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Le Petit-Celland - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1845, voir source en bas de page.


Cette commune forme un triangle déterminé, quant à sa base, qui se dirige du nord-ouest au sud-est, par le ruisseau de Lamballe et une limite conventionnelle, quant à son côté oriental, par le ruisseau de la Gannerie et de la Pilière et quant à son côté septentrional, par une ligne brisée de voies rurales. Ce côté est interrompu vers le milieu, et, par un appendice très-bizarre, la commune descend jusqu’au bord de la Sée dans la presqu’île de la Sursée ou Sur-Sée. C’est un terrain singulièrement mouvementé, qui compte une dizaine de vallons affluens à la Sée ; le mouvement général du terrain incline à cette rivière, et des flancs des coteaux la vue s’étend au loin sur son bassin étalé.

Le Petit-Celland [1] était une paroisse épiscopale : l’évêque présentait au bénéfice et y possédait les bois du Tremblay et du Celland. Au commencement du XIIIe siècle, Guillaume Tholomei rendit à ce sujet une charte d’accord entre lui et son chapitre :

Carta super compositione habita inter Episcopum et Capitulum :
« Noverint universi praesentes inspecturi litteras quod cum esset contentio inter venerabilem patrem Willelmum Dei gratia episcopum Abrincensem ex una parte et Capitulum Abrincense ex altera super quibusdam articulis tandem in hunc modum amicabiliter conquievit quod Capitulum Abrincense habebit plane et integre decimam venditionis nemoris quod dicitur Tremblenus et venditionis nemoris de Sellant et etiam nemoris de Parco cum eadem nemora aut partem eorum vendi contigerit, ita tamen de nemore de Parco sciendum est quod si episcopus in anno usque ad summam centum solidorum usualis monete tantummodo vendiderit de dicte nemore Capitulum de illa venditione nihil habebit.... Et quandoque de cetero in nemore de Parco pasnagium fuerit, decimam pasnagii Capitulo persolvetur...... » [2] [3]

Vers la fin de ce siècle, 1271, une contestation relative à ce même bois fut portée devant le parlement de Paris. On contestait à l’évêque le droit de vendre son bois du Celland, mais, à la suite d’une enquête, le parlement lui reconnut ce droit. Voici les principales expressions de l’arrêt, tiré du recueil des Olim. « Cum Episcopus Abrincensis venderet boscum suum de Sellant pronunciatum fuit per curiam quod Episcopus sine tercio et dangerio vendere non poterat boscum ipsum... facta igitur inquesta et postmodum quadam apprisia, pronuntiatum fuit quod dictus Episcopus boscum ipsius de Sellant libere vendere poterat sine tercio et dangerio. » [4] En 1266, de mandato Domini regis, c’est-à-dire de saint Louis, une enquête avait été faite par le parlement pour le même sujet. [5]

Au XVe siècle, J. Gauquelin de Saint-Ouen-de-Celland, écuyer, se soumit au roi d’Angleterre. [6] En 1698, le seigneur était Louis de Gouves, écuyer. [7]

L’église a la forme d’une croix grecque, car les transepts sont placés presque au milieu. Cet édifice, qui n’a que le caractère terne du XVIIIe siècle, refait en 1762, a succédé à un plus ancien, complètement disparu. Les seules choses antérieures à cette reconstruction qui se voient encore, sont la tour de 1609 et une pierre tombale de 1700. La tour est une masse courte, carrée, surmontée d’un faîte en bâtière. Bâtie sur le plan de la nef, elle communique avec elle par un arc qui a été en partie bouché. L’intérieur présente un objet curieux : un bloc énorme mal arrondi repose sur trois pierres brutes en forme de pilier : vous croyez voir un dolmen, c’est le baptistère.
On lit sur le portail : Louis Brochet ou Brocmet, du Gast, m’a refaite en 1750. [8]

En 1648, cette église, dont l’évêque d’Avranches était le patron, rendait 300 liv. [9] Elle était dans le Doyenné de Tirepied, et celle du Grand-Celland dans le Doyenné de Cuves.

Non loin de l’église, au bout de la rue aux Prêtres, est une bruyère où s’élevaient autrefois trois croix, mais où l’on n’en voit plus que deux. Elle fut le théâtre d’un engagement entre les républicains et les chouans. On respecte encore leur sépulture. [10]

Entre les Celland est la croix de Launay.

