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La maison natale de Charlotte Corday


NDLR : Texte de l’année 1911 : Voir source en fin d’article


......Nous quittons ce matin Vimoutiers, [1] « par cet admirable chemin qui gravit la colline herbeuse, plantée de pommiers, abritant la petite ville, puis, par la route monotone des plateaux, bordée de haies épaisses, masquant la vue des herbages. De là, à certains moments, on a des échappées magnifiques sur les vallons qui vont à la Vie. Mais le paysage le plus agreste de cette agreste contrée, c’est le vallon des Champeaux. Imaginez un immense cirque, aux parois en pentes raides, tapissées d’herbages... puis d’innombrables pommiers couvrant les pentes, se pressant dans les fonds jusqu’au bord de deux étangs dans lesquels se mirent une église à la flèche d’ardoises, élancée, et une maison d’école ; église et école avec le cimetière forment tout le village des Champeaux. Cet abîme de verdure est d’un calme absolu ; sans quelques minces filets de fumée bleue, décelant les habitations cachées parmi les arbres, sans le bruit des battoirs des lavandières à une source sortie de la colline, on pourrait croire le pays désert...

A un quart de lieue de l’église, à l’ombre de vieux poiriers peut-être plus que centenaires, est une maison humble parmi les plus humbles de ces herbages, faite de torchis et de poutrelles entrecroisées ; une chaumière aux abords gardés par des barrières de bois brut, ne laissant qu’un étroit passage pour le visiteur, là naquit Charlotte Corday.... » (Img1 du portfolio)

Jusqu’à ce jour, rien ne rappelait ici le souvenir de cette naissance. La tradition s’était évanouie en bien des mémoires et plusieurs historiens de Charlotte Corday se sont trompés sur son lieu d’origine.

Pourtant, l’acte de baptême, conservé aux Archives Nationales, ne peut nous laisser aucun doute.

« Ce vingt-huit de juillet mil sept cent soixante-huit, par nous soussigné curé, a été baptisée Marie-Anne-Charlotte, née d’hier du légitime mariage de messire Jacques-François de Corday, écuyer, seigneur d’Armont et de noble Dame Marie-Jacqueline de Gautier, son épouse ; le parrain, messire Jean-Baptiste-Alexis de Gautier, écuyer seigneur de Mesnival, la marraine, noble Dame Françoise-Marie-Anne Levaillant de Corday, le père présent :

Ont signé : Levaillant de Corday, Gautier de Mesnival, Corday d’Armont, J. Pollard, curé de cette paroisse des Lignerits. »

C’est donc bien ici, au manoir du Ronceray, logis de la famille de Corday, sur la paroisse de Saint-Saturnin des Lignerits, aujourd’hui supprimée, que notre héroïne vit le jour. Et, pour qu’il en demeure un visible témoignage, notre Société a fait poser sur la pauvre maison de colombage une plaque de marbre blanc.

Nous venons aujourd’hui la consacrer officiellement (Img2 du portfolio) et, dans la salle ou Charlotte vécut, nous signons tous le procès-verbal de cette cérémonie : « Le vendredi 19 août 1910, les membres de la société Historique et Archéologique de l’Orne ont posé sur la maison du Ronceray une plaque commémorative de la naissance de Charlotte Corday, ainsi rédigée » :


DANS CETTE MAISON DU RONCERAY
SUR LA PAROISSE DES CHAMPEAUX
EST NÉE, LE 28 JUILLET 1768,
MARIE-ANNE-CHARLOTTE DE CORDAY
DE JACQUES-FRANÇOIS DE CORDAY
ECUYER, SEIGNEUR D’ARMONT
ET DE MARIE-JACQUELINE DE GAUTIER.

« Et ce, en présence de M. Boutigny, maire des Champeaux, et de M. l’abbé Maillard, curé de la dite paroisse. En foi de quoi ils ont signé. »

         Suivent les signatures.

Puis M. Tournoüer nous montre une fort belle collection de portraits de Charlotte Corday qu’il a pu rassembler. Il est bien difficile de se faire une idée de ce que fut la jeune héroïne. Ses images, même les plus anciennes se ressemblent fort peu entre elles et les plus vraisemblables ne sont malheureusement pas les plus séduisantes. C’est dommage ! Les romantiques l’ont peinte si touchante.

M. de Brébisson, toujours si renseigné, lorsqu’il s’agit de traditions Normandes, nous communique une note intéressante :

« Charlotte Corday habitait à Caen, chez sa tante, Mme de Bretteville, presqu’en face l’église Saint-Jean. C’est de là qu’elle partit pour Paris, pour aller tuer Marat.
Mon grand’père, Jean-Baptiste-Gilles de Brébisson, né à la Brébissonnière, paroisse de Saint-Symphorien, près Thorigny (Manche), le 22 juin 1760, fut orphelin à l’âge de 14 ans et vint habiter à Caen avec son tuteur.

Il allait souvent chez Mme de Bretteville et il signa, le 8 mars 1793, avec Marie de Corday (car on ne l’appelait pas Charlotte), les pactions du futur mariage d’Augustin Leclerc, intendant de Madame de Bretteville.

Pour preuve un calque, envoyé à mon père en 1870 par M. Chartel Vatel, neveu de M. de la Sicotière et auteur de Recherches sur Charlotte Corday. On verra que c’était peu de temps avant la mort de Marat (13 juillet 1793), et l’exécution de Charlotte Corday le 17 juillet 1793). »

Nous reproduisons un calque de la signature autographe qui figure au bas du pacte de mariage. (Img3 du portfolio)

Source :

Portfolio

Maison natale de Charlotte Corday A la maison de Charlotte Corday : plaque commémorative de sa (...) Un calque de la signature autographe de Charlotte Corday

Notes

[1] Ardouin-Dumazet, Voyage en France. 2e série