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Agneaux - Notes historiques et archéologiques (2 / 3)

Auteur : M. Dubosc


NDLR : Notes de l’année 1853 : Voir source en fin d’article


Le Château

Le château est désigné, depuis le XIIIe siècle jusqu’en 1790, sous le nom de Cour ou Manoir d’Agneaux. Dans des chartes de 1250, 1280 et autres, on trouve Manerium de Agnellis, Curia de Agnellis.

Des titres de diverses époques prouvent qu’il a toujours occupé la place qu’il occupe aujourd’hui. Assis sur un rocher escarpé à 60 pieds au-dessus de la rivière, il était imprenable de ce côté et la disposition du terrein devait rendre presque inutile une tour avancée, dont on voit encore les ruines dans les broussailles, au bord de la vallée. De l’autre côté, il était défendu par des murs, un pont-levis, des tours et autres ouvrages ordinaires, qui existaient entiers en 1770.

Ce château qui appartient à M. le marquis Théobald de Sainte-Marie, est dans la position la plus pittoresque. Il n’est pas un dessinateur du pays, pas un dessinateur étranger, qui, visitant la vallée de Vire, n’ait croqué ses hautes et blanches murailles perchées sur un schiste grisâtre et sa gothique chapelle, à laquelle le lierre a fait une verdoyante ceinture. Le premier propriétaire de ce château, qui nous soit bien connu, est Herbert d’Agneaux, qui vivait au milieu du XIe siècle, et qui est cité dans la charte de dotation de la cathédrale de Coutances.

Outre le fief d’Agneaux, il possédait les terres de Loucelles, Putot et Sainte-Croix-de-Grantonne ; il semble que ce soit le même qui, en 1074, vendait à l’évêque de Bayeux la terre de Carneville, près Barfleur, vente à laquelle Corbin, son fils, donna son consentement et sa signature ; le même aussi qui, en 1084, faisait sa croix sur une charte octroyée à l’abbaye de Lessay, en compagnie de Guillaume le Conquérant, d’Odon, évêque de Bayeux ; de Robert, comte de Mortain ; de Néel le Vicomte, de Guillaume de Grimouville, de Geoffroy de Say, de Robert d’Ouilly, et autres personnages des plus distingués du comté.

D’après les recherches de M. l’abbé De Rue, Herbert d’Agneaux eut trois fils, dont l’un, Henri, hérita de ses possessions en Angleterre, possessions qui lui venaient de la conquête ; les deux autres se partagèrent ses biens en Normandie. A Corbin, échurent les terres d’Agneaux, de Carneville, de Tocqueville et Liéville, en Cotentin ; de Loucelles, Putot, Sainte-Croix et autres, en Bessin ; à Robert, Deux-Jumeaux et Vierville, dans le diocèse de Bayeux ; l’Ile-Marie ou le Houlme, Bolleville, Brucheville et autres fiefs, dans le diocèse de Coutances.

Les faits avancés par M. De la Rue se trouvent pleinement confirmés par nos propres recherches. En effet, les titres nombreux que nous avons consultés, nous montrent la famille d’Agneaux possédant dans ces diverses localités :

Herbert, à Agneaux, Sainte-Croix, Putot, etc., avant 1056 ; le même Herbert, avec Corbin, son fils, à Carneville, en 1074, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure.

Gautier, petit-fils de Corbin, en 1206, à Agneaux, y donnant à l’abbaye de Saint-Lô la dîme de la paroisse ; donnant en 1207 à l’abbaye d’Ardeine le patronage de Saint-Contest, et des revenus considérables dans la même paroisse aux abbayes d’Ardeine et de Barbery.

Philippe, fils Gautier, tenant, vers 1210, de l’évêque de Coutances, un fief de chevalier sis à Agneaux.

Le même ratifiant les donations de son père, et y ajoutant, à Agneaux et à Saint-Contest, en 1219, 1224, 1228, 1229, 1231 ; enrichissant l’Hôtel-Dieu de Saint-Lo, en 1217.

Guillaume, le fils de Philippe, faisant en 1234, un échange avec les abbayes d’Aunay et de Barbery, pour certaines rentes dues en Saint-Contest, et les asseyant sur son fief de la paroisse d’Agneaux, notamment sur ses moulins d’Agneaux et de la Haye-Bellouse.

Herbert, fils de ce même Guillaume, accordant, en 1258, à l’Hôtel-Dieu de Saint-Lo des droits de passage fort importants sur ses propriétés d’Agneaux, etc.

Thomas, fils Herbert, donnant le patronage de Sainte-Croix-de-Grantonne à l’abbaye de Longues ;

Hélie, donnant et confirmant à l’Hôtel-Dieu de Saint-Lo, sur son fief d’Agneaux, en 1233, 1239, 1240, 1241, 1242.

Un autre Herbert, fils Hélie, chevalier, cousin du précédent, octroyant diverses chartes au même établissement en 1261.

Un troisième Herbert d’Agneaux, écuyer, affermant aux frères de l’Hôtel-Dieu, en 1261, le jour Saint-Jean-Baptiste, en présence de Hélie d’Agneaux, des Deux-Jumeaux, son cousin, une portion de terrein sise à Agneaux.

Herbert d’Agneaux, chevalier, confirmant, en 1287, à l’abbaye de Saint-Lo les donations de Gautier et de Philippe, ses prédécesseurs, et d’autres donations en 1295 et 1299.

Pierre, fils Heur, confirmant les donations que son père avait faites à l’abbaye d’Ardeine, en la paroisse de Saint-Contest, 1221.

Henri, confirmant du don de Corbin, son prédécesseur, à l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, six quartiers de froment dans ses moulins de Carneville, et lui confirmant également plusieurs autres donations importantes dans les paroisses de Liéville, etc., en présence d’un second Henri d’Agneanx, vers 1190.

Philippe, fils Gautier, tenant, en 1210, de l’évêque de Bayeux, le fief de Carneville.

Geoffroy d’Agneaux soutenant, avec Geoffroy de Beuzeville, une partie de ce même fief, aussi en l’année 1210.

Herbert d’Agneaux, chevalier, donnant, en 1224, à l’abbaye de Saint-Sauveur, une portion de terrein, tout près de Carneville, dans la paroisse de Tocqueville.

Ce qui précède regarde la descendance de Corbin, fils de Herbert. Nous nous attacherons maintenant à prouver que M. De la Rue n’a pas avancé sans raison que Robert, autre fils de Herbert, eut en partage Deux-Jumeaux, Vierville en Bessin, l’Ile-Marie, Bolleville, Brucheville, et autres terres. Henri d’Agneaux, fils Robert et petit-fils de Robert, donne à l’abbaye de Saint-Sauveur l’église de Sainte-Marie-du-Houlme, et la dîme de ses moulins de Liéville. Cette donation est faite en présence de Jourdain Tesson, de Corbin d’Agneaux et de plusieurs autres, avant 1150.

Hélie d’Agneaux, frère de Henri, qui avait injustement repris cette église, s’en repentit, et la remit aux mains de l’évêque de Coutances, pour qu’il la restituât à l’abbé de Saint-Sauveur. Thomas et Guillaume, ses fils, et Corbin, son neveu, fils de Henri, donnèrent leur consentement à cette restitution. Leur charte porte les signatures d’Hélie, Thomas et Corbin.

Guillaume d’Agneaux, fils dudit Hélie, confirme la donation ou restitution de son père, en présence et du consentement de Raoul, son fils, et de Vivien, évêque de Coutances, entre 1200 et 1208.

Robert d’Agneaux et son frère étaient patrons d’une portion de l’église de Bolleville, en 1250.

En 1140, le titre de baron, le plus important au XIIe siècle, est porté par Robert d’Agneaux, fils de Henri, des Deux-Jumeaux.

Vers 1180, Raoul d’Agneaux et Gilbert, son frère, donnent à l’abbaye de Cerisy le droit de patronage qui leur appartenait dans l’église de Vierville.

Pierre d’Agneaux, fils Raoul, fait au prieuré des Deux-Jumeaux, qui dépendait de l’abbaye de Cerisy, plusieurs donations, et confirme au même prieuré les donations de son père, 1225.

Hélie d’Agneaux confirme, en 1230, une donation faite à Saint-Martin-des-Deux-Jumeaux, par Pierre d’Agneaux, son frère.

Henri d’Agneaux, frère de Robert, fait au même prieuré plusieurs donations en 1247.

En 1244, Hélie d’Agneaux, fils de Raoul, confirme, aux religieux de Saint-Martin, les donations que son père leur avait faites, le jour de la dédicace de l’église du prieuré. Nous ne citerons pas de plus amples preuves de l’existence de la famille d’Agneaux aux Deux-Jumeaux. Nous nous contenterons de dire qu’on la rencontre établie dans cette paroisse et dans les paroisses voisines, depuis le XIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, et que la branche aînée y a encore des propriétés fort étendues.

Les représentants actuels de cette branche sont MM. le baron Athanase d’Aigneaux et Frédéric d’Aigneaux son frère, chevalier de Malte, à Bayeux et M. Paul d’Aigneaux, possédant à l’Ile-Marie, près de Sainte-Mère-Eglise, la terre qu’y possédaient ses ancêtres, il y a huit cents ans. Ils ont pour ancêtre commun Guillaume, qui avait épousé Françoise Vaultier, et qui mourut en 1698. Du fils aîné, Guillaume II, descendent MM. d’Aigneaux, de Bayeux ; du cadet, Isaac, descend M. Paul d’Aigneaux.

On rencontre pendant près de 300 ans consécutifs un grand nombre de seigneurs du nom d’Agneaux, portant les prénoms d’Hélie, Henri et Herbert, héréditaires dans les diverses branches de cette grande famille, ce qui rend assez difficile l’établissement d’une généalogie exacte.

Ainsi nous ne savons à quelle branche attribuer Herbert, qui eut pour fils Richart, et qui maria, vers 1205, une de ses filles à Richard de Gray.

• Herbert et Guillaume, témoins dans une charte de Robert de Fontaines, en faveur de la cathédrale de Bayeux, vers 1180.

• Henri, donnant à l’abbaye de Mondaye, des terres à Martragny, 1251.

• Henri et Herbert, mentionnés, avec Raoul et Sylvestre, dans les rôles de l’Echiquier, sous l’année 1195.

• Henri, un des jurés des assises de Bayeux, en 1264 et 1265.

• Herbert, demeurant à Geffosses, diocèse de Coutances, en 1250.

• Herbert, possédant le fief de Formigny, et faisant partie du ban de la noblesse de Normandie convoqué à Tours, en 1272.

