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Barenton - Notes historiques et archéologiques


NDLR : Texte de 1881 ; voir source en bas de page.




arenton ; en latin Barentonium

Bibliographie

Il existe trois études sur cette commune. La première, publiée par de Gerville, dans ses Châteaux du département de la Manche et de l’arrondissement de Mortain ; [1] elle ne repose absolument sur aucun fait certain et elle ne contient que de très-vagues suppositions. La deuxième donnée par Guilmeth, de Brionne, vers 1842, ne contient que seize pages ; elle s’arrête à l’année 1204 et n’a jamais été achevée. Ce travail renferme des longueurs qui rendent presque toujours insaisissables les faits concernant Barenton. La dernière, composée par nous, a paru dans le premier volume de nos Etrennes Mortainaises de l’année 1854, et elle a, dans un tirage à part, formé le n° 1 de notre composition intitulée Mortainais historique et monumental. Nous saisissons avec empressement l’occasion d’y apporter plusieurs rectifications que nous permettront l’examen de documents découverts par nous postérieurement.

Epoque celtique

Au village de la Roche, à environ 4 kilomètres du bourg de Barenton, sur la route de Barenton au Teilleul, il existe un dolmen, en grès quartzeux, d’une longueur de 3 mètres sur 2 mètres 25 de largeur et 1 mètre 15 de hauteur. Comme tous les monuments de ce genre, il repose sur deux autres pierres qui lui servent d’appui à l’une de ses extrémités. Nous avons signalé ce dolmen depuis vingt-cinq ans au moins, même au Comité des travaux historiques institué au Ministère de l’Instruction publique.

Epoque féodale

Lors de la constitution du comté de Mortain, au Xe siècle, la majeure partie de la vaste paroisse de Barenton, d’une superficie de 3, 800 acres, [2] semble avoir été subdivisée en deux domaines distincts, d’inégale étendue, sous le titre de moitiés de Barenton. La 2eme moitié se trouva incorporée à la baronnie de Thury et de la Motte-Grimbosc, située non loin de Falaise. [3] La Filolaye, ou la 1ere moitié de Barenton, si cette locution est préférée, relevait immédiatement des comtes de Mortain. Il en était de même du de mi-fief de Boussentier et droits de fief de Boussentier, auquel était joint la sergenterie de la Forêt. Ces fiefs principaux étendaient leur juridiction féodale sur quatre autres arrière-fiefs [4] : 1 la 2eme moitié de Barenton, proprement Barenton, qui avait de son côté quelques devoirs envers Thury et Grimbosc ; 2 Boudé ; 3 Louvigny ; 4 enfin, un certain nombre de vavassoreries nobles que nous aurons l’occasion d’énumérer. Mais, avant tout, nous devons signaler en première ligne la sergenterie de Boussentier, dont le chef était rattaché d’une manière particulière à Barenton, et avec lui la forêt entière de Lande-Pourrie.

Sergenterie de Boussentier [5]

Le vaste comté de Mortain comprenait sept sergenteries : la sergenterie de Boussentier, la sergenterie Corbelin, la sergenterie d’Oissey, la sergenterie Martin, la sergenterie de Mortain, la sergenterie Roussel et la sergenterie de Tinchebray. [6]

La sergenterie de Boussentier était, à proprement parler, la sergenterie de la forêt de Lande-Pourrie. Les aveux, c’est-à-dire les soumissions qui en furent passées par ses possesseurs aux divers comtes de Mortain, remontent aux époques ci-après : 6 février 1385, par Jean de Parigny ; charte de Navarre, de 1401, avec le même Jean de Parigny ; 23 juillet 1485, par Jean Herbert alias de Sommeillier, [7] écuyer, à cause de Jeanne de Semilly, sa femme ; [8] 29 avril 1486, [9] et 12 juin 1499 par Robert de Verdun, écuyer ; 10 mai 1527, par Pierre de Verdun ; 16 octobre 1550 et 1565, par Guillaume d’Oissey et Marguerin d’Oissey, écuyers, seigneurs de Boussentier enfin, 6 février 1728, par François de Thoury, seigneur de Boussentier. [10] De plus, il fut rendu le 24 octobre 1613, un arrêt à la table de marbre du Parlement de Paris, entre le cardinal de Joyeuse, tuteur de la jeune comtesse de Mortain, Jacques d’Oissey et Melchior de la Vieuville, seigneurs du Haut et du Bas-Boussentier, au sujet de leurs franchises ci-après énumérées. Enfin, vers 1729 ou 1730, la suppression de la sergenterie de la Forêt fut effectuée au profit du duc d’Orléans. Le Conseil du prince, en séance tenue au Palais-Royal, à Paris, avait émis un avis favorable à cette opération, moyennant 40 livres de rente annuelle à constituer au sieur de Thoury, seigneur de Roulours. Avant la mise à exécution de ce projet, Jacques de Thoury dut, le 6 février 1728, rendre un dernier acte de foi et d’hommage, afin de constater d’une manière parfaitement fixe les droits et les devoirs qu’il transmettait ainsi au duc d’Orléans. [11]

Quant à ces droits, à ces charges et aux franchises y attachées, nous pouvons les indiquer puisque la plupart des actes que nous venons d’énumérer nous ont été intégralement conservés. Sauf quelques expressions, ce sont toujours les mêmes du XIVe au XVIIe siècles. Ainsi, Jean de Parigny déclarait le 6 février 1385 qu’il prélevait sur le domaine de Mortain 27l. 10s. tournois de rente annuelle, aux deux échiquiers de Pâques et de Saint-Michel ; qu’il pouvait avoir tous ses porcs francs ès panages de la forêt ; qu’il avait également toutes franchises pour ses bêtes ès herbages ; qu’il prenait bois pour ardoir et aménager, sans payer ; qu’il percevait un obole sur chaque pied de bois marqué à coup de martel et sur chaque souche ; que de même il recevait un obole tournois à Noël de chaque coutumier héritant [12] ou exerçant en la verderie de la Forêt ; et, enfin, qu’on lui devait cinq deniers et un obole à chaque pleds.

Mais là ne se bornaient pas les privilèges du possesseur de la sergenterie de Boussentier ; il prélevait, en outre, la moitié de la dextre épaule de chaque cerf pris en la forêt et il devait dîner aux dépens du roi, toutes les fois que l’on taxait les exploits et les amendes ; il fauchait aussi les herbes un jour après le roi, ès landes fauchables en la forêt.

En retour, il devait servir à cheval, avec un valet, en la même forêt et aider à prendre les malfaiteurs ; c’était donc à lui de remplir le rôle d’homme d’armes et d’officier pour la police, portant arcs et flèches, [13] afin d’appréhender les criminels et les délinquants.

De cette même sergenterie dépendait encore le moulin fouleur à draps, [14] établi sur les rives de la Cance, dans la vallée et sous les murs du château de Mortain, qui avait été pris en fief-ferme du roi par aucun des prédécesseurs de Jeanne de Semilly. Il en devait hommage et le service de 40 livres tournois de rente annuelle mais, pour aménager, réparer et tenir ce moulin en état, il prenait dans la forêt tous bois par mère et livrée, quant métier est. [15] En l’année 1621, un mandement d’opposition de la part de l’abbé de Savigny, de la prieure de l’Abbaye-Blanche et du grand doyen de Mortain fut décrété contre Jacques d’Oissey, seigneur de Boussentier, pour l’empêcher de transformer en moulin à blé le moulin fouleur de Mortain. [16]

Nous croyons de voir classer ici, sous la dénomination de la sergenterie de Boussentier et de la forêt de Lande-Pourrie, divers faits historiques qui se rattachent à son immense étendue de territoire.

D’après un état sommaire des affaires du duc de Montpensier, dressé en 1570, cette forêt était alors fort belle et elle pouvait valoir à vendre le bois cent mille écus ; mais elle était toute ruinée par la faute des officiers. De plus, les taverniers et les boulangers de Mortain, du Rocher et du Neufbourg y avaient causé des dégâts considérables et mis tout au pillage. Enfin, un million de charbonniers s’y était abattu et installé. Le prince donna des ordres très-sévères pour leur expulsion immédiate. Ce chiffre de un million nous parait extraordinaire ; nous eussions plutôt admis celui de un millier, et encore mille charbonniers, c’eût été beaucoup.

