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Néhou - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1874, voir source en bas de page.


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éhou, Nigelli humus, Neelhou, Nealhou, Niheou, Neauhou, Neahou. Ce mot signifie demeure, habitation de Néel.

L’église paroissiale de Néhou en a évidemment remplacé une plus ancienne. Elle est cruciforme et comprend un chœur, une nef et deux chapelles formant transept.

La partie la plus ancienne de l’église est la chapelle méridionale, qui date du XVe siècle. La fenêtre qui l’éclaire est en ogive, large et courte, divisée par deux meneaux et terminée par des dessins ou compartiments flamboyants. Les arceaux de sa voûte sont saillants et prismatiques.

Le chœur et le clocher sont du XVIe siècle.

La nef appartient au XVIIe siècle ; des fenêtres y ont été ouvertes à une époque récente.

Sur le mur septentrional, on lit l’inscription suivante :

BONUS DE MONTCHAL, ANNONIAS PROVINCIAE
VIVARENSIS PRESBITER PARISIEN ; BACCALAUREUS
THEOLOGUS, HUJUISQUE PAROCHIALIS ECCLESIA Sti
GEORGII DE NIGELLI HUMO PRO UTAQUE PORTIONE
RECTOR, IN DEI ET Sti MARTIRIS PATRONI
HONOREM HOCCE CONCHAMERATUM OPUS PROPIIS
SUMPTIBUS ET IMPENSIS EXTRUI ET EXEDIFICARI
CURAVIT ANNO DOMINI MILLESI QUINGENTESI
NONAGESI SECUNDO (1592)

Au-dessous de cette inscription, sont les armes de messire Bon de Montchal, et les quatre vers suivants :

Langvedoc ma faict et tenu,
Paris despuis ma maintenu ;
Ce sainct lieu pour sien me reclame
Attire, o Diev a toi mon ame.

L’église de Néhou est sous le vocable de saint Georges. Sa taxe pour les décimes était de 76 livres, et elle dépendait de l’archidiaconé du Bauptois et du doyenné de Saint-Sauveur-le-Vicomte. L’abbaye de Montebourg en avait le patronage. Cette église lui avait été donnée par Guillaume de Vernon ; elle avait deux portions que l’abbaye faisait desservir par ses religieux auxquels elle payait une pension, se réservant les dîmes qu’elle faisait récolter et placer dans une grange située à Roulard, sur un terrain qui lui avait été aumôné : mais il paraît que le curé de la petite portion réclama contre la modicité de sa pension ; car, d’après le Livre noir et le Livre blanc de l’Evêché, il avait un manoir presbytéral, la moitié des grosses dîmes, le casuel de sa portion et les menues dîmes.

Il y a eu dans la paroisse une collégiale, fondée en 1105, par Richard de Vernon, à l’entrée de son château de Néhou. Il la mit sous l’invocation de la Sainte Vierge, et elle fut connue sous le nom de Notre-Dame. Cette fondation se fit de l’avis et du consentement de Henri Ier, duc de Normandie, et de Raoul, évêque de Coutances. Cette collégiale fut dotée d’un manoir, manerium, pour les religieux, et de quatre prébendes auxquelles de riches produits furent assurés.

Lors de la consécration de l’abbaye de Montebourg, Guillaume de Vernon, fils de Richard, transféra à cette abbaye la collégiale fondée par son père, avec les prébendes et tout ce qui en dépendait.

A la collégiale succéda un prieuré, fondé par un des membres de la famille de Reviers, comme un dédommagement de la donation de la collégiale à l’abbaye de Montebourg qui le fit desservir par ses religieux. En 1268, ce prieuré fut doté de terres assez étendues qui lui furent données par le seigneur de Reviers d’Amfreville.

La chapelle de ce prieuré fut mise sous le vocable de saint Jean. La chapelle actuelle qui a remplacé la première ne date que du XVIIe siècle. Ce fut Nicolas de Paulmier, aumônier du prince de Condé, chanoine de Coutances et prieur de Saint-Jean-des-Bois, qui la fît bâtir ; ce prieuré portait le nom de Prieuré du Bois ou de Saint-Jean-des-Bois, à cause des bois et forêts qui l’environnaient.

Une autre chapelle, dite de Montroc ou Mont-Rot, dépendait d’une léproserie, fondée avant le règne de Philippe-Auguste, par Richard de Vernon, et consacrée, en 1222, par Hugues de Morville, évêque de Coutances. Cette chapelle, dédiée à saint Jean-Baptiste, le fut sans doute d’abord à saint Gilles ; car, en 1200, Jean-Sans-Terre, le 5 mai, concède aux lépreux de Saint-Gilles-de-Néhou, une foire annuelle le jour Saint-Gilles à Néhou. [1] Lorsque la léproserie cessa d’exister, la chapelle fut connue sous le titre de Chapelle du prieuré de Belarbre, à cause des beaux bois plantés sur les terres données à la léproserie.

