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08. Les Ducs héréditaires de Normandie - Robert II Courte-Heuse

Huitième duc de Normandie. (1087 - 1106)


NDLR : Robert II de Normandie dit Robert Courteheuse (° ca 1051/1052 – †1134), fut comte du Maine de 1063 à 1069, puis duc de Normandie de 1087 à 1106. Il fut aussi un prétendant malheureux au trône d’Angleterre. Son surnom de Courteheuse (Courte botte) provient de sa taille râblée. Fils aîné de Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre, il hérita du duché de Normandie (1087) à la mort de son père.


NDLR : texte de 1860, voir source en bas de page.


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Robert II Courte-Heuse

Robert, surnommé Courte-Cuisse ou Courte-Heuse, était né avant que Guillaume le Bâtard songeât à la conquête de l’Angleterre .

Ce prince avait un caractère éminemment chevaleresque ; on reconnaissait en lui le petit-fils de Robert le Diable, dont il avait les qualités et les défauts.

Lorsque le duc son père s’était déterminé à envahir l’Angleterre, craignant avec raison pour la sûreté de ses propres domaines, il avait stipulé avec le roi de France la cession de la Normandie à Robert, en cas de succès. Mais, comme il arrive d’ordinaire, l’ambition de Guillaume s’accrut avec sa fortune. Il ne voulut renoncer ni à la Normandie, parce qu’elle était sa patrie, ni à l’Angleterre, parce qu’elle était sa conquête.

Le mécontentement de Robert, que ses amis prenaient soin d’entretenir par de secrètes instigations, éclata tout à coup, par l’imprudence de ses frères Guillaume et Henri. Ces princes s’enorgueillissaient de la faveur particulière de leur père, et ils étaient jaloux des prétentions ambitieuses de Robert. Tandis que la cour se trouvait pour peu de jours seulement dans la petite ville de l’Aigle, ils se rendirent à la maison marquée pour la résidence de leur frère, et d’un balcon ils lui versèrent une cruche d’eau sur la tête pendant qu’il se promenait devant la porte. Albéric de Grandmenil l’engagea à se venger de cette injure. Aussitôt il s’élança au haut de l’escalier, l’épée nue à la main. L’alarme fut donnée à l’instant. Guillaume s’empressa d’accourir sur les lieux et ne put qu’avec peine séparer ses enfants. Mais Robert s’éloigna secrètement le même soir, fit une tentative inutile pour surprendre le château de Rouen, et, trouvant dans les barons normands des partisans prêts à le soutenir, il déclara la guerre à son père.

Sa tentative échoua. Il fut chassé de la Normandie et forcé d’errer pendant cinq années dans les contrées voisines, sollicitant le secours de ses amis et dépensant pour ses plaisirs l’argent qu’ils lui prêtaient. Il reçut de sa mère Mathilde des présents nombreux et considérables. Enfin l’exilé fixa son séjour au château de Gerberoi, qu’il avait reçu du roi de France, et pourvut à ses besoins par le pillage des contrées voisines.

Guillaume, excité par les plaintes du peuple de Normandie, vint assiéger le château. On dit que, dans une rencontre, le père et le fils se battirent en combat singulier sans se reconnaître. La jeunesse de Robert était redoutable pour l’âge de Guillaume. Il blessa son père à la main et tua son cheval sous lui. Guillaume, désespérant du succès, leva le siége.

Ceci se passait peu d’années avant la mort du Conquérant. Lorsqu’il eut rendu le dernier soupir, Robert, peu ambitieux, laissa échapper la brillante occasion de placer sur sa tête la couronne d’Angleterre, et, laissant Guillaume le Roux, son frère, solliciter les suffrages, il se contenta du cercle ducal, dont il fut couronné à Rouen (1087).

