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Saint-Sauveur-le-Vicomte - Notes historiques et archéologiques


NDLR : texte de 1874, voir source en bas de page.


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aint-Sauveur-le-Vicomte, Sanctus Salvator Vicecomes ; on dit aussi Saint-Sauveur-sur-Ouve [1] super Unvam ou Uviam. Son surnom de le Vicomte lui vient de la dignité de Vicomte, dont fut revêtu un de ses premiers seigneurs, et rappelle aussi que Saint-Sauveur fut la résidence des Vicomtes, qui représentaient le duc de Normandie dans le Cotentin.

L’église paroissiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte n’offre pas un grand intérêt ; elle se compose d’un chœur, d’une nef et de bas-côtés qui s’arrêtent à la hauteur du chœur.

Le chœur est dans le style ogival du XIVe siècle ; la nef est romane. Une galerie règne autour du chœur et de la nef. Deux chapelles, dont l’une est du XIe ou XIIe siècle, donnent à cette église la forme d’une croix. Les voûtes en pierre sont soutenues par des arceaux croisés, dont la retombée se fait sur des colonnes.

Les fenêtres sont en ogives ; il en est quelques-unes qui annoncent le XVe siècle.

Le mur absidal est circulaire, à pans coupés avec contreforts sur les angles.

La tour est carrée, garnie d’une galerie et se termine par un toit en bâtière.

Cette église est sous le vocable de saint Jean. L’abbaye du lieu en avait le patronage qui lui avait été donné par son fondateur, Néel le Vicomte. Elle payait 116 livres pour les décimes, et dépendait de l’archidiaconé du Bauptois et du doyenné de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

Il y avait dans la paroisse deux chapelles : celle de Notre-Dame du prieuré de Selsouëf, de l’ordre de saint Benoît, fondé par Léticie, femme de Jourdain Tesson, l’un des plus riches barons de la Normandie. Cette chapelle payait une décime de sept livres. L’autre chapelle est celle de Hautmesnil. Robert II de Harcourt, évêque de Coutances, rendit, le 13 juillet 1318, une ordonnance sur la manière dont devait être desservie cette chapelle. [2] Ces deux chapelles ont été érigées en succursales.

L’abbé de Saint-Sauveur avait toutes les gerbes, la dîme du lin et du chanvre, et des rentes à diverses fêtes de l’année. Le prieur de Selsouëf percevait chaque année 100 sous sur les produits de la cure. En 1665, l’abbé avait encore toutes les anciennes dîmes, le curé n’avait que les nouvelles et les menues dîmes ; sa cure lui valait alors 700 livres.

L’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte

Néel le Vicomte, vers 1080, fonda, sous l’invocation de la Vierge Marie, une abbaye à Saint-Sauveur-le-Vicomte, et y appela des religieux de l’abbaye de Jumièges, de l’ordre de saint Benoît. Les bâtiments qui leur étaient destinés n’étant pas en état de les recevoir, Néel les reçut dans son château, où déjà existaient une chapelle et une collégiale. Lorsque l’abbaye eut remplacé cette collégiale, la chapelle s’appela pendant longtemps la Vieille Abbaye, que antiqua abbatia solet dici. [3]

Néel, par sa charte de fondation, affranchit son abbaye de toutes les redevances ou servitudes qui pouvaient lui être dues. Il lui donna la dîme de toutes ses terres, de ses moulins, de ses pêcheries, ainsi que des droits dans ses forêts et dans ses bois de Selsouëf, de la Colombe, d’Henneville, etc. [4]

Vers l’an 1090, le même Néel le Vicomte, donne à l’abbaye de Saint-Sauveur une charte dans laquelle sont énumérées les diverses donations qui lui avaient été faites. Il lui donne aussi, entre autres choses, la dîme de Saint-Sauveur, omnem decimam ejusdem ville, tant en denrées qu’en argent, l’église de Saint-Jean où s’assemblait la paroisse. [5]

En 1104, Eudes le Vicomte et Raoul, évêque de Coutances, confirment à l’abbaye l’église de Grosville, et plusieurs concessions qu’Eudes lui-même lui avait faites.

Roger le Vicomte et Algare, évêque de Coutances, confirment, vers 1136, diverses donations que reçut l’abbaye de Saint-Sauveur au XIe et au XIIe siècles, et dont une pancarte donne le détail. [6]

Jourdain Tesson, Léticie, sa femme, et leurs fils Raoul et Roger Tesson, confirmèrent, vers l’année 1165, les donations faites à l’abbaye, et y en apportèrent d’autres le jour de la consécration de l’église. [7]

Vers 1170, Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, confirme les biens de l’abbaye de Saint-Sauveur. [8]

Léticie, veuve de Jourdain Tesson et dame de Saint-Sauveur, confirme, vers 1180, à l’abbaye de Saint-Sauveur, la donation que lui a faite Roger de Turqueville, Rogerus de Torclevilla, de quatre quartiers de froment à prendre sur le moulin de Méry, pour les posséder à toujours à titre d’aumône. Cette redevance annuelle était payable à la fête Saint-Michel. [9]

Si l’on voit les églises, les abbayes et toutes les maisons religieuses attacher une grande importance à obtenir ainsi de nombreuses chartes de confirmation, non-seulement des donateurs et de leurs descendants, mais aussi des rois, des princes, des papes et des évêques, c’est que, dans ces temps de guerres et d’abus, on craignait toujours d’être violemment dépouillé ; c’est ainsi qu’en parcourant les grands rôles de l’échiquier de Normandie, on voit, d’après le rôle normand des oblats, que les barons et les grands seigneurs faisaient des dons au roi, afin d’être maintenus en jouissance de leurs terres, franchises et privilèges.

Raoul Tesson, après avoir pris la croix, donna, en 1188, à Dieu, à la bienheureuse Marie, et à l’abbaye de Saint-Sauveur, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme et de ses ancêtres, l’ermitage de Sainte-Marie de la Colombe avec les revenus qui en dépendent, savoir : dix quartiers de froment sur ses moulins de la Roche et de la Colombe, et la dîme de ses provisions en pain, en viande et en poisson, tant que lui ou sa femme demeurerait à la Roche, [10] c’est-à-dire au château de la Roche-Tesson, près duquel Jourdain Tesson, son père, et Léticie, sa mère, avaient fondé le prieuré de la Couperie.

La famille de Harcourt, qui posséda le domaine de Saint-Sauveur jusque vers le milieu du XIVe siècle, se montra la bienfaitrice de l’abbaye, la dota richement et y fit de grandes augmentations. On trouve des chartes de cette famille en faveur de l’abbaye depuis la moitié du XIIIe siècle jusqu’au commencement du XIVe siècle. Richard de Harcourt, qui mourut en 1315, fut un de ses plus grands bienfaiteurs.