Guillaume de Vernon, seigneur de Néhou, en mai 1264, donna à l’Hôtel-Dieu de Saint-Lô la chapelle de Notre-Dame-de-Montrot, sise dans la paroisse de Saint-Georges-de-Néhou. Aussi, d’après le Livre blanc de l’Evêché, c’était un religieux de l’Hôtel-Dieu de Saint-Lo qui desservait la chapelle du prieuré de Belarbre, dont le bénéfice consistait en blés et en offrandes. C’est, paraît-il, ce même Guillaume de Vernon, qui confirma, en 1942 et 1257, plusieurs biens à l’abbaye de Montebourg dans son fief de Néhou. [2]

Les prieurs de Belarbre inféodèrent aux habitants voisins les terres du prieuré, à charge de les tenir par foi et par hommage sous la pure et franche aumône du prieuré de Belarbre, membre dépendant de la Maison-Dieu de Saint-Lo, avec les droits d’usage aux bois, communes et forêts de Néhou, entre les rivières de Seye et de Sauldre, de la même manière que lesdits prieurs y étaient usagers. [3]

Cette chapelle de Belarbre dont le chœur fût rebâti à la fin du XVIIe siècle, et dont la nef fut allongée deux fois, servait d’église pour les habitants trop éloignés de l’église paroissiale ; elle a été remplacée par une église, dont la dédicace se fit en 1823, sous l’invocation de saint Jacques le majeur. Ainsi, il y a dans la paroisse de Néhou deux églises et deux curés ou desservants.

La chapelle de Saint-Eloi, nommée Hôtel-Dieu de Néhou, existait dès l’année 1283. Dans le cours du XIVe siècle, Guillaume Avenel, seigneur d’Amfreville et baron de l’Angle, du chef de sa femme, avait le patronage de cette chapelle, qui fut rebâtie vers la fin du XVIIe siècle, par Robert Lepigeon, baron de l’Angle, patron présentateur. [4] (3).

Faits historiques

On a trouvé, dans la rivière d’Ouve et dans la Sandre, des gués dans la direction des voies romaines.

On remarque à Néhou les traces d’une voie romaine venant de Coriallum, Cherbourg, et se rendant à Cosedia, Coutances, traversant la Seye près du pont de Gonneville, et passant par la Brèque es Querrières, et le vey du Pont aux Moines. On a trouvé dans ces divers lieux beaucoup de briques et de monnaies romaines. Un des chemins porte encore le nom de rue de Coutances. On a aussi découvert les traces d’une autre voie romaine, venant d’Alauna, passant l’Ouve à Magneville et se dirigeant vers Grannonum, Portbail. On a encore signalé des vestiges d’habitations romaines, des briques plates ou convexes, c’est-à-dire des tegulae et des imbrices. Un champ s’appelle la Poterie. [5]

Lors de la cession de la Normandie au chef des Normands, en 913, Richard, un de ses compagnons, eut pour sa part le domaine de Saint-Sauveur, dont celui de Néhou faisait partie.

Néel reçut le domaine de son père, en 920. Néel de Saint-Sauveur s’étant révolté contre le duc de Normandie, le prince confisqua la baronnie de Saint-Sauveur, et en détacha la seigneurie de Néhou et la donna à un de ses parents, Beaudouin de Meules, dont le fils prit le nom de Reviers, et ses descendants celui de Vernon.

Le registre des fiefs de Normandie, rédigé par ordre de Philippe-Auguste, nous apprend que Richard de Vernon, baron de Néhou, tenait cette baronnie du roi et devait le service de cinq chevaliers : Ricardus de Vernone tenet baroniam de Neauhou de domine rege per servicium quinque militum.

Ce Richard de Vernon devait aussi, en 1200, des services dans le comté de Mortain.

Guillaume de Vernon confirma, en 1242 et 1257, à l’abbaye de Montebourg, des biens situés dans son fief de Néhou.

Ce Guillaume de Vernon, à sa mort, ne laissa que des filles, et alors sa baronnie de Néhou tomba en quenouille. Chacune des héritières voulant conserver le même titre que leur père, elles firent de Néhou trois baronnies. Mathilde eut la baronnie ou châtellenie du Château ; Marie, celle de l’Angle ; et Jeanne, celle d’Orglandes. Ce partage se fit devant Pierre de Bailleux, vicomte de Valognes, le lundi après la fête de Saint-Martin d’hiver, l’an 1283. Chrétien Le Chambellan, bailli du Cotentin, apposa le même jour, son sceau à la désignation du deuxième de ces lots. [6] La première baronnie porta le nom de Baronnie du Château, parce que le château, chef-lieu de l’ancienne, fit partie de la nouvelle. La seconde se nomma la Baronnie de l’Angle, parce qu’on appelait Angle de Néhou la partie de la paroisse dont elle était formée. La troisième fut nommée Baronnie d’Orglandes, parce qu’une grande partie de son domaine était située sur la paroisse de ce nom.
Marie de Vernon épousa Guillaume de Cailletot, qui devint ainsi baron de l’Angle, à Néhou. Leur fille épousa Guillaume Avenel, sire des Biars et seigneur d’Amfreville. On le trouve ainsi, en 1329, du chef de sa femme, baron de l’Angle. La baronnie du château passa dans la famille des seigneurs de la Haye, par le mariage de Mathilde de Vernon avec Robert de la Haye. Ces seigneurs possédèrent cette baronnie du château jusqu’en 1366, époque à laquelle Guillaume de la Haye échangea avec le roi Charles V sa baronnie contre la châtellenie de Milly, dans le Gâtinais. Quant à la baronnie d’Orglandes, Jeanne de Vernon la porta dans la famille de Brucourt, par son mariage avec Guillaume de Brucourt. Leur fille, Jeanne de Brucourt, en épousant un seigneur Douessy, fit passer la baronnie d’Orglandes dans cette famille. [7]

