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Arsène Bataille - bio

Le planteur de rhododendrons


NDLR : Arsène Bataille, né à Vains le 10 juin 1803 et mort à Vichy en 1847, est une personnalité scientifique de la Manche.


ARSÈNE BATAILLE.

La première fois que nous visitâmes la charmante ville d’Avranches, nous fimes la connaissance d’un jeune homme instruit et modeste, qui s’occupait avec grand succès de la botanique en général et du Jardin-des-Plantes en particulier, de ce jardin au site admirable, élevé sur une montagne pour faire pendant à l’une des merveilles du monde, pour mettre en contraste avec ce que la nature a de plus sévère ce qu’elle a de plus doux et de plus riant, pour montrer enfin des bouquets d’arbres et des corbeilles de fleurs au vieux mont de l’archange saint Michel.

A cette époque, le savant Dubuisson vivait encore ; mais paralysé, affaisé sous le poids d’un mal qui remontait à plus de vingt-cinq ans. Semblable à ces soldats invalides dont l’ardeur fut prodigieuse sur les champs de bataille et qui n’ont plus la force de se mouvoir, Dubuisson , victime de la science, avait pris les germes d’une mort lente et douloureuse dans des préparations arsénicales qui lui servaient à disséquer un cachalot échoué sur nos côtes. Ce n’était plus qu’un corps immobile, animé par une âme active encore, sans cesse entretenue de connaissances, et consolée dans sa longue infortune par le jeune Arsène Bataille.

Celui-ci passait tour à tour de la bêche aux livres, et des livres aux soins que le vieillard réclamait de sa reconnaissance et de son amitié. Dubuisson avait en effet des droits légitimes sur le cœur affectueux du jeune Bataille. Il l’avait recueilli tout enfant, lorsque sa faible complexion ne lui permettait pas d’embrasser l’état de pêcheur qu’exerçait son père dans la commune de Vains, et les leçons qu’il avait données à ce studieux et intelligent élève avaient établi entre eux des liens que la mort seule put rompre. En vain, le mérite de Bataille parvint-il à Paris, et lui offrit-on une place au Jardin-des-Plantes ; il regarda comme un devoir de rester prés de son bienfaiteur et de lui fermer les yeux.

Après la mort de Dubuisson, arrivée le 13 mars 1830, Bataille, devenu un excellent botaniste et un très-habile praticien, fut nommé conservateur du jardin d’Avranches. Le reste de sa vie, qui a été courte, mais laborieuse, n’offre rien que de fort simple, que de très-vulgaire. C’est un travail journalier de l’intelligence et des bras ; ce sont des essais multipliés et des observations pleines de sagacité et de justesse ; c’est une active impulsion donnée à l’horticulture, des innovations heureuses et des gains précieux qui ont profité aux serres les plus riches.

« Comme son prédécesseur, a dit M. Chancé, son biographe (Journal d’Avranches du 7 novembre 1847), Bataille a fait des études sérieuses sur les plantes cryptogames, les mousses, les fougères, les lichens, etc. — Il a écrit beaucoup de notes ; mais la maladie d’abord et la mort ensuite qui est venue le frapper avant le temps, l’ont empêché de coordonner et plus encore d’achever ses divers travaux ; et il est à penser que les fruits de sa longue pratique et de ses études scientifiques sont perdus pour nous. Nous n’avons de lui qu’un Traité sur la culture des Pelargonium, imprimé dans le Bulletin de la Société d’Horticulture de Caen, ainsi qu’une note détaillée sur ses Semis d’Hortensias ; — un Traité de la taille du Poirier en pyramide et en espalier, imprimé dans le Journal d’Avranches ; —à la Socité d’Archéologie, il a lu un Mémoire sur le Gui, dans lequel il déclare n’avoir jamais rencontré cette plante parasite sur le chêne, d’où il tire des conséquences sur la tradition druidique relative à cette plante ; — un autre Mémoire sur le Pommier du Japon, dans lequel il relate ses tentatives infructueuses pour obtenir des graines assez parfaites de cet arbre et le greffer sur des sujets de haute tige. Après ces travaux, je dois rappeler l’essai heureux qu’il fit il y a quelques années, en confiant à la pleine terre des graines de Camélia, et que par une culture fort simple qu’il a lait connaitre , il a rendu indigène cet arbuste précieux.

 » Si Bataille s’occupa de l’étude générale de l’horticulture, il fit cependant de la botanique son étude de prédilection. Toutefois les connaissances qu’il acquit dans l’une et dans l’autre de ces parties de la science ne profitèrent pas à lui seul. Il se fit toujours un devoir, en effet, de communiquer ce qu’il savait aux diverses Sociétés savantes dont il était membre et qui le consultaient. »

Les Sociétés qui l’avaient admis parmi leurs membres sont : la Société royale académique de Cherbourg ; les Sociétés d’Horticulture de Cherbourg, Valognes et Caen ; la Société linnèenne de Normandie. Bataille, membre fondateur de la Société archéologique d’Avranches, avait commencé un herbier pour le Musée de cette compagnie, l’une des mieux constituées dans les départements.

Ses succès en horticulture lui avaient fait décerner des médailles d’argent et de bronze par les Sociétés d’horticulture d’Avranches, de Cherbourg et de Caen.

Mais la santé de Bataille, qui avait toujours été faible, devint do plus en plus mauvaise ; ses amis ne se dissimulaient pas qu’il aurait une fin prématurée. Il partit pour Vichy ; l’infortuné n’en revint pas. Il y est mort le 6 octobre 1847.