L’abbaye avait un double devoir à remplir envers le seigneur de Saint-Sauveur, à chaque vacance du siège abbatial : celui de lui demander la permission d’élire un nouvel abbé, et celui ensuite de lui faire confirmer l’élection.

L’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte a eu 44 abbés pour la gouverner depuis sa fondation jusqu’à sa suppression, c’est-à-dire pendant sept siècles. Nous donnons, d’après le Neustria pia et le Gallia Christiana, la liste de ces abbés, en indiquant les faits que nous avons pu réunir et qui se rattachent à chacun d’eux.

I. Bénigne. Le moine Bénigne, venu de Jumièges avec d’autres religieux, fut le premier abbé établi par le fondateur. Il était surtout connu par sa grande piété. Il siégeait encore en l’année 1104.

II. Hamelin. D’après Robert de Thorigny, un moine du nom d’Hamelin succéda à Bénigne, comme abbé de Saint-Sauveur.

III. Onfroy Ier. Onfroy siégeait du temps d’Algare, évêque de Coutances. [11] Adam de Brix, en 1144, donna à l’abbaye de Saint-Sauveur l’église même de Brix, et cette donation fut confirmée en 1155 par Pierre de Brix. Onfroy mourut le 21 octobre 1147. [12]

IV. Hugues Ier. Un moine du Mont-Saint-Michel, du nom de Hugues, succéda à Onfroy comme abbé de Saint-Sauveur-le-Vicomte.
Ce fut lui qui, en 1153, dut recevoir l’église de Saint-Pierre d’Arthéglise, que lui donna Geffroy d’Anneville. [13] Il assista à la consécration de Robert de Thorigny, comme abbé du Mont Saint-Michel. [14] Vers l’année 1159, Jean de Méautis donne à l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte une rente en blé à prendre sur son moulin de Méautis. [15] Hugues et l’abbé de Saint-Nicolas-d’Angers conclurent, le 3 juin 1162, un accord au sujet de l’église de Sainteny. Cet accord se fit avec l’assentiment de Richard, évêque de Coutances, des chanoines, des abbés de Montebourg et de Lessay, et sur le conseil de beaucoup d’autres. [16] Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, dispensa les religieux de Saint-Sauveur de payer les droits de coutume pour les objets qu’ils achèteraient à la foire de Montmartin-sur-Mer.

V. Guillaume Ier. Guillaume succède à Hugues ; mais aucun fait ne parait être parvenu sur l’administration de cet abbé.

VI. Roger Ier. Roger de Salmonville, [17] occupa, après Guillaume Ier, le siège abbatial de Saint-Sauveur-le-Vicomte. On le trouve en 1172, faisant un accord avec Henri de Préaux. Gilles, évêque d’Evreux, et Richard, évêque de Coutances, lui confirmèrent, en 1173, l’église de Pierrepont. Il permit à Robert, abbé du Mont Saint-Michel, de construire une chapelle pour l’usage de ses moines dans l’île de Jersey et dans une paroisse qui dépendait de Saint-Sauveur. Cette chapelle est devenue plus tard le prieuré de Saint-Clément. Il siste comme témoin, en 1185, à une donation faite à l’abbaye de Blanchelande, le jour de sa dédicace. [18]

VII. Hugues II. Hugues fut élu abbé de Saint-Sauveur après la mort de Hugues Ier. Il eut une discussion avec Robert, abbé du Mont-Saint-Michel, au sujet d’une chapelle construite dans l’île de Jersey.
L’auteur du Neustria pia ne porte pas Hugues II sur la liste des abbés de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

VIII. Robert. Les religieux, en 1188, élurent pour leur abbé Robert de Veules. Raoul Tesson confirma cette élection, et Guillaume de Tournebu consacra le nouvel abbé. La même année, Raoul Tesson, fils de Jourdain, donna à l’abbaye de Saint-Sauveur, l’ermitage de Sainte-Marie-de-la-Colombe. Il lui fit cette donation avant de partir pour la croisade.
Vers la même époque, Guillaume Corbet, chevalier, avec le consentement et en présence de Vivien, évêque de Coutances, donne à l’abbaye de Saint-Sauveur le patronage de l’église de Notre-Dame de la Colombe. [19]
Une contestation s’éleva entre Robert de Veules et Odon, abbé de Cherbourg, au sujet du prieuré de Saint-Hélier de Jersey. Cette affaire fut portée à la cour de Rome. Le pape Innocent III nomma pour arbitres, l’évêque, l’archidiacre et le chantre d’Avranches ; mais les parties en choisirent d’autres [20] qui, en 1205, terminèrent le différend.
Notre abbé, en l’année 1216, reçut de l’évêque de Coutances, Hugues de Morville, deux parts des dîmes de l’église de Saint-Pierre d’Arthéglise, à charge de payer la moitié des droits de l’archidiacre. L’abbaye de Saint-Sauveur, en 1665, avait encore le patronage de cette église de Saint-Pierre-d’Arthéglise, et ses droits étaient toujours les mêmes. En 1223, Robert conclut un échange avec Richard d’Harcourt, baron de Saint-Sauveur. Ce même Richard prie l’évêque de Coutances de faire jouir l’abbaye de Saint-Sauveur du tiers des dîmes de son fief de Saint-Sauveur, dans la paroisse de Rauville.

IX. Onfroy II. On trouve Onfroy occupant le siège abbatiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte, de 1230 à 1248. Hugues de Morville, évêque de Coutances, accepta la présentation que lui firent, en 1237, Louis IX et l’abbé de Saint-Sauveur, du clerc Hamon, comme curé de l’église de Cateville, dont le roi et l’abbé avaient le patronage. On lit, en effet, dans le Livre blanc de l’évêché de Coutances, rédigé dans le XIIIe siècle : Ecclesia de Catevilla, patronus rex et abbas Sancti Salvatoris pro indiviso.

X. Pierre Ier. Pierre reçut la dignité d’abbé après la mort d’Onfroy. Ce fut sous son administration que le XI des calendes de septembre de 1250, Eude Rigaud, archevêque de Rouen, inspecta l’abbaye de Saint-Sauveur. Il y trouva 25 moines qui y résidaient ; il y en avait 14 de répartis dans les six prieurés dépendant du monastère. Les religieux qui voyageaient n’observaient pas régulièrement le jeûne. Le pain qu’on donnait en aumône était si grossièrement fait qu’on ne pouvait pas le manger. Les religieux promirent de le faire meilleur à l’avenir. Il y avait dans la maison deux avocats chargés des affaires contentieuses de l’abbaye, qui dépensaient plus qu’ils ne devaient le faire ; d’ailleurs, ils étaient incapables et notoirement immoraux. Dans les prieurés on n’observait ni la règle du jeûne, ni celle de l’abstinence de la viande. Ordre fut enjoint à l’abbé de faire observer l’une et l’autre règle. Le revenu de l’abbaye montait à 1,000 livres environ ; elle n’avait pas de dettes et n’était grevée que de 20 livres de rente. Le prélat enjoignit à l’abbé de rendre compte au moins deux fois l’an, devant quelque membre de la communauté, délégué par elle, de l’état de la maison.