Le château de Néhou n’existe plus que dans les ruines qui se voyaient encore, il a quelques années, entre les églises de Sainte-Colombe et de Néhou, au bord de la rivière d’Ouve ; on distinguait des fossés et des retranchements. Le donjon s’écroula en l’année 1780. Les Anglais prirent le château, en 1370, sur Charles V, et sur Charles VI, en 1418. Il rentra sous la domination française en 1450, après l’expulsion des Anglais de la Normandie.

Dans le XVe siècle, Guillaume aux Epaulles, conseiller et chambellan de Charles le Sage, fut capitaine de Néhou. Il mérita l’honneur de la chevalerie militaire qu’il reçut des mains du roi lui-même, à la bataille de Rosbec. [8]

Le baron de Néhou avait droit de séance à l’Echiquier de Normandie.

Néhou avait une foire annuelle le jour de la Saint-Gilles, et un marché qu’en 1228, le roi transféra du dimanche au lundi. C’était Robert de la Haye, chevalier, qui avait ce marché. [9]

En 1366, le seigneur de Néhou et ses gens jouissaient de franchises dans toutes les foires et les marchés de la baronnie de Saint-Sauveur. [10]

On trouva à Néhou, en 1852, la matrice d’un petit sceau en argent, du XVIe siècle. On y voyait un Saint-Michel avec cette légende : Sigillum patris Michaelis Bernardi. C’était, sans doute, celui d’un curé de Néhou ; car Bon de Bro, abbé commendataire de Montebourg, nomma curé de Néhou, Bernard de Broé, écuyer, et son parent.

Les droits de patronage à Néhou donnèrent lieu à un procès entre messire Jacques d’Harcourt, baron de l’Angle de Néhou et messire Claude de la Guiche, comte de Saint-Géran, engagiste du domaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et comme tel, possédant la portion aînée de la baronnie de Néhou ; à ce titre, il prétendait avoir le droit de patronage de l’église. Jacques d’Harcourt, comme ayant la portion puînée de la baronnie sur laquelle l’église était située, soutenait qu’il avait le droit de patronage. Le parlement de Normandie, par arrêt du 17 juillet 1652, jugea que Jacques d’Harcourt avait les droits honorifiques au préjudice du comte de Saint-Géran. [11]

La forêt de Néhou était une forêt particulière, qui, dès le XIIe siècle, était administrée d’une manière assez régulière. Elle figure, avec la ferme de la baronnie de Néhou, dans les grands rôles de l’échiquier de Normandie.

En 1463, Montfaut trouve nobles à Néhou, Richard d’Auxais, Etienne du Hecquet, et y ajourne Michel Leloir.

Chamillard, en 1666, y maintient Jacques de Gouberville, Guillaume de la Haulle, Louis de Glatigny, Pierre et Jean Leloir, qui avaient justifié de quatre degrés, Charles Pigache et Jean Pigousse.

La paroisse de Néhou relevait de l’intendance de Caen, de l’élection de Valognes et de la sergenterie de Beaumont. Masseville et Dumoulin lui comptent 382 feux imposables, et Expilly 1848 habitants. Elle en a 2048, en 1871.

Source :

Notes

[1] Annuaire du département de la Manche, année 1850, page 543.

[2] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XVI, pag. 92, n°520 à la note.

[3] Lebrédonchel, Histoire de Néhou, pag. 190.

[4] Lebrédonchel, Histoire de la paroisse de Néhou, passimm.

[5] Recherches sur les voies romaines du Cotentin, par M. de Gerville, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. I.

[6] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. I, page 276 et tom. XIX, pag. 81 ; et l’Histoire de Néhou, déjà citée, pag. 41.

[7] Voir l’Histoire de Néhou, pag. 41, 62 et 70.

[8] Bataille gagnée par les Français contre les Flamands, le 27 novembre 1882.

[9] Annuaire du département de la Manche, année 1850, pag. 543.

[10] Annuaire du département de la Manche, année 1850, pag. 547.

[11] Basnage, Commentaires sur la Coutume de Normandie, tome I, page 239, art. 242.