• Henri, de la vicomté de Caen, qui en faisait également partie.

Nous ne savons non plus à quelle branche assigner Jean d’Agneaux, qui avait un fief à Saint-Jean-de-la-Rivière, entre 1250 et 1270 ; et Gilbert, témoin à une charte de Simon Bacon pour l’abbaye de Longues, au XIIIe siècle.

La branche anglaise était représentée, au XIIe siècle, par Henri d’Agneaux, le plus noble des barons d’Angleterre, qui périt, avec sa femme et ses deux fils, dans une horrible tempête, entre la Normandie et l’Angleterre, au mois de mars 1170.

Il existe dans la Grande-Bretagne une famille d’Agnew. Quoiqu’elle ne porte pas les mêmes armes que les d’Agneaux de Normandie, elle peut fort bien, conformément à la tradition, provenir de la même souche. On sait en effet que les familles normandes, établies outre-mer, ont presque toutes, de bonne heure, changé leurs armoiries primitives. Les armes des d’Agnew sont d’argent au chevron de..... accompagné en chef de deux quintefeuilles de gueules, entre les deux quelles une croix de sable, et en pointe d’un sautoir ; leur devise Consilio non impetu.

La famille d’Agnew habite le comté de Wigton.

Les armes de la famille normande sont d’azur à trois agneaux d’argent.

On retrouve ces trois Agneaux aux archives de la Manche et du Calvados, et dans le riche chartrier de l’Ile-Marie, sur des sceaux appendus à des chartes de 1200, 1219, 1224, 1241, et notamment à une charte de Hélie d’Agneaux, qui partait, en 1190, pour la croisade, après avoir fait des donations à l’abbaye de Cherbourg.

Les descendants de Corbin fils Herbert étaient, en 1316, Henri d’Aigneaux, en 1327, Jehan d’Aigneaux, qui tenait, en la paroisse de Champrepus, un fief que Philippe, fils Gautier, y tenait en 1219 ; le même Johan d’Aingneaux, chevalier, seigneur d’Aingneaux en 1329, était patron de Saint-Pierre-de-Bley, au droit de Madame sa fame.

• Thomas d’Aigneaux, seigneur du lieu, demeurait à Agneaux, en 1342.

Les Paisnel ont dû succéder à la famille d’Aigneaux ; car, en 1373, Jehan de la Haye, chevalier, et Jehanne Paisnel, à cause d’elle, tiennent le fieu d’Aigneaux du seigneur evesque de Constances.

Jehanne Paisnel était, croyons-nous, fille de Fouques Paisnel, que nous trouvons à Agneaux en 1340, et qui est porté par Dumoulin sous le nom de Fouques d’Aigneaux, dans son catalogue des seigneurs normands qui furent à la conqueste de Hierusalem sous Robert-Courte-Heuse. Cette erreur est palpable, quand on voit que Dumoulin assigne à Fouques d’Aigneaux les armes des Paisnel de Hambye : d’or à deux fasses de vert à sept merlettes de gueules.

En 1387, Jehanne Paisnel tenait le fief d’Aigneaux ; elle le tenait aussi en 1402, et était veuve de Jehan de la Haye, chevalier ; elle le tenait encore en 1410, et se disait usufructaire de noble homme Guillaume de la Haye, sire et baron de Coulonces, son fils.

Colin de Verdun, escuyer, cousin de dame Jehanne Paisnel, habitait Agneaux en 1360 il portait d’or fretté de sable.

Regnier d’Esquay paraît avoir succédé à Guillaume de la Haye. On trouve, avant 1430, que trois boisseaux de froment de rente dus par les hoirs Guillaume La Chouque à la seigneurie d’Agneaux « sur une pièce de terre jouxte le chemin de Saint-Lo au val de Vire », avaient été donnés au trésor de Hambye, pour la sépulture de Regnier d’Esquay, seigneur d’Agneaux.

Richard d’Esquay, fils Regnier, était, en 1428, seigneur d’Agneaux et de Caenchy.

Nous l’avons rencontré, en 1429, donnant aux religieux de l’Hôtel-Dieu de Saint-Lo le patronage de la chapelle de son manoir ; en 1443, il aumônait en pur don aux mêmes religieux 4 sous 6 deniers de rente, dont trois sous pour le passaige et defoul des bestes desdits religieux sur la terre et seigneurie d’Agneaux, et faisait diverses autres donations en diverses autres années « et estoit ce fait pour Dieu et en omosne et pour estre ledit chevalier, ses parens et amis et bienfaicteurs participans et accueillis à toutes les messes, matines, vespres, vegilles, prieres, oroisons et autres biensfaiz qui desormais seront faiz, dis et celebrez audit hostel dieu. »

Par lettres obtenues le 9e jour d’août, l’an 1446, du roi d’Angleterre qui occupait Normandie, il fut défendu « que nul feist doresenavant avec led. seigneur d’Aigneaux aucunes vendicions, contracts, obligacions et marchiez sur paine d’amende et de perdre ce qu’ils y metroient, veans et considerans que ledit chevalier estoit de simple gouvernement, et que il gouvernoit simplement ses terres et seigneuries par fol, meschant et dissolu gouvernement, et que il estoit temps et mestier de lui clore la main pour lui oster le gouvernement d’icelles. »

Après l’évacuation de notre pays par les Anglais, plusieurs personnes « soubs ombre de ce qu’ils disoient que les lettres dont ci-dessus mention n’auroient plus aucune vertu, se trairent par devers ledit chevalier en l’absence de sa femme et de ses enfans et autres, et lui firent passer plusieurs contrats allant à grand préjudice aux seigneuries dudit chevalier, à sa femme et à ses enfans qui auroient pu demourer desheritez par son fol et dissolu gouvernement. »

Dans ces circonstances, Thomine Thesart, sa femme, ses enfants et ses autres prochains parents, adressèrent au roi Charles VII une supplique tendant à obtenir lettres semblables à celles qu’ils avaient obtenues de la chancellerie des Anglais.

Elles leur furent octroyées le 21 octobre 1452. Le Roi manda à son bailli de Cotentin de les publier et « de casser et adnuller tous les marchiés qui auroient pu estre faits avec Richard d’Esquay dempuis l’impetration des lettres de ses adversaires. »

En conséquence d’icelles graces de Roy, noble homme Richard d’Esquay fut déclaré de nouveau en curatelle, et Guillaume de Castillon, chanoine de Bayeux, Guillaume et Raoul de Sainte-Marie, furent établis ses curateurs. Il mourut au commencement de juillet 1460.

Ses armes étaient d’argent au chevron de sable ; celles de sa femme d’or à la fasce d’azur surmontée d’une rose de gueules.

Ils avaient quatre filles : Alix d’Esquay, l’aînée, épousa Richard de Clamorgan ; Gillette, Raoul de Sainte-Marie ; Tassine, Olivier Chapedelaine, écuyer, seigneur de Lestre et de Loraille ; Marguerite, la quatrième, Henri de Creuilly. Par son mariage avec Gillette ou Girette d’Esquay, Raoul de Sainte-Marie devint seigneur d’Aigneaux et de Caenchy. Il appartenait à une des plus anciennes familles de Normandie, qui semble avoir pris naissance à Sainte-Marie-outre-l’Eau, paroisse située dans l’arrondissement de Vire, tout près du bourg de Pont-Farcy.

Elle avait possédé également le nef de Sainte-Marie-l’Aumont, autre paroisse du même quartier, où on la rencontre dès la première moitié du XIIIe siècle.

D’après les titres du chartrier d’Agneaux, Raoul de Sainte-Marie, qui vivait en 1148, avait pour ancêtres Alexandre, Robert, Bertrand et Guy, ce qui fait vivre ce dernier à la fin du Xe siècle.

Dans la première moitié du XIIe, un membre de cette famille avait des biens considérables en Haute-Normandie. Les rôles de l’Echiquier, les titres des prieurés du Plessis-Grimoult, de Sainte-Barbe-en-Auge, de Saint-Gilles, de Pont-Audemer, des abbayes de Troarn, de Cordillon, le Livre noir et le Livre blanc du diocèse de Coutances, le chartrier du château d’Agneaux, et une foule d’ouvrages tant imprimés que manuscrits, fournissent, au XIIe et au XIIIe siècles surtout, un grand nombre de chevaliers appartenant à cette noble famille, dont la branche aînée est connue sous le nom de Sainte-Marie-d’Agneaux, depuis le mariage de Raoul avec Girette d’Esquay.

Fouques de Sainte-Marie, qui figure parmi les cent dix-neuf héros qui défendirent le Mont-Saint-Michel contre les Anglais en 1423 et 1424, doit être, d’après M. Labbey de la Roque, attribué aux Sainte-Marie-d’Agneaux.

M. l’abbé De la Rue dit, dans sa notice sur la Tapisserie de Bayeux, qu’il résulte de ses recherches particulières que les Sainte-Marie-d’Agneaux prirent part à la conquête de l’Angleterre. M. Augustin Thierry, dans son Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, cite les Sainte-Marie-d’Agneaux au nombre des seigneurs qui accompagnèrent le conquérant, ou qui se trouvèrent établis dans la Grande-Bretagne immédiatement après l’expédition. Le livre de Winchester, Liber Winton, complément au Domesday-book, confirme pleinement cette assertion.

A partir des premières années du XIIe siècle, jusqu’à la fin du XIIIe, les cartulaires de l’abbaye de Welbec,du prieuré de Helagh, et autres manuscrits du British Muséum, de même que plusieurs ouvrages publiés en Angleterre, donnent les renseignements les plus amples et les plus circonstanciés sur la branche d’outremer, dont les principales possessions étaient dans le comté d’York.

Les alliances qu’elle contracte avec les familles d’Annesley, de Waleyr, de Chevrecourt, de Belleau, de Redwale, etc., prouvent son importance.

Or, c’était à cette famille de Sainte-Marie-outre-l’Eau qu’appartenait Raoul, qui succéda à Richard d’Esquay, dans la propriété du fief d’Agneaux.

En 1466, le 17 janvier, il fut fait, à l’occasion des francs fiefs et nouveaux acquets, devant Girard Vincent, lieutenant-général du bailli de Caen, à Vire, une très-longue enquête sur la noblesse prétendue par les seigneurs de Sainte-Marie-l’Aumont, de Sainte-Marie-outre-l’Eau, et ledit seigneur d’Agneaux.