Mais les seigneurs normands ne virent pas sans regret Guillaume s’emparer de la couronne d’Angleterre. Il était à craindre que les rois de ce pays ne voulussent à leur tour joindre la Normandie à leurs autres États. L’évêque de Bayeux, ennemi personnel de son neveu Guillaume, forma bientôt par ses intrigues un parti en faveur de Robert. Il ne fallait pas une grande éloquence pour persuader à ceux qui avaient à la fois des possessions en Angleterre et en Normandie qu’il était de leur intérêt de tenir leurs terres d’un seul et même souverain, et que, s’il y avait un choix à faire entre les deux frères, on ne pouvait douter que le caractère facile et généreux de Robert ne méritât la préférence sur le génie soupçonneux et les manières hautaines de Guillaume.

Un parti puissant fut donc organisé en Angleterre, dans lequel un grand nombre d’évêques et de barons mirent la main. Mais l’indolence caractéristique de Robert lui ayant fait négliger l’époque à laquelle il fallait se montrer lui-même à la tête d’une armée, au milieu de ses partisans, son entreprise échoua, et il ne lui en revint qu’un redoublement de haine de la part de son frère, qui ne tarda pas lui-même à mettre à exécution le projet longtemps nourri d’étendre sa puissance jusque sur le beau duché de Normandie.

Dans cette intention, voici que Guillaume le Roux s’éprend d’une belle affection pour les Anglais vaincus et réduits en servitude par son père ; il les protége en apparence. Quelques Normands trop cruels envers leurs serfs sont punis ; en peu de mois Guillaume est profondément ancré dans le cœur du peuple.

L’occasion ne pouvait être plus favorable. Robert ne tenait que d’une main faible les rênes du gouvernement. Il consommait ses revenus à ses plaisirs et diminuait par des concessions imprudentes le domaine ducal. Sa détresse le contraignit de solliciter l’assistance de Henri, à qui il vendit pour 3,000 livres le Cotentin, presque le tiers du duché. Guillaume donc, mit ses émissaires en campagne. Ni ruse ni fourberie ne lui répugnaient. Une judicieuse distribution de présents décida plusieurs Normands à la trahison. Saint-Valery lui fut livré ; Rouen même faillit devenir sa proie. Conan, le plus riche et le plus puissant des citoyens de cette ville, s’était engagé à la livrer au roi d’Angleterre. Heureusement pour Robert, le complot fut découvert. Ses amis, Henri, son frère, Robert de Bellesme, Guillaume de Breteuil et Gilbert de l’Aigle accoururent avec des troupes, et un combat s’engagea dans la ville même. Les rues de la cité furent remplies de meurtres et de confusion. Enfin, les Anglais furent chassés, et Conan fut conduit prisonnier dans la forteresse. Robert le condamna à une prison perpétuelle ; mais Henri, qui connaissait trop bien la facilité de son frère, demanda et obtint la garde du prisonnier. Il le mena aussitôt sur la tour la plus élevée, l’invita à contempler la beauté du site environnant, et, le saisissant alors par le milieu du corps, le lança par-dessus les créneaux. L’infortuné Conan fut fracassé, et le prince, se tournant vers les spectateurs, leur dit froidement que la trahison ne doit jamais rester impunie.

Le gant était jeté. Guillaume, au mois de janvier suivant, passa la mer avec une armée nombreuse. Tout présageait une guerre longue et cruelle, lorsque les barons qui tenaient des terres des deux frères entreprirent une réconciliation. Elle s’effectua en effet, sous la médiation du roi de France. La politique de Guillaume triompha encore une fois de la crédulité de Robert. Il retint les forteresses qu’il avait acquises en Normandie, promettant d’en dédommager son frère par un équivalent en Angleterre. Un article additionnel stipula qu’à la mort de l’un des deux princes, le survivant succéderait à ses États. A la suite de cette expédition, Guillaume eut l’adresse d’entraîner son frère dans une expédition contre Henri, leur plus jeune frère, qui s’était retiré au Mont-Saint-Michel. La place fut prise, et le roi d’Angleterre se l’adjugea.

Mais ce que Guillaume le Roux cherchait depuis si longtemps à obtenir par la force, l’esprit chevaleresque de Robert finit par le lui abandonner volontairement.