Au milieu du XIVe siècle, l’ombre des grands arbres de cette forêt avait abrité et dissimulé les premiers conciliabules d’une vaste conjuration qui fut le premier germe de la guerre de cent ans. Godefroi de Harcourt, qui en fut le promoteur, en recherchant la satisfaction d’une vengeance personnelle et d’une rancune privée, amena deux fois les Anglais en Normandie et provoqua pour la France des désastres, dont les traces en parurent cent ans après. Vers l’année 1342, ses amis, Jean sire de la Roche Taison, Guillaume Bacon et Richard de Percy se mirent à la tête des conspirateurs, et ils tinrent leurs premières réunions dans une grande chasse de bêtes fauves, à laquelle Godefroi de Harcourt les avait conviés dans la forêt de Lande-Pourrie, près Mortain ; puis ils arrêtèrent définitivement dans la ville de Saint-Lo les bases de leur association. Plus tard, ces trois gentilshommes poursuivis pour crime de lèse-majesté, comparurent le 31 mars 1344 en cour de justice, assemblée dans le château de Saint-Christophe en Halate, et ils furent condamnés au dernier supplice. La séance était présidée par le roi en personne. Le 3 avril, veille de Pâques, ils furent traînés depuis le Châtelet jusqu’à l’échafaud, dressé à Paris, aux halles, près de la fontaine, et décapités par le bourreau. Après l’exécution, les corps furent pendus au gibet de Montfaucon et leurs têtes envoyées à Saint-Lo, pour y être exposées sur une roue en plein marché. Ainsi l’avait ordonné la sentence, afin que la ville dans laquelle le complot avait été ourdi fût témoin du châtiment des coupables. [17]

Pour Raoul de Bigars, gouverneur du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, au nom de Godefroi de Harcourt, il fit valoir devant ses juges les circonstances atténuantes. Il avait bien assisté aux conciliabules de la forêt de Lande-Pourrie mais il n’avait pas entendu les propos séditieux tenus par les chefs du complot. Ses excuses furent agréées. Godefroi de Harcourt, de son côté, fut condamné au bannissement et ses biens furent confisqués. Raoul Patri, chevalier, et Pierre de Préaux, écuyer, subirent la même peine. [18]

A trois siècles de distance, pendant les premières années de la régence de Marie de Médicis, cette même forêt de Lande-Pourrie fut témoin d’une nouvelle rébellion. Les détails ne nous en sont connus que par un procès-verbal d’information dressé le 16 janvier 1614, par le grand-maître des eaux et forêts du comté de Mortain, pour le fait de port d’armes en la forêt et rébellion par Charles de Fréval, sieur du Rozel. Le 18 janvier susdit, ce magistrat procéda à l’interrogatoire de nombreux témoins, et le même jour une sentence fut rendue par la Chambre du Conseil à Mortain, qui ordonna que Charles de Fréval serait appréhendé par corps et constitué prisonnier aux prisons de Mortain ; il était en fuite. [19]

Les fiefs de Barenton

La distinction des deux moitiés de Barenton a jusqu’ici été assez difficile à saisir. Tous les chroniqueurs les ont constamment confondues et ils se sont livrés à mille efforts d’imagination. Pour nous, laissant de côté même les listes apocryphes des conquérants de l’Angleterre qui veulent voir un sire de Barenton parmi les compagnons de Guillaume, nous ne hasarderons rien ; nous ne livrerons quoique ce soit aux suppositions et nous ne parlerons qu’avec l’appui des pièces authentiques. Nous rejetterons aussi sans merci nos précédentes allégations si nous n’en trouvons pas aujourd’hui les véritables justifications. Les erreurs sont d’autant plus faciles à commettre pour Barenton, que, sauf quelques exceptions, on ne trouve à peu près aucun document écrit avant le XIVe siècle, et que, pendant tout le XVIIIe, les deux moitiés de Barenton ont été réunies aux mains d’une seule famille ; celle de Verdun, qui a semblé favoriser de nombreuses confusions, et qui, dans plusieurs mémoires que nous avons retrouvés, a elle-même modifié quelquefois la vérité des faits.

La Filolaye ou 1ere moitié de Barenton

La grande portion de Barenton formait un quart de fief de haubert, c’est-à-dire de baron. Il avait une étendue de 899 acres de territoire et il était deux fois plus vaste que le 2e fief de Barenton. Le village de la Filolaye en était le chef-lieu ; il lui donnait son nom. Il en dépendait autrefois un château et une chapelle, sous l’invocation de saint Louis ; parfois même on désignait ce fief sous ce dernier titre. Tombés en ruines dès le commencement du XVIIe siècle, ces édifices furent remplacés par une belle maison avec grand jardin, situés probablement sur leur emplacement, au centre du bourg de Barenton, à gauche et à l’extrémité de la place qui se trouve en avant de l’église paroissiale à l’entrée de la rue qui conduit à Montéglise.

Quant au domaine proprement dit de la Filolaye, ou Filiolaye, ses abornements étaient : à l’orient, le ruisseau défluant de l’Anerie à la Bouteillerie ; au midi, la Feinière ; au couchant, le chemin de la Croix-Ressent au pont Saint-Louis, et le chemin de la Lamerie à la Brazardière. Il payait 30 sous 3 deniers de rente d’aide à vicomte Cette rente devait être portée chaque année à Mortain par un prévôt, comme tenant de l’aînesse de la Prévotière. Il remplissait aussi l’office de sergent pour recueillir les rentes de la Filolaye. De plus, il était obligé à se présenter à trois jours de chaque semaine, au manoir seigneurial, pour y recevoir les charges et commandements ; à aller quérir viande et poisson tous les samedis à deux lieues de distance et à faire mettre dans l’âtre le tison de Noël. Chaque, année encore, il présentait au nom du gentilhomme, son maître, à l’église, le jour du sacre, un chapel de roses pour le Saint-Sacrement.

Tout nous porte à penser qu’une famille qui posséda ce fief, prit le nom de Barenton. Wautier de Barenton est, en effet, mentionné dans les roles de l’Echiquier de Normandie, aux comptes rendus pour l’année 1180 par Nigel. Quelques années après, Gervais de Barenton est témoin avec Henri de la Motte, Pierre de Lapenty et Henri du Bailleul, à une charte d’environ l’an 1200, donnée par Onfroi du Bailleul pour le monastère de Moutons. Mais nous ne connaissons que ces deux personnages de cette maison. C’est seulement en 1399, le 6 septembre, que nous trouvons le nom d’une nouvelle famille qui en a la propriété.

Ce jour-là, Jean Dorenge, écuyer, en rend aveu du chef de Jeanne de Chasseguey, sa femme. La Filolaye rapportait alors 34 livres 10 sous au roi, comme comte de Mortain. Ce fief était d’un revenu total de 80 livres. Peu après, lors de la donation de ce même comté à Pierre de Navarre, en 1401, Jean Dorenge et Jeanne de Chasseguey le détenaient encore. Plus tard, Jean Dorenge fit saisir sur Raoul Girard le 2eme fief de Barenton, faute d’hommage et de compte de ses devoirs seigneuriaux. Puis il donna main-levée de cette saisie devant Richard Gervais, tabellion à Avranches, le 1er mai 1414. Par un second acte du mois de décembre de la même année, passé le mardi après la Sainte-Luce, devant Jean Lapièce, tabellion juré, à Avranches, Raoul Girard prit l’engagement de payer 8 livres de rente jusqu’à la première vacation de la cure de Barenton. Peut-être la Filolaye avait-elle été donnée par le roi Philippe-Auguste à Alain de Chasseguay, lors de la confiscation de la Normandie sur Jean-sans-Terre Toujours est-il que ce gentilhomme fut au nombre de ceux qui lui firent foi et hommage pour les fiefs qu’ils possédaient. Bientôt après il était témoin à une charte de Robert de Cuves pour le prieuré de Moutons. Enfin, l’inventaire de Savigny relate une charte d’Alain de Chasseguey, chevalier, de l’an 1238, par laquelle il donne aux moines 2 sous de rente, sur une masure sise à Chasseguey. Messire Nicole de Chasseguey vivait l’an 1350.

