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Canville - Ancien château : le château d’Ollonde



NDLR : En raison de l’existence d’un autre Canville en Seine-Maritime (aujourd’hui Canville-les-Deux-Églises), l’appellation de Canville-Canteraine fut proposée en 1828 par Louis Du Bois pour la commune de la Manche. Le déterminant -Canteraine faisait référence à un hameau qui semble avoir disparu aujourd’hui : il était situé sur l’Ollonde, à proximité de la Sivarderie et des Cailloux Quenault. Ce nom, attesté sur les cartes de Cassini (1753/1785) et d’État-Major (1825/1866) sous la forme Cantereine, est issu de l’ancien normand cante raine « chante grenouille », et désigne un lieu humide fréquenté par ces mélodieux batraciens.
Le déterminant actuel -la-Rocque fut ajouté en 1939, d’après un autre hameau situé sur le territoire de la commune, et aujourd’hui subdivisé en la Rocque de Haut et la Rocque de Bas. On le trouve attesté sur la carte de Cassini sous la forme les Rocq, et sur la carte d’État-Major par la Roque de Ht et la Roque de Bas. Ce nom représente la forme normano-picarde du mot roche, très fréquemment employé en toponymie au sens de « château-fort, place fortifiée ». (Wikimanche)


Texte de 1825 : Voir source en fin d’article


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l est indubitable qu’un seigneur de Canville était à la Conquête d’Angleterre ; qu’il eut dans ce royaume des concessions très-étendues, et que sa famille joua un grand rôle dans ce pays jusqu’au règne d’Edouard II ; [1] mais comme il existe en Normandie deux paroisses de Canville, on peut douter laquelle fut le berceau de cette illustre famille Anglo-Normande. Voici les raisons qui m’ont déterminé en faveur de celle qui fait l’objet de cet article.

Je trouve d’abord deux alliances entre les anciens Canville et des familles du canton de la Haie-du-Puits, où est située notre paroisse. Sous le règne de Jean-sans-terre, Richard de Canville épousa la veuve de Thomas de Verdun ; Gilbert, son père, avait épousé Nicole, fille aînée de Richard de la Haie-du-Puits. [2] On doit penser naturellement que des femmes du diocèse de Coutances, se marièrent dans leur pays plutôt que dans le pays de Caux.

Une autre alliance fortifie ma conjecture. Raoul d’Harcourt, qui vivait à la fin du XIIe siècle, épousa Isabelle, fille et unique héritière de Richard de Canville. [3] A cette époque la Baronnie de Saint-Sauveur venait de passer dans la famille d’Harcourt. [4] Canville est à une lieue de Saint-Sauveur, le voisinage milite encore ici en faveur de notre département. J’avoue que je suis encore réduit à des probabilités ; en voilà déjà plusieurs ; mais ce qui leur donne un très-grand poids, c’est qu’outre le château actuel d’Ollonde à Canville [5], qui remonte au XVe ou XVIe siècle, on trouve sur le même terrain la motte et l’emplacement d’un château antérieur, et qui remonte assez probablement au temps de la conquête. J’ai fait faire dans le département de la Seine-Inférieure, beaucoup de recherches pour savoir s’il existait à Canville en Caux, des restes d’un ancien château, ou au moins des traces de son emplacement ; mon savant ami, M. Auguste Le Prévost, qui recherche les antiquités de la Haute Normandie, avec la plus infatigable persévérance, et qui, par une complaisance particulière que je ne puis trop reconnaître, a bien voulu faire sur le Canville de la Seine-Inférieure, les recherches les plus attentives, est convenu qu’il n’a pu rien y découvrir de ce genre. Son témoignage est d’autant plus précieux, qu’il connaît parfaitement cette partie de la Normandie, et qu’il avait pensé qu’on pouvait avec probabilité y placer le berceau des Canville d’Angleterre.

Dans le registre des fiefs de Normandie, sous le règne de Philippe Auguste, on voit que le château d’Ollonde à Canville, relevait avant ce règne de la baronnie (de honore) du Plessis, [6] dont le chef-lieu, comme nous le verrons bientôt, était très-voisin de celle de la Haie-du-Puits.

En citant le registre de Philippe-Auguste, il est indispensable de donner aussi quelques détails sur les Canville d’Angleterre et de Normandie, antérieurement à ce Roi.

Tandis que notre province était encore sous la domination des descendants de Guillaume le Conquérant, Gérard de Canville, qui joua un rôle important en Angleterre, où il avait de grandes possessions, avait aussi des seigneuries en Normandie.

Gérard et Richard de Canville souscrivirent à Valognes, avec plusieurs seigneurs du Cotentin, une chartre du Roi Henri II, en faveur de l’abbaye de Savigny. [7]

A la même époque, Gérard de Canville figure dans la liste des possesseurs de fiefs en Normandie, extraite du livre rouge de l’échiquier. [8]

Robert de Canville est cité parmi les chevaliers du Cotentin, qui comparurent à Tours, en 1272. [9]

Si l’on veut connaître l’importance des Canville en Angleterre, on peut consulter les actes et les histoires du XIIe siècle. Le baronnage de Dugdale et les Pairages éteints de Banks et de Collins. [10] Ceux d’Outremer portaient de sinople à trois lions passants d’argent armés et lampassés de gueules. [11] Il est probable que ceux de Normandie, qui étaient les mêmes, avaient le même écusson.

