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Sainte-Eugienne - Notes historiques et archéologiques


NDLR : Sainte-Eugienne est une ancienne commune de la Manche. Elle fusionne avec Tirepied le 1er janvier 1973.


NDLR : texte de 1845, voir source en bas de page.


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n plateau et le flanc d’une vallée, une disposition en un croissant : telle est la topographie de cette petite commune, dont le terrain est très-accidenté, et dont le plus joli site est le vallon de Saut-Besnon au pied de la bruyère des Châteaux-Turbolins.

Le nom de sainte Eugienne est l’altération du nom de sainte Eugénie dont on célèbre la fête le 25 décembre.

La vie de sainte Eugénie, vierge martyrisée à Rome, qui vivait aux IIIe et IVe siècles, transmise en grande partie par Avitus dans son poème, est généralement fabuleuse, selon Baillet [1] : « Suivant ces fictions, dit-il, Eugénie nous est représentée comme fille de Philippes envoyé de Rome par l’empereur Commode pour être préfet d’Egypte, élevée dans les sciences des Grecs et des Romains, surtout dans la philosophie, savante, vertueuse, bel esprit, bien faite de corps, recherchée dès-lors, mais en vain, par des consuls et d’autres grands partis de la ville et de l’Empire, convertie depuis par la lecture des Épîtres de saint Paul, retirée et travestie dans un monastère d’hommes, devenue abbé et père de religieux, comme parle saint Avit :

.........Mulier fortes processit in actus,
Cum stipante choro sanctorum fieret abbas,
Atque patrem complens celaret tegmine matrem.

persécutée en Egypte, retournée à Rome, et couronnée par le martyre sous les empereurs Valérien et Gallien. »

L’idéal du Moyen-Age fut la virginité : la beauté de l’âme ne s’associait qu’avec la pureté absolue du corps : aussi la Vierge eut-elle un culte général. Cette réflexion nous est suggérée par la vie de la patronne de cette paroisse et est confirmée par une poésie qui a quelques rapports avec notre sujet. Il s’agit d’une femme qui réalisa en partie cet idéal, et vécut vers le même temps que sainte Eugénie, et d’une poésie de notre pays, recueillie dans le Mont-Saint-Michel par un prieur du XIVe siècle. [2]

De sainte Gale qui ne se voult remarier ou il est demonstre que lon doit plus penser de la beaute de lame que du corps laquelle fait enorguillir soy priser et le corps folement desirer :

En cel temps que les Gots régnèrent
En Ytale que moult greverent
Il ot a Rome une pucelle
De hault lignage riche et belle
Gale fut par son nom nommée
Qui attourna cuer et pensée
A Dieu des son petit aage
A un Romain de grant lignage
Fut mariée en sa jouesce
Mes pou en dura la liesce
De son mari veuve devint
Et à son hostel sen revint
Triste ploreuse et adoulée
..........................
Labit du secle delessa
Et au joug si son col plessa
A St Père o les bonnes dames
Qui pour faire belles lours ames
Les corps forment enlaidissoient
Quar en abstinence vivoient
........................
Or donc avoit en usage
Que pres du lit ou el jesoit
Deux chandelles qui y ardoient
Quar ténèbres mal li faisoient
.........................
Une nuit gesoit moult grevee
.........................
Si vit entre les 11 lumières
Devant son lit saint Pierre ester
Que cognut bien san arreter
..........................
Comme sage et devote ancelle
Quest ce meschir seigneur dist elle
Me sunt mes pechez pardonnez
...........................
Saint Pere amicablement
Le dist vienlen o moi en gloire
De tes pechez bien le peuz croire
E Jésus Christ plain pardon toctroye
.............................
Quo moi vienge seur benecte
Cestoit une seur moult descrete
Sur toutes les autres lamoit
Et a saint Pierre reclamoit
Quel venist en sa compagnie
.........................
Et celle de quoi tu me proies
Vendra es pardurables joies
Dedens xxx jors vreaiment
Apres ces mots isnellement
La vision sesvanoit.