Jeanne, sa fille unique, qui fut son héritière, la même que nous venons de citer plus haut, était dame de Chasseguey, de Barenton, du Mesnilard, de la Paturlière, du Bailleul, de Montenay, etc. Elle épousa en premier mariage messire Jean Carbonnel, chevalier, qui vivait avec elle aux années 1386, 1393 et 1394 ; leurs enfants possédèrent Chasseguey. Jean Carbonnel et sa femme soutinrent un procès considérable au sujet du patronage de l’église paroissiale de Barenton. La cause fut portée à l’Echiquier de Normandie, aux assises de Pâques de l’année 1386. Ils y figurent comme possesseurs du fief de la Filolaye, et Louis de Brosse et Marie de Harcourt, comme possédant le 2eme fief de Barenton. [20] De son 2e mariage avec Jean Dorenge, chevalier, Jeanne de Chasseguey n’eut qu’une fille, aussi nommée Jeanne, qui fut mariée à Nicolas de Tréhal. Celle-là posséda la Filolaye, en 1458 et 1470, après Charlotte Carbonnel, sa sœur utérine, épouse de Jean d’Argouges, seigneur de Gratot, qui vivait en 1443. [21] Jean de Tréhal, écuyer, seigneur de Laventure, et ses frères, vendirent Barenton aux trois frères Juhé, savoir Jean, Roger et Richard, par contrat passé à Rennes, le 3 août 1478, moyennant le prix de 1640 livres tournois. Ces Tréhal étaient originaires de Bretagne. Un seigneur de Tréhal figurait au nombre des bannerets et des chevaliers appelés aux Etats de cette province assemblés à Vannes, par le duc François II, en 1462. [22] D’après un procès-verbal dressé plus tard à Barenton, les armoiries de cette famille de Tréhal étaient peintes à la vitre placée derrière le maître-autel de l’église paroissiale de Barenton. Elles étaient de gueules à 3 trèfles d’argent, posés 2 et 1. [23]

Des frères Juhé, deux étaient prêtres. L’un, Jean Juhé, chanoine de la collégiale de Mortain était, en outre, curé de Chérencé-le-Roussel ; l’autre, Richard, aussi chanoine à Mortain, tenait la cure de Coulouvray. Quant à Roger, il mourut en 1508. [24]. Il semble avoir hérité de ses deux frères et tenu seul la Filolaye, à l’occasion de laquelle il fut, en 1500 et 1501, dans la nécessité de contraindre Florentin Girard, seigneur de la 2e moitié de Barenton à remettre ses titres pour les soumissions de son fief. [25] L’année suivante (1502) il eut un procès avec le même seigneur pour le paiement de 8 livres de rente, dues au premier fief de Barenton comme récompense du patronage de l’église, abandonné par lui. Un arrêt fut rendu dans cette circonstance, le 6 juin 1502, qui confirma la sentence de l’année 1386, citée précédemment et qui maintint au profit de la 2e moitié de Barenton la qualité de patron-présentateur de l’église paroissiale de Notre-Dame de Barenton, qui lui avait été attribuée par suite de transaction. [26] Les armoiries de Juhé figuraient encore à la vitre du principal autel de cette même église. Elles étaient d’argent au chevron de gueules, accompagné de 3 étoiles de même, posées 2 et 1. [27]

Roger Juhé laissa pour son héritier, Jean de Verdun, son petit-fils de la famille, bien certainement, de Robert de Verdun, écuyer, qui, le 13 juin 1499, avait rendu aveu de la sergenterie de Boussentier, et de Pierre de Verdun, écuyer, seigneur de Boussentier, qui rendit aussi aveu de son fief de Boussentier et de la même sergenterie de la Forêt, dite de Boussentier, y annexée, le 10 mai 1527. [28] En 1509, Jean de Verdun, écuyer, seigneur en partie de Barenton, eut un nouveau procès pour la présentation à la cure de Barenton, contre Florentin Girard, seigneur de l’autre partie de Barenton. Il s’en suivit une transaction datée de 1516. Il souscrivit à la vérification de l’aveu de Robert Fouquet, l’an 1518, pour le fief de Celland et il dut mourir en 1521. Sa veuve, Perrette d’Oissey, fit inventaire en 1523, en qualité de tutrice de leurs enfants mineurs. [29] Un grand nombre d’actes et d’aveux portent les noms de Marin de Verdun, écuyer, de 1531 à 1558 et de Jean de Verdun, de 1558 à 1610. Marin de Verdun présenta à la cure de Barenton, l’an 1557 et Jean de Verdun, seigneur de Dorière et de Barenton, vendit, avec droit de réméré, son fief de Barenton, l’an 1574, à Marguerin Poret, écuyer, seigneur de la Masure. Il le lui retira ensuite, en 1578, aux conditions de leur précédent contrat. [30] Marguerite de Verdun, fille unique de François de Verdun, porta en 1614 Dorière et Barenton dans la maison Avenel, par son mariage avec Claude Avenel, écuyer, seigneur d’Avalis et des Touches. Une fille, également unique, Louise Avenel, transmit à son tour par son mariage, Barenton à Louis de Gouvets, chevalier comte de Clinchamps, chevalier de l’ordre du roi. Leur fils, Charles de Gouvets, chevalier, comte de Clinchamps, seigneur de Barenton, n’eut qu’une fille, dont hérita en 1699 Agnès de Gouvets, femme de Charles Le Verrier, chevalier, seigneur de Toville. De nombreuses reconnaissances leur furent faites pour les droits et devoirs de la Filolaye. Leur petit-fils, François Le Verrier, écuyer, seigneur de Toville, Saint-Pierre-de-Lousse, Saint-Maurice, Sartilly et autres lieux, la vendit à Charles-François de Verdun, écuyer, seigneur de Passais, par acte du 16 décembre 1714. [31] Celui-ci se plut à joindre ce domaine à celui qu’il possédait déjà aux alentours de son château de Passais, construit sur la lisière de la forêt et qui avait été édifié en juin 1610, comme l’indique une inscription placée au-dessus de la porte d’entrée. Dans la salle d’honneur du manoir, qui n’a rien de particulier comme style, on remarque une galerie de 22 portraits des philosophes de l’antiquité, Pythagore, Aristote, Diogène, Platon, etc., ainsi que plusieurs panneaux représentant des sujets mythologiques, la métamorphose d’Actéon en cerf, et Pâris remettant à Vénus la pomme de discorde. Ce sont des œuvres d’un peintre mortainais, Jolivet, qui travaillait en 1741. [32]. Par le fait, Passais fut ainsi substitué à la Filolaye, qui devait être déjà en ruines. Les populations s’accoutumèrent d’autant plus facilement à cette transformation, que plus tard le 2e fief de Barenton vient à son tour dans les mêmes mains des de Verdun.

2eme moitié de Barenton : Barenton

C’était encore un quart de fief de haubert. Il relevait immédiatement du fief de la Filolaye, et médiatement, c’est-à-dire en arrière-fief du comté de Mortain. Cette soumission directe du 2e fief de Barenton envers le premier n’avait jamais été contestée ; seulement les seigneurs de Thury et de la Motte-Grimbosc, représentés plus tard par les ducs de Harcourt, élevèrent souvent des prétentions contraires, dont ils furent déboutés à diverses reprises. Il est vrai cependant qu’ils pouvaient avoir des droits particuliers et spéciaux sur ce dernier fief de Barenton, qui avait autrefois été annexé à Thury même pendant plusieurs siècles. Ce domaine était d’une contenance de 366 acres. Comme la Filolaye, il payait 30 sous d’aide au comté de Mortain, et le titre de patron présentateur de l’église paroissiale de Barenton lui avait été attribué en partage. Les vavassoreries nobles du Bignent et de la Bouteillerie, de même que Boudé, en relevaient féodalement.

Incontestablement, il avait été longtemps uni et incorporé pendant les XIe, XIIe et XIIIe siècles au domaine de Thury, autrement à la baronnie de Grimbosc et de la Motte-Cenis. Il avait été ainsi à l’illustre famille de Tesson, confondue dans celle des Crespin et des Tournebus. L’héritière de Guy de Tournebus et de Jeanne Crespin, qui épousa Guillaume de Braye, lui apporta Barenton en dot. [33] Leur mariage remontait à une date antérieure à 1272. Cette année-là, Guy de Tournebus et Guillaume de Braye, figurent comme ayant des droits indivis sur un fief entier de haubert. [34] Ils sont dans un rôle de la chambre des comptes entre les chevaliers du bailliage du Cotentin qui furent cités pour se rendre à l’armée. Depuis ce temps, les seigneurs de Braye ont possédé pendant près de deux cents ans Barenton, qui avait été démembré de Thury. [35] Il resta dans cette famille jusqu’à Blanche de Braye, femme de Guillaume de Harcourt, seigneur de la Ferté-Imbaut. [36]

Le dernier des de Braye est messire Guillaume de Braye, chevalier banneret, seigneur de Braye, de Cervon, Barenton, etc., qui servait le roi en l’année 1383. Il y a des actes de cette époque dans lesquels il figure. Mais l’aveu de Guy de Semilly, daté de 1394, parle de lui comme n’existant plus : la terre qui fut Guillaume de Braye, ès paroisses de Vengeons et Coulouvray. Sa fille, Blanche, fut son héritière. Elle était qualifiée des titres de dame de Braye, Cervon, Barenton, Vesins, Coulouvray, Pontécoulant, la Chapelle-Augebault, Vassy, Appeville, car on lui donne tous ces noms. [37] Blanche fut la première femme de Guillaume de Harcourt, troisième fils de Jean et d’Isabeau de Parthenay. Ce Guillaume de Harcourt, vers l’année 1386, épousa en deuxième noce, Isabelle, vicomtesse de Thouars. A sa mort, en 1400, il ne laissa que trois filles pour lui succéder. 1 Jeanne ; 2 Marie ; 3 Marguerite. Les deux premières s’allièrent à de très-illustres familles et possédèrent Barenton en parage, c’est-à-dire indivisément, avec des droits absolument égaux et comme partage de filles restées en communauté. Ce sont les termes de la charte de Pierre de Navarre, qui est la grande charte du comté de Mortain. [38]

