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Vernix - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1845, voir source en bas de page.


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ernix est un carré divisé de l’est à l’ouest en deux parties presque égales par la Sée : le côté méridional est tracé par un fragment de la route d’Avranches à Brécey par la rive gauche ; celui de l’est est déterminé par une ligne idéale, un tronçon de la Sée, et la rivière de Bieu ; la ligne du nord est une route qui passe au pont de Bieu ; à l’ouest est une ligne conventionnelle au nord de la Sée, et le ruisseau de Lamballe au sud. A la limite de cette commune et du Petit-Celland est un étang ou douet, marqué sur les cartes, appelé la Douetée.

Le nom de Vernix, qui a été écrit Vernils et latinisé en Verniltia, semble présenter deux élémens latins [1] dont une interprétation locale, d’ailleurs assez poétique, prétend donner la raison : quand l’hiver et la neige attristent encore les coteaux et la croupe du Châtellier qui dominent Vernix, le printemps s’égaie et rit sur les bords de la Sée, au fond de la vallée. Il y a toujours un peu de mensonge au fond de la poésie, et les Romains étaient trop positifs pour s’amuser à créer des expressions aussi bucoliques. Le nom celtique de Ver, rivière, explique l’étymologie de Vernix comme celle de Vernon, de Verneuil et de cent autres. [2]

L’église de Vernix est située sur un tertre ou motte, au bas d’une longue déclivité douce, près d’un pont de bois jeté sur un gué de la Sée, et en face de la chaîne dont le Châtellier est la croupe la plus verte et la plus saillante. Elle remonte à la période romane par son portail et sa porte latérale : l’ornementation et les dimensions du portail révèlent un roman avancé, probablement de la fin du XIIe siècle. Deux colonnettes engagées supportent deux archivoltes, l’une intérieure simple et plate, l’autre extérieure arrondie et semée de boules, comme à Sartilly. Les chapiteaux, à tailloirs aigus et saillans, sont ornés de foliations peu caractérisées et de boules. Ce dernier ornement est prodigué dans tout le pourtour : on en compte environ quarante. Ce joli portail a été dessiné. [3] La porte du sud, plus étroite, plus élancée, est sans doute contemporaine. Une arcature extérieure encadre le cintre et présente un modillon à tête humaine à chacun de ses trois points. Le tympan a été rempli. Quelques plaques de vieille maçonnerie, qu’on retrouve dans les murs de la nef, pourraient appartenir à l’époque primitive. La fenestrelle, qui fend le galbe au-dessus du portail, est romane. Dans l’ordre des temps vient ensuite le bas de la tour à laquelle sa voûte à nervures arrondies, retombant sur des colonnettes très-sveltes, brisées jusqu’aux chapiteaux, donne pour époque le XIIIe ou le XIVe siècle. Le haut de la tour, avec ses ouïes en croisée, indique la fin du XVIe ou le commencement du XVIIe siècle : le faîte est à double égout. [4] Une chose peu commune est son escalier, pavillon aplati collé à la façade occidentale, et dont le toit aigu est surmonté d’une croisette. Sur le flanc méridional est un large contrefort du XVIIe siècle et une large fenêtre de la même époque en dalles bien appareillées. Elle conserve un reste de vitrail, clair et jaune [5] : c’est un cœur percé de traits, avec de jolies arabesques dans lesquelles on reconnaît des feuilles, un hippogriffe et un corps nu, la tête en bas, ayant une espèce de hotte sur le dos. Le pavé est formé en grande partie de pierres tombales : une d’elles, en caractères gothiques, est de 1575. Il y en a de 1611, 1612, 1613 ; une de celles-ci est la sépulture d’un de Gouvets, seigneur local. Une autre, ornée d’une double croix, porte cette épitaphe : « Cy gist M. Jacques Le Tymmonier, Ptre, Sr de La Retoure, chapelain de madame d’Orléans et chanoine de la cathédrale de Coutances, décéda en 1674. » [6] Un des bénitiers est une colonne cordonnée avec une cuvette décagone. Les fonts consistent en une cuve octogone posée sur une base de même forme avec la correspondance des angles. Le retable du maître-autel encadre une copie de la Cène de Le Poussin, d’un bon coloris et d’un bon dessin, mais les têtes manquent d’expression et d’idéal. [7]

L’église Saint-Martin-de-Vernix était à la présentation du chapitre de Cléry. [8] En 1648, elle rendait 400 liv. [9] En 1698, elle valait 700 liv. ; elle avait deux prêtres, outre le curé ; la paroisse payait 667 liv. de taille, et renfermait 95 taillables. Les gentilshommes étaient Claude Roger et François de Gouvets, seigneurs de Rougemare. [10]

Un Verny était à la Conquête , d’après le registre de l’abbaye de la Bataille. [11] Au XVe siècle, Montfaut trouva noble à Vernix G. Mahias. En 1522, l’église de Vernis paya, dans l’Impôt royal, 11 liv. [12]

A Vernix est né, en 1627, Julien Fleury, prêtre de l’église de Saint-Paul à Paris, auteur d’un ouvrage de piété, destiné aux classes les moins instruites. [13]

Source :

Notes

[1] Ver et nix.

[2] Citons dans le département de la Manche Ver, et le nom primitif de la localité qui porte le nom chrétien de Saint-Lo, Briovère.

[3] Par M. Le Cerf.

[4] Les expressions de faîte en bâtière, faîte cunéiforme, faîte à double égout, dont nous nous servons pour caractériser les toitures des tours, sont synonymes. Ce faîtage est celui de la plupart de nos églises rustiques : il s’appelle encore bonnet d’évêque.

[5] La figure d’un soleil qui pâlit convient parfaitement à la décadence de la verrerie peinte : les teintes fortes, les tons vigoureux du XIIIe siècle, le midi de l’art, se dégradent et s’effacent dans les siècles suivans : le jaune domine au XVIe siècle, il pâlit encore au XVIIe et s’éteint dans la grisaille, après laquelle le verre blanc. Les tentatives modernes de verrerie peinte, supérieures à l’art ancien, comme dessin et composition, sont au-dessous pour l’opacité et la chaleur. La fenêtre occidentale de la cathédrale de Coutances encadre un Paradis moderne dans lequel apparaissent ces qualités et ce défaut. On ne peut trop réprouver la manie moderne des vitraux monochromes.

[6] Cette inscription fixe l’orthographe du nom d’un membre de cette famille, tantôt appelé Desartons, tantôt de l’Artour, auteur du poème de la Louisiade (1774) et de Constantin-le-Grand (1776), né à Avranches. Voir l’art. d’Avranches.

[7] Restaurée par M. Le Cerf.

[8] Les chartes de ce chapitre pourraient seules fournir des documens sur cette église et toutes celles qu’il possédait dans le voisinage

[9] Pouillé, p. 6.

[10] Mém. sur la Gén. de Caen.

[11] Ap. Duchesne, Rec. des Hist. de Normandie.

[12] Mss. de l’Assiette pour le roi.

[13] M. Fulgence Girard, Annuaire, p. 69.