Parmi les possesseurs du château d’Ollonde, postérieurs à Philippe-Auguste, je trouve, en 1257, Thomas Néel, filius Johannis militis, qui confirme à l’abbaye de Saint-Sauveur, les donations faites par ses prédécesseurs et dépendantes de cette seigneurie.

Vers le milieu du XIVe siècle, Jeanne Bertrand, héritière de la baronnie de Briquebec, épousa Guillaume Paisnel, baron de Hambye et seigneur d’Ollonde. [12]

En 1467, Franco, fille de Guy, baron de Mareuil en Angoumois, et de Philippe Paisnel, dame d’Ollonde, épousa Philippe d’Harcourt, et mourut sans enfants.

Jacques d’Harcourt, cinquième fils de Jean, seigneur de Bonnestable, [13], qui mourut en 1550, avait épousé Elisabeth Bouchard d’Aubeterre, dame d’Ollonde, fille de Louis Bouchard, [14] dit le chevalier sans reproche, et de Marguerite de Mareuil.

Depuis ce temps la branche d’Ollonde fut distincte du reste de la famille d’Harcourt ; elle subsiste aujourd’hui dans MM. Amédée et Emmanuel d’Harcourt : le premier est Pair de France ; l’autre, membre de la chambre des députés pour le département de Seine-et-Marne.

Ce qui reste d’habitable au château d’Ollonde est converti en une ferme, dont la construction remonte pour la majeure partie au XVIe siècle. Ce bâtiment, ainsi que ceux de ce temps, est plus pittoresque que commode à habiter ; en arrière il est flanqué de tours carrées, qui semblent avoir été entièrement calculées pour la défense. Ces tours et leurs courtines qui forment des angles saillants et rentrants, me semblent plus anciennes que la maison manable ; mais un peu plus loin on remarque plusieurs mottes ou élévations de terrain, qui formaient je pense l’emplacement du château primitif, dont on voit des pans de murs démolis et dispersés dans les fossés, qui sont encore profonds vers le couchant, et qu’on pouvait remplir d’eau très-facilement.

Au lieu d’une motte simple et conique, comme celles qui indiquent généralement la place des châteaux du moyen âge, et plus particulièrement ceux du temps de la conquête, on voit ici plusieurs petites élévations rangées irrégulièrement, et en apparence indépendantes les unes des autres. Seraient-ce les restes d’une ancienne enceinte ?

L’emplacement où existait cette forteresse est sur une élévation à l’angle formé par la réunion d’un ruisseau à la petite rivière de Gris ; justement à la limite des arrondissements de Valognes et de Coutances.

A l’entrée de la cour vers le levant, on retrouve les restes de deux tours jadis destinées à en empêcher l’accès aux ennemis.

Le donjon, les tours de différentes formes qui composent une partie du château d’Ollonde, l’aspect peu commun de ces tours quarrées qui flanquent les derrières de l’enceinte, forment une réunion plus confuse que pittoresque. L’effet de l’ensemble est imposant, mais peut-être singulier et incohérent.

Je me suis procuré deux plans de ce château ; celui du cadastre, et celui qui fut levé il y a environ cinquante ans, pour M. le marquis d’Harcourt ; celui-ci contient plus de détails, et particulièrement l’indication des anciens retranchements.

Source :

Notes

[1] Masseville, Hist. de Normandie, tom. I, p. 200. T. Talleur apd. Holingshed. — Collins Peerage, édit. de 1708, tom. II, p. 153.

[2] Collins ub. sup. Dugdale’s Baronnage. — Bank’s Extinct Peerage, tom. I, p. 99.

[3] Collins’s Peerage by sir Egerton Brydges, tom. IV, pag. 432 et 3. — Laroque, maison d’Harcourt, tom. I.

[4] V. sup. art. Saint-Sauveur.

[5] NDLR (Wikipedia) : Le château d’Ollonde (16e/18e), inscrit à l’Inventaire des monuments historiques, a servi de cadre au roman de Jules Barbey d’Aurevilly : Une Histoire sans nom.

[6] Lib. feodorum Domini Regis Philippi apd. Lib. nigr. episcop. Constant. feoda honoris de Litebare.

[7] Cartul. de Savign. episc. Constant. Cart. III.

[8] Apd. Ducarel, traduction française, page 240.

[9] Rolle cité par Laroque, traité du ban et arrière-ban, pag. 90.

[10] Banks, tom. 1, pag. 49

[11] V. Aussi Beauties of England. Britton’s Lincolnshire, pag. 607.

[12] Hist. des Grands Officiers de la couronne, tom. VI, p. 691.

[13] Ibid, tom. IV, pag. 140.

[14] Ibid, pag. 142.