Il résulte des dépositions des jurés que lesdits seigneurs étaient issus tous d’une même souche et ligne directe et masculine, nés, procréés et extraits « de nobles personnes de tel et si long-temps qu’il n’estoit memoire du contraire, qu’il y avait en la viconté de Vire quatre lignées lesquelles avoient tousjours tenu leurs noms et armes et estoient de grande ancienneté, c’est à savoir de Saint-Manvieu, de Talvende, de Sainte-Marie et de Bon ou Argouges à la Fée. »

Notre Raoul, seigneur de Saint-Andrieu-lez-Briouze, puis d’Agneaux était fils de Jean Ier du nom, fils Michel. Il était veuf avant le 9 mars 1486. A cette date, Jean de Sainte-Marie, son fils, obtint des lettres royaux contre son père, sur la vente frauduleuse qu’il avait fait faire, l’an 1468, par sa femme, de la terre d’Agneaux à Jean Drieu, écuyer, des mains duquel il la retira.

Raoul mourut vers la fin de l’année 1496, laissant pour fils Jean de Sainte-Marie, IIe du nom, écuyer, qu’il avait avancé en succession, et qui rendit, dès 1494, aveu à l’évêque de Coutances, comme baron de Saint-Lo, du fief et seigneurie d’Agneaux et de la Haye-Bellouze.

Il épousa Blanche ou Jeanne de Silly, soeur de Bertin de Silly, seigneur de la Rocheguyon, chambellan du roi Louis XI. Il en eut Jean qui suit, et Louis, curé de Caenchy ; il mourut vers l’année 1518.

Jean de Sainte-Marie, IIIe du nom, écuyer, seigneur d’Agneaux et de Caenchy, lieutenant-général du capitaine de la ville de Saint-Lo, se trouva à l’entrée du roi François Ier en ladite ville, le 18 avril 1532. Il avait épousé en premières noces, avant 1516, Perrette du Homméel, et en deuxièmes, quelques années plus tard, Charlotte de Pellevé, fille de Jean, seigneur de Tracy, et sœur de Richard, tige des comtes de Flers.

De cette dernière, il eut Nicolas, Jean, autrement Jean-Jacques, et Marguerite. Il maria sa fille à Philippe de Sainte-Marie, seigneur de Sainte-Marie-outre-L’Eau, son parent. Jean, deuxième fils dudit Jean IIIe du nom et de Charlotte de Pellevé, embrassa de bonne heure la religion reformée. « En l’absence de son frere aisné, Nicolas, continuellement occupé au service des Rois, il ouvrit dans la chapelle du manoir d’Agneaux un presche à l’usage des Huguenots », qui ne s’y assemblèrent que pendant quelques mois, et dont le lieu de réunion fut ensuite à la Haye-Bellouse.

Il devint l’ami dévoué du premier apôtre de la réforme dans notre contrée, le moine Soler, qui, dit Toustain de Billy, dans son Histoire de Saint-Lo, « s’insinuant adroitement dans les maisons des gentilshommes et des personnes les plus distinguées, leur fit en très-peu de temps recevoir sa doctrine. »

« On remarque », ajoute-t-il, « particulièrement trois lieux où ces premiers protestants faisoient leurs assemblées pour leur cène : 1° -la maison d’Agneaux, dont le seigneur étoit perverti ; 2° -une caverne de l’autre côté de cette maison, dans un rocher, à laquelle, pour cette raison, on a donné le nom de la Caverne au Serpent ; 3° -et au coin du bois de Soulles, proche d’un arbre qu’on appelle encore la Chaire au Diable. » [1]

Après avoir cité les deux chefs principaux des réformés dans notre pays, Colombières et Montgommery, M. Delalande ajoute « Nous ne devons pas omettre les deux Sainte-Marie, le premier, d’origine marseillaise, né auprès de Saint-Lo, dans le château d’Aigneaux, dont le nom se lit sans cesse accolé au précédent, brave homme, qui ne fit qu’exécuter des ordres, et que sa douceur écarta souvent du théâtre de la guerre ; le second, enfin, Henry-Robert aux Espaulles, seigneur de Sainte-Marie-du-Mont, plus tard gouverneur pour le Roi en Normandie, baillif de Rouen et gouverneur des châteaux de Valognes et Carentan. »

C’est avec plaisir que nous relatons ce passage, pour peindre le caractère du bon Jehan de Sainte-Marie, qui seulement n’était point, ainsi qu’on l’avance, d’origine marseillaise, mais de pur sang normand.

Nous lisons, dans Toustain de Billy et ailleurs, que les Huguenots se rendirent maîtres de Saint-Lo en l’année 1561, que cette ville fut livrée à Montgommery par les intrigues du sieur de Sainte-Marie-d’Agneaux qui en était lieutenant sous le gouverneur Dubois, et qu’il y eut moins de violences à Saint-Lo qu’aux autres villes, « parce que le seigneur de Sainte-Marie, chef de ces novateurs, étoit d’un naturel plus doux, et tel que les emportements et les violences ne lui plaisoient pas. »

Masseville, dans son Histoire de Normandie, [2] nous apprend que, au mois de mai 1562, les protestants de Caen, conduits par Sainte-Marie-d’Agneaux, se rendirent maîtres de la ville, mais que le baron d’Hugueville, qui commandait pour le Roi dans le château, les repoussa, et que, chagrins de n’avoir pu entrer dans cette forteresse, ils se jetèrent dans toutes les églises et dans tous les monastères de la ville, où ils firent un terrible ravage. Ce fut alors que les tombeaux du roi Guillaume et de la reine Mathilde furent détruits, leur sépulture violée, leurs ossements dispersés et que quelques semaines suffirent pour la destruction des ouvrages de plusieurs siècles.

Nous trouvons ailleurs que Jean-Jacques de Sainte-Marie, honteux des ravages qu’il ne pouvait empêcher, se hâta de quitter la ville, et qu’homme de guerre avant tout, il s’achemina vers Sainte-Marie-du-Mont, pour concerter avec « le sire aux Espaules sur le fait de l’attaque du chasteau de Valoignes ; que cette attaque fut résolue, et qu’ils fournirent ensemble huit compagnies de cent hommes de pied chacune ; que l’artillerie dont on disposait ne suffisant point pour battre le château, Jean-Jacques de Sainte-Marie partit à la tête d’un détachement pour aller quérir du canon à la tour de l’île de Tatihou ; que le détachement, après avoir pillé en route le château de Lestre, appartenant à noble homme Louis Dursus, cousin du sieur de Sainte-Marie, vint reprendre les opérations du siège, et que le château de Valognes se rendit au mois de juin, après une assez courte résistance. [3]

Le 27 septembre 1562, les auxiliaires bretons de Matignon s’emparèrent de Saint-Lo : ils l’abandonnèrent le 5 mars 1563, le lendemain du sac de Bayeux, pris d’une panique soudaine, à la nouvelle qu’un laquais de Sainte-Marie-d’Agneaux, passant par Saint-Lo, venait de répandre du retour de son maître à la tête de l’armée des Protestants. Aussitôt que Coligny qui était à Caen, fut instruit de l’évacuation de Saint-Lo, il envoya Montgommery avec une bonne infanterie et quelques cavaliers pour s’en emparer. Montgommery rentra facilement dans son ancienne place d’armes, et y laissa pour gouverneur Jean de Sainte-Marie-d’Agneaux. [4]

« L’édit de pacification du 19 mars 1563 vint calmer la fureur de la guerre civile. La ville de Saint-Lo fut restituée par les Protestants.........
Cependant les chefs protestants, mécontents d’avoir été arrêtés au milieu de leurs succès, et peu confiants dans les clauses de l’édit, n’en menaient pas moins leur train de guerre habituel, et continuaient de voyager avec leurs escortes de soudards : Montgommery, Colombières et Sainte Marie-d’Aigneaux étaient de ce nombre. La reine manda donc au sieur de Rabodanges, baillif d’Alençon, de se transporter auprès d’eux et de leur ordonner de licencier leurs bandes et de rentrer dans leurs maisons. Par une lettre du 30 juin, dans laquelle on lui donnait connaissance de ce mandement, Matignon fut en outre chargé de démanteler Saint-Lo, sitôt que Sainte-Marie-d’Aigneaux l’aurait évacué
. » [5]

La lettre de la reine à M. de Matignon n’est point, ainsi qu’on l’a dit, du 30 juin, mais du 26 de mai. [6]

En 1567, les hostilités recommencèrent dans notre pays, et Saint-Lo tomba derechef sous la puissance des hérétiques ; [7] mais nous ne rencontrons aucun document qui nous apprenne quel rôle joua, dans cette nouvelle levée de boucliers, Jean de Sainte-Marie. Nous le retrouvons seulement après la Saint-Barthélemy, allant avec Montgommery, Colombières, et une foule d’autres gentilshommes de marque, demander abri aux îles de la Manche.

Il reparaît en Normandie sur la fin de 1573 : il était alors âgé de plus de 58 ans, avait reçu aux guerres de nombreuses blessures, et avait vu ses biens grandement diminuer par les malheurs des temps. De plus son frère lui avait adressé maintes exhortations ; M. de Matignon lui avait fait des ouvertures séduisantes ; d’ailleurs, il pouvait prévoir la chute prochaine des Protestants : ces motifs, ces considérations arrêtèrent Jean de Sainte-Marie et l’empêchèrent de se mêler activement aux affaires.

Voici ce que M. Delalande dit, d’après Toustain de Billy, à cette occasion :

« Jean de Ste-Marie-d’Aigneaux, soit tiédeur, soit mécontentement de n’être plus gouverneur de Saint-Lo, s’était tenu à l’écart de la guerre et regardait les événements. Il en était de même d’un autre gentilhomme de la sergenterie de Saint-Clair, André Clérel, sieur de Rampan ; et dans cette retraite volontaire ou forcée des deux châtelains, il était permis, sans leur faire injure, de sonder leurs intentions et même de les compter au besoin parmi les ennemis de la nouvelle insurrection. Matignon s’ingénia donc d’envoyer un courrier à ce dernier ; son intention, lui marquait-il, était d’assiéger Carentan ; et, comme il avait besoin de tous les vrais royalistes pour cette entreprise, il le priait d’en faire part à Sainte-Marie-d’Aigneaux, et de venir aussitôt le trouver avec ce qu’ils pourraient réunir d’amis et de bons compagnons. Il était nécessaire, en attendant, de mener secrètement la chose, et de n’en rien faire paraître jusqu’à ce qu’il eût effectué le passage du petit Vey. »

« Soit qu’il connût l’indiscrétion ou la loyauté de Sainte Marie, Matignon ne doutait pas de la réussite de son message. Montgommery et Colombières ne manquèrent pas en effet d’être immédiatement avertis par le vieux protestant ; et toute leur attention se tourna vers le point menacé. Pour l’y concentrer encore davantage, l’armée catholique se replia un instant dans Isigny. La lettre avait fait fortune. » [8]

Les royaux rebroussent tout court sur Saint-Lo, et en complètent l’investissement : l’attaque se fait, plusieurs assauts sont tentés. Sainte-Marie et Clérel sont eux-mêmes parmi les assiégeants ; tout est inutile : Colombières, du haut des murailles, se rit de leurs efforts. Cependant Sainte-Marie jugeant que les catholiques l’emporteront tôt ou tard, se présente sous la Moulerie, près la tour de Beau-Regard, et, dans un instant de répit, conjure son ancien ami de capituler. Toustain de Billy nous a conservé un fragment de chanson qui fut faite à l’époque de ce siège. Il a été imprimé plusieurs fois déjà ; mais comme il est tout spécial à notre sujet, nous le reproduirons :


Le premier jour de mai, par permission divine,
Saint-Lo fut assailli à coups de couleuvrine ;
Somme qu’on eût pensé
Que tout y fût rasé,
En cendres consumé.
Tant fut grand’ la ruine
 !