Une tradition fait naître un archevêque de Rouen, saint Gerbold, dans la paroisse du Petit-Celland, où une maison en ruines, qui a de beaux restes du XVIe siècle, est appelée la maison de saint Gerbold. On y remarque une belle et large cheminée, une porte à accolade avec un cœur et un carreau sculptés au bas de ses jambages, et surtout une belle croisée à deux accolades pures et à barres délicatement amincies en prismes. Les trois parties ont été encastrées dans une maçonnerie terraquée indigne et récente, que transpercent déjà et que renverseront bientôt les robustes arrachemens de la cheminée.

Sur le territoire de cette commune est une montagne isolée, île terrestre aux contours arrondis, baignée de deux côtés par un affluent de la Sée, le ruisseau d’Orceil, d’où le regard, embrassant un demi-horizon, se repose sur les prairies, les bois, les villages, les églises du bassin de la rivière. La nature en a fait une forteresse, et la main de l’homme y a tracé un camp. Une enceinte généralement double, d’un développement de 600 mètres, [11] avec un fossé intermédiaire, circule autour du sommet de la montagne ; ces terres amoncelées depuis tant de siècles, affaissées par les pluies, déchirées par les vents, ont encore dans plusieurs endroits de sept à huit mètres d’élévation. La largeur moins appréciable, parce que les remparts élevés sur le bord du plateau ou sur les flancs se nivellent généralement à leur surface avec le terrain, est beaucoup plus considérable. D’après le petit pâtre qui nous servait de guide, ces amoncellemens étaient destinés à recevoir des canons. [12] Du côté de l’est, où un isthme incliné rend l’attaque plus facile, on voit des ouvrages avancés ou plutôt le prolongement de la gorge de deux grandes portes dont les lignes révèlent une tactique avancée. Ce sont de véritables portes bastionnées dans lesquelles l’ennemi pouvait être battu par trois faces. Ces portes gigantesques contrastent avec d’autres ouvertures ou primitives ou tracées par l’agriculture pour l’accession du plateau. Le nom de Châtellier, la nature de l’enceinte et l’art de sa construction, les noms latins de quelques localités voisines, les gués pavés de la Sée autorisent à donner une origine romaine à cette enceinte castramétique. Les Romains ne pouvaient mieux placer leur observatoire.

César a raconté dans ses Commentaires [13] la bataille livrée par Titurius Sabinus, son lieutenant, contre Viridovix, chef gaulois, sur les frontières des Unelles. Sa description du terrain est trop vague et s’applique à une disposition du sol trop ordinaire, une montagne, une rivière, une vallée, pour qu’il soit possible de localiser cette rencontre avec certitude. Voici les expressions les plus caractéristiques : « T. Sabinus in fines Unellorum pervenit... idoneo omnibus rebus loco castris se tenebat... quum Viridovix contra eum duum millium spatio consedisset.... Locus (le camp romain) erat castrorum editus et paulatim ab imo acclivis, circiter centum passus.... » Aussi cette vague généralité a-t-elle suscité un nombre considérable de camps de Sabinus : l’abbé Le Franc, et après lui M. Desroches le placent à Champrépus ; [14] M. de Gerville l’établit sur le Mont-Castre, M. Manet près de Pordic, M. Girard au Châtellier que nous venons de décrire. Dans l’état actuel de la question qui n’est éclaircie que par le terrain, on ne peut rien affirmer de plus que son origine romaine. Des fouilles pourraient peut-être avancer et agrandir la solution.