L’aînée d’entre elles, Jeanne de Harcourt, fut femme de Hue de Montmorency, seigneur de Beausault. La cadette, Marie, épousa en premières noces, avant 1386, Louis de Brosse, seigneur de Saint-Sever et de Boussac, qui mourut le 8 août 1398, au retour d’un voyage de Barbarie, qu’il avait fait avec Louis de Bourbon. Nous nous rappelons qu’il soutint contre Jean Carbonnel, seigneur de la Filolaye, un procès au sujet du patronage de l’église de Barenton. En deuxième mariage, Marie de Harcourt se maria avec Colard ou Nicolas d’Estouteville, seigneur de Torcy, chambellan du roi et grand maître des arbalétriers de France. Il fut avec l’évêque de Lisieux et l’abbé de Fécamp, ses frères, le fondateur du collège de Lisieux à Paris. En qualité de suzerains, ils consentirent, en 1399, à l’érection de Boudé en un 8e de fief. [39] Marie de Harcourt étant morte sans enfants, sa sœur Jeanne, mariée à Hue de Montmorency, hérita d’elle et posséda Barenton, qu’elle vendit le 26 février 1412 à Raoul Girard, originaire de Gorron, au diocèse du Mans. De basse condition, ce dernier avait fait fortune dans le commerce et comme riche marchand. Devenu seigneur de Barenton, il obtint du roi des lettres de noblesse. [40] Dès le 28 janvier 1413, Raoul Girard rendit aveu de son acquisition au seigneur de Tournebus, baron de Grimbosc, qui transigea l’année suivante, le mercredi après la Sainte-Luce, avec Jean Dorenge et Jeanne de Chasseguey, sa femme, possesseurs du fief de la Filolaye sur le patronage de Barenton. [41]. Mais c’était à tort qu’il avait passé des soumissions à Thury, puisque son fief relevait directement et immédiatement de la première moitié de Barenton ; aussi fut-il dans la nécessité de se rendre à l’évidence et de lui faire des aveux réguliers les 15 septembre 1414 et 12 décembre 1416. [42] Après Raoul, Jean Girard, son fils fut seigneur de Barenton. A sa mort, en 1451, il laissa des enfants mineurs en la garde de la dame de Tournebus. Noble seigneur messire Florentin Girard, chevalier, seigneur de Fraizé et de Barenton, châtelain de Brou, vivait en 1500.
Les rôles de l’Echiquier de cette année disent qu’il eut procès pour le patronage de Barenton contre Charles de Harcourt chevalier, baron de Beaufou, Beuvron et de la Motte-Grimbosc ; il transigea, en 1516, avec Jean de Verdun, écuyer. [43] Le fils de Florentin Girard, nommé Louis, n’eut qu’une fille, nommée Catherine ou Jacqueline qui, en épousant Charles d’O, chevalier, seigneur de Vrigny et de Baillet, chevalier de l’ordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, lui apporta Barenton dans sa dot. Le procès-verbal de visite qui fut rédigé sur le procès des honneurs de Barenton, dit que les armoiries des Girard étaient peintes dans la principale vitre du maître-autel de l’église paroissiale de Barenton, et que cet écusson était de gueules à 3 béliers d’argent, acornés de sinople. [44] Ces armes rappelaient le premier état de Raoul Girard et les richesses qu’il avait amassées dans le commerce des laines. [45] Ceux-ci n’eurent encore que des filles, dont l’une Jeanne d’O devint la femme, en 1606, de Philibert-Emmanuel de Gruel de la Frette, seigneur de Touvois, d’Igny et de la Peltrie. Cette famille d’O étaitil pouvait avoir tous ses porcs francs ès panages de la forêt ; qu celle des sénéchaux héréditaires du comté d’Eu, et maréchaux de Normandie. Claude, leur fils, n’ayant pas eu d’enfants, fit avancement de sa succession à sa propre sœur madame de Thiboutot, ou à la fille de cette dame, épouse de messire Louis d’Anzeray, écuyer, seigneur de Durcet. De leurs deux fils, l’un fut seigneur de Barenton ; l’autre, fut pourvu de la cure de Barenton, la plus grande et la plus riche paroisse du diocèse d’Avranches, dont son propre frère était le présentateur et avait le patronage. Une clameur normande, c’est-à-dire un droit inscrit dans le vieux code coutumier de la province de Normandie autorisa les de Verdun à revendiquer plus tard ce fief ou 2e moitié de Barenton, et ces nouveaux propriétaires reconstituèrent ainsi par voie judiciaire le fief de Barenton dans son intégralité et le remirent dans une main unique, de même qu’il avait dû être à l’origine. [46]

En vendant la 2e moitié de Barenton, le 26 février 1412, à Raoul Girard, Hue de Montmorency et Jeanne de Harcourt, derniers descendants des barons de Thury, avaient réservé très-certainement la mouvance féodale de leur ancien fief au profit de la baronnie de la Motte-Grimbosc. Cette mouvance amena plus tard, en 1772 et 1780, un grave différend entre le duc d’Orléans, alors comte de Mortain, et le duc de Harcourt, propriétaire de Thury-Harcourt. [47] Une transaction mit fin à ce débat et les pièces très-nombreuses de ce grand procès, dont nous avons pu consulter la majeure partie, nous ont permis d’entrer dans les détails très-circonstanciés qui précèdent.

En 1789, à la veille de la convocation des Etats généraux, en trouva à Barenton, parmi les membres de la noblesse du bailliage secondaire de Mortain : 1° Charles-René de Verdun, chevalier, seigneur présentateur de Barenton, ancien officier de dragons de Montéclair ; 2° Charles-Louis, chevalier de Verdun, seigneur de la vavassorerie du Bignent et de Barenton, ancien lieutenant au régiment d’Angoumois ; 3° et Jacques-Alexandre de Thoury, seigneur de Boussentier, baron des Feugettes. [48]

Barenton a conservé quelques témoignages du haut intérêt que lui portèrent les divers détenteurs de ces deux grands domaines.

En 1634, Louis de Gouvets fit ouvrir en ligne droite la grande rue qui va de l’église paroissiale à la chapelle de Montéglise. Cette rue avait 24 pieds de largeur sur 1320 toises de longueur. [49] Quelques années plus tôt, au mois de juin 1614, Philibert-Emmanuel de Gruel, mari de Jeanne d’O, dame de la 2e moitié de Barenton, obtint des lettres-patentes royales, portant établissement d’un marché à Barenton, le lundi de chaque semaine, et de deux foires annuelles, au même bourg, la 1ere, le lundi de la Passion ; la 2eme, le 31 août. [50] Stimulé par cet exemple, Louis de Gouvets, baron de Clinchamps, détenteur de la Filolaye (1ere moitié de Barenton), intercéda également auprès du roi Louis XIII et obtint, lui aussi, en juin 1638, des lettres-patentes qui autorisaient l’installation d’un second marché à Barenton, le vendredi de chaque semaine et de deux nouvelles foires annuelles, l’une, le 3 février, (la Chandeleur) l’autre, le 9 septembre (l’Angevine). Odet de Harcourt, marquis de Thury, fit en vain obstacle à l’entérinement de ces actes. Le Parlement de Paris, sans s’arrêter aux moyens erronés présentés par lui, mit, suivant sentence du 29 août 1689, ses oppositions à néant. [51] D’une légitime rivalité et d’un véritable assaut de courtoisie, né entre les deux moitiés de Barenton, il résultait, on le voit, des avantages dont profitaient et dont jouissent encore les populations de cette contrée.

Ces dernières lettres royales nous ont été conservées, et comme les pièces de ce genre sont fort rares, nous croyons pouvoir les publier ici ; [52] nous ne ferons jamais, du reste, abus des pièces justificatives que nous connaissons en très-grand nombre.