En 1255, Jean de Harcourt, chevalier et seigneur de Saint-Sauveur-le-Vicomte, renouvelle et confirme pour lui et les siens, en faveur des religieux de Saint-Sauveur, la permission qu’ils ont d’élire leur abbé. A chaque vacance du siège abbatial, ils étaient tenus de demander au seigneur l’autorisation d’élire un abbé, et après l’élection d’en obtenir la confirmation.

En l’année 1257, Thomas Néel, fils de Jean, confirme à l’abbé et aux religieux de Saint-Sauveur les donations faites par ses prédécesseurs et dépendant de sa seigneurie du château d’Ollonde, à Cauville.

Louis IX, qui partageait avec l’abbaye de Saint-Sauveur le patronage de l’église de Saint-Ouen de Cateville, reconnaît, le 1er juillet 1264, qu’ayant exercé son droit lors de la dernière vacance, en nommant Pierre Aux Epaules, Peirum ad Espaulles, c’est à l’abbaye à présenter à l’évêque, à la première vacance, une personne qui convienne aux fonctions de curé, personnam ydoneam. [21]

XI. Guillaume II. Guillaume fut élu abbé de Saint-Sauveur après la mort de Pierre 1er. Il gouvernait l’abbaye, lorsqu’en 1266, l’archevêque de Rouen, Eude Rigaud, revint visiter l’abbaye. Il y arriva le 21 des calendes de juin ; il y trouva 24 moines ayant tous les honneurs de la prêtrise, sauf un seul, praeter unum. Le prélat enjoignit à l’abbé de punir ceux qui contreviendraient à la règle sur le jeûne et l’abstinence.

L’abbaye avait plus qu’elle ne devait. Grâce à Dieu, dit-il, il trouva en bon état ce qui touchait au spirituel. L’abbaye devait 520 livres, mais elle avait 400 livres de créances bien ou mal assurées, tam bene solubilibus quom male. L’abbaye pendant quelques jours avait été sans abbé. Les moines en avaient élu un autre que l’archevêque ne trouva pas à l’abbaye, parce qu’il était allé faire confirmer son élection par l’évêque de Coutances.

XII. Thomas Ier. Après Guillaume, Thomas Ier reçut la crosse abbatiale. D’après le Neustria pia, Thomas mourut le 12 des calendes de décembre.

XIII. Jean Ier. Les religieux, après la mort de Thomas, élurent pour leur abbé Jean Condranius. Le 20 janvier 1291, Robert de Harcourt, seigneur de Saint-Sauveur-le-Vicomte, donna une charte touchant la reconstruction et l’entretien de la chapelle de son château de Saint-Sauveur. [22]

Vincent Tanqueray, bailli du roi en Cotentin, tenant l’assise de Valognes, le 22 septembre 1291, adjugea aux religieux de Saint-Sauveur le patronage de Vaudreville, qui leur était contesté par Hamon de Inguehou, Pierre et Robert de Lestre. Le bailli informa le chapitre de Coutances, sede vacante, de cette décision, ajoutant que les contestants étaient déboutés à tout jamais. [23]

XIV. Thomas II. Thomas d’Aubigny est cité après la mort de Jean Ier, comme abbé de Saint-Sauveur-le-Vicomte, dans des actes de 1299 et 1301. Il reçut l’acte de confirmation donné par l’évêque de Bayeux, pour les biens que l’abbaye possédait dans son diocèse. Il mourut le 12 novembre 1305.

XV. Thomas III. Thomas, élu abbé de Saint-Sauveur, siégeait comme tel en 1307.

XVI. Nicolas. Nicolas Dujardin, devenu abbé de Saint-Sauveur, entra en société avec les religieux de Saint-Pierre-sur-Dives, en l’année 1312. Il mourut le premier des ides de juin 1322.

XVII. Pierre II Pierre Morice figure comme abbé de Saint-Sauveur, en 1333. Sous son administration, Jean Blondel, bailli du Cotentin, adjugea, le 1er mars 1336, à l’assise de Valognes, l’église de Vaudreville à l’abbaye et aux religieux de Saint-Sauveur. [24]

L’abbaye de Saint-Sauveur avait, dans la paroisse du Ham, un manoir ou château qu’elle prêta à noble et puissant seigneur, M. Godefroy de Harcourt, chevalier, sire de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Godefroy de Harcourt, afin d’habiter ce manoir, le faisait réparer, lorsque le duc de Normandie fit prendre en sa main la maison du Ham, sous le prétexte que Godefroy de Harcourt le faisait fortifier sans en avoir obtenu la permission.

Jean, archevêque de Rouen, lieutenant du roi et du duc de Normandie, pour le duché de Normandie, demanda au bailli du Cotentin et obtint la main-levée de la main mise sur le château du Ham qu’on réparoit et qu’on ne cherchoit pas à fortifier.

La décision du bailli fut rendue aux assises de Valognes, en l’année 1350. [25]

Pierre Morice mourut en 1362, le 8 des calendes de septembre.

XVIII. Pierre III. Pierre Langlois fut élu et reconnu abbé de Saint-Sauveur après la mort de Pierre II. Pendant qu’il administrait l’abbaye, les Anglais, lors de l’invasion d’Edouard III, saccagèrent et pillèrent l’abbaye. Les religieux furent obligés de se retirer, les uns à Cherbourg, d’autres à Jersey, où l’abbaye avait quelque revenu ; plusieurs même allèrent chercher dans des monastères étrangers des moyens de vivre qu’ils ne trouvaient plus dans le leur. Les religieux qui s’étaient retirés à Jersey durent aussi abandonner leur retraite, parce que le roi d’Angleterre fit séquestrer leurs biens.

Les Anglais, maîtres de Saint-Sauveur, établirent des postes avancés dans l’abbaye, et en face de l’abbaye, pour empêcher les Français de venir s’y loger, ce qui leur eût permis de les incommoder et de favoriser les travaux d’une armée assiégeante.

Quand les religieux revinrent à Saint-Sauveur, après l’expulsion des Anglais, ils trouvèrent l’abbaye et l’église en ruines ; les Anglais y avaient pris des pierres pour les lancer avec leurs machines contre les assiégeants. Ils furent contraints de coucher sous les voûtes, et de construire un appentis contre un mur pour y préparer leur nourriture : et jacebant sub certis voutis quae adhuc superfuerant. Dans une enquête qui fut faite, un des témoins déposa qu’il ne leur restait pas alors de quoi acheter un morceau de viande : unde emerent peciam mutonis vel aliarum carnium.

L’abbé de Saint-Sauveur, Pierre Langlois, mourut le 10 juin 1376.

