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Beuzeville-la-Bastille - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1873, Voir source en bas de page.


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euzeville-la-Bastille, Boscivilla, Beuzevilla.

Cette localité, avant le XIVe siècle, se nommait Beuzeville-la-Chaussée ; depuis son surnom lui est venu d’une tour carrée qu’on voit sur le bord de l’Ouve, et qu’on a nommée la Bastille.

L’église paroissiale de Beuzeville-la-Bastille est cruciforme et appartient aux XIIIe et XIVe siècles ; elle se compose du chœur, d’une nef et de deux chapelles formant transept. La nef a plus de front que le chœur.

La nef est éclairée par des fenêtres, les unes en lancettes, les autres en ogives trilobées, ou en ogives simples. Celles du chœur sont des lancettes géminées surmontées d’un oculus.

Le clocher, placé au nord, est octogone et se termine par un petit toit pyramidal.

La sacristie a été ajoutée ; ses murs sont butés par des contreforts placés sur les angles, ceux de la chapelle méridionale sont à pans coupés. La porte d’entrée de l’église est dans le mur occidental.

Il existe, dans cette église, plusieurs inscriptions tumulaires ; nous en avons relevé deux, nous emprunterons les autres à M. de Pontaumont. [1]

CY GISENT NOBLES PERSONNES
ROGIER SIMON, SEIG. DE PLAINMARAIS ET DE GROSPARMY
DÉCÉDÉ LE 1er JOUR D’AOUST L’AN MIIIICC ET XIX (1419)
ET DAMOISELLE PHILIPPINE DENIS DE THÉVILLE
SA FEME, DÉCÉDÉE LE 7e JOUR DE XRE MCCCC IIIXX IV (1464).
CY DEVANT GIST LE CORPS DE
NOBLE ET DISCRÈTE PERSONNE MAITRE
PIERRE SIMON, PRESTRE LICENCIÉ
EN CHACUN DROICT, SEIGNEUR, PATRON
ET CURÉ DE DIGOVILLE ET DE BLOSVILLE
QUI TRESPASSA LE XIe JOUR DE JANVIER
AN MIL CINQ CENTZ LXII. PRIÉS DIEU POUR SON AME.


CY GIST VÉNÉRABLE ET DISCREPTE
PERSONNE M. THOMAS SYMON
EN SON VIVANT PRESTRE LEQUEL
TRESPASSA LE Ve JOUR D’AVRIL
LAN MVC LXX (1570).


CY GISENT NOBLES PERSONNES
ROGIER SIMON, SEIGN. ET PATRON
D’AUVILLE ET DE PLAINMARAIS
QUI DÉCÉDA LE XXIXe JOUR D’OCTOBRE L’AN MVCLXX (1570)
ET DAMOISELLE CHARLOTTE DAUXAIS
DAME DE MEAUTYS, SA FEME QUI DECEDA
LE XIIIe JOUR DE Xre MVCLX (1560).
PRIÉS DIEU POUR EUX.

L’église est sous le vocable de la Trinité ; son patronage appartint successivement à l’abbaye de Blanchelande et à celle de Lessay. En 1665, il était laïque et dans les mains du comte de Franquetot ; elle était taxée, pour les décimes, à 32 livres, et dépendait de l’archidiaconé du Bauptois et du doyenné de Baupte.

En 1192, l’abbé de Blanchelande était patron de la paroisse. Richard de la Haye-du-Puits et Mathilde, sa femme, avaient donné à cette abbaye, le jour de sa fondation, les églises de Cretteville et de Beuzeville ; mais, cette même année, une contestation s’éleva entre les religieux de Lessay et ceux de Blanchelande, au sujet des droits que les uns et les autres prétendaient exercer sur l’église de Cambridge, en Angleterre, super ecclesiam de Cambrigeham. L’évêque de Coutances, Guillaume de Tournebu, termina le différend, en adjugeant l’église à l’abbaye de Blanchelande, qui céda à Lessay l’église de Beuzeville-en-Bauptois. La décision de l’évêque fut rendue à Coutances, apud Constantiam, le jour de la Sainte-Croix, in festo exaltationis sanctae crucis, l’an du Seigneur 1192.

Les dîmes se partagaient, d’après le Livre noir, entre le curé, l’abbé de Blanchelande et le prieur du Rocher, à Mortain. En 1369, le curé, outre son tiers des grosses dîmes, avait les menues dîmes.