L’église de Sainte-Eugienne est une croix mutilée par le retranchement du bras méridional : elle porte l’empreinte de trois époques. Sur sa face méridionale est une porte romane, bouchée, dont le cintre ne présente plus que la nervure la plus saillante : il s’appuie sur deux chapiteaux ornés de formes végétales, les colonnes ne se voient plus, la porte s’enfonce au-dessous du sol et atteste l’exhaussement que l’on constate dans les anciens cimetières. L’époque gothique est représentée par le transept du nord, dont la belle fenêtre associe les formes arrondies du style décoré [3] avec les angles du style prismatique, et indique la transition de l’un à l’autre, c’est-à-dire le XIVe siècle. La fenêtre du chevet, simple, mais remarquablement élancée, est du XVe siècle d’après son meneau bifurqué prismatique. La grande fenêtre divisée en deux meneaux trilobés, à colonnettes rondes engagées, portant un quinte-feuille angulaire, présente une particularité : le cordon arrondi qui encadre le plus intérieurement ses lobes et sa rose, et qui correspond aux colonnettes, ne descend pas jusqu’au bas de la fenêtre et s’encorbelle en cul-de-lampe à la hauteur des chapiteaux de ces colonnettes. Les parties modernes sont : le chœur réparé en 1663, la nef et la façade occidentale. Une tourelle carrée imbriquée de bois tronque l’angle aigu de cette façade. La nef est insignifiante. L’intérieur de cette église est très-pauvre, et c’est probablement à sa pauvreté qu’est due la conservation d’un bel autel en pierre placé dans la chapelle du XIVe siècle, chapelle dont la nudité transporte sans contraste dans le passé. C’est une large table de granit appuyée sur deux colonnettes basées et chapitées, et au milieu sur un bloc de maçonnerie cunéiforme, dont la pointe est tournée vers le célébrant et d’un effet très-disgracieux. Dans cette chapelle était un bas-relief réformé par l’évêque. [4] Il représente le martyre de sainte Apolline : deux bourreaux entourent la sainte ; l’un exprime la raillerie et l’outrage, l’autre lui enfonce des tenailles dans la bouche. Il est peint et pourrait bien se rapporter à l’époque de la construction du transept. Un bel et vieux tableau, représentant la Madelaine au tombeau, a été donné récemment à cette église.

En 1648, cette église rendait 300 liv. selon le Pouillé du Diocèse. [5]

En 1698 la cure valait 400 liv. : la paroisse payait 177 liv. de taille et renfermait 44 taillables.

La cure de l’église de Sainte-Eugienne était à la présentation du chapitre de Cléri.

Dans l’impôt de 1522, elle paya 48 liv. 9 d. [6]

En face de l’église, à peu de distance, est une maison ancienne qui fut probablement le Prieuré de Saut-Besnon. Sa face méridionale offre deux objets intéressans : sa porte cintrée, et surtout une fenêtre ogivale, étroite, trilobée, traversée à son milieu par une barre qui en fait une croisée.

Au bas de la lande des Châteaux-Turbotins, au bord de verdoyantes prairies, appelées les Prés-du-Prieuré, en face d’un colombier en ruines, est une chapelle délabrée qu’on appelle la Chapelle-du-Prieuré. Elle n’est pas ancienne et elle est percée de deux baies ogivales. Le bloc de l’autel existe encore, avec quelques statues de bois pourries par l’humidité du lieu. Les ronces pendantes comme des fils, à travers les crevasses du toit, et un lierre vigoureux embrassant le chevet, en arrêtent la chute.

« Le Prieuré de Saut-Besnon, dit le docteur Cousin, dépend de l’abbaye de Saint-Lô. Elle possède à cause de ce Prieuré une terre de douze pistoles de revenu annuel, laquelle terre est exempte de toute dîme. La chapelle du prieur de Saut-Besnon est sur la paroisse de Sainte-Eugienne. On dit qu’outre la terre dont on vient de parler, l’abbaye de Saint-Lo possède des biens considérables dépendant du Prieuré de Saut-Besnon ou de Saut-Bernon. » [7]

Dans l’impôt de 1522, le Prieuré de Saut-Besnon paya 3 liv. sur la déclaration du trésorier de Saint-Lo. [8]

Robert Cenalis en donne l’étymologie par sa propre latinité : « Est et alius novissimus prioratus à Saltu Bernonis passim dictus Saultbernon, qui etiam paret caenobio Augustinianae familiae apud Divum Laudum. » [9]

En 1648, d’après le Pouillé du Diocèse, le Prieuré de S. Servan (sic) de Besnon rendait 1,000 liv. [10]

En 1698, époque à laquelle M. Foucault publia sa Statistique, le Prieuré de Saut-Besnon valait 100 liv. de revenu. [11]

Source :

Notes

[1] Vie des Saints, tom. VIII, 25 décembre.

[2] Poésies Mss. à la bibliothèque d’Avranches, sans n°.

[3] Le Decorated style des Anglais : elle a été dessinée.

[4] Le curé a bien voulu le donner à la Société d’Archéologie.

[5] Pouillé, p. 6.

[6] Mém. sur la Généralité de Caen.

[7] Mss. du docteur Cousin à la bibliothèque d’Avranches.

[8] Mss. de l’Assiette pour le Roy.

[9] Rob. Cenalis, Hierarchia Neustriae. Mss. de la bibliothèque royale.

[10] Pouillé, p. 12.

[11] Mém. sur la Gén. de Caen.