C’était l’époque des croisades. Urbain II, qui occupait la chaire papale, avait reçu les lettres les plus pressantes du patriarche de Jérusalem et de l’empereur de Constantinople. Le premier peignait avec de vives couleurs les souffrances des chrétiens orientaux sous le joug de leurs maîtres mahométans. Le second cherchait à alarmer les nations occidentales en décrivant le danger auquel l’approche rapide des Sarrasins exposait la ville impériale elle-même. Leurs représentations réussirent, et le pontife résolut d’opposer l’enthousiasme des chrétiens à celui des infidèles. L’esprit d’aventures qui avait distingué les tribus du Nord vivait encore parmi leurs descendants ; et le pape pensa avec raison que cette ardeur serait invincible, si elle était sanctifiée et dirigée par l’impulsion de la religion. C’était d’ailleurs la plus belle époque de la chevalerie, cette institution pleine d’amour, de courage et de foi, qui faisait jurer aux chevaliers de consacrer leur vie aux redressements des maux de la société et au soulagement des malheureux. Lorsque, dans le concile de Clermont, Urbain conseilla une expédition pour recouvrer la terre sainte, la proposition fut reçue avec le cri unanime que c’était la volonté de Dieu. Ceux qui avaient entendu la voix éloquente du pontife, à leur retour dans leurs foyers, répandirent la même ferveur parmi leurs concitoyens, et des milliers d’hommes de toutes les parties de l’Europe, de la France surtout, se hâtèrent d’aller répandre leur sang pour arracher à l’opprobre de la domination musulmane le sépulcre du Christ.

Robert brûlait de prendre part à l’entreprise ; mais, pour paraître parmi les princes confédérés avec tout l’éclat dû à sa naissance et à son rang, il fallait faire des dépenses que ne lui permettait pas sa pauvreté. L’avarice de son frère fut sa seule ressource. Il lui offrit le gouvernement de ses États durant cinq années consécutives, moyennant une somme de 10,000 marcs. Sa proposition fut acceptée à l’instant. Guillaume pressura les infortunés Anglais pour réunir cette somme, et Robert, le cœur joyeux, partit pour aller chercher les dangers et la gloire, [1] tandis que son frère venait prendre possession de la Normandie (1096),

Il n’entre pas dans notre plan de raconter ici ce qui a rapport à la vie de Guillaume le Roux et à son gouvernement. « C’était, dit l’historien Lingard, un homme violent, avare et débauché, également détesté des Anglais et des Normands. Il était de petite taille et très replet. Il avait les cheveux blonds et le visage très coloré ; ce qui lui fit donner le surnom de Rufus ou le Roux. »

Sa mort, qui arriva pendant l’absence de Robert, fut signalée par un incident qu’il n’est pas inutile de remarquer. Un jour qu’il se trouvait réuni avec quelques compagnons de débauche dans le château de Winchester, après le second repas du matin, il leur prit fantaisie d’aller chasser dans la Forêt-Neuve. Toute la bande joyeuse se mit en route. Le roi allait pénétrer dans la forêt, quand un moine, l’arrêtant d’un geste effrayé, lui raconta que, la nuit même, il avait eu une vision : il avait vu le roi Roux cité à comparaître devant le trône de Dieu. « Bon père, dit le prince, vous me dites là des choses que ne croirait pas un porc saxon ; mais cependant j’ai hâte, vous me raconterez le reste à mon retour. » Le moine était un Saxon. Il vit défiler devant lui tous ces princes, et la chasse commença. Mais soudain tout s’arrêta ; plus de bruit, plus de cris de joie ; le roi était mort sans qu’on pût savoir qui l’avait frappé (1100).

Quelques bûcherons recueillirent son corps ; car les compagnons de ses fêtes s’étaient enfuis. Une souquenille usée lui servit de linceul, et il ne reposa point en terre sainte.

Guillaume mort sans enfants, la couronne revenait à Robert ; mais il n’était pas là pour recueillir la succession. Son plus jeune frère, Henri, accourut de son exil de Bretagne, où il s’était retiré après la prise de son château du Mont-Saint-Michel, s’empara du trésor, et, à l’aide de ce qu’il y trouva, parvint à se faire couronner roi d’Angleterre. Bien plus, il épousa Mathilde, nièce du prétendant Edgard que Guillaume le Conquérant avait dépossédé, et réunit ainsi sur sa tête les droits de l’ancienne dynastie saxonne et ceux que la conquête avait donnés à Guillaume.