Faits Historiques

Une voie romaine venant de Grannonum, Portbail, traversait l’Ouve au castel de Beuzeville, où il existait un gué pavé qui prenait dans le marais le nom de chaussée Bacon, suivait la direction connue sous le nom de querière Bertrand, pour se rendre à travers le Vey, à Bayeux. [2]

Il existait une foire à Beuzeville dès le XIe siècle ; car lorsqu’en l’année 1082, Robert, comte de Mortain, fonda sa collégiale, il lui donna la dîme de la foire de Beuzeville et decimam ferie Bosonisville. [3]

D’après le registre des fiefs de Philippe-Auguste, Robert de Beuzeville tenait de la baronnie (de honore) de Lithaire, un quart de fief, et Henri de Beuzeville tenait de la même baronnie un demi-fief de chevalier.

La bastille ou tour carrée, dont la paroisse tire son surnom, existait dès le XIVe siècle ; elle avait été élevée pour défendre le passage de la rivière d’Ouve. Les Anglais, en 1375, avaient, dans le château de Saint-Sauveur, qu’ils occupaient, une garnison qui, dans ses sorties, dévastait et pillait la presqu’île du Cotentin. Charles V chargea Jean de Vienne, amiral de France, d’assiéger cette place, et de chasser du pays les Anglais qui le rendaient inhabitable. Jean de Vienne s’empara d’abord de la bastille de Beuzeville, ainsi que de la ville de Pierrepont et de la ville de Pont-l’Abbé ; il la fit fortifier en 1376. [4] Jean d’Arclais, en 1410, était capitaine du château de Beuzeville.

Les Anglais s’étant emparés du château et de la bastille de Beuzeville, pendant leur occupation de la Normandie, ils leur furent repris en 1449, [5] ainsi qu’une autre forteresse appelée le Castel, dont une partie de l’enceinte existait encore il y a quelques années ; on pouvait à volonté remplir d’eau ses fossés. Un rôle sur parchemin, déposé aux archives de la Manche, fait connaître les noms des parochiens de Prétot poyant guet à la bastille de Beuzeville pour le quartier de Saint-Jehan-Baptiste milcccclv.

Lors de la construction d’un pont sur l’Ouve, on a reconnu que la bastille était construite sur des pilotis de chêne, devenus aussi noirs et aussi durs que l’ébène : on a trouvé une grande clé en fer, qui, par ses dimensions, paraît être celle de la tour, et une épée tranchante des deux côtés. Cette arme, cassée en deux, se trouve au château de Plain-Marais, appartenant à M. le comte de Beaufort. [6]

La bastille était située sur le fief de Plain-Marais, et dépendait de la baronnie de Varenguebec. Le câtel relevait directement de la chatellenie de Varenguebec que le duc de Coigny réunit à son duché.

Le fief noble de Plain-Marais, depuis l’an 1400, a passé successivement dans les familles de Carbonnel, d’Orglandes, Simon, de Gourmont, Thieuville, Thiboutot, de Juigné, et de Beaufort.

Montfaut, en 1464, imposa, à Beuzeville, Robert Simon.

Roissy, en 1598, imposa à Beuzeville-la-Bastille François d’Amours ; il y trouva François d’Orglandes, noble d’ancienne noblesse, baron de Briouze, écuyer de Plain-Marais et fils du sieur de Prétot ; Guillaume Le Jolly, sieur du Jonquet, anobli par une charte de 1595. Chamillard, en 1666, y maintint noble Jacques de Saint-Simon, chevalier, seigneur de Beuzeville. C’était sans doute le même qui, en 1613, était lieutenant général au bailliage de Cotentin.

On trouve, en 1789, messire Jean-Baptiste-Léon de Thiboutot, marquis de Thiboutot, seigneur du fief de Plain-Marais, à Beuzeville-en-Bauptois ; il fut représenté, dans l’assemblée des trois ordres, par messire Pierre-Jacques Le Sens, chevalier, seigneur et patron de Neufmesnil.

La paroisse de Beuzeville-la-Bastille dépendait de l’intendance de Caen, de l’élection de Carentan et de la sergenterie de Varenguebec. Masseville lui compte 43 feux imposables, et Expilly 220 habitants. En 1871, elle en compte 293.

Source :

Notes

[1] Histoire de l’élection de Carentan, pag. 10.

[2] Recherches sur les voies romaines dans le Cotentin, par M. de Gerville.

[3] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tome XVII, pag. 335.

[4] La Normandie, pays d’états, par D. Lenoir, pag. 52.

[5] Histoire du connétable de Richemont, par G. Gruel, pag. 139. - Masseville, Histoire de Normandie, tome IV, pag. 205.

[6] Bulletin monumental de M. de Caumont, tome XX. pag. 585.