C’est, sans doute, aux mêmes personnages et plus probablement aux seigneurs de la Filolaye, puisque les détenteurs de la 2e moitié de Barenton n’avaient que le droit de présentation à la cure, que Barenton doit la construction de son église paroissiale, placée sous le vocable de Notre-Dame. Edifiée sans aucun style, elle a trois nefs étroites, indiquées seulement par quelques colonnes simples, courtes et sans caractère architectonique. Son état actuel de détérioration exige une reconstruction entière et complète depuis plusieurs années ; il est question, en effet, d’élever à Barenton une église nouvelle. Un portail en accolade, que surmonte une flèche lézardée par la foudre, porte dans un écusson, soutenu par deux lions, la date 1599. Au-dessus, un 2e écusson renfermait des armoiries qui ont été grattées. La chapelle du midi est de l’année 1639, et sur l’un des contreforts de l’une de ses fautres est l’inscription Ch. Martinet, qui est sans doute le nom du maçon qui l’édifia. Dans le chœur sont deux charmants tableaux, d’un fort bon maître, représentant saint Augustin et saint Charles-Borromée. Au pied des marches de l’autel, une large pierre tumulaire ne laisse plus lire que les mots suivants : ...... Monialium ejusdem loci institutor et fundator. Obiit 23 fébruarii 1703. C’est le tombeau respecté du vénérable Pierre Crestey, un saint prêtre dont les habitants de Barenton recueillent chaque jour encore les bienfaits. Nommé à la cure de Barenton en 1678, Crestey vit accourir auprès de lui cinq cents jeunes gens qui formèrent sous sa direction un collège florissant. Puis, à l’aide de quelques pieuses filles, il édifia un hospice général, renfermant tout à la fois un Hôtel-Dieu pour les malades, un hospice pour les infirmes, un asile pour les vieillards et une maison de providence pour les orphelins. Les bâtiments en furent élevés en 1692. Quelques religieuses de l’ordre de saint Augustin vinrent ensuite y résider. A l’hospice, qu’elles dirigent toujours avec le même zèle infatigable, elles ont même ajouté une salle d’asile pour les enfants du premier âge et une maison d’éducation fort remarquable.

D’un esprit organisateur et essentiellement pratique aux bonnes œuvres, Crestey fut dans cette contrée l’émule des Olier, des Bourdoise et des saint Vincent-de-Paul. Il eut pour successeur, comme directeur de l’hôpital de Barenton, un autre prêtre non moins digne des respects de la postérité, Jean Dubois, le vénérable confesseur du célèbre Huet, évêque d’Avranches. La vie de Crestey a été écrite par Joseph Grandet, curé de Sainte-Croix d’Angers, dont le manuscrit original est conservé à la bibliothèque publique de cette ville. Elle a été imprimée du reste en 1722 en un volume in-12 avec le portrait de Crestey. En 1869, on l’a rééditée à Tours. Quant à la biographie de Dubois, elle n’est qu’en manuscrit et religieusement gardée dans les archives de l’hospice de Barenton. Nous possédons une copie des visites pastorales de Huet, évêque d’Avranches. Ce registre, dont l’original fut longtemps aux mains du docte abbé des Roches, curé-doyen d’Isigny, et qui doit être actuellement aux archives diocésaines de Coutances, a une telle valeur, à raison du prélat sous les yeux duquel il fut rédigé, et des détails très-circonstanciés qu’il renferme sur chacune des paroisses du Mortainais à la fin du XVIIe siècle, que l’on nous pardonnera certainement les nombreux emprunts que nous nous proposons de lui faire. De tels documents ne sauraient se scinder ni subir une analyse. Nous copions donc le texte même auquel la signature plusieurs fois répétée de Pierre-Daniel, évêque d’Avranches, donne le plus grand prix. [53]

D’après ce registre de Mgr Huet, il existait ainsi cinq chapelles rurales dans la paroisse Montéglise, la Hutière, la Siourie, Boussentier et Passais. La liste officielle dressée à l’évêché en 1752 n’en mentionne que quatre qui ne sont plus les mêmes : la chapelle de la Prise-Bizet, fondée en 1699, si l’on ajoute foi à l’inscription placée au-dessus de la porte d’entrée : René Bizet prestre m’a fait bâtir en 1699. A la fenêtre placée au dessus de cette porte, dans l’intérieur, nous avons relevé une deuxième inscription : Portrait à l’âge de 41 ans de Mre René Bizet, prêtre, fondateur de cette chapelle, qui, âgé de 62 ans, mourut le 30 mai 1715 et fut inhumé proche la croix du cimetière de Montéglise. Priez Dieu pour luy. Après luy a esté chapelain Mre Robert Bizet, prêtre, son frère aîné qui est mort le ...jour de... 17... L’image annoncée dans cette inscription a disparu, ou peut-être la fenêtre qui était évidemment destinée à recevoir des vitraux peints, ne les a jamais encadrés. La date 1757 est sur la poutre du plancher du clocher. Cette chapelle jouissait de 400 livres de rentes ; [54] la chapelle de la Hutière, fondée et non desservie ; la chapelle du logis de Boussentier, fondée et non desservie ; et la chapelle de la Siourie, desservie, à laquelle il se faisait beaucoup d’offrandes et se disait un grand nombre de messes de dévotion.

Dans aucune de ces listes on n’indique la chapelle de la Filolaye, sous l’invocation de saint Louis, depuis longtemps déjà détruite. Quant à la chapelle de Montéglise, elle subsiste toujours. Construite sur des assises du XIIIe siècle, elle existait d’après certains actes au XVe, [55] et elle fut réédifiée au XVIe. Elle est fort petite et entourée des restes d’un cimetière fort ancien. Là est là sépulture de plusieurs des membres de la famille de Combray, dont on peut déchiffrer les tombes historiées. On y remarque aussi la pierre tumulaire de Siméon-Jacques-Henri Bonnesœur. Bourginière, ancien député à la Convention nationale, membre du Conseil des anciens, président du tribunal civil de Mortain de 1800 à 1815, député en 1815 est mort en novembre 1844, dans sa maison de Montéglise, toute voisine de cette chapelle.

Fief de Boudé

Le roi Charles VI érigea Boudé en un huitième de fief de haubert, avec cour et usage par lettres-patentes du mois de septembre 1399, au profit de Guillaume de Boudé, écuyer. [56] Précédemment ce n’était qu’une vavassorerie noble, et les lettres royales dont il s’agit ici comprirent sous une seule dénomination féodale Boudé et l’aînesse de la Blaistière. Son domaine fut ainsi d’une étendue de 300 acres, qui comprirent les villages de la Belletière ou Blaistière, de la Bionnière, de Boudé, de Lauvraire, de la Menardière et de la Runière. Boudé relevait immédiatement du 2e fief de Barenton et par celui-ci indirectement ou médiatement de la Filolaye. Il devait 7 sous 6 deniers d’aide au 2e fief de Barenton.

D’après la charte de Navarre, Guillaume de Boudé se trouvait inscrit pour 27l. 18s. de rentes dues au domaine de Mortain. [57] Plus tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, Boudé fut dans la maison du Bailleul, puis, croyons-nous, dans celle de Vaufleury. M. du Bailleul, lieutenant-général au bailliage de Mortain adressa au duc d’Orléans, en 1730, une supplique dans laquelle il exposa qu’André du Bailleul, sieur de Boudé et sa femme, étaient morts en laissant des enfants mineurs. Il demanda, en conséquence, que le prince lui accordât, en qualité de comte de Mortain, la garde noble de ces enfants. Cette requête fut accueillie favorablement. Mais M. de Passais, détenteur du fief de Barenton, dont relevait Boudé, voulut y mettre opposition. Il prétendit que le duc n’avait pas les mêmes droits que le roi, et il présenta à M. d’Argenson, chancelier du duc d’Orléans, une supplique tendant à ce qu’il lui plût déclarer que le fief de Boudé n’était pas compris dans le brevet de la garde noble. Le conseil du prince donna un avis dans ce sens. [58]

L’élévation en un huitième de fief ci-dessus mentionnée pour Boudé s’était opérée du plein consentement de Colard d’Estouteville, seigneur de Torcy, et de Marie de Harcourt, sa femme, ainsi que de celui de Hue de Montmorency et de Jeanne de Harcourt, son épouse. [59]

Fief de Louvigny

De même que la Filolaye, le fief de Louvigny relevait directement du comté de Mortain. [60] Les plus anciens actes le qualifient du titre de vavassorerie ; les plus récents disent que c’était un cinquième de fief de haubert. En 1780, il était aux mains du duc d’Orléans même et il contenait 887 acres de terre, tant à Barenton qu’à Saint-Patrice-du-Teilleul. Il devait 8 sous d’aide à vicomte chaque année, [61] et d’après la charte de Navarre, il rapportait 30 livres au domaine royal. [62]