XIX. Thomas IV. Thomas du Bigard, du Bingard on Le Bégard, fut élu abbé de Saint-Sauveur en 1376. Le pape le suspendit parce qu’il ne payait pas les annates. Le pillage de l’abbaye par les Anglais et son état de ruines expliquaient l’impossibilité pour les religieux de satisfaire à leurs obligations. L’abbé Thomas mourut le 24 novembre 1390.

XX. Denis. Les religieux choisirent Denis Loquet, pour leur abbé. Après son élection, il se rendit à Rome pour régler l’affaire des annates. Le pape Clément VII, par un bref donné à Avignon, remit à l’abbé de Saint-Sauveur, pour lui et son prédécesseur, les annates qu’ils devaient. [26] On trouve Denis Loquet siégeant encore en l’année 1394.

XXI. Michel. Michel de la Hougue fut le successeur de Denis Loquet. Pendant qu’il administrait l’abbaye, l’official de Valognes fut chargé, en 1422, de faire une enquête afin de constater les pertes qu’avait éprouvées l’abbaye pendant les guerres entre la France et l’Angleterre. Ce furent les Etats de Normandie, assemblés à Vernon, avec la permission du duc de Bedford, qui ordonnèrent cette enquête.

On voit que Michel de la Hougue siégea pendant les premières années de l’occupation anglaise. Il envoya un procureur au concile de Pise, tenu en 1409, pour l’extinction du grand schisme d’Occident.

XXII. Guillaume III. Guillaume Le Révérend occupa le siège abbatial de Saint-Sauveur après la mort de Michel. On le trouve siégeant en 1429. Il obtint un délai pour prêter serment au roi. Il assista au Concile de Bâle qui, commencé en 1431, avec mission de fermer le grand schisme d’Occident, d’extirper l’hérésie et de réformer l’église dans son chef et dans ses membres, se termina par un schisme, après plusieurs années de sessions. Guillaume dut mourir en 1439.

XXIII. Etienne. En 1440, les religieux élurent pour leur abbé, Etienne du Hauquet. Il fit réparer la chapelle de la Vierge : Capellam B. Virginis restauravit. Il composa des livres pour le chœur, et entra en société avec Jean, abbé de Jumièges. Il mourut en 1444 ; il fut enterré devant l’autel de la Vierge, du côté de l’évangile. [27]

XXIV. Louis. Louis Hervieu, de la famille de Sénoville, succéda à Etienne. Elu en l’année 1444, il gouverna l’abbaye pendant sept ans, et mourut en 1451.

XXV. Jean II. Après son élévation à la dignité d’abbé de Saint-Sauveur, Jean Caillot obtint du roi un délai pour sa prestation de serment. II le prêta à Charles VII, en 1452, et à Louis XI, en 1461. Il fit reconstruire l’église et l’abbaye en grande partie détruites par les Anglais. Il mourut en 1470, et fut inhumé dans le sanctuaire de l’église.

XXVI. Jacques. Jacques Caillot fut élu par ses frères abbé de Saint-Sauveur. Cet abbé ne figure pas sur la liste du Neustria pia. Après lui commença la série des abbés commendataires qui, trop souvent, n’avaient de sacerdotal que leur titre d’abbé, et qui trop souvent aussi disputaient aux religieux la faible part qui leur appartenait sur les revenus de l’abbaye.

XXVII. Reginald. Reginal de Bourbon, évêque de Laon, fut nommé abbé commendataire de Saint-Sauveur. On le trouve figurant dans des actes de 1472. Il dut aussi mourir en 1472.

XXVIII. Guidon. Guidon Louvet ou Lauret, protonotaire apostolique, prêta serment au roi comme abbé commendataire de Saint-Sauveur, en l’année 1473. On le trouve encore en 1480.

XXIX. Guillaume IV. Guillaume de Saint-Félix obtint la commande de l’abbaye de Saint-Sauveur. On le trouve avec ce titre en 1483 ; il assista, en 1485, avec Geoffroy Herbert, évêque de Coutances, les abbés du Mont Saint-Michel, de Montebourg, de Hambye et plusieurs autres abbés ou dignitaires d’églises, aux états généraux de Normandie. [28]

XXX. Radulphe. Radulphe Boniface, simple moine de Carpentras, devint évêque, puis abbé commendataire de Saint-Sauveur, en 1486. Il mourut en 1505.

XXXI. Jacques II. Il parait qu’après la mort de Radulphe, les religieux de Saint-Sauveur purent élire leur abbé ; car on les voit choisir Jacques Langlois, un d’entre eux et l’élever à la dignité abbatiale : ex momacho ejusdem coenobii fit abbas.

Il mourut en 1517 et fut enterré dans le sanctuaire à côté de Jean Caillot.

XXXII. Guillaume IV. Guillaume Troussey, moine de l’abbaye de Saint-Sauveur, fut élu par ses frères pour succéder à Jacques Langlois. Son élection se fit en 1523 ; il fut le dernier des abbés réguliers. Sa mort est fixée au 8 janvier 1529. Il fut enterré à la droite de Jean Caillot ; on lisait sur sa tombe :

HIC JACET VENERABILIS ET DISCRETUS
D. GUILLELMUS TROUSSEY, QUI, DUM VIVERET
INTER MULTA ALIA BONA QUAE IPSE AD
UTILITATEM ...... AEDIFICAVIT
ET DECESSIT AB HUHANIS ANNO DOMINI 1529,
DIE JANUARII 8. [29]

XXXIII. Charles Ier. Charles de Panyot obtint la commende de l’abbaye de Saint-Sauveur. Il mourut en 1548.

XXXIV. Jean III. Jean Le Gruyer était chanoine de Troyes, lorsqu’il obtint la commende de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Il résigna ses fonctions en 1560, et mourut le 20 avril de la même année.

XXXV. Jacques III. Jacques de Grimouville, par suite de la démission de Jean Le Gruyer, obtint la commende de l’abbaye de Saint-Sauveur. Il fut enterré au pied du grand autel, avec cette inscription :

JACOBUS DE GRIMOUVILLE PRESBYTER
DUM VIVERET, ABBAS COHMEMDATARIUS,
QUI OBIIT 17 NOVEMBRE 1573. [30]

XXXVI. Jacques IV. Jacques du Cerceau, devenu abbé commendataire de l’abbaye de Saint-Sauveur, en prit possession, par procuration, en 1576.

XXXVII. Louis II. Louis de Nogaret, cardinal de la Valette, archevêque de Toulouse, obtint la commende de l’abbaye de Saint-Sauveur. Il mourut en 1639.

XXXVIII. Charles II. Charles de Montchal, fils de Pierre de Montchal et d’Anne de Guillon, succéda à Louis de Nogaret comme archevêque de Toulouse et comme abbé commendataire de Saint-Sauveur. Il mourut à Carcassonne, le 22 août 1651.

