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Contes de la mer et des grèves, par Jean de Nivelle (Charles Canivet)

1889 - 157 pages


• Ouvrage illustré de soixante et une gravures
• Dessins hors texte par Ferdinandus, A. Guillemet, C.E. Matthis

Table des matières

• Le moine de Saire
• Frère Porphyre
• Le deuil de grand-père
• La pension de Jeannot
• La fin d’un bateau
• A la belle étoile
• Les oies du château de Pirou
• Le chien du patron
• Souvenir d’enfance
• La pendule de tante Justine
• Le moulin fantastique
• La crèche de M. le Curé
• La Noël de Clairette
• Les petits sabots
• La pêche miraculeuse


Deux mots de préface (extrait de cet ouvrage)

« Ce petit livre n’a point de grandes prétentions : il n’est guère autre chose que la réunion d’impressions sincères et durables, de souvenirs locaux, recueillis çà et là, par l’auteur, dans les champs et le long des côtes d’un pays qu’il aime, et où le passé, barbare si l’on veut, mais toujours grand, se dresse à chaque pas, et provoque des émotions artistiques incomparables.

Le littoral septentrional du département de la Manche, si différent, comme aspect, des côtes prochaines du Calvados, est une des régions riveraines les plus curieuses de la Basse-Normandie. Ici, fertile et riant comme un bocage, il se montre, plus loin, sombre et menaçant comme un chaos.

Le val de Saire, si ombreux, si verdoyant, si boisé, vient mourir à quelques pas de la mer, et tout d’un coup, vers l’ouest, l’aspect change. Sans transition, la lande apparaît, couverte de roches à demi ensevelies dans les bruyères ou sous les ajoncs ; puis c’est la grève infinie avec son interminable ceinture de blocs énormes et ravagés, de récifs et de brisants.

Le caractère des habitants garde quelque chose de ce contraste, selon qu’ils vivent du sol fertile ou de la mer dangereuse ; et, chose étrange, malgré l’invasion anglaise qui roula sur eux, pendant plus d’un siècle, ils ont conservé le type des hommes du Nord, de ces hardis et farouches Scandinaves, dont le souvenir est écrit, à chaque pas, en lettres formidables, comme ce Hague-Dike qui, partant de Herqueville, à l’ouest de Cherbourg, coupe en deux le bout de la presqu’île de la Hague, et mettait jadis les envahisseurs à l’abri d’un retour offensif des envahis.

C’est malgré soi, qu’en errant le long de ces côtes, on évoque les temps disparus, et que l’on ressuscite, en imagination, des jours bien voilés par la nuit croissante des siècles, mais qui gardent pour l’artiste, fils du sol, une émouvante et sauvage grandeur.

Naguère encore les légendes locales et les récits merveilleux y étaient populaires ; mais tout cela s’envole successivement, emporté sur les ailes de la vapeur. Il n’en sera plus note peut-être à la fin du siècle. A peine en retrouve-t-on trace, à l’heure qu’il est, dans les annuaires départementaux et dans les bien rares collections de feuilles régionales où des lettrés et des érudits se plaisaient, il y a cinquante ans, à les écrire et à les faire renaître.

Rien n’est plus fâcheux. La légende, qui est l’essence même de l’esprit d’un pays, ferait comprendre assurément bien des choses, maintenant perdues, ou à peu près, dans l’obscurité des années.

Ici, je me suis borné à quelques récits riverains ou maritimes, qui forment une série de tableaux n’ayant d’autre mérite que leur exactitude, et, je le crois, leur couleur et leur saveur de terroir particulières.

Tout en faisant agir des enfants et des hommes, dans un cadre parfois miraculeux, je me suis efforcé, cependant, de mêler quelque réalité à cette poésie des choses qui, dans la littérature contemporaine, tient une place de plus en plus prépondérante, et donne un charme particulier à tant de récits imaginaires.

Y suis-je parvenu ? Je le désire vivement, sans oser l’espérer. »

            Paris, octobre 1888.

                        Jean de Nivelle


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