Matignon y étoit et sa gendarmerie,
Rampan-Clérel, aussi Aigneaux-Sainte-Marie
Qui sans cesse disoit :
« Colombières, rends-toi
Au grand Charles, ton roi
Ou tu perdras la vie
. »

Colombières répond, tout rempli de furie :
« De me rendre en poltron qu’on ne me parle mie ;
Jamais ne me rendrai,
Toujours je combattrai,
D’ici vous chasserai
Ou j’y perdrai la vie
. »

L’infortuné Colombières l’y perdit en effet, tout le monde sait de quelle manière.

A partir de cette époque, Jean de Sainte-Marie mena une vie paisible, et mourut à Agneaux, entre 1593 et 1598, muni par le curé de la paroisse des sacrements de l’église. [9]

Nicolas de Sainte-Marie, seigneur d’Agneaux, Caenchy, la Haye-Bellouse, chevalier de l’Ordre du Roi, gentilhomme de sa chambre, chambellan de Louis de Bourbon, prince de Condé, capitaine du château de Valognes, et aussi des ville et forteresse de Granville, fils aîné de Jean IIIe du nom, et de Charlotte de Pellevé, et frère de Jean qui précède, parait avoir fait ses premières armes sous les seigneurs de la Rocheguyon et de Tracy, dont le premier était son cousin et le second son oncle.

Son père, pour lui témoigner sa satisfaction de la bonne conduite qu’il avait tenue en leur compagnie, lui permit, en 1545, de se marier à sa volonté, pourvu que son alliance fût assortie à sa naissance.

Quatre ans après, le 14 novembre 1549, il épousa noble dame Marie de Longueval, veuve de Messire Jehan d’Aulsy, fille de Messire Philippe de Longueval, chevalier, seigneur d’Araucourt et vicomte de Verneuil.

Son père, en le mariant, lui fit donation du fief, terre et seigneurie de Caenchy, en circonstances et dépendances, avec le droit de présentation à la cure et bénéfice du lieu. Au contrat de mariage est jointe une procuration donnée par Jehan de Sainte-Marie, son père, à cause de son grand âge ou infirmité, à noble et puissant seigneur Messire Jacques de Silly, chevalier, seigneur et baron de Rochefort, son proche cousin et parent, pour sister en son lieu et place à la cérémonie.

Nicolas de Sainte-Marie fut exempté en 1551 du service à l’arrière-ban, en considération de ceux qu’il avait rendus au roi Henri II dans les guerres, et de ceux qu’il rendait alors à Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, depuis roi de Navarre.

Le 21 juin 1563, il fut pourvu par lettres patentes de l’état et office de capitaine de Valognes, vacant par le décès de Thomas de la Guette.

Le 30 août de la même année, Nicolas de Sainte-Marie, à cause de ses services en ladite charge et de ceux rendus au Roi et à ses prédécesseurs au fait des guerres, fut pourvu de l’état de Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, charge qu’il occupa sous les rois Henri III et Henri IV.

Le 3 octobre suivant, il obtint de Louis de Bourbon, prince de Condé, marquis de Conty, un certificat portant qu’il était un de ses chambellans.

Dans une lettre d’évocation du 11 novembre 1566, le Roi appelle son cher et bien aîné ledit seigneur de Sainte-Marie-aux-Agneaux, chambellan ordinaire du prince de Condé. Il fut exempté, le 8 juin 1576, du service du ban et arrière-ban au bailliage du Cotentin, en qualité de chevalier de l’Ordre du Roi et gentilhomme de sa chambre. Au mois de juillet de cette même année 1576, Nicolas de Sainte-Marie écrivait à deux de ses fils, les suppliant d’abjurer les erreurs qu’ils professaient et de rentrer dans l’obéissance du Roi. [10]

En 1577, le Roi lui adressait la lettre suivante :

« Monsr de Scte Marie, ayant entendu que vous vous estes trouvé près les srs de Matignon, de Rembouillet et de Vasse pour vous emploier en l’occasion qui se presentoit pour mon service jay bien voullu vous faire ceste lettre pour vous dire et tesmoigner la satisfaction et contentement que jen ay et que je vous en sçay si bon gré que je seray bien ayse de le recongnoistre envers vous en temps et lieu, désirant que sil se presentoit quelque autre occasion pour mondit service de vous y monstrer autant affectionné que vous avec faict en ceste dernière avec asseurance que je l’auray fort agréable, priant dieu, Monsr de Ste Marie, vous avoir en sa ste et digne garde.
Escript à Chenonceau le XXIIIe jour de may 1577
. »
HENRY.
PINART.

Par son testament du 21 septembre 1578, Nicolas fit donation de tous ses meubles à sa femme, « attendu qu’elle s’estoit tousjours occupée par son industrie et son bon mesnage à l’accroissement de ses biens pendant qu’il estoit à la court au service du Roy et des princes de son sang, et ordonna que les demoiselles ses filles fussent bien et soigneusement pourveues en mariage à des gentilshommes de bon renom, dont il chargea l’honneur tant de ladite dame sa femme que de ses enfans. »

En 1579, Nicolas de Sainte-Marie était chevalier de l’ordre de Saint-Michel, et gouverneur de Granville en 1589. Il mourut le 11 novembre 1591, laissant pour fils Jacques, Louis et Jean, occupés alors tous les trois aux guerres pour le siège de Rouen.

Le 29 juillet 1587, « Messire Jean de Sainte-Marie-d’Aigneaux, seigneur et patron de Sainte-Marie-outre-l’Eau, fils de Nicolas qui précède, fut nommé par le Roi capitaine de 200 hommes de guerre à pied, pour le service de Sa Majesté. »

Le 13e jour de mars 1592, le duc de Montpensier lui donna le gouvernement du bourg et havre de Barfleur. Voici un extrait de la commission dont l’original est au chartrier d’Agneaux :

« François de Bourbon, duc de Montpencier, pair de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Normandye au sieur de Ste Marye d’Aignaulx salut. Comme pour le bien repoz et soullagement du pays de Costantin et s’opposer aux courses, pilleryes, viollances et oppressions que le Tour et autres ennemys rebelles qui lassistent font ordinairement au bourg et havre de Barfleur et es environs sur les bons et fidels subjects et serviteurs de Sa Majesté et empescher les embarquemens de vyvres et autres commoditez que les ennemys font au havre dud. Barfleur pour porter au havre de grace et autres villes rebelles, nous ayons advisé estre utille et nécessaire pour le service de Sadite Majesté mettre ung cappitaine et gouverneur audit bourg et havre de Barfleur pour le faire fortiffier et y tenir garnison, sçavoir faisons que ne pouvant faire meilleure ellection que de vostre personne pour la bonne et entière confiance que nous en avons et de vos sens, suffisance, loyaulté, preudhomye, fidellité au service de Sad. Majesté et expérience au faict des armes, bonne conduicte, et dilligence, nous vous avons en vertu de nostre pouvoir, commis et ordonné et deputté, commectons, ordonnons et deputtons par ces presentes signées de nostre main pour vous mettre en garnison dans ledit bourg et havre dudit Barfleur avec cent harquebusiers à pied françois des meilleurs et plus aguerris soldats que vous pourrez eslire affin d’y faire la guerre et vous opposer aux courses, pilleryes, violences et oppressions desd. ennemys et empescher quils nembarquent plus doresnavant aucuns vyvres et commoditez, et mesmes favoriser autant quil sera possible la recepte et levée des tailles de Sa Majesté, la solde et appoinctement desquels cent soldats et de vous leur cappitaine a raison de trente trois escuz pour vous par moys et de quatre escuz pour chascun desd. soldats aussy par chascun moys.... etc.

Faict et donné au camp à Croesset devant Rouen ce XIIIe jour de mars 1592. »

En 1593, Jean de Sainte-Marie fut honoré d’une missive de Henri IV, qui est encore conservée au château d’Agneaux :

« Monsr de Ste Marye aux Aigneaux, Gouverneur de Barfleur.

Monsr de Ste Marye, partant dauprès de moy le sr Boullet commandeur de Varcanville et cy devant commandeur de St Sanson pour aller en sad. commanderye de Varcanville et saichant comme pendant ces guerres il sest tous jours maintenu sans avoir faict aulcune chose préjudiciable à mon service, je lay bien voulu accompagner de la presente pour vous dire que je veux que vous teniez la main a ce quil ne soit aulcunement empesché en la jouissance de sad. commanderye selon que par mes lettres patantes du mois d’apvril de lannée passée je lay promis à tous ceulx dud. ordre qui ne porteroient les armes contre mon service, favorisant led. sr Boullet en toute autre chose dont il pourra avoir a faire de vous comme estant du nombre de mes serviteurs et vous me ferez service bien agréable. Priant dieu quil vous ayt, Monsr de Ste Marie, en sa ste et digne garde.

De St Denys ce dernier jour de juillet 1593. »
HENRY.
POTIER.

En 1594, il reçut des Trésoriers de France la lettre suivante, que nous transcrivons comme document intéressant pour l’histoire de notre contrée :

« Monsieur de Ste Marie d’Agneaux, commandant pour le service du Roy, au fort de Barfleur.

