la Chapelle-Urée. Cette étymologie ne manque ni de poésie ni de vraisemblance. D’après son nom et l’aspect de sa construction, l’église de cette paroisse, qui est maintenant une annexe du Grand-Celland, n’était qu’une simple chapelle, plus tard on y ajouta un chœur, et le campanile fut remplacé par le clocher de bois. Le chœur, dont les fenêtres sont en anse de panier à angles abattus, a dû être fait dans le XVIIe siècle. Il y avait au pignon occidental une grande fenêtre dont on ne peut plus reconnaître la forme complète et dans laquelle on a inscrit une lucarne carrée. La nef présente deux anciens contreforts au côté septentrional : la face occidentale est percée d’une petite ouverture cintrée qui ressemble beaucoup à une poterne, et qui n’est pas sans intérêt par sa rareté. La porte principale est sur la face méridionale, c’est un cintre rustique. On voit contre le mur l’ancien autel en pierre. La croix du cimetière consiste en un tronc polygonal avec un croisillon arrondi provenant d’une croix plus ancienne dont le fût sert d’échalier. Cet autel et ce fût rond attestent l’époque romane. Quelques objets attirent l’attention à l’intérieur, le dais de la chaire et le haut du lutrin, découpés à jour, imitation lointaine du flamboyant, une pierre tombale avec une légende gothique insérée dans le pavé du chœur, deux statues, l’une de saint Etienne, l’autre d’un évêque ayant un ours à ses pieds, et un grand médaillon de ronde bosse représentant le martyre de sainte Apolline. [1]
Ces trois derniers morceaux sont d’assez bons specimen de la statuaire du Moyen-Age pour notre pays. Les fonts, cave ronde posée sur trois pieds, ont un air de monument druidique, et doivent être primitifs et fort anciens. Dans le presbytère, qui peut être appelé beau en comparaison de l’église, est une série de panneaux en bois sculptés représentant la Passion : il n’y a plus maintenant que dix compartimens. Le travail est grossier, il doit être du XVIe siècle, si l’on en juge par la forme de l’encadrement qui est le cintre surbaissé qu’on a appelé en Angleterre le style Tudor. Beaucoup de statues ont été enfouies dans le cimetière.

Le Boulevert, près de l’église, est un reste d’habitation ancienne qui a eu un certain aspect militaire puisqu’elle avait une tourelle à ses quatre angles. Il n’en reste plus qu’une, dont les murs ont un mètre et demi d’épaisseur. On y voit encore trois meurtrières, une ronde au niveau du mur et deux en trémie. Cette habitation a appartenu, nous croyons, aux Bois-Adam. Cassini la désigne sous le nom de Château. En face est une assez jolie habitation moderne, avec un fronton, triangulaire.

En 1648, selon le Pouillé du Diocèse, l’église de la Chapelle-Urée rendait 300 liv. Voici l’article de cette paroisse dans la Statistique de 1698 : « La Chapelle, paroisse où il y a 74 familles et 400 personnes. Julien de La Broise en est le seigneur, et l’évêque d’Avranches présente au bénéfice. » [2]

La cure de l’église de Notre-Dame-de-la-Chapelle-Urée appartenait à l’évêque.

Nous avions cru que le nom d’Urée était un nom propre septentrional que nous retrouvons dans le nom de deux paroisses du diocèse de Coutances, Ourville et Urville, et dans ce fils d’Ur, un des assassins de Thomas Becket. En outre, un Fitz Urey était à la Conquête . Mais ce qui fixe l’étymologie, c’est la mention qui en est faite plusieurs fois dans les Grands Rôles de l’Echiquier, sous la forme de Capella Uslata. [3] Ainsi on y lit l’article suivant : « Nigellus fil. Robti r. cp. de xxiij. so. de Capella Uslata. » [4] Le Registre de l’Impôt royal de 1522, qui la taxe à trois livres, et à trois livres la boete et la frarie, l’appelle Chapelle-Urée. [5] Un registre des Synodes la nomme Capella Usta. [6] Le nom de Capella Ureana ne nous semble pas authentique et paraît avoir été forgé par M. Cousin. [7]

Le caractère de la façade occidentale, qui n’a qu’une simple poterne, lorsque l’ouverture principale est le porche du midi, peut être ici une occasion pour exposer quelques généralités sur les porches de notre pays. La Chapelle-Urée qui n’a pas pour ainsi dire de portail, Sartilly et Saint-Pair qui n’en avaient pas autrefois, Boucey et Ronthon qui n’en ont pas du tout, et beaucoup de nos églises qui ont des porches anciens avec des portails neufs, prouvent que le porche latéral, presque toujours au midi, était l’entrée principale de l’église. Le porche avait une destination religieuse et civile : on enterrait sous sa voûte les prêtres ou les seigneurs : une partie des fidèles y assistaient à la célébration des offices. Le porche servait encore à la confection des actes et des chartes. Plusieurs chartes mentionnent même la porte de l’église devant laquelle elles ont été faites. M. Pluquet dit qu’on y faisait même des ventes à l’encan. [8] Je trouve dans un livre qui a une grande intelligence du Moyen-Age, et dont la traduction comblerait une lacune en France en popularisant l’archéologie, le Glossary of terms of Architecture [9] : « Le porche doit avoir servi à donner aux femmes cette dot appelée ’ad ostium ecclesiae’ : Assignetur ei pro dote sua tercia pars totius terrae mariti sui nisi de minori fuerit dotula ad ostium ecclesia. » [10]

La crainte du vent d’ouest explique peut-être encore le porche latéral.

Quant au porche appliqué au portail, il avait l’avantage d’agrandir l’église et de prolonger la perspective.

Dans la prairie située sous l’église et le Logis, en face du Chêne-Robin, s’engagea, entre les Chouans et les Bleus, un combat dont le principal théâtre fut le Longchamp, dans le Grand-Celland : nous le raconterons à l’article de cette commune.

En 1764, la Chapelle-Urée, partie de la sergenterie de Corbelin, comptait 73 feux. [11]

Source :

Notes

[1] Le martyre de sainte Apolline se trouve en plusieurs églises de l’arrondissement et prête assez au bas-relief. Nous en connaissons trois sculptures, celle-ci, celle de Saint-Aubin-des-Préaux, et celle de Ste-Eugienne, groupe reformé que nous avons obtenu pour le musée d’Avranches, où il a été dessiné par un artiste voyageur.

[2] 3 Mém. sur la Gén. de Caen.

[3] Voir passim dans le Bailliage Bailliva de Mortain.

[4] Stapleton, tom. 1er, p. 9.

[5] Mss. de M. Guiton de La Villeberge.

[6] Synodus hiemalis de 1596 à 98.

[7] Mss. Nomenclature de 1735.

[8] Essai Hist. sur Bayeux, p. 211.

[9] Deux magnifiques vol. Oxford. M. de Pirch les a donnés à la bibliothèque de la société d’Archéologie d’Avranches.

[10] Charter 17. Hen. 3. s. 8. Glossary, tom. 1er, p. 258.

[11] Expilly, Dict. des Gaules.