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Charles Pezeril - bio ancienne


CHARLES PEZERIL.

Charles Pezeril était né à Torigni, sous la première République, le 16 juin 1794, et il est mort à Saint-Lo sous la seconde , peu enthousiaste de cette forme de gouvernement. Ami de la paix et de la liberté, il ne les croyait assurés que sous la royauté constitutionnelle : la turbulence du régime populaire lui semblait féconde en catastrophes ; et son rêve, comme celui de la plupart des gens de bien , c’était un juste équilibre des pouvoirs.

A l’époque où Pézeril commença son éducation, le génie de Napoléon n’avait pas rouvert encore les sources pures de l’antiquité en créant l’Université de France. Un monsieur Le Normand tenait un pensionnat où le jeune Charles ne pouvait faire de solides études, mais où il apprit à apprendre , ce qui est à peu près le résultat des meilleures classes dans nos collèges communaux et même dans nos lycées.

En 1812 , Pezéril entra chez M. Nicollet, notaire à Cherbourg, d’où il revint, en 1815, achever son stage à Torigni, chez M. Poullard.

Nommé notaire en 1820, a Livry (Calvados), il rentra dans la Manche, le 4 novembre 1823, en venant prendre possession du notariat de Cerisy-la-Forêt, qu’il abandonna le 26 octobre 1833.

Quand il eut entièrement renoncé aux affaires, il se retira à Saint-Lo, et fut l’un des fondateurs de la Société d’agriculture , d’archéologie et d’histoire naturelle du département de la Manche. Son goût pour les œuvres de la nature et de l’art qui avaient depuis long-temps occupé ses loisirs, et les connaissances qu’il avait puisées, sans maître, dans les livres scientifiques, lui permirent de fonder et de classer le Cabinet d’histoire naturelle et d’objets d’art, que Saint-Lo laisse voir avec timidité , mais que cette ville pourra montrer un jour avec orgueil. La reconnaissance de ses habitants est désormais acquise à la mémoire de Pezeril.

Il était trop jeune pour se reposer. Une occasion se présenta de reprendre une vie laborieuse et de rendre des services, à la cause de l’ordre, menacée par des bruits lointains qui annonçaient un violent orage. L’opinion conservatrice voulait avoir un organe dans le chef-lieu de la Manche ; elle créa une feuille périodique dont Charles Pezeril prit la direction. De ce jour, jusqu’à sa mort, c’est-à-dire pendant quinze années, il n’a pas cessé de tenir la plume. Avec quel succès ? — La réponse est facile.

Nous l’avons tous connu. C’était un homme doux et paisible , un estimable naturaliste, heureux de provoquer les dons qui arrivaient au Cabinet de Saint-Lo, et vraiment né pour classer des médailles, des oiseaux empaillés et des échantillons de minéraux. Il avait tout l’ordre nécessaire pour tenir la comptabilité d’un journal, mais le feu sacré du journalisme lui faisait défaut.

Dans les temps calmes où suffisent aux feuilles des départements la régularité des petites nouvelles et l’enregistrement des purges légales, sa lâche était méthodiquement accomplie ; le quatrième pouvoir était dans des mains qui ne portaient nul ombrage aux trois autres. Mais les partis préludaient-ils aux révolutions par des querelles , Charles Pezeril manquait de vigueur et d’énergie. Sa polémique était pâle et ne connaissait guère que la défensive. Il croyait, comme la plupart des honnêtes gens , que la vérité est assez forte d’elle-même, que sa vue doit avoir assez de puissance pour désarmer ses adversaires, qu’il ne faut pas, en combattant pour elle, sortir de la modération qu’elle aime et du calme qui lui sied. Erreur capitale, quand il s’agit de presse périodique !

Nous n’en sommes plus aux théories sur ce que devrait être le journalisme : une longue pratique nous a tous éclairés ; nous savons tous à quelles ruses peut avoir recours la mauvaise foi des mauvaises causes, à quelles fureurs elle peut se porter dans les crises politiques qu’elle a provoquées. Nous savons également que la raison froide, que l’argumentation philosophique sont impuissantes contre les sophismes de la démagogie. A ses attaques effrénées, il faut répondre par des attaques hardies, par des argumentations chaleureuses ; il faut montrer l’infamie de son but, la perfidie de ses moyens, les calamités inouïes qui seraient la conséquence de son triomphe. La défense de l’ordre ne veut pas seulement des esprits droits et des cœurs honnêtes ; elle réclame des combattants ardents et dévoués ; la première vertu de ses journalistes est une raison passionnée [1].

L’ex-notaire de Cerisy-la-Forêt, humble soldat dans la grande milice des volontaires de la presse, n’était pas né pour les luttes énergiques ; il n’avait pas la fièvre de l’arène ; toutefois il pouvait rendre de bons et loyaux services au dépôt. Sa mort prématurée, le 14 janvier 1851, fut une perte pour le parti modéré. Elle en fut une surtout pour la Société d’agriculture, d’archéologie, etc., de la ville de Saint-Lo, dont le Cabinet d’histoire naturelle doit à Pezeril son existence et ses rapides accroissements. Cét établissement, si utile pour faire naître le goût des sciences et des arts, ou pour l’entretenir dans la patrie de Saint, le grand peintre de miniatures, fera vivre le nom de son fondateur, aussi modeste et complaisant qu’instruit et désintéressé.

L’Editeur.

Notes

[1] Il est bien évident que ce morceau était écrit avant la révolution du 2 décembre. Depuis cette époque, la poétique du journalisme est fort simplifiée.