Monsieur ayans faict approcher en ce bureau les receveurs des tailles de lellection de Vallongnes pour nous rendre raison des occasions de non payement des deniers desd. tailles veu quil en est deu de grands restes des années passées, ils nous en ont representé plusieurs beaucoup considerables, mais aussy par les procez verbaulx d’aucuns sergeans employez au recouvrement desd. deniers speciallement au val de saire, nous est apparu que sur les executions et contrainctes qu’ils font ordinairement es parroisses de lad. sergeanterie y a non seullement rebellion et resistance, mais aussy ayans saysy et mis es parcs du Roy les biens et bestiaulx executez sur les redevables ils sont retirez desd. parcs ou reclamez par les soldats de vostre garnison qui usent aussy de veoycs de faict et de force pour sen resaysir, tellement que lesd. executions sont le plus souvent rendues nulles et n’en provyent aucuns deniers en lad. recepte dont nous avons esté grandement estonnez, veu comme nous croyons que cela ne vous est du tout incogneu et daultant que sy Sa Majesté et messieurs de son conseil estoient de ce advertis vous en seriez fort blasmé. Ce mot est pour vous prier non seullement de faire cesser tels empeschemens mais aussy doresnavant tenir la main sy a propos en tout ce qui soffrira concernant le bien et service de sad. majesté en l’advancement desd. deniers que le secours qui sen doibt esperer succede au contentement de sad. majesté, selon que lavez pour recommandé. Sur ce nous prierons Dieu vous donner, Monsieur, en parfaicte santé heureuse et longue vye. De Caen ce XIe febvrier 1594.
Vos affectionnez et meilleurs amis, les presidens et trésoriers généraux de France à Caen
. »
PICHON. LE BLANC. LE BRETON.

Jean de Sainte-Marie-aux-Aigneaulx était encore gouverneur pour le Roi au fort de Barfleur le 22 septembre 1595. Anne Maillard, sa veuve, vivait en 1623 et en 1640.

Les deux frères de Jean de Sainte-Marie occupaient en même temps que lui des postes fort importants.

Louis, seigneur et patron de Caenchy, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, était gouverneur des ville et château de Carentan et des ponts d’Ouve. Il mourut en 1632 sans enfants de Jacqueline de Sabrevois, baronne de Becthomas.

Jacques commandait à Granville et aux îles de Chausey.

Jean et Louis avaient rempli précédemment ces fonctions, dans lesquelles nous les retrouvons à la fin du XVIe siècle : « mais c’estoit sous d’autres auspices et pour toute autre cause. Enfin Dieu aidant ils firent retour à devoir et a obéissance. »

M. Delalande, page 131 de l’ouvrage cité plus haut, les appelle à tort Jacques d’Aigneaux et Louis de Caenchy, son frère. Jacques (lisez Jean) n’appartenait point à la famille d’Aigneaux ; c’était un Sainte-Marie d’Agneaux ; et son frère Louis de Sainte-Marie, était seigneur de Caenchy.

Roissy a évité cette confusion de noms de famille qu’on veut bien lui attribuer.

Quoi qu’il en soit, voici le passage qui, dans l’Histoire des guerres de religion, concerne le retour à devoir de nos deux gouverneurs :

« Les soumissions arrivèrent donc bientôt de tous côtés, et l’on vit nos premiers chefs de la Réforme s’empresser de reconnaitre l’autorité du vainqueur. Jacques d’Aigneaux et Louis de Caenchy, son frère, qui commandaient alors dans Barfleur, Carentan et les Ponts-d’Ouve, dont ils étaient parvenus à s’emparer, les remirent sans trop de résistance.
Mais il était d’usage de faire ses conditions, sans que, pour cela, l’on fût certain qu’elles seraient toujours respectées.....Il fut donc formellement stipulé, dans l’acte passé à Carentan le 16 mars 1577 (id es 1578), que, suivant la volonté du Roi et commandement à lui expressément fait, abolition leur serait donnée à eux et aux leurs de toutes les levées de deniers, impositions, exactions, pionnages et autres choses commises en la garde desdites places et à raison d’icelles
. »

Toustain de Billy, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte le même fait.

Jacques, le fils aîné de Nicolas, ne suivit point l’exemple de ses frères. Il resta constamment fidèle à ses rois, servit avec distinction Henri III et Henri IV, qui l’honorèrent de plusieurs lettres, fut fait successivement capitaine d’une compagnie de 200 hommes de guerre à pied, lieutenant au gouvernement et gouverneur de Granville et des îles de Chausey, mestre-de-camp d’un régiment de 10 compagnies de gens de pied, capitaine de 100 arquebusiers à cheval, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, et gentilhomme de la chambre des rois Henri IV et Louis XIII. Il était seigneur d’Agneaux et de la Haye, Le Plessis et Orbeville.

Des nombreuses lettres qui lui furent écrites relativement aux affaires militaires, on n’a conservé que les deux suivantes ; l’une du duc de Montpensier, l’autre de Henri IV :

« Monsr de Ste Marye m. de camp dun regiment de gens de pied pour le service du Roy Monseigneur.

Mons. de Ste Marye ayant entendu que vous, vos cappitaines et soldats naviez entieremcnt esté paiez par ceulx d’Evreux je leur escripts et au sr de Larchant aussy et m’asseure que le serez depuis le jour que vous entrastes en lad. ville jusques au vingtiesme de ce present moys iceljuy comprins, au quel jour je vous prye de partir et vous en venir avec vosdits cappitaines et soldats me trouver la part où je seray daultant que j’ay nécessairement affaire de vous pour le service de Sa Majesté et sur ce masseurant que vous satisferez a ce que dessus selon que je sçay et congnois vostre bonne volunté et affection, je ne vous feray ceste plus longue que pour prier dieu vous donner, Monsr de Ste Marye, ce que desirez.
De Caen ce XVe jour d’octobre 1590.
Vostre bien bon amy
. »
FRANÇOIS DE BOURBON.

« A Monsr de Ste Marye Me de Camp de lun de mes regimens de gens de pied.

Monsr de Ste Marye, j’ay mandé au sr de Canchy vostre frère, quil me vienne trouver avec sa compaignée et se rendre prez de moy le dix ou douzieme jour de juin au plus tard pour me servir en quelques occasions qui se présentent ausquelles m’asseurant que serez bien ayse d’estre employé, je vous ay faict aussi la presente affin que vous acheminiez avec vostre frère et ameniez vostre regiment le plus complet quil vous sera possible pour estre icy en mesme temps. L’asscurance que j’ay que vous ny voudrez faillir me fera finir la presente pryant dieu quil vous ayt, Monsr de Ste Marye, en sa ste garde. Du camp de Montfort-Lamaury le dernier jour de may 1591. »
HENRY.
POTIER.

Jacques de Sainte-Marie mourut avant le 17 juin 1618. Il avait pris pour première femme, le 26 février 1572, Catherine de Harlus, fille de messire François de Harlus, chevalier, seigneur et baron de Cramaille, seigneur du Plessis-Chastetain, et pour seconde, le 30 janvier 1589, Jacqueline Pigousse, veuve de noble homme Guillaume Lecoq, sieur de Lingreville, et fille unique de noble homme Jean Pigousse, sieur d’Iseran, et de noble demoiselle Luce Frestard. La première l’avait rendu père de Jacques II qui suit, et de Philippe, qui épousa Marguerite de Saint-Gilles, veuve en premières noces de Thomas de Carbonnel, et en deuxièmes, d’Olivier du Mesnil-Eury. Philippe était seigneur d’Orbeville, capitaine et gouverneur des îles et fort de Chausey en 1617, 1621 et 1630. Il mourut avant 1645.

De Jacqueline Pigousse, il avait eu un troisième fils nommé Louis, qui mourut en 1620, et fut, le 4 février, inhumé en l’église dudit lieu d’Agneaux, et mis à la chapelle dudit lieu avecques torches flambeaux et autres ceremonies ecclésiastiques. »

Jacques IIe du nom, seigneur d’Agneaux, épousa demoiselle Barbe de la Luzerne, fille de Messire Pierre de la Luzerne, chevalier, gentilhomme de la chambre du Roi, seigneur de Brévands, gouverneur du Mont-Saint-Michel. L’acte de mariage fut passé devant les tabellions de Carentan le 17 mai 1616.

Jacques de Sainte-Marie, seigneur d’Agneaux, la Haye-Bellouse, de Caenchy, Saux et Richebourg en partie, était gouverneur de Granville et des côtes voisines, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, gentilhomme de la chambre du roi Louis XIII, capitaine d’une compagnie de 100 hommes de pied. Il fut maintenu en 1623 dans sa noblesse par les commissaires au régalement des tailles, après l’avoir prouvée depuis Raoul son quatrième aieul. Il mourut le 24 juin 1641, après avoir recueilli trois successions importantes : celle de son père, celle de Louis de Sainte-Marie, seigneur de Caenchy, son oncle, et celle de Philippe de Sainte-Marie, seigneur d’Orbeville, son frère puîné. Il laissa quatre enfants, dont une fille :

• L’aîné, Jacques IIIe du nom ;
• Le deuxième, Pierre ;
• Le troisième, Léonor.

Ils étaient tous mineurs à la mort de leur père. Jacques se fit émanciper, et fut près de réduire à la mendicité ses deux frères,dont il était devenu le tuteur.

Le contrat de mariage de Jacques de Sainte-Marie avec demoiselle Madeleine Boutin, fille de Pierre Boutin, chevalier, seigneur et patron de Victot, Villiers-le-Sec, et Vieux, est à la date du 28 novembre 1641. Il fut fait en présence de Messire Jean de Saint-Denis, abbé de la Bloutière, de noble seigneur René de Sainte-Marie, seigneur et patron de Sainte-Marie et de Pont-Farcy, Antoine de la Luzerne, seigneur et patron de Brevands, Luc Duchemin, seigneur et patron d’Hebécrévon et la Haule, conseiller du Roi, lieutenant-général au bailliage de Saint-Lo ; Laurens Duchemin, seigneur et patron de la Vaucelle ; tous parents dudit seigneur d’Agneaux ; en présence aussi de M. Pierre d’Hérouville seigneur du lieu, de Messire Nicolas de Croixmare, président en la Cour des Aides de Normandie, de M. Jean de Bardon, seigneur des Vaux et autres, cousins-germains de ladite demoiselle.

En 1649, Louis de Bourbon (le grand Condé) lui écrivait :

« A Monsieur de Saincte-Marie l’un de mes gentilshommes.

Monsieur de Ste Marie je vous escris ce mot pour vous tesmoigner la satisfaction que jay des soings que vous prenez pour les choses qui regardent le service du Roy au lieu où vous estes dont jai reccu des asseurances particulieres.
Vous me ferez plaisir de continuer tousjours comme vous avez commencé et de demeurer par delà jusques à ce que je vous mande de vous rendre près de moy. Cependant je demeure

Monsieur de Ste Marie
vostre tres affectionné amy
. »
LOUIS DE BOURBON.