XXXIX. Charles III. Charles de Ruolz, docteur en Sorbonne, était, en 1652, abbé commendataire de Saint-Sauveur.

XL. Jean IV. Jean d’Oranges des Roches, venu de Cherbourg, eut la commende de Saint-Sauveur. Il mourut en 1683.

XLI. Simon. Simon Cuvier de la Bussière, obtint, en 1684, la commende de l’abbaye de Saint-Sauveur. Il mourut le 3 mars 1740.

XLII. Louis III. Louis-Auguste de Rohan Chabot, fils de Louis de Rohan Chabot, duc et pair de France, prince de Léon, comte de Perrohet, et de Françoise de Rauquelaure, fut nommé par le roi, en 1740, abbé commendataire de Saint-Sauveur. Trois ans après il se démit de ses fonctions.

XLIII. Jacques V. Jacques Lefèvre du Quesnoy, vicaire-général de l’évêque de Coutances, fut nommé, en 1743, abbé de Saint-Sauveur. Il fut, en 1757, appelé au siège épiscopal de Coutances. Il mourut en 1764, et fut inhumé dans l’église de l’abbaye. On exhuma ses restes en 1809, et on les déposa dans le caveau de la famille de Harcourt, placé dans l’église paroissiale de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

L’abbé du Quesnoy est le dernier des abbés de Saint-Sauveur, dont le Gallia Christiana a donné la liste.

Après M. Duquesnoy, l’abbé de Choiseuil occupa le siège abbatial de Saint-Sauveur pendant fort peu de temps. M. de Nicolaï, évêque de Beziers, lui succéda, et occupait encore la place au moment de la suppression de l’abbaye. Mais alors, dit M. de Gerville, « il n’y avait plus de religieux, les derniers étaient morts successivement depuis la moitié du siècle dernier. Cinq prêtres séculiers avaient le titre d’habitués, étaient chargés de faire l’office et d’acquitter les fondations. » [31]

L’abbaye de Saint-Sauveur, d’après l’état de 1665, avait cinq prieurés dans le diocèse de Coutances :

Le prieuré de Saint-Jouvin ou de la Luthumière, à Brix, fondé par Adam de Brix, vers 1106. [32] Il valait 800 livres en 1665, et payait 66 livres pour les décimes ;
Le prieuré de Clitourps, fondé sous le vocable de saint Michel, par Henri II, [33] roi d’Angleterre. En 1665, il valait 600 livres de revenu, et payait 60 livres pour les décimes ;
Le prieuré de Notre-Dame-de-Selsouëf à Saint-Sauveur, fondé par Léticie Néel, femme de Jourdain Tesson, dans le XIIe siècle ; en 1665, il valait 660 livres ;
Le prieuré de Notre-Dame-de-la-Couperie, à la Colombe, fondé dans le XIIe siècle, par Raoul Tesson et Léticie, sa femme. Il était de l’ordre de saint Benoît et payait sept livres de décimes.
Le prieuré de Sainte-Croix, à Virandeville, fondé en 1197, par Roger de Theurteville-Hague. Il valait 800 livres. Ce prieuré doit avoir été déclaré indépendant de l’abbaye. [34]

L’abbaye de Saint-Sauveur avait, d’après le Livre noir et le Livre blanc, comme d’après l’état des paroisses de 1665, le patronage de plusieurs églises avec des droits de dîmes :

Dans le doyenné de Barneville, Gouey, le Valdécie, Saint-Pierre-d’Arthéglise ;

Dans le doyenné de Carentan, Auvers. L’abbé de Saint-Sauveur, après avoir été seul décimateur dans le doyenné de la Hague, n’avait plus, en 1665, que les deux tiers de la dîme et des herbages ; Henneville, Le patron y avait les deux tiers de la dîme ;

Dans le doyenné d’Orglandes, Liesville, l’Ile-Marie, Morville ;

Dans le doyenné de Percy, la Colombe, Margueray ;

Dans le doyenné du Plain, Boutteville, Brucheville, Fresville, Houesville, Turqueville ;

Dans le doyenné de la Chrétienté, Anneville-sur-Mer. Suivant l’état de 1665, l’abbé de Lessay en aurait eu le patronage. L’abbé Lecanu l’attribue à l’évêque ;

Dans le doyenné des Pieux, Bricquebost, Brix, Couville, Flamanville, les Pieux, Saint-Christophe-du-Foc, Saint-Martin-le-Gréard, Tréauville, Virandeville ;
A Bricquebost, le patron avait les deux tiers de la dîme des gerbes ;
A Couville, le patron y percevait les deux tiers de la dîme des blés ;
Aux Pieux, où l’abbé de Saint-Sauveur n’avait que le patronage d’une portion, il y était seul décimateur. En 1665, il avait le patronage de la petite portion ;
A Saint-Christophe-du-Foc, l’abbé de Saint-Sauveur avait le patronage dans les XIIIe et XIVe siècles. L’état de 1665 l’attribue à l’abbesse de Sainte-Trinité de Caen, qui, déjà, dans le XIIIe siècle, avait les deux tiers de la dîme des gerbes ;
A Tréauville, le Livre noir et le Livre blanc attribuent le patronage à l’abbé de Saint-Sauveur ; l’état de 1665 le donne au prieur de Beaumont ;
A Virandeville, l’abbé de Saint-Sauveur avait les deux tiers de la dîme des gerbes ;

Dans le doyenné de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Catteville, Saint-Remy-des-Landes, Saint-Sauveur-de-Pierrepont, Taillepied ;
A Saint-Remy-des-Landes, le patron et le curé se partageaient les dîmes ;
A Saint-Sauveur-de-Pierrepont, le patron et le curé se partageaient les dîmes ;
Dans le doyenné de Valognes, Ecausseville, Sortosville, Saint-Germain-de-Tournebut, Vaudreville.

(NDLR : Pour plus d’informations sur certaines paroisses énumérées ci-dessus, se reporter à la rubrique 32 et choisir la paroisse concernée)

Pendant que les ducs de Normandie étaient rois d’Angleterre, l’abbaye de Saint-Sauveur possédait, dans le doyenné de Jersey, le patronage des églises de la Trinité, de Saint-Brelade, de Saint Clément, de Saint-Hélier, de Saint-Jean, de Saint-Pierre. Elle avait aussi certains droits de dîmes sur les églises de Saint-Laurent, de Saint-Martin et de Saint-Ouen. A ce patronage, elle joignait des droits de dîmes.

En 1665, la part de l’abbé, dans les revenus de l’abbaye, était de 10 à 12,000 livres de rente ; en 1765, elle n’était plus que de 6,500 livres. Il payait, pour les décimes, 1035 livres, 15 sous, 3 deniers. Il payait aussi, en cour de Rome, 250 florins pour ses provisions. [35]

L’abbé de Saint-Sauveur avait droit de séance à l’échiquier de Normandie.

L’abbaye avait un bailliage dont les appels, étaient portés au parlement de Rouen. [36] En 1410, elle avait des fourches patibulaires à Doville. [37] Il n’appartenait qu’aux seigneurs haut-justiciers d’élever ainsi le signe extérieur d’une haute justice.