Cependant les croisés, au nombre de soixante mille, ayant à leur tête Godefroi de Bouillon, Hugues de Vermandois, frère du roi, Robert, comte de Flandre, Raymond de Toulouse et notre Robert de Normandie, avaient pris la route de Constantinople pour se rendre à Jérusalem. Après quelques démêlés avec l’empereur, les pèlerins passèrent l’Hellespont et allèrent mettre le siége devant Antioche, dont ils s’emparèrent. Ils continuèrent ensuite leur marche vers la ville sainte, et bientôt elle tomba en leur pouvoir. Robert Courte-Heuse, qui, dans cette longue expédition, s’était distingué par une foule d’exploits, fut d’abord choisi comme roi de Jérusalem. Mais cette couronne lui sembla trop lourde ; il la céda aux mains généreuses de Godefroi de Bouillon, et, ayant accompli son pèlerinage, il reprit la route de son duché par l’Italie.

Comme il passait par la Pouille, une belle princesse, Sibylle, fille du comte de Conversano, gagna son cœur (1100) et devint son épouse. Ce fut à ses pieds que Robert perdit l’heure propice pour devenir roi d’Angleterre. Henri occupait déjà depuis un mois le trône lorsque les nouveaux époux débarquèrent en Normandie ; mais les vassaux de Robert montraient une vive ardeur de combattre sous un prince qui avait cueilli des lauriers dans la terre sainte. Il lui vint secrètement d’Angleterre des offres de secours, et des forces puissantes, en hommes d’armes, en archers et en fantassins, reçurent l’ordre de s’assembler dans le voisinage du Tréport. Il donna le commandement de quelques-unes des forteresses les plus importantes de la Normandie aux barons anglais qui venaient s’engager à épouser sa cause, à Robert de Bellesme, à Guillaume de Varennes, à Ivon de Grandmenil. Son but était de s’assurer leur coopération ; mais il dut bientôt regretter une mesure qui affaiblit son pouvoir et qui causa enfin sa ruine.

Au mois d’octobre 1101, il s’embarqua au Tréport avec ses partisans. Henri s’était placé à Hastings pour s’opposer au débarquement de son frère. Mais Robert alla débarquer à Portsmouth, sans rencontrer d’opposition. Il se dirigea ensuite sur Winchester, où quelques barons du parti de Henri vinrent se ranger sous ses drapeaux.

Mais au moment où les deux frères étaient près d’en venir aux mains, grâce aux conseils de quelques courtisans intéressés, ils s’arrangèrent. Robert eut la faiblesse d’abandonner ses droits à la couronne d’Angleterre, moyennant une pension de 3,000 marcs et l’abandon que lui fit Henri de tous les domaines qu’il possédait en Normandie, excepté toutefois la ville de Domfront. Il fut convenu en outre que Robert hériterait de la couronne d’Angleterre, dans le cas où Henri mourrait sans enfants. Robert passa quelque temps en Angleterre, puis il revint dans son duché, où son épouse Sibylle lui donna bientôt un fils, qui reçut le nom de Guillaume.

Le noble caractère de Robert n’admettait pas même le soupçon de la perfidie ; mais Henri était aussi rusé que son frère était généreux. A peine fut-il délivré des archers de Normandie, que tous les nobles qui avaient pris parti pour son frère furent déclarés criminels et proscrits. Parmi les plus marquants seigneurs qui disparurent ainsi, l’histoire a conservé les noms de Robert Mallet, de Guillaume de Morton, d’Ivon de Grandmenil et de Robert de Bellesme, l’intime ami de Robert.