« De St Germain en laye le XXIe jour de mars 1649. »

Jacques était gentilhomme de la chambre du Roi, capitaine et gouverneur pour le Roi en la ville de Granville. Il y mourut le 3 mars 1664, et fut inhumé dans le caveau de sa chapelle, en l’église d’Agneaux, le 4 avril suivant.

Pierre, son frère, qui n’avait qu’une pension sur les biens d’Agneaux, épousa Charlotte Le Roy, fille de Pierre Le Roy, écuyer, et de Catherine de la Luzerne, le 19 février 1648. – En 1667, il était seigneur de Caenchy et du Lorey.

Léonor, le troisième fils de Jacques II, né en 1633 ou 1634, avait eu pour parrain Monseigneur l’évêque de Coutances, Léonor de Matignon, assisté de demoiselle de Semilly, veuve de M. de Semilly-Mathan. Il mourut à Caen, et fut inhumé à Agneaux, dans le caveau de sa famille, le 18 décembre 1672.

François-Louis de Sainte-Marie, fils de Jacques III, né le 6 mars 1646, eut pour parrain Messire François de Matignon, comte de Thorigny, assisté de noble dame Anne de Malon, son épouse. Il obtint, le 29 mars 1664, des lettres de bénéfice d’âge, et, par contrat du 1er mai 1666, épousa Marie-Anne du Moustier, fille de N. du Moustier, seigneur de la Motte, conseiller du Roi, et lieutenant-général au bailliage et siège présidial de Caen. Il mourut à l’âge de 41 ans, et le lundi de Pentecôte, 19e jour de mai 1687, il fut inhumé dans son caveau à l’issue de la grand’messe.

Il avait vendu le 3 avril 1687, pour la somme de 100,000 livres, à Jean Louvel, seigneur de Contrières, le manoir seigneurial d’Agneaux, les maisons de la basse-cour, la ferme de la Haye et la ferme de la Fouquelinière.

Nicolas IIe du nom, son fils aîné, seigneur d’Agneaux, la Haye, Victot, etc., retira l’acte de vente des mains du seigneur de Contrières, mourut à l’âge de 29 ans, et fut inhumé le 23 avril 1696 dans la cave estant soubs le chœur de l’église de lad. paroisse.

Après la mort de Nicolas, Thomas, son frère puîné, devint seigneur d’Agneaux. Il épousa, le 15 mai 1697, damoiselle Marguerite-Renée Mangon, fille de Messire Bernardin Mangon, écuyer, sieur du Coudray et des Marais, seigneur et patron de Nacqueville, Foucarville, etc.

Il avait été fait, en 1691, cornette dans la mestre de camp générale des dragons

Dans presque tous les actes du XVIIIe siècle, il est qualifié seigneur d’Agneaux, Sainte-Marie-outre-l’Eau, Gouvets, Pontfarcy et Courson.

Le 30 mars 1728, il décéda âgé de 60 ans environ, et fut inhumé le lendemain dans la cave estant soubs la chapelle en l’eglise d’Agneaux auprès de deux de ses enfants, dont l’un, Georges-François-Louis-René, y avait été déposé le 23 août 1700, à l’âge de 33 jours ; l’autre, âgé de 20 jours, y avait été déposé le 10 avril 1707. A l’occasion de sa naissance, son père, continuant ses bienfaits pour la décoration des chapelles et de l’église paroissiale, avait donné et fait planter une double avenue d’ormes dans le cimetière.

Sa veuve lui survécut long-temps : elle mourut le 29 novembre 1760 âgée de 90 ans, et fut inhumée dans la cave etant soubs la chapelle appartenant au seigneur d’Agneaux au costé du chœur du costé de l’évangile, par vénérable et discrepte personne Philippe Cadiou prieur et chanoine régulier en l’abbaye royale de Saint-Lo.

En mourant, Thomas de Sainte-Marie laissa deux enfants : Jean-Jacques-René, et demoiselle Jeanne-Angelique. Celle-ci, née au mois d’août 1708, fut baptisée le 20 août 1709, et nommée par noble dame Jeanne-Angelique de Boran et noble homme Jean Mangon, chevalier, seigneur des Maresqs, son époux. En faveur et reconnaissance de cette cérémonie, le seigneur d’Agneaux donna un drap mortuaire à l’église qui n’en avait plus.

Jeanne-Angélique de Sainte-Marie épousa, le 9 avril 1737, Messire Guy François de Lorimier, écuyer, seigneur de Gréville. La célébration du mariage se fit dans la chapelle du château d’Agneaux.

Jean-Jacques-René de Sainte-Marie, Ier du nom, fils de noble homme Thomas de Sainte-Marie et de noble dame Marguerite-Renée Mangon, né le 20 juillet 1704, fut reçu page du Roi dans sa petite écurie le 9 mars 1720. A la mort de son père, il prend les titres de seigneur d’Agneaux, Sainte-Marie-outre-l’Eau, Gonvets, Pontfarcy, Courson et la Haye-Bellouse, et, un peu plus tard, celui de marquis de Sainte-Marie.

Il épousa, le 2 octobre 1728, demoiselle Catherine Jacquier de Fontenay, fille de Philippe, seigneur de Sully, nièce de François, seigneur de Viels-Maisons, conseiller au parlement de Paris, et petite-fille de François-Jacques, munitionnaire-général des vivres et secrétaire du Roi.

« Le 20 avril 1734, mourut noble dame Catherine Jacquier, la mère des pauvres de sa paroisse, et modèle parfait de charité. »

Jean-Jacques-René de Sainte-Marie épousa en deuxièmes noces demoiselle Eustache-Emilie de Gencian qui, craignant destre surprise par la mort avant que davoir mis ordre a ses affaires temporelles, fit, le 14 octobre 1741, son testament olographe et declaration de ses dernieres volontés. Elle vivait encore en 1774, lors du mariage du marquis de Sainte-Marie, son beau-fils.

Le 6 juin 1763 décéda Messire Jean-Jacques-René de Sainte-Marie, âgé d’environ 59 ans, en son château seigneurial d’Agneaux, et il fut inhumé le lendemain dans la cave de sa chapelle.

Catherine Jacquier, sa première femme, l’avait rendu père :
• 1° de Jean-Jacques-René, le 8 mars 1730
• 2° d’Angélique Catherine, le 8 octobre 1732
• 3° et d’Antoine, le 2 avril 1734.

Jean-Jacques-René IIe du nom, seigneur d’Agneaux, ancien capitaine au régiment d’Orléans, fils de Messire Jean-Jacques-René, marquis de Sainte-Marie, et de demoiselle Catherine Jacquier de Viels-Maisons, épousa damoiselle Louise-Françoise de Pestalozzy, fille du marquis de Pestalozzy-Porretin, lieutenant-général des armées du Roi, et de demoiselle Gabrielle-Marguerite Houy de Cheveru. Le 4 avril 1774, le roi Louis XV et la famille royale signèrent son contrat de mariage.

Le 29 janvier 1770, sa sœur, Angélique-Catherine de Sainte-Marie, avait épousé, dans la chapelle du château d’Agneaux, Jean-Baptiste, comte de Vissec de la Tude, chevalier, capitaine dans le régiment des dragons d’Orléans.

Antoine, comte de Sainte-Marie, seigneur de Pontillaut, d’abord lieutenant au régiment des gardes, plus tard maréchal des camps et armées du Roi, chevalier de Saint-Louis, épousa damoiselle Adelaide-Elisabeth Le Carlier de Trosly.

Jean-Jacques-René IIe du nom, mari de Louise-Françoise de Pestalozzy, mourut âgé de 57 ans, à Montreuil-Bellay, le 28 mars 1787. L’acte de décès porte qu’il était seigneur de Sainte-Marie-Outre-l’Eau, Pontfarcy, Gouvets, Courson, Agneaux, la Haye-Bellouse, Saint-Ebrémond, Saint-Gilles, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment d’infanterie d’Orléans.

Jean-Jacques-René eut trois fils Hippolyte-Jean-Jacques-René, né le 1er janvier 1775 ; César-Louis, né en 1776, et Auguste-François, né le 6 novembre 1779.

Le représentant actuel de la branche aînée, M. Théobald, marquis de Sainte-Marie, est fils de M. Hippolyte-Jean-Jacques-René.

Importance et étendue du fief d’Agneaux

Aînesses qui le composaient

Le fief d’Agneaux, dont nous venons d’indiquer la suite des propriétaires depuis le milieu du XIe siècle jusqu’à nos jours, relevait de la baronnie de Saint-Lo.

En 1210, 1240 et 1280, il était possédé par un fief de haubert.

En 1373, « Monsieur Jehan de la Haie, chevalier, et dame Jehane Painel sa fame, à cause d’elle, tiennent de l’evesque de Coustances, par foy et par hommage, par raison de la baronnie de St Lo, lé fieu d’Aigneaux, o ses appartenances à court et usage et simple gage plege, par un fieu de haubert entier, dont le fief est assis en la parroisse de Saint Jehan d’Aigneaux. »

On lit dans un aveu rendu par l’évêque de Coutances en 1387 :

« Nous tenons du Roy nostre seigneur par une franche baronnie entière la baronnie de St Lo avec toutes ses appartenances, et par raison de ladicte baronnie sont tenuz de nous plusieurs frans fieux......... »

En 1402 et en 1410 noble dame Jehanne Paisnel, vefve de feu Monsieur Jehan de la Haie, tenait le fief d’Agneaux aux mêmes conditions.

En 1426, le fieu d’Aigneaulx était tenu de l’évêque de Coutances encore sous les mêmes conditions.

En 1494, Jean de Sainte-Marie rend aveu à l’évêque de Coutances, baron de Saint-Lo, d’ung fief noble noblement tenu à gaige plege court et usage nommé le fief et seigneurie d’Aigneaulx, tenu par ung tiers de fief de haubert, duquel sont tenus autres fiefs nobles par foy et hommage cest à savoir le fief de la Haye Belleuze et le fief de Quieneville.

Depuis le XVIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, les seigneurs rendent aveu dudit fief d’Agneaux et du fief de la Haye-Bellouse dans les termes suivants : si quelques-uns diffèrent, la différence n’existe guères que dans l’orthographe :

« Les terres et sieuries d’Agneaux et de la Haye Bellouse sont tenus dud. seigneur Baron de St Lo pour deux fiefs nobles, à gage plege, court et usage par deux tiers de fief de haubert dont le chef est assis en la paroisse d’Agneaux et à cause d’icelles sont deubs au seigneur d’Agneaux hommages, reliefs treizièmes, aides coustumieres, échéances de fief et autres rentes droits et debvoirs ; auxquels fiefs d’Agneaux et de la Haye y a manoir, savoir audit lieu d’Agneaux place de maison forte, domaines, jardins, colombiers, terres labourables, bois nommés les bois d’Agneaux et de la Haye non subjects ny à tiers ny à danger, ny a dixme et ..........