Nous ne savons d’après quelle autorité M. Hairby s’était attendu à trouver au Châtellier une ville romaine. Avec son air douteur et narquois, ce touriste, archéologue sérieux, nous semble jouer le rôle de Lovel, l’interlocuteur profane de l’Antiquaire de Walter-Scott, et imiter la scène d’où notre épigraphe est tirée. Voici ses paroles :

« Between Brecey and Avranches lies the Bois du Châtellier, where the Author expected to have found the remains of a roman town ; but after accurate search, he was obliged to enter in his note book : (as the sheriff does on a writ for a person who has absconded and left no property) non est inventus, nulla bona. The remains however of a fossé still exist, the hill side is prettily planted, and the prospect magnificent, so that altho’ there is no vestige of a town, one sees what was a most eligible site for one, and as the distance does not exceed six miles from Avranches, a visit to it is by all means recommended. » [15]

Le bois du Châtellier renferme deux arbres peu répandus dans l’arrondissement, le Sorbier des oiseaux, [16] et un autre dont le fruit est excellent, l’Alisier. [17]

Dans la commune du Petit-Celland, quelques villages ont des noms significatifs, le Bois-de-l’Évêque, la Maison-du-Celland, les Hauts-Vents, site sur un plateau, la Douetée, qui dérive de l’ancien mot de douet, ductus. Outre le Châtellier, il y a un Châtel.

Source :

Notes

[1] NDLR : Dénommée Saint-Ouen-de-Celland jusqu’à la Révolution.

[2] NDLR : texte non entièrement reproduit.

[3] Cette charte d’accord de l’évêque et du chapitre est étendue, et nous n’en citons que ce qui se rapporte à notre commune. Mais un détail ultérieur constate le fait que les évêques d’Avranches avaient des biens en Angleterre : « Habebit etiam Capitulum decimam reddituum qui empti sunt aut ementur in Anglia de pecunia recepta de Suhic st de Porcestre... » Il y a même dans le Cartulaire une charte spéciale : « Carta Guillelmi episcopi supra redditibus de Anglia. Universis G. Dei gratia Abrincensis episcopus salutem in Domino. Noverit universitas vestra quod nos donationem factam Capitulo Abrincensi a felicis memorie W. predecessore nostro super decimis reddituum quos episcopus Abrincensis habet in Anglia apud Porcestre Suhic et Senohic ratam habemus et gratam concedentes et volentes ut idem Capitulum memoratas decimas in puram liberam et perpetuam etiam habeat et percipiat annuatim. » Livre Vert, p. 19 et 20.

[4] Olim du parlement dans les Documens inédits relatifs à l’Histoire de France.

[5] Olim du parlement dans les Documens inédits relatifs à l’Histoire de France. Dangerium, Dangier est employé ici et dans les chartes dans un sens bien différent du mot danger d’aujourd’hui, il signifie selon Ducange : « Jus quod rex habet in forestis Normanniae, » et en général il signifiait seigneurie, de Domniarium, Domigerium. Voir une remarque du savant article de M. Edélestand du Méril sur l’édition de Ducange par M. Henschel, Journal des Savans de Normandie, n° 1er.

[6] M. Desroches, Hist. du Mont Saint-Michel, chap. XV.

[7] Mém. sur la Généralité de Caen.

[8] Ailleurs : Plet du Gast m’a refaite, 1760.

[9] Pouillé, p. 6.

[10] C’est là que fut tué M. P. C.

[11] M. Méquet, alors ingénieur de l’arrondissement d’Avranches, et M. Contours, agent-voyer à Villedieu, ont arpenté cette enceinte. Le premier y a trouvé 21 hectares. Le plan de M. Contours est déposé aux archives de la Société d’Archéologie.

[12] Les savans ont de la tendance à vieillir l’antique, le peuple tend à le rajeunir, ou du moins le rajeunit involontairement par ses anachronismes. Cette mention du canon pour le Châtellier nous rappelle la même chose appliquée par les paysans au dick de Vains. Voir cette commune. L’anachronisme, effet de l’ignorance, assimile le passé au présent : l’art n’en présente pas de plus remarquable que les Noces de Cana de Paul Véronese, tableau dans lequel tout l’extérieur, vêtemens et ameublemens, appartient au XVIe siècle, et dans lequel le Christ est en compagnie de François 1er, de Charles-Quint, de la belle Colonna.

[13] Livre III

[14] Voir cet article. M. Le Franc, qui fut supérieur du grand séminaire de Coutances et septembrisé, a laissé d’intéressans Mss. déposés à la bibl. de Coutances, qui ont été utilisés par les antiquaires.

[15] Descriptive and historical Sketches of Avranches and its vicinity, p. 163.

[16] Pirus aucuparia.

[17] Pirus torminalis. Il se vend sur les marchés dans le département de l’Orne.