Le50enligneBIS

Abbé Hue - bio ancienne


L'Abbé HUE

M. l’abbé Hue, curé-doyen de Quettehou, vient de mourir à Crasville où il prêchait les exercices d’une retraite ; c’est un ouvrier de moins dans la vigne du Seigneur déjà si désolée, ouvrier plus regrettable parce qu’il n’était qu’au milieu de sa journée et que son travail promettait encore des fruits nombreux.

Il naquit à Millières, et fit ses études d’abord au collège, puis au petit-séminaire de Coutances ; des succès brillants révélèrent dans le jeune élève un talent hors ligne, également apte à tous les objets des sciences, s’alliant à une grande facilité et à une justesse d’esprit remarquable. Après les cours de théologie, ses supérieurs ecclésiastiques le rappelèrent au petit-séminaire de Coutances, où il professa le cours de seconde, puis il fut chargé du cours de rhétorique au petit-séminaire de Mortain. Ses confrères lui rendent le témoignage qu’il contribua puissamment à l’amélioration et à l’extension du programme des études dans ces deux établissements ; ses élèves n’oublieront pas son zèle, la lucidité de ses leçons, et moins encore sa paternelle direction. Pour lui, il a toujours regretté ce temps de sa vie, et quand l’isolement de sa mère et une santé délabrée l’obligèrent d’accepter une autre position, il voulut que son presbytère lui en présentât la vivante image : il y admit plusieurs jeunes gens qui lui doivent le bonheur d’être prêtres, d’autres les principes religieux qu’ils ont portés dans le monde ; le maître recevait dès lors sa récompensé dans l’affection des élèves, et souvent le soir, au milieu de ce qu’il aimait à appeler son petit collège, il trouva le délassement des travaux et l’oubli des douleurs de la journée.

Mgr Robiou l’avait nommé curé du Plessis ; depuis il fut transféré à Montmartin-en-Graignes par Mgr Daniel, puis enfin nommé, l’année dernière, curé-doyen de Quettehou. Ses goûts pour l’enseignement disent à l’avance que la prédication et les catéchismes furent ses œuvres de prédilection, et c’est là aussi que Dieu a le plus daigné bénir son ministère ; ses confrères, même appartenant à un diocèse voisin, l’invitèrent fréquemment à venir annoncer à leurs peuples la parole sainte ; mais, nous ont dit ses collaborateurs, il fallait l’entendre au milieu de son troupeau et de ses petits enfants : ses explications simples et frappantes, sa foi ardente et son zèle attachaient et gagnaient son auditoire ; partout où il a passé, il a fait monter le niveau de l’instrucction religieuse et laissé d’impérissables souvenirs.

D’abord son élève, puis son confrère, toujours lié avec lui d’une amitié paternelle d’un côté, de l’autre toute filiale, nous avons connu dans toutes ses péripéties l’histoire douloureuse de la construction de l’église du Plessis, et avons pu apprécier toute la droiture de ses intentions et l’élévation de ses vues.

La vieille église du Plessis tombait en ruines, elle était placée à une des extrémités de la paroisse et d’un difficile accès. Le projet de la rebâtir dans un lieu central et sur le bord de la grand’route qui traverse la commune, avait d’abord réuni l’assentiment de presque tous les habitants : il était évidemment conforme à l’intérêt du plus grand nombre. En le soutenant, malgré les difficultés administratives qui s’élevèrent bientôt en 1848, M. Hue croyait accomplir un devoir : il sacrifia à cette conviction sa fortune, les restes de sa santé et le repos de toute sa vie. Les dernières décisions de l’autorité compétente vinrent lui faire oublier toutes ses peines, en sauvant son œuvre et en lui permettant de doter sa paroisse de prédilection d’une belle église à laquelle est attaché pour toujours le nom de celui qui la fit construire.

E. Martinière,

(Journal de Coutances, du 1er avril 1880.)