Item led. seigneur a garennes jurées et par eau et par terre por toutes lesdites seigneuries et a l’entour d’icelles en la rivière de Vire, lesquelles lesdits hommes sont subjets jurer garder, en laquelle riviere aucun autre que le seigneur d’Agneaux ne peut aller chasser ny pescher sans son congé et a droict de prison en son manoir d’Agneaux pour arrester et tenir les malfaiteurs qui sont trouvés et pris en lesdites seigneuries, avec droit d’avoir fourches ou justice à deux pilliers pour lesdits malfaiteurs qui sont trouvés et pris comme dit est, et estre punis selon l’exigence des cas.

Item a droit d’avoir prevost recepveur en ses seigneuries, et ses hommes subjects apporter ses rentes et redevances en tel lieu qu’il luy plaira en sesdictes seigneuries.

Item a droict de faire crier la vente des bois de sesdites seigneuries par trois jours de marché sur les pas de l’eglise de Nostre Dame de St Lo au lieu accoustumé à faire cris et publications toutes fois que sesdits bois seront en vente.

Item a droit de vertes et seches moutes sur ses hommes et tenans.

Item a droit de cours de cheminage par eau et par terre en sesdites seigneuries qu’il peut faire faire par son senechal, avec plusieurs autres droitures, dignités et services.

Item a droit de moudre son blé aux moulins du seigneur Baron de S’ Lo, appelés les moulins de Vire, lesquels sont situés sur ladite paroisse d’Agneaux.......... »

A cause desquels fiefs le seigneur d’Agneaux est subjet faire ou faire faire le service de deux tiers d’un chevalier en l’acquit de ladite Baronnie pour servir le Roy en son duché de Normandie, en la compagnie des autres nobles à ce subjets quand il fait semondre son ost, lequel service led. sr Baron est tenu faire savoir au seigneur d’Agneaux et par raison diceluy le seigneur baron est tenu luy paier les deux tiers de huit livres avant que partir de la ville de St Lo en la compagnie des autres nobles tenants en la manière accoustumée, reliefs traiziesmes quand le cas s’offre...........

Fiefs relevant de la seigneurie d’Agneaux

  - Le fief Ainsot ou Ansot, situé à la Clergerie, paroisse d’Agneaux.

  - Le fief de la Baillivetière, assis à Agneaux.

  - Le fief Baussain, assis en la paroisse d’Agneaux, près le village de Villechien, sur le bord du chemin tendant à l’église.

  - Le fief de Beaucoudray, assis au village de la Fouquelinière.

  - Le fief aux Bonsvoisins, ou des Bonsvoisins, était situé en Agneaux, au Bourgbisson. Ce fief était composé dès le XIIIe siècle. En 1258, les héritiers de Thomas Bonvoisin (Bonus vicinus) demeuraient près le chemin allant du pont de Vire à la Falaise.

  - Le fief du Bosc de Vire, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, au village du Bosc de Vire.

  - Le fief au Boucher, contenant 20 vergées, était situé dans le quartier de Hocquigny, en la paroisse d’Agneaux. Il est représenté aujourd’hui par les Clos Montbley

  - Le fief Bouteraye ou Boutray, assis en Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, au village de la Boutrerie, ou Boutrairie.

  - Le fief Burnouf, à Agneaux, contenant deux acres.
La tête de l’aînesse se trouvait derrière le Bourg-Bisson, sur le bord de la voie allant aux graviers de Vire.

  - Le fief de la Caboterie, assis à Agneaux.
Laurent Cabot demeurait auprès de la Haye-Bellouse en 1240, et y tenait du seigneur d’Agneaux un fief de deux acres que Hélie d’Agneaux vendit aux prieur et frères de l’Hôpital, fief que Laurent Cabot tenait des acquéreurs en 1258 et 1261.

  - Le fief des Cadrains ou des Caderons situé en Saint-Gilles, au village du Mesnil de bas.

  - Le fief de la Cauroudière sis à Agneaux.

  - Le fief de la Conardelerie ou de la Cornardelerie sis à Agneaux.

  - Le fief de la Corbillonnière assis à Agneaux, aux environs de l’église.

  - Le fief Crespel contenant 128 vergées, assis en la paroisse d’Agneaux, vers la basse Paumerie, autrement de la Vallée.

  - Le fief de la Douchetière assis au village de ce nom, en la paroisse d’Agneaux.

  - Le fief de la Fortunière ou de la Fortinière, assis au Tailleux, en la paroisse d’Agneaux.

  - Le fief Hallette, contenant, en 1414, onze acres, et en 1774, 44 vergées et demie et 5 perches, était assis en Agneaux, à la vallée Cagnon.

  - Le fief Hardichon assis à Agneaux.

  - Le fief Hardouin, ou Gaumain Belleau Bellée. Il s’étendait au village de Villechien, en Agneaux, et au village de Joigne, en Saint-Gilles.
Alexandre Hardoin demeurait à Agneaux en 1219, Robert Hardoin en 1252, 1260, et Thomas Hardouin en 1261 et 1277.

  - Le fief au Hocheur, au Haucheur ou Haucheux situé en la paroisse d’Agneaux, sur le bord du chemin tendant de Villechien au bois d’Agneaux.

  - Le fief au Hebêtre assis à Agneaux.

  - Le fief de la Hericherie ou de la Hericerie, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, au village de la hericherie.

  - Le fief aux Heriçons ou de la Herichonnière, assis en Agneaux, au village de Hocquigny, alias de la Herichonnière et appelé aussi le Village ès Sansons.

  - Le fief Jores-du-Bois, situé à Agneaux, sur le chemin tendant du Bourg-Bisson ès graviers de Vire, par le village de Guillaume-Michel.

  - Le fief Larchon, sis à Saint-Gilles au village du Mesnil de bas.

  - Le chef de l’aînesse du fief Machon ou au Machon, ou au Masson, était assis sur la rue tendant du Bourg-Bisson ès graviers de Vire.

  - Le fief au Malle assis à Agneaux.

  - Le fief Marguerey sis en Agneaux.

  - Le fief Marmion.
Thomas Marnion avait un tènement à Agneaux en 1254. Un autre Thomas Marmion y en avait un également en 1414.

  - Le fief du Maupas, assis à Agneaux. Ce n’était point, à proprement parler, un fief.

  - Le fief au Nain, sis à Agneaux.
En 1232, Mathilde, veuve de Philippe d’Agneaux, confirme aux religieux de l’Hôpital la terre que Jean Le Naim leur avait donnée en la paroisse d’Agneaux.

  - Le fief de la Paverie, assis en Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, entre le village de la Drourie et celui de la Boutrairie.

  - Le fief Petit Villain, sis près de l’église, contenait 4 vergées ou un acre.
Pierre Vilain demeurait dans les environs de Villechien, en 1261. Une voie conduisait de son habitation au chemin de Périers.

  - Le fief de Pierrepont. C’était le plus étendu de tous les fiefs de la paroisse d’Agneaux. Il était divisé en deux grandes aînesses, dont l’une contenait 70 acres et devait 37 sols 10 deniers, 8 boisseaux de froment, un boisseau d’avoine, 7 pains, 3 chapons, 4 gelines, et 60 œufs.
L’autre contenait 17 acres et devait 12 boisseaux de froment, 11 sols, 7 pains, 7 chapons, et 50 œufs. Plusieurs aînesses dépendaient de ces deux aînesses principales. C’étaient :

1° L’aînesse au Paumier, de 25 acres.

2° L’aînesse au Conardel, de 20 acres.

3° L’aînesse Rabasse, de 12 acres.

4° L’aînesse Douchet, de 3 acres.

5° L’aînesse au Meauffais, de 3 acres et demi.

6° L’aînesse Gringore contenant un acre et demi-vergée.

Ces renseignements sont fournis par des titres du XIVe et du XVe siècles.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, un fief Pierrepont assis au village du Val-de-Vire autrement de Guillaume-Michel, contenait 48 vergées.

Un autre fief Pierrepont assis aux villages de la haute et de la basse Paumerie contenait 100 vergées.

  - Le fief Me Robert de Pelains, de Pellains, ou de Plains, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, au village de Plains.

  - Le fief Popuchon de la haute Tremblée, à Agneaux.
Guillaume Popuchon demeurait à Agneaux en 1253.

  - Le fief Richard, contenant 18 vergées, assis en la paroisse de Saint-Evrémond, vers le village de Joigne.

  - Le fief au Rouxel.

  - Le fief au Rouxelet.

  - Le fief au Sauterel, en 1414, aux Sauterelles, en 1648. Sa contenance était de 22 acres ou 88 vergées, savoir : 24 vergées au village du Val-de-Vire, près la maison de Guillaume-Michel. (C’était la teste ainesse dudit fief), et le surplus, au village de la haute Tremblée et environs.

  - Le fief de la Sagerie, assis à Saint-Ebrémond.

  - Le fief de la Tremblée, dont la tête et la resséantise était à la basse Tremblée.

  - Le fief Maître Robert de Trouard, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, contenant 6 vergées.

  - Le fief Tourgis ou Turgis, dont la tête aînesse et la resséantise était située au sortir de Villechien, sur le chemin du moulin d’Agneaux.

  - Le fief du Val

  - Le fief des Vinerets ou ès Vinerils, assis à Saint-Gilles et Saint-Ebrémond, vers le village de Joigne ; la tête de l’aînesse était à Saint-Ebrémond.

Importance du Fief de la Haye

Le fief de la Haye était tenu au XIIIe siècle de l’évêque de Coutances, baron de Saint-Lo, par un tiers de fief de haubert.

Dans les titres de ce temps, il est désigné sous le nom de la Bellouse, de la Berlouse, de la Haye, de la Haye-Bellouse.

Le chef de ce fief était primitivement sis à Saint-Gilles, au village de Joigne, et il s’appelait le grand fief de la Haye. Voilà pourquoi, en 1210, Raoul, fils Hugues de la Haye, tenait de l’évêque de Coutances la troisième partie d’un fief à Saint-Gilles.

En 1234, Guillaume d’Agneaux, fils de feu Philippe, seigneur d’Agneaux, était propriétaire de ce fief. Il appartenait en 1250, 1254, 1255, à Hugues de la Haye, chevalier, qui avait son manoir à Agneaux, au lieu même de la Haye-Bellouse, où le manoir seigneurial a toujours, depuis lors, été fixé.

