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Saint-Hilaire - Ancien château


NDLR : Texte de 1828 : Voir source en fin d’article


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e château, situé entre deux rivières, semble avoir été l’extrémité de la chaîne de forteresses destinée à protéger la limite méridionale du Cotentin, contre les incursions des Bretons. Nous avons parcouru cette ligne depuis le Mont-Saint-Michel. Saint-Hilaire, qui nous reste à examiner, parait avoir été beaucoup moins considérable que Pontorson et Saint-James de Beuvron.

L’intervalle qui s’est écoulé depuis la Conquête jusqu’à l’époque où les rois d’Angleterre cessèrent de posséder la Normandie, est le temps où nous avons les matériaux les plus abondants pour l’histoire de Saint-Hilaire et de ses anciens seigneurs. Leur famille alliée à celle des fondateurs de Savigny, figure avec eux très-fréquemment parmi les principaux bienfaiteurs de ce monastère. Les seigneurs de Saint-Hilaire suivirent aussi le parti de ceux de Fougères contre Geoffroy, comte d Anjou, dans les guerres occasionnées par la succession de Henri Ier et dans celles qu’ils eurent ensuite à soutenir contre le roi Henri II. Dans ces guerres, ils eurent plus de revers que de succès ; cependant leur famille fut toujours si nombreuse dans le XIIe siècle, qu’on a peine à se démêler au milieu de la confusion de leurs noms et surnoms.

Le cartulaire de Savigny est rempli de Chartres données ou signées par des seigneurs de Saint-Hilaire. A l’aide de ce registre précieux, on pourrait expliquer assez facilement leurs degrés de parenté, et indiquer comment plusieurs d’entr’eux prirent des noms étrangers à leur famille ; la plupart venaient de quelques paroisses du pays, d’autres tenaient leur origine de défauts naturels ; ainsi, la famille de Malesmains était une branche de celle de Saint-Hilaire. [1]

Étienne de Blois était depuis long-temps comte de Mortain quand il alla en 1135 se faire couronner roi d’Angleterre, au préjudice de Mathilde, fille unique de Henri Ier ; le comté suivit son parti. Geoffroy Plantagenêt, mari de Mathilde, vint avec une armée nombreuse faire valoir ses droits dans le pays de Mortain, en 1137 : il prit de vive force le château du chef-lieu, en traita bien les habitants, et reçut leur serment. [2]

Saint-Hilaire n’était pas aussi facile à réduire. L’historien des comtes d’Anjou représente ce château comme une place très-forte. Le comte d’Anjou ayant posté son armée de manière à empêcher les Bretons de secourir la place, il la pressa ensuite, l’attaqua avec toutes les machines en usage dans les sièges, lui donna un rude assaut et força la garnison à se rendre. [3]

A ce siège il n’est pas parlé du seigneur de Saint-Hilaire. En 1138, il s’appelait Jacques et fit avec sa femme Aveline, à l’abbaye de Savigny, des dotations souscrites par Pierre, son frère. [4]

Ce Jacques n’est pas le premier seigneur de Saint-Hilaire que je trouve dans le cartulaire de Savigny. Harscoit de Saint-Hilaire, en 1112, souscrivit l’acte de fondation de cette abbaye. [5]

C’est probablement lui qui a donné à Saint-Hilaire le surnom de Harcouet. Philippe, son fils, signa cet acte avec lui.

En 1151, 1156 et 1157, Pierre de Saint-Hilaire figure dans le cartulaire avec ses fils Jacques et Hasculph ; un de ses actes est daté in aula mea in castello Sancti Hilarii. [6]

Vers 1173, Hasculph de Saint-Hilaire, ligué avec Raoul de Fougères et beaucoup de seigneurs du comté de Mortain, prit les armes contre Henri II, roi d’Angleterre. Après quelques succès, ils furent battus par les troupes royales et forcés de rentrer dans le château de Dol et de s’y rendre à discrétion. Le seigneur de Saint-Hilaire n’avait même pas pu se retirer dans la tour de Dol ; il fut pris avant les autres et envoyé à Pontorson. [7]

Dans le livre rouge de l’Échiquier, on rencontre de nouveau Hasculph de Saint-Hilaire : « Hasculphus de Sancto Hilario..... » [8]

En 1419 Henri V dépouilla la dame de la Ferrière du château de Saint-Hilaire pour le donner à Guillaume Montquin. [9]

Vers 1149, ce château fut rendu à un La Ferrière ; ses descendants le possédèrent très long-temps.

En 1661, il fut acheté par les ancêtres de M. le comte du Bourgblanc ; celui-ci, quelques années avant la révolution, fit bâtir une habitation dans le goût moderne, qui n’a pas été terminée. [10]

Un examen attentif de l’emplacement de cette maison m’y a fait reconnaître les traces de la motte et des fossés de l’ancienne forteresse que le temps et des travaux de nivellement n’ont pas encore effacées. La rivière passe trop près de l’endroit le plus escarpé pour n’avoir pas fait partie du plan de défense.

Source :

Notes

[1] Chartres C et CI, in episcopatu abrinc., p. XXIX du cartulaire.

[2] Ex Gaufrid vita a Joh. maj. monast. Monacho, rec. de Hist. de Fr., tome XII, p. 552.

[3] Gaufrid. vita, ibidem.

[4] Cart. Saviniac., page XXX.

[5] Ibidem, sub initio, p.1, recto.

[6] Cartular. Saviniac, p. XXX, col. 1, folio XII.

[7] Rob. de monte, rec. des histoires de Fr., tome. XIII.

[8] Traduc. de Ducarel, p. 255.

[9] Rex Henri V, concessit Guillelmo Montquin terras de Sartilleo et de Sancto Hilario. Rolles normands de la tour de Londres, par Carte, p. 312.

[10] Renseignements fournis par L. le comte du Bourgblanc, chez lequel je passai quelques jours en 1819. Ce fut alors que je visitai Saint-Hilaire.