Jusqu’à cette époque, le duc Robert avait observé religieusement les conditions de la paix ; il avait même, à la première nouvelle de la rébellion de Bellesme, ravagé les terres normandes de ce seigneur. Mais bientôt, comprenant que le crime réel des proscrits n’était que l’attachement montré jadis par eux à ses intérêts, il se rendit en Angleterre pour adresser ses réclamations à son frère. Celui-ci le reçut à la vérité avec le sourire de la tendresse ; mais Robert ne tarda pas à s’apercevoir qu’il était captif. Il lui fallut, pour retourner dans ses États, renoncer à son annuité de 3,000 marcs. Après un pareil traitement, le duc de Normandie ne pouvait plus douter de la haine de son frère, et, pour sa propre défense, il accepta les services et l’amitié du proscrit Bellesme, qui possédait encore trente-quatre châteaux en Normandie. Henri apprit cette nouvelle avec joie ; il déclara rompue l’alliance entre Robert et lui ; il reçut et peut-être suggéra l’invitation que lui firent les ennemis du duc de s’emparer de la Normandie ; il résolut d’en placer la couronne sur sa tête. Il eut même l’impudence de se faire honneur de la pureté de ses motifs et de se donner comme le sauveur d’une contrée malheureuse.

« Il se peut, à la vérité, comme les panégyristes l’affirment, que le duc fût faible et inconsidéré, qu’il employât son temps et son argent à la poursuite des voluptés, qu’il se laissât voler par les compagnons de ses plaisirs, qu’il souffrit que ses barons se fissent la guerre entre eux et qu’ils accablassent ses sujets de toutes les calamités ; mais il est difficile de croire que ce fût la pitié, et non l’ambition, qui porta Henri à tirer l’épée contre son infortuné frère. » ( Lingard. )

Au commencement de l’année 1106, des vaisseaux anglais débarquèrent à Barfleur, et Henri, se dirigeant sur Bayeux, mit le siége devant cette ville. Mais ceux qui la défendaient firent une vigoureuse résistance, et les Anglais eurent beaucoup de peine à s’en emparer. De Bayeux, Henri se dirigea sur Caen ; il parvint à gagner quelques-uns des principaux de la ville, qui lui en ouvrirent les portes. Robert s’était retiré à Falaise. Son frère envoya un détachement pour l’assiéger ; mais la place était imprenable. On tenta une réconciliation ; les deux frères eurent une entrevue à Cintheaux, entre Caen et Falaise. Henri se montra exigeant à l’excès ; la réconciliation fut manquée, et Henri, renforcé par de nouvelles troupes venues d’Angleterre, se dirigea sur Tinchebray, où l’armée normande l’attendait. L’action fut sanglante et opiniâtre. Plus de quatre cents chevaliers du côté de Robert furent blessés ou faits prisonniers. [2] Robert lui-même fut pris, et le vainqueur se hâta de l’envoyer en Angleterre, de crainte que quelque insurrection ne vînt le remettre sur le trône.

Ainsi, Robert, qui, par sa naissance, était appelé à régner sur l’Angleterre et sur la Normandie, se vit enlever successivement ces deux pays par ses frères. Il s’était facilement consolé de la perte de l’Angleterre ; mais pour la Normandie il avait dédaigné la couronne de Jérusalem. La Normandie était le berceau de la puissance normande. Elle paraissait tôt ou tard devoir en devenir de nouveau le siège.

Ce prince était doué de courage et de générosité ; mais il manquait d’ordre et de politique. Il ne comprit pas que la conquête de l’Angleterre avait changé la position de son peuple, et que, pour retenir dans l’obéissance un État plus vaste, il fallait un pouvoir plus fort. Il avait voulu régner comme les anciens ducs ; mais cela n’était plus possible : il succomba dans la lutte.

Pendant plus de vingt ans, le malheureux Robert expia dans les fers les erreurs de sa jeunesse. On dit même que son frère lui fit ôter la vue. Il laissait un fils, Guillaume, qui reçut le surnom de Cliton, et qui, trop jeune pour lui succéder, vit l’héritage de son père passer aux mains des Anglais.

Notes

[1] NDLR : Voir : Les Seigneurs de Normandie qui accompagnèrent en Palestine le duc Robert, deuxième du nom, huitième duc de Normandie, en 1096

[2] NDLR : Voir : 1097 - 1106 : Chronologie de l’ancienne noblesse du Duché de Normandie : La bataille de Tinchebray