Antiquités romaines

On trouve, sur le territoire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, les traces d’un pavé romain dans la direction d’Alleaume à Pierrepont, où il existait, avant les ravages des Normands, une bourgade considérable qu’ils détruisirent. [38]

Faits historiques [39]

Rollon, après la cession qui lui fut faite du territoire qui devint la province de Normandie, abandonna à un de ses compagnons tout le pays qui comprit plus tard Saint-Sauveur et Néhou. Ces domaines furent ainsi abandonnés à titre d’honneur et avec obligation d’hommage et de services militaires. Mais Saint-Sauveur ne parait pour la première fois dans l’histoire qu’à la fin du Xe siècle.

Le plus ancien vicomte connu du Cotentin se nommait Roger. Il vivait sous Richard Ier, duc de Normandie, qui mourut en 996. Il fonda l’église qui plus tard devint l’abbaye de Saint-Sauveur.

Les premiers seigneurs de Saint-Sauveur furent les Néel, dont le premier du nom dut mourir vers l’année 1040 ou 1042.

Son fils, Néel II, est appelé le jeune, Nigellus juvenis. Il figure au nombre des seigneurs du Bessin et du Cotentin qui, séduits par Gui de Bourgogne, se révoltèrent contre Guillaume le Bâtard, et furent mis en déroute à la bataille du Val es Dunes, que le duc Guillaume leur livra le 10 août 1047. [40]

Le duc Guillaume, vainqueur de ses ennemis, confisqua tous les biens de Néel, vicomte du Cotentin ; mais cette confiscation ne fut pas de longue durée ; car Néel, qui était rentré en grâce et avait recouvré sa seigneurie de Saint-Sauveur, figure dans des chartes du duc Guillaume pour les années 1054 et 1055.

Les domaine et seigneurie Saint-Sauveur, après avoir appartenu aux Néel, passèrent dans la famille Tesson par le mariage de Léticie, fille du dernier Néel avec Jourdain Tesson, [41] le plus riche baron de la Normandie ; car d’après une ancienne chronique, sa famille avait le tiers des biens.

Mathilde Tesson, après la mort de son père, Raoul Tesson, eut en partage le domaine et la baronnie de Saint-Sauveur qu’elle porta dans la famille de Harcourt, lors de son mariage avec Richard de Harcourt.

Richard Tesson resta fidèle au roi Philippe-Auguste contre Jean Sans-Terre ; car, d’après le registre des fiefs, rédigé par ordre de ce prince, Richard de Harcourt tenait du roi la baronnie de Saint-Sauveur, par le service de quatre chevaliers, mais il en devait cinq quand la baronnie était entière ; ce qui prouve qu’elle avait été l’objet d’un partage, et qu’une certaine partie en avait été détachée : Ricardus de Harecort tenet baroniam Sti Salvatoris de domino rege per servicium quatuor militum, sed debebat quinque quando baronia erat integra.

Raoul Tesson, Richard de Harcourt, figurent au nombre des seigneurs et chevaliers normands qui portaient bannière sous Philippe-Auguste. [42] Robert de Harcourt, Richard de Harcourt, Philippe de Harcourt, Jourdain Tesson, sont au nombre des seigneurs renommés en Normandie, depuis Guillaume le Conquérant jusqu’au temps de Philippe-Auguste. [43]

Dans le XIVe siècle, on voit apparaître Godefroy de Harcourt, qui, en 1330, succéda à son frère Louis de Harcourt, dans la seigneurie de Saint-Sauveur, et devint un des plus puissants barons du Cotentin. Il s’occupa du soin de fortifier Saint-Sauveur, et il en fit une des meilleures places du Cotentin. [44] Il tourna ensuite ses armes contre son pays, et il entra dans plusieurs complots. Il se révolta contre Philippe de Valois, et livra son château de Saint-Sauveur aux Anglais. Il trouva la mort en combattant, vers la fin de l’hiver de l’an 1356. [45]

Après la mort de Godefroy de Harcourt, le roi de Navarre et les Anglais occupèrent la presqu’île du Cotentin jusqu’au traité de Brétigny, [46] c’est-à-dire depuis 1356 jusqu’à 1360.

Après ce traité, Edouard III disposa du domaine de Saint-Sauveur en faveur de Jean de Chandos, qui en prit possession en 1361. Son lieutenant, Jean de Stokes, s’intitulait capitaine de Saint-Sauveur ; les fortifications furent augmentées, et on fit du château une place d’armes importante ; une partie de l’abbaye fut même détruite parce qu’elle pouvait nuire à la défense de la place.

Après la mort de Jean de Chandos, arrivée sans qu’il laissât d’héritiers, ses domaines en Normandie furent saisis par Edouard III, qui confia la garde de Saint-Sauveur à Guillaume de Latinier, lequel choisit pour lieutenant Thomas de Catteston.

Les Anglais continuèrent d’occuper le château de Saint-Sauveur et le gardèrent jusqu’à l’année 1375 ; mais la garnison anglaise pillant et dévastant le pays, Charles V chargea Jean de Vienne, amiral de France, d’en faire le siège. Jean de Vienne vint au printemps de l’an 1375, mettre le siège devant Saint-Sauveur-le-Vicomte, avec tous les barons et chevaliers de Bretagne et de Normandie. La garnison, après un siège long et meurtrier, demanda à capituler ; il fut convenu que si, dans un délai de six semaines, elle n’obtenait aucun secours du roi d’Angleterre, elle rendrait la place, et se retirerait sauf leurs corps et leurs biens. Le jour convenu arrivé, et le roi d’Angleterre n’ayant envoyé aucun secours, les capitaines anglais abandonnèrent la place et gagnèrent la mer à Carentan.

Le roi nomma un chevalier breton capitaine de Saint-Sauveur.

Après l’exécution de ce traité, Charles V ordonna qu’on mit en état de défense le château de Saint-Sauveur. Il donna à son chambellan, le sire Bureau de la Rivière, la châtellenie de Saint-Sauveur, Néhou, Auvers et autres dépendances. [47]

Charles VI, en 1413, réunit la vicomté de Saint-Sauveur à celle de Valognes, et nomma le baron d’Ivry capitaine du château.

En 1418, les Anglais commandés par Jean de Robersart, reprirent le château de Saint-Sauveur sur Robert de Fréville, qui alors y commandait pour le comte de Harcourt, à qui Charles VI l’avait donné.

Depuis cette époque de 1418 jusqu’en 1450, Jean de Robersart posséda la seigneurie de Saint-Sauveur ; mais après la bataille de Formigny, [48] le connétable de Richemont envoya son lieutenant, Jacques de Luxembourg, assiéger Saint-Sauveur. [49] Les Anglais se rendirent presque aussitôt ; on leur donna huit jours pour sortir de la place et se rendre à Cherbourg.

