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Brix - Ancien château : La Luthumière


NDLR : Texte de 1824 : Voir source en fin d’article


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armi les donations que firent, à l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, les seigneurs de Brix, j’ai cité celle de l’église de cette paroisse. Ils lui donnèrent dans le même lieu, le prieuré de la Luthumière. [1] Cette seconde donation suffit pour prouver que la baronnie de la Luthumière faisait partie de celle du château d’Adam

Les premiers possesseurs de cette nouvelle baronnie appartenaient à une des plus anciennes et des plus illustres familles de Normandie : ainsi que les Bruce, ils avaient des seigneuries aussi bien en Angleterre qu’en Normandie. Ils étaient alliés à celle des ducs de Normandie ; et depuis long-temps ils possédaient le titre de connétable héréditaire de Normandie. Vous voyez que je veux parler des seigneurs du Hommet.

Ce ne fut pas entièrement par la faveur de St. Louis que la baronnie de la Luthumière entra dans la famille du Hommet. Le roi Henri II lui avait depuis long-temps concédé la forêt de la Luthumière : cette concession fut faite en 1170, à Richard du Hommet, connétable de la province ; [2] elle fut confirmée, environ dix ans après à Guillaume du Hommet, qui était également connétable et fils de Richard : « Quam praefecto patri suo dedi et concessi. Ibid. »

Leurs descendants eurent comme eux la dignité de connétable et la possession de la forêt de la Luthumière ; de là le nom de forêt au connétable qui est souvent donné dans les anciens actes, et encore aujourd’hui par les habitants, aux bois de la Luthumière.

Philippe-Auguste, en donnant à un du Hommet une grande partie de la châtellenie d’Adam de Bruis, qu’il avait confisquée, n’avait fait que de confirmer des droits héréditaires. Par un acte de 1232, on voit que Guillaume du Hommet, concessionnaire de la Luthumière, avait épousé Luce, héritière des biens d’Adam de Bruys, son aïeul ; il donna plusieurs rentes aux religieux de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui résidaient au prieuré de la Luthumière. Ses fils Richard du Hommet et Guillaume de, Say, souscrivirent cette donation qui provenait du bien de leur père. [3]

Au commencement du siècle suivant, la baronnie de la Luthumière appartenait à Guillaume Crespin, connétable de Normandie. En 1311, il accorda ou confirma à l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte des droits dans la forêt de Brix. [4]

Ce fut par des mariages que cette baronnie avait changé de possesseurs. Au milieu du XIIIe siècle, Nicole, fille de Richard du Hommet, épousa Robert de Mortemer ; Jeanne, leur fille unique, fut mariée à Guillaume du Beccrespin, maréchal de France, [5] qui avait suivi St. Louis à la croisade, en 1270. Son fils Guillaume eut des contestations avec l’abbaye de Saint-Sauveur. Il était mort en 1330, et n’avait laissé que deux filles ; Jeanne, l’aînée, épousa en 1334 Jean de Melun, comte de Tancarville, et lui apporta en mariage la seigneurie de Varenguebec. [6]

Durant le reste du XIVe siècle, et surtout pendant que le roi de Navarre fut maître du Cotentin, l’histoire des barons de la Luthumière n’offre aucun intérêt : une lettre tirée des archives du château de Néhou m’a appris qu’à la fin du XIVe siècle, le sire Bureau de la Rivière, capitaine de ce château, avait le titre de seigneur de la Luthumière. Cette lettre est du sire Guillaume des Bordes, capitaine des gendarmes, archers et arbalétriers du Cotentin. En 1400, Jean Piquet, général des finances de la Normandie, capitaine des châteaux de Valognes et de Cherbourg, acquit de Charles, sir de la Rivière, la baronnie de la Luthumière : quand les Anglais s’emparèrent de la Normandie, il resta fidèle à la France, et ses terres furent confisquées ; la seigneurie de la Luthumière fut donnée, par le roi d’Angleterre, à Thomas Burg, le 1er avril 1422. [7]

Après l’expulsion des Anglais, en 1450, les seigneuries qu’ils avaient confisquées furent rendues aux anciens possesseurs ou à leurs héritiers.

Par mariage avec Colette Piquet, Jean le Tellier devint baron de la Luthumière. Ce fut en cette qualité qu’il donna, le 9 août 1458, un terrain où les Cordeliers de Valognes formèrent leur premier établissement. J’ai une copie de cette donation, ainsi que de celle de l’amiral de Bourbon, qui lui est postérieure d’onze ans . [8]

Ses descendants, qui possédèrent la terre de la Luthumière pendant plus de deux siècles, ont constamment figuré parmi les principaux bienfaiteurs de la ville de Valognes. François le Tellier, né en 1617, mort en 1699, inhumé dans le chœur de l’église du séminaire, le fit construire à ses frais et y joignit un enclos considérable vendu pendant la révolution. Ce qui en reste forme aujourd’hui l’établissement du collège de la ville, et peut encore, malgré son extrême dégradation, donner une grande idée de la magnificence du fondateur.

L’abbé de la Luthumière possédait toute la baronnie dont il portait le nom ; il avait fait bâtir l’habitation qu’on y voit encore, mais dans l’état le plus affligeant d’abandon et de décadence.

Long-temps avant sa mort, il avait fait cession de ses grands biens à sa sœur, mariée en 1048 à Henri de Matignon, lieutenant-général pour le Roi en Normandie ; il ne se réserva qu’une rente de six mille francs.

Les descendants de M. de Matignon, possesseurs de la Luthumière, ont changé à presque toutes les générations, jusqu’à M. le comte de Bourbon-Busset, propriétaire actuel. Leur énumération serait d’une longueur par trop grande pour cette lettre ; et, comme elle ne présenterait qu’une nomenclature dénuée d’intérêt, j’ai cru devoir la passer sous silence.

Le manoir bâti par l’abbé de la Luthumière et toute cette terre en général sont dans un état pitoyable. L’emplacement de la forteresse n’est plus connu que par les traces des travaux faits autrefois pour en inonder les approches ; rien ne rappelle le siège d’une grande baronnie, possédée successivement par les descendants des quatre des compagnons de Guillaume le Conquérant. Je ne vois pas que ce château ait été assiégé, et, quoique sa possession ait donné la suzeraineté de bien des fiefs et en partie la charge de connétable de Normandie, je ne pense pas qu’il ait jamais eu une importance historique.

Nous aurons dans la suite les armes des seigneurs du Hommet. Celles des autres seigneurs sont dans l’Histoire des grands officiers de la couronne. Les le Tellier, barons de la Luthumière, portaient d’argent à la croix de gueules, cantonnée de quatre lionceaux de sable.

Source :

Notes

[1] Cartulaire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, page XXXI.

[2] On en trouve l’acte dans l’Histoire de la maison d’Harcourt, par Laroque, tome 2, page 1474 et 1475.

[3] V. mon répertoire in-folio, p. 175.

[4] Cartul. Sti. Salvatoris, p. XXXI.

[5] Grands Officiers de la Couronne ; Maréchaux de France, tome 5, page 633.

[6] Répert. in-fol., p. 174. V. inf. l’article Varenguebec.

[7] Je possède l’acte de cette donation dans mon répertoire in fol., p. 309.

[8] Ibid, p. 113.