Le 26 janvier 1404, Jean de Chevrier ; le 10 mars 1491, Jean de Quenelet, écuyer, et Françoise de Gouron, sa femme, fille d’Alain de Gouyon, grand écuyer de France ; [63] le 15 juin 1500, Guillaume de Vauborel, du chef d’Agnès Danguy, sa femme ; le 4 juin 1524, Jean de Vauborel et Robert de Vauborel, écuyers, fils de Guillaume de Vauborel et d’Agnès Danguy ; [64] le 10 janvier 1584, François, Julien et Gilles de Vauborel, seigneurs de Louvigny, en passèrent divers aveux et hommages au roi et aux comtes de Mortain. [65] Ils reconnurent, tour à tour, qu’ils étaient contraints, d’après leurs inféodations à vingt jours de garde à la seconde porte du château de Mortain, en temps de guerre . [66] Ils y avaient manoir, domaine, hommes, hommages et rentes en nature et en deniers. Louvigny n’avait pas de juridiction, mais il étendait son pouvoir sur les masures et aînesses de la Marcheraye, de la Lamière, de la Pouardière, de la Grande-Bouillerie, de la Petite-Bouillerie, de la Hâtivellière, de la Fougère, de la Graffardière, de la Haute-Bigne, des Ruettes, du Chemin, de la Masure-Ribaut, de la Chauvinière, de Besnusson et du moulin de Louvigny. Le fief ou vavassorerie noble de la Pavinière en dépendait encore, puisque le 24 juin 1644, François de Vauborel, écuyer, seigneur de Louvigny, le vendit à messire Louis de Gouvets, baron de Clinchamps et seigneur de Barenton en retenant pour lui et ses enfants seulement le droit de pêche et celui de chasse sur ce domaine, ainsi que le droit de tirer de l’arquebuse sur la dite vavassorerie, pour leur vie durante seulement. Charles-François de Verdun, écuyer, seigneur de Passais, en rendit aveu plus tard, le 16 avril 1728. Dans ce même mois de juin 1644, le 27, le même François de Vauborel, vendit encore au même Louis de Gouvets, baron de Clinchamps, le fief et la vavassorerie noble de la Pouardière, en faisant la retenue de ces mêmes droits de pêche et de chasse. Le 16 avril 1728, Charles-François de Verdun, de Passais, en fit également hommage au duc d’Orléans. [67]

Nous savons que Guillaume de Vauborel, écuyer, seigneur du Haut-Manoir-du-Bois, qui vivait en 1500, avait épousé Agnès ou Agathe Danguy et que ce fut par elle que Louvigny entra dans cette maison. Elle était fille de Robert Danguy, seigneur du Plessis, de Louvigny et du Fief-Libor, qui habitait Heussé et qui avait été condamné par Montfaux, comme usurpateur de noblesse. [68] Mais si nous nous en rapportons à Brussel, Danguy avait dû posséder Louvigny bien peu de temps, s’il est exact qu’en 1491, Jean de Quenelet le possédait du chef de sa femme, Françoise de Gouyon.

Fief du Haut-Boussentier [69]

C’était un demi-fief de haubert, qui valait 115 livres de rente au roi, d’après la charte de Navarre [70] et 3 livres 15 sous de relief, selon le compte de 1519. [71] Les roles de l’Echiquier de Normandie, de 1195, publiés par Stapleton, mentionnent Raoul de Bousentier et le Moine de Bousentier. Le 25 mars 1387 et en 1401, ce fief était à messire Fraslin de Combray, chevalier, qui figure comme l’un des gentilshommes aux ordres de Du Guesclin, dans une montre ou revue de 1371, [72], ainsi que dans les comptes de Jean le Flamend, trésorier des guerres, sous Charles V et Charles VI. Au mois de juillet de l’année 1378, Fraslin de Combray et trois autres écuyers avaient été reçus à Mortain et ils avaient touché 285 livres de solde. [73] Enfin, d’après un aveu rendu par Robert Servain, baron de Saint-Paer (Saint-Pois), le 2 septembre 1394, Fraslin de Combray et Pierre de Ségrie, tous deux chevaliers, tenaient de lui par moitié un fief entier dans la paroisse de Saint-Georges-de-Rouelley. [74]

Le 23 juin 1489, ce fut Jean de Sommillier ou d’Aussonvillier, du chef de Jeanne de Semilly, sa femme, qui passa aveu au roi du fief de Boussentier. Un mois plus tard, il accomplit un acte identique pour la sergenterie de Boussentier, dite de la Forêt. [75] On peut être autorisé à croire que ce fief et cette sergenterie furent longtemps réunis, puisqu’en juin 1516, Charles de Couvran, écuyer, et le 16 octobre 1550, Marguerin d’Oissey, seigneur de Boussentier, renouvelèrent les mêmes soumissions pour le Haut-Boussentier et ensuite en 1565 pour la forêt. [76] Le 6 février 1728, François de Thoury les tenait encore ensemble. [77]

Le Haut-Boussentier dont le chef était assis en Barenton et s’étendait en Saint-Georges-de-Rouelley et pays d’illec environ, [78] avait manoir, chapelle et colombier. [79] Un mémoire, daté de l’année 1622, énumère les excès commis par le sieur de la Vieuville, demeurant en Bretagne, et propriétaire du fief du Haut-Boussentier, contre plusieurs de ses tenanciers, aussi vassaux de la comtesse de Mortain. [80] François de Thoury, seigneur de Boussentier et de Barenton, seigneur et patron de Roullours, que nous avons déjà mentionné à la date de 1728, ou plus probablement son père, qui alors se serait également nommé François, avait été, en 1702, commandant de la noblesse du bailliage de Mortain. [81] Pendant les guerres de la chouannerie, le château de Boussentier fut envahi par les hommes rangés sous les ordres du général de Frotté. Ils s’y installèrent et durent mettre tout au pillage. Nous reviendrons sur ces faits en parlant de l’escarmouche dont le bourg de Ger fut le théâtre.

Fief du Bas-Boussentier

Il valait au roi 51 livres de revenu, selon la charte de Navarre. A cette époque, il était à Jean de Parigny.

Les aveux et hommages qui le concernent sont de 1486, 1516, 1527, 1565 et 1728 ; ils furent faits par Robert de Verdun, Charles de Verdun et Pierre de Verdun ; par Marguerin d’Oissey et François de Thoury. [82] En 1766, M. de Thoury vendit à M. de Mezange, le fief de Boussentier et le moulin du Bois. [83]

le Haut et le Bas-Boussentier contenaient ensemble 160 acres.

Vavassorerie de Boussentier

En outre, il y avait encore une vavassorie du nom de Boussentier. Dans l’ordre et dans la classification féodales, la vavassorerie était d’un degré moindre que le fief. Celle de Boussentier n’avait ni cour, ni usage ; elle était d’une étendue de 160 acres et relevait directement du fief de la Filolaye, tandis que les fiefs du Haut et du Bas-Boussentier rendaient leurs hommages aux comtes de Mortain. Elle comprenait les quatre aînesses de la Gouboudière, de la Lamerie, de la Milonnière et des Poiriers. [84] En 1780, elle appartenait à M. de Thoury.

Vavassorerie du Bignent

Sans cour, ni usage, et d’une contenance de 241 acres, la vavassorerie du Bignent se composait des six aînesses du Grand-Bignent, du Petit-Bignent, de la Canioudière, de La Chapelle, de la Gerouardière, et de La Pierre ; et des trois nuements du Champ-du-Lin, du Champ-Guilmot et du Pescrie. [85] En 1780, elle était au chevalier de Verdun, qui se faisait appeler le chevalier du Bignent et de Barenton et qui figure sous ces noms aux listes des Etats de 1789. [86]

Vavassorerie de la Bouteillerie

D’une étendue de 260 acres et composée des six aînesses de la Bouteillerie, de la Brazardière, de la Fellaye, de la Grande-Laire, de Plancé, et des Touches, elle se trouvait, en 1780, aux mains de M. de Thoury. [87]

Le Tout
De la chapelle de Montéglise et du sommet du coteau sur lequel elle est construite, on aperçoit le Tout ou d’après d’anciens actes le Tour, qui a toutes les formes d’un petit château, très-régulier dans ses constructions et qui remonte aux premières années du dernier siècle. Etait-ce là que se réunissaient jadis les officiers chargés du service de la vénerie et de la surveillance générale de la forêt de la Lande-Pourrie, ainsi que les gentilshommes ayant l’office de la sergenterie de cette même forêt ? Nous l’ignorons, car nous n’avons vu le Tout mentionné que dans la charte de Navarre, et postérieurement nous avons remarqué qu’il n’avait que le rang d’aînesse. En 1625 et en i676, Robert Combray, sieur du Tout, sergent en la forêt de Lande-Pourrie, en passa les aveux à Jacques d’Oissey et à Jacques de Thoury ; le Tout dépendait donc du fief du Haut-Boussentier. [88]

Depuis cette dernière date, nous ne l’avons jamais rencontré au rang des fiefs de Barenton. Il y a vingt ans, il était habité par un homme excellent M. Armand Coquard, représentant, par sa fille, morte en bas âge, de la famille de Combray. Les derniers des Combray ont dû être : en octobre 1679, Jacques Combray, sieur de la Rivière, huissier de la salle de madame la duchesse d’Orléans ; le 18 décembre 1729, il est qualifié du titre d’ancien officier de feue Son Altesse Madame ; il résidait à Barenton ; en 1729, Jacob-François Combray, probablement fils du précédent, officier de la Reine ; [89] en 1785, messire Anne-François-Christophe de Combray, trésorier de France ; enfin Marie-Léonore-Anne de Combray, né le 30 septembre 1776, à Barenton, maire de Barenton, sous le premier Empire et nommé par décrets des 12 août 1806 et de juillet 1812, président de l’assemblée du canton de Barenton, sur les présentations des préfets de la Manche. [90]

Quelques géographes ont donné à tort à Barenton la qualification de ville. [91] Ce n’était qu’un bourg, [92] ainsi que le démontrent nos lettres-patentes de Louis XIII, relatives aux foires et au marché de Barenton, de même que divers actes sérieux et authentiques.