La baronnie de Saint-Sauveur passa successivement dans les mains de Jean de Harcourt, comte d’Aumale, de Jean, comte de Dunois et de Longueville, et d’André de Villequier.

Louis XI, mécontent de la veuve d’André de Villequier, qui se disait dame de Saint-Sauveur, confisqua sur elle la seigneurie de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Cette place, depuis lors, perdit toute son importance ; aussi le comte de Matignon, en 1562, ne demanda-t-il pour le château de Saint-Sauveur qu’une garnison de 30 hommes, afin de maintenir l’autorité du roi dans le Cotentin. [50]

En 1574, Montgommery, pour les protestants, s’empara de ce château ; mais il fut repris après la reddition de Saint-Lô.

Les ligueurs, en 1589, attaquèrent Saint-Sauveur, dont était capitaine Guillaume Lambert, qui leur résista ; mais Devicques s’empara du château par surprise à la fin d’octobre de la même année ; [51] son occupation fut de courte durée, car les troupes du roi y rentrèrent l’année suivante.

En 1598, sur la demande des états de Normandie, plusieurs châteaux furent démolis ; entre autres ceux de l’Ile-Marie et de Saint-Sauveur-le-Vicomte. [52]

Le domaine de Saint-Sauveur passa successivement dans les mains de divers engagistes. Henri III, en 1575, vendit à Christophe de Bassompierre la terre de Saint-Sauveur qui, sortie des mains de la famille de Villequier, avait fait retour à la couronne. [53]

Frédéric, duc de Wurtemberg, devint, en 1605, engagiste des domaines de Valognes, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Néhou et Saint-Sauveur-Lendelin ; mais, en 1617, le comte de Thorigny et le duc de Wurtemberg, rétrocédèrent à Marie de Médicis, mère du roi, les vicomtés de Carentan et de Saint-Lo, d’Alençon, de Valognes, et les domaines de Saint-Sauveur-Lendelin, de Saint-Sauveur-le-Vicomte et de Néhou. [54]

La reine, en 1621, céda et transporta les domaines, terres, seigneurie et châtellenie de Saint-Sauveur-le-Vicomte et Néhou, à Jehan Phelippeaux, sieur de Villesavin, conseiller du roi en son conseil d’Etat privé. [55]

Louis XIV, en 1697, engagea à Monseigneur Louis-Alexandre de Bourbon, prince du sang et comte de Toulouse, le domaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte. [56]

Après la mort du comte de Toulouse, le domaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte passa à son fils Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, dont la famille l’a possédé jusqu’au moment de la Révolution.

Beaucoup de fiefs relevaient de la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte. [57]

Saint-Sauveur-le-Vicomte était le siège d’un bailliage dont les appels étaient portés au parlement de Rouen.

Il y avait aussi une vicomté dont les appels ressortissaient au bailliage. Elle s’étendait sur plusieurs bourgs voisins, où le vicomte allait tenir son siège quand il lui plaisait.

Le vicomte avait droit de séance à l’échiquier de Normandie. [58]

Il existait encore à Saint-Sauveur une autre petite juridiction qu’on nommait la vicomté de Beaumont ; elle se tenait le vendredi, et plusieurs paroisses en relevaient.

Le comte de Toulouse qui, à la fin du XVIIe siècle, était seigneur engagiste du domaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, nommait aux charges de judicature.

Il y avait, à la même époque, dans la forêt de Saint-Sauveur, un haras qui appartenait au dauphin de France. Ce haras fut plus tard transféré au Pin. On trouve comme verdier de Saint-Sauveur, dans les premières années du XVe siècle, Richard de Morigny.

Château

Les restes du château permettent encore de suivre les traces de son ancienne enceinte murée. En 1613, ce château tombait en ruines et le donjon menaçait de s’écrouler. Louis XIV, par lettres patentes de l’an 1695, donna les restes de ce château à l’hôpital de Saint-Sauveur, [59] fondé en 1685, pour servir aux pauvres de sa juridiction. Ses administrateurs actuels tiennent à honneur de conserver les vieilles tours qui furent témoins de la valeur de leurs ancêtres. Un savant antiquaire anglais, M. Gally Knight, dit dans la relation de son excursion en Normandie, en parlant du château de Saint-Sauveur : « On retrouve des murailles, des portes et des tours. Ce qui nous frappa, c’est une grande tour carrée, bâtie par Chandos, à qui est due aussi la construction d’une des portes de la forteresse. » [60] En 1613, on voyait encore la tour de Batterie, la tour Jacob, la tour de l’Horloge et la grosse Tour.

En 1389, le sire de la Ferté devait entretenir dix hommes d’armes à Saint-Sauveur, Néhou et Beuzeville.

Entre autres paroisses dont les habitants devaient le service du guet au château de Saint-Sauveur, on trouve plusieurs communes de l’arrondissement de Valognes. [61]

Odet d’Aidie, après la capitulation de 1450, fut établi capitaine de Saint-Sauveur. Il figure dans des actes de 1458 et 1461.

Léobin du Saussey, seigneur de Barneville, en était capitaine en 1573.

A la fin du XVIe siècle, l’office de capitaine de Saint-Sauveur appartenait à la famille des Maires. Vincent des Maires, sieur du lieu et de Hautmesnil, était bailli et capitaine de Saint-Sauveur. Son fils, Jean des Maires, également bailli et capitaine de Saint-Sauveur, donna 2,600 livres en 1628, pour la fondation d’un collège à Saint-Sauveur-le-Vicomte. Vincent des Maires, sieur d’Auvers, était, en 1631, capitaine de Saint-Sauveur. David Devin, sieur du Vallon, conseiller du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, avait, en 1686, le titre de capitaine et de vicomte de Saint-Sauveur. [62]

Charles d’Ivry est cité comme seigneur de Saint-Sauveur, dans des actes de 1385, 1394, 1398 et 1401. André de Villequier en était seigneur dans le courant du XVe siècle. [63]

La baronnie de Saint-Sauveur avait des foires et des marchés dans lesquels, en 1366, le seigneur de Néhou et ses gens jouissaient de franchises. [64] On lit qu’en l’année 1700, les commissaires députés par Sa Majesté, vendirent à Etienne du Faouq, chevalier, seigneur de Garnetot, la coutume du marché et des étaux de boucherie de Saint-Sauveur-le-Vicomte, et le moulin banal audit lieu avec l’étang derrière ledit moulin. [65]

Le roi, en 1702 et 1728, donna des lettres patentes qui nommaient des commissaires pour la confection des papiers terriers de plusieurs domaines, au nombre desquels figure celui de Saint-Sauveur-le-Vicomte. [66]

Montfaut, en 1463, renvoie, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, Thomas Cauchon.

Roissy, en 1599, trouve nobles à Saint-Sauveur-le-Vicomte, Jean Desmares et les Poërier, sieurs du Theil et de Sortosville, dont l’un était président au bailliage du Cotentin.

