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Communautés juives dans le Cotentin


contribution de Johann RENARD TEMPLIER


Concernant la présence de communautés juives dans le Cotentin, vous pouvez vous référer à l’article de Rémy Villand des Archives Départementales de la Manche, publié en 1982 dans ARCHIVES JUIVES (dix-huitième année), intitulé "Toponymes juifs de la Manche". Rémy Villand dresse la nomenclature des principaux toponymes qui attestent la présence d’Israélites dans le département notamment à Montebourg :

  • Cametours (canton de Cerisy-la-Salle) : une rue aux Juifs.
  • Cerisy-la-Salle : une rue aux Juifs.
  • Cherbourg : au pied de la montagne du Roule, une habitation nommée Jérusalem non loin de la rue des Juifs de Tourlaville.
  • Coutances : un arrêté du Parlement en 1288 permet aux Juifs de s’établir dans la ville ainsi qu’à Lisieux. La rue St-Martin s’appelait jusqu’au XVIe siècle la rue des Juifs. Un Juif de cette ville au XIIIe siècle, Manesser de Coutance, possédait une fiefferme à St-Côme-du-Mont (canton de Carentan) qui conserva son nom jusqu’à la fin de l’Ancien régime.
  • Crasville (canton de Quettehou) : une rue des Juifs. Le port de Barfleur avait une activité commerciale importante au moyen âge.
  • Granville : une rue des Juifs qui dépendait de la baronnie de St-Pair, grand centre commercial et religieux au moyen âge. Cette baronnie appartenait à l’abbaye du Mont Saint-Michel. En 1291, Vincent Tanquerey, bailli du Cotentin, décide que les juifs ne peuvent s’établir à St-Pair. Ils vont donc habiter Granville. En 1445, Charles VII fait de Granville une ville franche, exempte de charges pour tous ses habitants y compris les juifs. Il semble qu’ils soient venus nombreux s’installer dans la rue qui porte toujours leur nom.
  • Hauteville-sur-Mer (canton de Montmartin-sur-Mer) : une pêcherie des juifs attestée dans un acte de vente de 1799. On parle du naufrage d’un navire espagnol transportant des juifs après l’expulsion de 1492 d’Espagne dont les survivants se seraient installés à Hauteville dans la rue de Jéricho.
  • Lessay : Le chemin du Petit-Hotot ou de la Cour ès Juifs traversait le village de Hotot vers Lessay (acte du notariat de Lessay, 1 août 1855 , AD Manche, 5 E 5691). On trouve aussi une rue de Jérusalem à Lessay, attestée en 1431 (place St-Cloud). La grande foire de Lessay au moyen âge et sa puissante abbaye bénédictine explique facilement la présence de Juifs dans cette ville (seuls les juifs pouvaient prêter de l’argent).
  • Le Mesnil-Aubert (canton de Bréhal) : La Juifferie. Composée de deux maisons à l’origine, il n’en reste plus qu’une aujourd’hui.
  • Montebourg : une longue rue des Juifs, l’une des rares rues de Montebourg a ne pas avoir été détruite complètement en 1944. Les Juifs de Montebourg qui pratiquent l’usure, sont protégés au XIIe siècle par l’abbaye de Montebourg. L’inventaire de l’abbaye en 1311 mentionne des patronymes juifs (une famille Maan, un Richard Levi dit Hurteboulenc etc...) qui ont marqué la toponymie locale : Le Clos Man (H 8587), la rue Maan (H 8575). Il serait intéressant d’avoir le texte complet de cet inventaire et des suivants qui sont aux AD de la Manche (H 8554 et passim). Il doit exister des transcriptions. Cela nous donnerait accès aux autres patronymes juifs qui ne sont pas cités dans l’article de R. Villand. D’autant que certains des juifs de Montebourg se sont convertis avant 1394 (dont les Maan) pour échapper au bannissement et ont, semblent-ils, continué à vivre dans leur quartier qui est devenu après 1601 la rue des Juifs. D’autre part, un inventaire mentionne en 1601 qu’un certain Cardin Laisney tenait de l’abbaye de Montebourg des biens dans les rues Maan (vraisemblablement la futur rue des juifs) et du Neufbourg.
  • Montmartin-sur-Mer : une rue des Juifs à proximité du champ de foire. Montmartin, fief de la puissante famille Paynel, possède au moyen âge une foire internationale et un port de commerce à Regnéville. La foire de Montmartin est alors l’une des plus importantes de Normandie (cf. Le Pesant M., "Le commerce maritime de Regnéville au moyen âge", Annales de Normandie, oct. 1958). A cette époque, les foires formaient un vaste réseau de compensation de dettes et certaines maisons de Montmartin étaient réservées au change.
  • Picauville (canton de Ste-Mère-Eglise) : une rue des juifs dans le bourg du Pont-l’Abbé près d’un pont sur l’Ouve navigable. Le roi d’Angleterre Henri II a concédé dans cette paroisse une foire le 24 juin à l’abbaye de Blanchelande.
  • Pierreville (canton des Pieux) : une rue des Juifs située dans le bourg à l’est de l’église.
  • Pont-Hebert (canton de St-Jean-de-Daye) :une rue des Juifs près du pont de Vire. Ce village était un lieu de rencontre des voies fluviales et terrestres, proche de la citadelle de St-Lô, de l’abbaye de Cerisy et de la baronnie du Hommet.
  • Remilly-sur-Lozon (canton de Marigny) : Rémilly possédait des foires antérieures à 1360. La rue des Juifs donne sur la place de l’église et aboutit au village de la Samsonnerie. La présence de marchands juifs dans ce lieu s’explique par la puissante baronnie du Hommet dont les seigneurs étaient connétables héréditaires de Normandie et maîtres de Rémilly.
  • Saint-Martin-d’Aubigny (canton de Périers) : une rue aux Juifs. La famille d’Aubigny possédait de nombreuses terres en Normandie et en Angleterre. Sous le règne de Jean sans Terre, Philippe d’Aubigny a emprunté de l’argent à des usuriers juifs. Il existait aussi à l’époque une foire à St-Christophe d’Aubigny, la paroisse voisine de St-Martin-d’Aubigny. Cette rue est mentionnée sur la carte de Cassini.
  • Saint-Pierre-Eglise : la rue aux Juifs était la rue en direction de Barfleur (aujourd’hui rue du Général-de-Gaule).
  • Torigni-sur-Vire : une rue des Juifs derrière la basse-cour et les écuries du château. Les marchands juifs étaient placés sous la protection des seigneurs de Torigni.
  • Tourlaville (canton d’Octeville) : une rue des Juifs sur la partie de la commune qui est devenue aujourd’hui La Glacerie et qui porte le nom désormais de rue Ingénieur Bertin. Les bourgeois de Cherbourg avaient besoin au moyen âge de marchands et usuriers juifs pour leur commerce.
  • Valognes : La rue de Judas, devenue la place Vicq-d’Azir contiguë à l’église St-Malo. Le lieu-dit la Synagogue, au sud de la ville.
  • Violiers-Frossard (canton de St-Clair-sur-Elle) : une rue des Juifs qui correspond à l’ancien chemin de St-Lô à St-Clair. Elle se trouve entre l’abbaye de Cerisy et St-Lô, un des centre les plus importants de la draperie normande au moyen âge.
  • Vretot (le) (canton de Bricquebec) : Une rue des Juifs.