Quant au mot Barenton lui-même, il a défrayé souvent les imaginations des philologues. Quelques-uns ont voulu y trouver une étymologie celtique, d’autres une origine saxonne. M. L’abbé le Canu, [93] nous a paru lui avoir donné un sens beaucoup plus simple et beaucoup plus naturel. D’après cet auteur distingué, le radical Bar, ne serait autre que celui de Bara, de ces Barres ou villages fortifiés qui, dans les premiers siècles de l’existence du château de Mortain en défendaient militairement l’approche. Il remarque, en effet, qu’autour de cette forteresse se trouvaient à une certaine distance la Barre de Sourdeval, la Barre-Laurent, la Haute-Barre, la Barre, de Montfautrel, devenue le village de la Tournerie, tous points de défense placés vers le nord. De très-puissants seigneurs du Cotentin, dont les fiefs étaient dans la mouvance du comté de Mortain devaient entre autres, en temps de guerre, quarante jours de garde à la Barre de Montfautrel. Or, nous avons observé que le seigneur de Louvigny, en Barenton, devait également vingt jours de garde. Il ne serait pas dès lors impossible que dans ce mot Barenton l’on retrouvât cette Barre qui, dans l’origine, devait exister à Louvigny même, à l’est de Mortain. Une nouvelle présomption pourrait encore être tirée de ce que l’une des tours du même château fort, la plus voisine du donjon et située sur l’emplacement de la halle des grains, portait encore le nom de Tour de Barenton. [94] Pour la terminaison finale du mot Barentonium c’est la même que celle de Mortain, Moretonium, et l’expression adoptée dans la basse latinité pour un grand nombre de noms propres. Observons encore que l’une des sergenteries de la vicomté de Domfront portait le nom de sergenterie de Barenton, qu’elle avait pris sans doute du voisinage de notre localité.

D’après la charte de Navarre de 1401, le roi avait à Barenton 23 resséants (résidents) et un bordelier (fermier). Les seigneurs autres que le roi y avaient 123 resséants et un bordelier. [95]

Non loin du bourg de Barenton, dans la forêt de Lande-Pourrie, se trouve la source de la Sélune, qui arrose toute la vallée de Mortain, passe à Saint-Hilaire-du-Harcouët et se jette dans les grèves du Mont-Saint-Michel, sous les murs d’Avranches, après avoir recueilli dans son parcours les eaux de la Friette, de la petite rivière de la Prise-Pilon, de la Cance et de l’Airon.

Un très-ancien chemin, constamment désigné sous le nom de chemin Montois ou Montais et venant de la Haute-Normandie, passait par Barenton ; il suivait à peu près une direction parallèle à celle de la Sélune, traversait la vallée de Mortain et allait s’embrancher, vers le Pointon et Isigny, dans la voie ou chaussée Brunehaud et dans le chemin de Pied-d’Argent, qui sont, d’après les probabilités, d’anciennes voies de la dernière période de la domination romaine dans nos contrées. Il prenait la direction d’Avranches et du Mont-Saint-Michel, vers lequel nos populations se sont constamment dirigées avec ferveur et enthousiasme pendant près de dix siècles. Nous ne pensons pas qu’il fût lui-même une ligne romaine, mais il se confondait vers le Pointon avec la voie de Jublains à Avranches, qui venant du Maine, traversait Fougerolles, Buais, Milly, etc., etc.

Barenton a eu ses illustrations.

Nous ne reviendrons pas sur Crestey. Il ne lui appartient pas par sa naissance, mais sa vie qui s’y est écoulée presque tout entière a donné un véritable lustre à cette localité. Un autre curé de Barenton, l’un de ses prédécesseurs, Nicolas de Montreux, né au Maine, vers l’année 1561, et caché sous le pseudonyme d’Olenix du Mont-Sacré, a publié au commencement du XVIIe siècle de nombreux ouvrages qui eurent un certain retentissement ; ils ne sont guère connus actuellement que des bibliophiles. Plusieurs d’entre eux ont été dédiés par lui à l’abbé de Savigny. [96]

Bornons-nous aussi à citer le nom de Guillaume Postel, parce que sa vie se trouve partout et dans tous les recueils de biographies. Né au village de la Dolerie, le 25 mars 1510, il étonna l’Europe entière par son immense érudition, autant que par ses extravagances. Jamais, dit-on, personne n’a égalé l’ampleur de son savoir.

Une femme singulière, Catherine Théot, naquit également à Barenton, vers 1725. Tous les dictionnaires font également mention de cette visionnaire qui, se prétendant une nouvelle Eve, voulut jouer un rôle de prophétesse à Paris, durant la Terreur et au moment où fut institué par Robespierre le culte de la déesse Raison. Mais le Comité de sûreté générale crut voir dans ses mains les trames d’une conspiration politique ; il la fit enfermer et peu après, elle mourut à la Conciergerie. Dans une époque plus rapprochée, nous pouvons inscrire au nombre des hommes distingués de cette commune, François-André Dary, prêtre, curé de Romagny et chanoine honoraire de Coutances, né à Barenton, le 29 novembre 1768 et mort à Romagny, le 9 juillet 1850. Curé de cette dernière paroisse pendant près de cinquante ans, il a été le fondateur et l’organisateur du petit-séminaire de l’Abbaye-Blanche, qu’il installa dans les bâtiments de cet antique monastère. C’est à lui encore que l’on doit la communauté des religieuses Ursulines de Mortain et la reconstitution de l’hospice de Barenton. L’abbé Dary avait, comme Crestey, l’esprit d’organisation. [97]

Leroux, Louis-Pierre, officier de la Légion d’honneur, chef de bataillon en retraite et longtemps maire de Barenton, était né également à Barenton, le 11 juillet 1769 ; il y est mort le 24 juin 1864. L’Annuaire de la Manche lui a consacré l’un de ses articles biographiques.

Enfin, Bonnesœur, Félix, né à Barenton, le 31 décembre 1789 et décédé à Mortain, le 6 juillet 1862. Avocat et long-temps bâtonnier de l’ordre, il consacra une partie de sa vie à des œuvres d’une généreuse bienfaisance.

Le sol de Barenton a la réputation d’être productif et d’excellente qualité. Nous ne pensons pas cependant que ce soit à la richesse de son rapport que l’on doive attribuer le dicton de la contrée. Avant la Révolution, la cure de Barenton était paraît-il, l’une des plus importantes et l’une des mieux dotées du diocèse d’Avranches. Elle rapportait plus de trois mille livres de revenu à son titulaire, ce qui équivaudrait à environ dix mille francs de notre monnaie actuelle. De là le proverbe populaire appliqué à quelques-uns de ceux qui eussent facilement dissipé un gros revenu :

Cet homme est un mangeard, un gouffre, un vrai glouton,
Il saurait dévorer Saint-Cyr et Barenton
.

Les noms de ces deux localités doivent paraît-il être confondus encore, dans un avenir très-prochain pour la dénomination d’une gare du chemin de fer de la vallée de la Sélune. Cette voie ferrée donnera une très-grande valeur à toute cette belle contrée déjà si privilégiée par la nature.

Source :

Notes

[1] Mémoires des Antiquaires de Normandie, 1826.

[2] Mémoire communiqué par M. Collibeaux, daté de 1781.

[3] De Laroque, histoire de la maison d’Harcourt. Vaultier, recherches historiques sur le Cinglais, pag. 32. De Caumont, stat. mon. du Calvados. Pitard, nobiliaire du comté de Mortain, manuscrit.

[4] Archives de la Manche, A, 805.

[5] note de Alain Aubril : GUERRES DE RELIGION (source : Archives de la Manche, série A, liasse 74.) En 1591, la maison de la Mancellière, alors de Rommilly, tenait pour les Ligueurs ou rebelles avec celles de Juvigny, de la Tavelière à Husson, de Saint-Symphorien, du capitaine Tonnerre, du Jardin, de Grihaudîère, du Mesnil-Tôve, de Coulouvray, de Marcilly et de la Chaise. Le parti du Roi et du duc de Montpensier, comte de Mortain, comprenait les châteaux d’Isigny, d’ancienne construction, le Bois, Chasseguey, Moissey en Saint- Jean-du-Corail, Fontenay, Milly, Boussentier à Barenton, Martigny, La Cocherie à Lapenty, L’Estang au Buais, et les maisons du sieur de la Motte, du sieur de Hautteville, les Genestels au Mesnil-Thébault^ enfin la maison de Saint-Christophe. D’un côté onze, de l’autre quatorze châteaux-forts.