Chamillard, en 1666, y trouva nobles deux familles Le Mouton, l’une parmi les anciens nobles ; elle portait d’argent à trois gibecières de sable garnies d’or, deux en chef et une en pointe. L’autre, au nombre de ceux qui prouvèrent quatre degrés ; elle portait aussi d’argent à trois fauconnières de sable boutonnées d’or. On trouve Raoul et Philippe Le Mouton. Ces familles figuraient aussi à Doville, à Saint-Nicolas-de-Pierrepont et à Néhou. Il y avait encore Jean Le Cordier, Jacques et Julien Poërier ; Jacques était seigneur de Taillepied et bailli de Saint-Sauveur ; Pierre et Jean Loir, dont l’un était seigneur du Lude, et l’autre de Noire-Mare.

La paroisse de Saint-Sauveur-le-Vicomte dépendait de l’intendance de Caen, de l’élection de Valognes et de la sergenterie de Beaumont. Masseville lui comptait 426 feux imposables, et Expilly 1,900 habitants ; elle en a 2,754 en 1871. [67]

Source :

Notes

[1] L’Ouve est une rivière qui prend sa source à Hardinvast, dans l’arrondissement de Cherbourg, et se jette dans la mer à Saint-Clément, dans le Calvados.

[2] Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur, par M. L. Delisle, p. 83.

[3] Gallia christiana, tom. XI, pag. 922. Neustria pia, pag. 541. Guillaume de Jumièges, liv. VII, chapit. XXII.

[4] Neustria pia pag. 540. Gallia christiana, tom. XI, pag. 931. Trigan, Histoire ecclésiastique de la province de Normandie, tom. III, p. 70. Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur, par M. L. Delisle. pag 42.

[5] Histoire du château de Saint-Sauveur, déjà citée, pag. 55.

[6] Histoire du château de Saint-Sauveur, déjà citée, pag. 59.

[7] Gallia christiana, tom. XI, pag. 232. Neustria pia, pag. 541. Histoire du château de Saint-Sauveur, pag. 70.

[8] Même histoire, pag. 73.

[9] Même histoire, pag. 80.

[10] Histoire du château des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, par M. Léopold Delisle, p. 81, aux pièces justificatives. Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. V, pag. 195.

[11] Algare est mentionné comme évêque de Coutances, en 1132, et il mourut le 7 novembre 1150 ou 1151.

[12] Trigan, tom. IV, pag. 302.

[13] Lecanu, Hist. des évêques de Coutances, pag. 505.

[14] Trigan, tome IV, pag. 301.

[15] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tome V, pag.313.

[16] Histoire de Saint-Sauveur, ci-devant citée, pag. 60 des pièces justificatives.

[17] On trouve à Bricquebost un village nommé Salmonville.

[18] Gallia christiana, tom. XI, pag. 923.

[19] Commune de l’arrondissement de Saint-Lo.

[20] Ces arbitres furent Vivien, évêque de Coutances, Pierre Ier, abbé de Blanchelande, et Guillaume 1er, abbé de Montebourg.

[21] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XVI. pag. 152, N° 701.

[22] Histoire du château des sires de Saint-Sauveur, par M. L. Delisle, pag. 88. Gallia christiana, tom. XI.

[23] Mémoire sur les baillis du Cotentin et Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XIX, page 84.

[24] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XIX.

[25] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XV.

[26] Gallia christiana, tom. XI, pag. 924.

[27] Gallia christiana, ton XI, pag. 925.

[28] Lecanu, Histoire des évêques de Coutances, page 273.

[29] Gallia christiana, tom. XI, pag. 925.

[30] Gallia christiana, tom. XI, pag. 926.

[31] Expilly, Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. II, pag. 54. Dumoulin, t. III, p. 236.

[32] Annuaire du département de la Manche, année 1867, pag. 41.

[33] Henri II monta sur le trône d’Angleterre en 1154, et mourut en 1189.

[34] Mémoires de la Société du Antiquaires de Normandie, tom. XXII, pag. 177.

[35] C’était le droit qu’on payait avant d’entrer en possession d’un bénéfice.

[36] Dumoulin, Géographie ou description générale de la France, tom. III, pag. 236.

[37] Gerville, Etudes historiques sur le département de la Manche, pag. 113.

[38] Annuaire de la Manche, année 1859, page 94.

[39] Après ce qu’ont écrit sur le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, M. de Gerville, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. 1er, pag. 279, et M. Léopold Delisle, dans son Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, nous n’avons qu’une courte notice à présenter.

[40] Chronique de Normandie, Dumoulin, Histoire générale de Normandie, livre VII.

[41] Delarue, Essais historiques sur la ville de Caen, tome II, pag. 394.

[42] Dumoulin, Histoire générale de Normandie, pag. 88.

[43] Dumoulin, Histoire générale de Normandie, pag. 43 et 48.

[44] Laroque, Histoire de la maison des Harcourt.

[45] Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. 1er, pag. 290.

[46] Lieu célèbre par le traité de paix conclu en 1360, sous le règne de Jean-le-Bon, entre la France et l’Angleterre.

[47] Villaret, Histoire de Normandie. Masseville, Histoire de Normandie, tome IV, pag. 230.

[48] Cette bataille fut donnée le 15 avril 1450, et suivie de l’expulsion des anglais de la Normandie. Formigny est dans le canton de Trévières, arrondissement de Bayeux.

[49] Masseville, Histoire de Normandie, tom. IV, pag. 230.

[50] Caillière, Histoire du maréchal de Matignon, pag 54.

[51] D’Estaintot, la Ligue en Normandie, pag. 26 et 70.

[52] Floquet, Histoire du parlement de Normandie, tom. IV, pag. 54.

[53] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom XVIII.

[54] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tome XVIII, pag. 109, 1ere col.

[55] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XVIII, pag. 121, 2e col.

[56] Voir l’arrêt du Conseil du 18 septembre 1697.

[57] M. L. Delisle en donne le détail dans son histoire précitée, pag. 290.

[58] Masseville, Histoire de Normandie, tom. III, pag. 46.

[59] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XVIII, pag. 220, 1ere col.

[60] Bulletin monumental, publié par M. de Caumont, tom. IV, pag. 99.

[61] M. L. Delisle, dans son histoire précitée, pag. 289.

[62] M. L. Delisle, dans son histoire précitée, pag. 295 et 299.

[63] M. L. Delisle, dans son histoire précitée, pag. 306 et 308.

[64] Annuaire du département de la Manche, année 1850, pag. 547.

[65] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XVIII, pag. 226, 1ere col.

[66] Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, tom. XVIII, pag. 227 et 258.

[67] Voir pour de plus grands détails, Masseville, dans son Etat géographique. Dumoulin, dans sa Géographie ou Description générale du royaume de France et le Journal de Valognes, année 1964. Masseville, Histoire de Normandie.