En 1411, le 6 juillet, devant les tabellions de Pontfarcy, noble et puissant seigneur Guillaume de la Haye, seigneur et baron de Coulonces, « vend, octroyé et transporte à Jehan de la Haye escuier seigneur de Villebaudon et à ses hoirs ou aians cause le lieu terre et seigneurie de la bellouse vallant cent livres de rente annuel, ledit fieu tenu à simple gaige pleige vendu pour le prix et somme de dix cens livres tournois ovecques vingt livres pour vin..... Le vendeur se réserve de conserver ledit fief sa vie durante, s’il le voulait, et se il avenoit que icelluy seign. de Coulonces eust hoirs yessans de lui, ledit achateur et ses hoirs seroient tenus rendre audit seigneur et à ses hoirs yessans de lui tout ledit marchié, par en rendant audit achateur tout ce que couste lui avoit. »

Il semble, d’après les archives de l’Hospice, que ce fief était encore aux mains de Messire Jean de la Haye ou de ses héritiers en 1444. Nulle part on ne voit que Richard d’Esquay, qui fut seigneur d’Agneaux de 1428 à 1460, ait pris le titre de seigneur de la Haye. Il pouvait néanmoins en avoir été propriétaire pendant quelques années de cette longue période car un de ses successeurs, Jean de Sainte-Marie, fils de Raoul, rendait, le 23 janvier 1494, aveu à l’évêque de Coutances, pour le fief noble d’Agneaux, « duquel estoit tenu un autre fief noble par foy et hommage cest assavoir le fief de la haye belleuse. »

En 1529, Jean Pellevé tenait de la seigneurie d’Agneaux la terre de la Haye-Bellouse, que son père avait déjà tenue de ladite seigneurie. Il en rendait aveu dans les termes suivants :

« De noble homme Jehan de Ste Marie seign. d’Agneaulx et de Caenchy noble et venerable personne maistre Jehan Poillevey prestre fils et héritier ainsné de deffunct maistre Robert Poillevey en son vivant escuier seigneur de Cully et de la Haye-Bellouze, confesse et advoue tenir par foy et par hommage dud. seigneur d’Agneaulx la terre et seigneurie de la Haye-Bellouze assise tant audit lieu d’Agneaulx, St Gilles et St Euvremont de Bonfossey que ailleurs où elle sestend, par ung huitiesme de fief de chevalier entier, auquel fief y a manoir, coulombier, jardins, preiz, boys de haulte fustée, plusieurs tailleiz, hommes, hommages, dommaynes, terres labourables et non labourables court et usage à simple gaige plege, reliefs XIIIe, aides coustumieres, gasteaulx de mariage et aultres services et redevances à noble fief appartenants, à raison duquel fief led. Poillevey confesse debvoir aud. seigneur d’Agneaulx cent dix sous tournois avecques ungs esperons de rente seigneurial par chascun an au terme St Michel à cause dud. fief de la Haye................

Receu par led. seigneur d’Aigneaulx par ainsi qu’il soit mis en forme en faisant hommage tel quil appartient par la coustume de normendie, dedens le jour St Jehan Baptiste prouchain venant.

Fait aujourduy XXVIIe jour d’octobre lan mil cinq cens vingt neuf. »

En 1564 Nicolas de Sainte-Marie est dit seigneur d’Agneaux, Caenchy et la Haye-Bellouse. Il était fils de Jean de Sainte-Marie et de Charlotte de Pellevé, fille de Jean, oncle dudit Jean Pellevé qui rendait aveu en 1529. C’était sans doute par cette alliance que la terre de la Haye était rentrée dans la famille des Sainte-Marie.

Au XVIIe siècle, elle se trouva pour peu de temps la propriété de Pierre Le Roy, écuyer, et de Jean Louvel, seigneur de Contrières ; et fut vendue, comme bien national, le 29 fructidor an II et le 29 vendémiaire an III, sur Hippolyte-Jean-Jacques-René de Sainte-Marie, émigré.

Fiefs relevant de la seigneurie de la Haye

La seigneurie de la Haye était composée de 27 fiefs ou aînesses, dont suit la liste.

  - Le fief de l’Aunay, contenant 64 vergées, assis à Saint-Ebrémond.

  - Le fief de la Bigoterie ou Bigottière, contenant 40 vergées, assis à Saint-Ebrémond, au village de la Bigoterie ou Bigottière.

  - Le fief de la haute Bretonnière, assis au village de ce nom, en Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, et contenant 84 vergées.

  - Le fief de la basse Bretonnière, contenant 64 vergées, assis à Saint-Ebrémond.

  - Le fief du Bosq, anciennement fief du Tot, assis aux paroisses d’Agneaus et Saint-Gilles.
Une partie était située sur le chemin allant du village du Bosq au grand chemin de Coutances ; l’autre des deux côtés du ruisseau faisant séparation des deux paroisses.

  - Le fief du Buot, contenant 43 vergées, assis à Saint-Ebrémond, au village du Buot ou Buhot.
L’aînesse ou resséantise se trouvait sur le chemin du ménage des Landes au chemin du Pont-Hain.

  - Le fief Caillou, sis en Agneaux, près de la Bissonnière, à la Caillourie ou la Caillouière contenait 40 vergées ou 10 acres.

  - Le fief de la Drorie ou de la Drouerie, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, et contenant 88 vergées, au village de la Drouerie.

  - Le fief de la Fessardière, contenant 40 vergées, assis au village de ce nom, en Saint-Ebremond-de-Bonfossé.

  - Le fief de la Glurie, contenant 40 vergées, assis à Saint-Ebrémond, sur le chemin de Saint-Lo à Saint-Ebrémond.

  - Le fief de la Goulventrie, contenant 64 vergées, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé.

  - Le grand fief de la Haye, autrement le fief de Joigne, devenu simplement une aînesse, contenait 68 vergées ; il était assis en la paroisse de Saint-Gilles, au village de Joigne et environs.

  - Le fief de la Londe, contenant 80 vergées, assis à Saint-Ebrémond.

  - Le fief de la Londière, contenant 34 vergées, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, (mieux le fief de l’Ondière ou des Ondières, toutes les pièces de terre qui le composent s’appelant les Ondières), était situé entre les fiefs de la Londe et de la Fessardière.

  - Le fief de la Masure, contenant 40 vergées, assis à Saint-Ebrémond, jouxte le chemin de Saint-Ebremond à Saint-Lo, au village de la Masure.

  - Le fief au Miard, contenant 28 vergées, assis à Saint-Ebrémond, jouxte le sieur de Tourniere et le chemin de Saint-Lo à Villedieu.

  - Le fief du Mont, contenant 36 vergées, situé à Saint-Gilles et à Agneaux.
Plusieurs pièces étaient situées sur la rue de la Goutelle ; plusieurs autres sur le chemin de Villechien au moulin d’Agneaux, et le chemin de Saint-Lo audit moulin.

  - Le fief Noiret, contenant 7 vergées, vis-a-vis l’ancienne maison du vicaire d’Agneaux, entre les deux grands chemins de Saint-Lo à Periers et Coutances.

  - Le fief de la Ratourie, ou Ratourerie, ou Retorrerie, contenant 16 vergées, assis au village de ce nom, en la paroisse de Saint-Ebrémond-de-Bonfossé. La tête, aînesse ou resséantise, se trouvait sur l’eau de Joigne.

  - Le fief de la Ricquerie, contenant 138 vergées, assis à Saint-Ebrémond, au village de ce nom. L’aînesse et resséantise était située sur le chemin de la Drourie à l’église.

  - Le fief du Pont, ou Robert du Pont, contenant 20 vergées ; assis à Saint-Ebremond, contre le fief du Buot.

  - Le fief de la Sagerie, contenant 28 vergées, assis à Saint-Ebrémond. L’aînesse et resseantise était sur la pièce de la Sagerie, butant au chemin de Saint-Lo à Villedieu.

  - Le fief de Sept-Acres, sis à la Fouquelinière, paroisse d’Agneaux. Ce fief, quoique appelé de Sept-Acres, contenait 48 vergées.

  - Le fief de Sequeville, assis à Saint-Ebremond-de-Bonfossé, et contenant 64 vergées. La resséantise était située sur le chemin de Sequeville à la Drorie.

  - Le fief Vacquelin, contenant 16 vergées ou 4 acres, était assis en Agneaux, au village de la Clergerie.

  - Le fief du Val, assis à Saint-Ebrémond-de-Bonfossé, au village du Val et environs, et contenant 64 vergées.

  - Le fief du Val, assis à Saint-Gilles, contenant 80 vergées, dont la tête, aînesse et resseantise, était située sur le chemin tendant du village du Mesnil au Vey Lachon.

Outre les redevances particulières spécifiées ci-dessus, la plupart des fiefs composant la seigneurie de la Haye devaient à ladite seigneurie :

« Au moys d’aoust une journée d’ung scyeur pour ayder à scyer les bleds du seigneur, service d’un homme garny d’une fourche pour aider a faire les foings faisables du prey naif, qui était du domaine non fieffé de la Haye ; deulx corvées ou prieres de charrue, autrement de harnoys à charue aux deulx saisons de l’an, scavoir est une à chacune saison des bestes de harnoys tirantes, liantes et deliantes sur ledit fief : ung denier de tournu au prevost de la seigneurie d’Agneaux allant au sr Baron de St Lo, service de prevosté en son tour et degrey, comparence es pleds de gage plege, et election de prevosté, reliefs, XIIIes, aides coustumieres, et autres droits et devoirs sieuriaux.

Source :

Notes

[1] M. Delalande, Histoire des guerres de religion dans la Manche, p. 3.

[2] Tom. V, p. 136 et 137.

[3] Voy. aussi Recherches sur les anciens châteaux, par M. de Gerville ; Histoire des guerres de religion dans la Manche, par M. A. Delalande

[4] Voy. Masseville, Toustain de Billy, Seguin, Delalande, etc.

[5] Voy. Delalande, Histoire des guerres de religion dans la Manche, p. 53, 55 et 56.

[6] NDLR : Voir cette lettre : Notices, mémoires et documents, par Société d’Agriculture, d’Archéologie et d’Histoire Naturelle du Département de la Manche, Saint-Lô, pages 107 et 108

[7] Voir Toustain de Billy, Mss.

[8] Histoire des guerres de religion, etc.

[9] Notes généalogiques de la famille Sainte-Marie.

[10] Mém. de M. Saint, cités ut supra.