[6] Sommaire du noble, fonds de Failly, aux archives de la Manche.

[7] L’inventaire des archives de la Manche, A, 788, dit Jean d’Ausson-villier. Le dict. des fiefs de Brussel, (archiv.. nationales, PP. 241), dit également Jean d’Aussonvillier.

[8] Elle était très-probablement fille de Jean de Semilly, chevalier, et d’Isabeau de Rochefort, et elle tenait d’eux la sergenterie de Boussentier. Sommaire du noble, aveu de 1489.

[9] Brussel, dict. des fiefs de Normandie, archives nationales, PP. 24, pag. 134.

[10] Sommaire du noble, Mss., tome Ier. Brussel, dict. des fiefs de Normandie, Arch. nat., PP. 24, pag. 134.

[11] Sommaire du noble, Mss, tome 1er.

[12] De chaque homme payant coutume et faisant un héritage.

[13] Quelques aveux disent en 1489 saites ; en 1499, seiete.

[14] le Moulin foulier de Mortain.

[15] Bois marqué, indiqué et transporté suivant les besoins reconnus réellement. Sommaire du noble, Mss., tome 1er

[16] Archives de la Manche, A. 680.

[17] Grandes chroniques, v. 433. Jean le Bel, 11, 21. Froissart, I. 179. Chroniques des premiers Valois, 9. Chronique de Flandre. M. Léopold Delisle, Hist. de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 70-71.

[18] Reg. du Parlement, coté XI, A. 10. Arch. nationales.

[19] Sommaire du noble, registre 15. Anc. archives de Bourberouge, contenant copie des documents qui existaient au Palais royal, à Paris.

[20] Pitard, déjà cité, V. de Brosse.

[21] Pitard, id., V. Chasseguey.

[22] Le Laboureur, Hist. Guébriant. Pitard, nob. V. Tréhal.

[23] Pitard, nobiliaire, Mss. V. Tréhal.

[24] Pitard, procès-verbal cité, V. Juhé.

[25] Sommaire du noble, Mss. des Arch. de la Manche.

[26] Mémoire communiqué par M. Collibeaux.

[27] Procès-verbal cité par Pitard, Nob. V. Juhé.

[28] Pitard, Nobiliaire, Mss., V. Verdun.

[29] Pitard, Nobiliaire, Mss., V. de Verdun et Fouquet.

[30] Pitard, Nobiliaire, Mss., V. Verdun.

[31] Sommaire du noble, Arch. e la Manche, A. 827.

[32] Dans l’église de Juvigny, il y a encore un autre tableau de lui.

[33] Laroque, Hist. de la Maison de Harcourt, tome 2, p. 1632.

[34] Tenent feodum integrum. Laroque, Traité de l’arrière-ban.

[35] Ce fut ce démembrement qui donna lieu plus tard à de nombreuses contestations. Les barons de Thury prétendaient exiger l’hommage de Barenton, qui relevait cependant de la Filolaye, puis en arrière-fief du comté de Mortain. De là des procès interminables entre les comtes de Mortain et les barons de Thury. Ces querelles judiciaires se renouvelèrent presqu’à chaque siècle et jusqu’en 1784, à veille de la Révolution.

[36] Pitard, Nobil., manuscrit, V. de Braye.

[37] Pitard. Nobil., manuscrit, V. de Braye.

[38] Un quart de fief assiz en la paroisse de Barenton, appartenant à messire Allart d’Estouteville et à madame Marie de Harcourt, sa femme, à cause d’elle ; lequel ils tiennent par paraige de messire Hue de Montmorency, chevalier, sieur de Beausault, et de madame Jeanne de Harcourt, sa femme, à cause d’elle et vault icelluy fief de revenu par an, XLV livres tournois III sois ou environ.
Et à cause dudict fief est monsieur de Torcy, patron, et à lui appartient le patronnaige et droict de présenter à l’église paroissiale de Barenton, lequel droict de présenter est compris en la valleur dudict fief
. Mss. des Archives de la Manche. Mss. de la Bibliothèque nationale. Annuaire de la Manche, 1853, p. 77. Mss. de l’hospice de Mortain.

[39] Pitard, Nob., Mss. V. Montmorency. Sommaire du noble.

[40] Archives de la Manche, A., 796.

[41] Pitard, Nob., Mss. V. Girard. Mémoire communiqué.

[42] Sommaire du noble. Actes divers des Archives de la Manche

[43] Pitard, nob., Mss. V. Girard. Mémoire communiqué.

[44] Pitard, Nob., Mss. V. Girard.

[45] Archives de la Manche, A., 798.

[46] Mémoires divers. Archives de la. Manche. Pitard, nobil., V. d’O, Thiboutot et d’Anzoray.

[47] Archives de la Manche. A. 805.

[48] Catalogue des gentilshommes de Normandie par de Laroque et de Barthelmy.

[49] Volume manuscrit communiqué, provenant de la famille de Gouvets.

[50] Sommaire du noble, aux Archives de la Manche.

[51] Volume manuscrit de Gouvets communiqué. Sommaire du noble aux Arch. de la Manche.

[52] NDLR : voir : Revue historique, archéologique et monumentale de l’arrondissement de Mortain, par Hippolyte Sauvage - 1881 (d’où est extrait cet article), page 16.

[53] NDLR : voir : Revue historique, archéologique et monumentale de l’arrondissement de Mortain, par Hippolyte Sauvage - 1881 (d’où est extrait cet article), pages 18 et 19.

[54] M. Lecanu, Hist. du dioc. de Coutances et d’Avranches, 1878.

[55] M. Lecanu, Hist. du dioc. de Coutances et d’Avranches, 1878.

[56] Archives de la Manche, A. 798. Pitard, nobiliaire, V. Boudé.

[57] Charte de Navarre déjà citée.

[58] Archives de la Manche, A. 580.

[59] Pitard, Nob. de Mortain, V. Boudé. Arch. de la Manche.

[60] Sommaire du noble, aux Arch de la Manche. Brussel, dict. des fiefs de Normandie, aux Arch. nationales, PP. 34, f° 450.

[61] Sommaire du noble, aux Arch. de la Manche.

[62] Charte de Navarre, déjà citée.

[63] Brussel, Dict. des fiefs, Arch. nat. PP. 24, f° 450.

[64] Brussel dit Agathe et non pas Agnès comme le Sommaire du noble.

[65] Sommaire du noble, aux Arch. de la Manche.

[66] Archives de la Manche, A. 826, A. 827.

[67] Sommaire du noble, aux Arch. de la Manche.

[68] Pitard, Nob. de Mortain. V. Danguy et Vauborel.

[69] Brussel, dict. des fiefs de Normandie, Mss des Arch. nation., l’appelle aussi Boissentier.

[70] Mss. des Arch. de la Manche. Mss. de la Bib. nationale.

[71] Sommaire du noble, Mss. des Arch. de la Manche.

[72] Pitard, Mss. déjà cité, V. Combray.

[73] Pitard, Nob. Mss. V. Combray.

[74] Pitard, Nob. Mss. de Mortain, V. Combray.

[75] Voir précédemment au § Sergenterie de Boussentier.

[76] Sommaire du noble, Mss. des Arch. de la Manche. Brussel, Mss. des Arch. nationales, f° 127.

[77] Sommaire du noble, Mss. des Arch. de la Manche.

[78] Charte de Navarre, déjà citée.

[79] Sommaire du noble, Mss. des Arch. de la Manche.

[80] Archives de la Manche, A. 517.

[81] Anciennes archives de Mortain, aujourd’hui à Saint-Lo.

[82] Sommaire du noble, déjà cité.

[83] Archives de la Manche. A. 817.

[84] Sommaire du noble, Mss. des Arch. de la Manche.

[85] Sommaire du noble, déjà cité.

[86] Voir précédemment in fine, art. Fief de Barenton.

[87] Anciennes archives de Mortain, à Saint-Lo.

[88] Archives de la Manche. A. 835.

[89] Titres particuliers communiqués.

[90] Rapports originaux autrefois en ma possession.

[91] Masseville, Etat géographique de la Normandie, 1722. – Corneille, Dict. géographique, 1708.

[92] Expilly, Dict. de géographie, 1762, v. Barenton. Vosgien, Dict. de géographie.

[93] Hist. du diocèse de Coutances et d’Avranches, 1878.

[94] Archives de la Manche. A. 661, année 1608. A. 664 année 1619.

[95] Charte de Navarre, Arch. de la Manche. A. 805.

[96] Hauréau, Hist. Littéraire du Maine, 1ere éd. tome 2, p. 421.

[97] H. Sauvage, Rech. hist. sur l’arr. de Mortain.