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Rideauville : rattachement à Saint-Vaast-la-Hougue ; église



Voir sur le BIS : Rideauville - ruines de l’église


Texte de 1897 (voir source en bas de page)

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e n’ai pu recueillir que des renseignements très imparfaits sur la partie de Saint-Vaast qui formait autrefois la commune de Rideauville. Je regrette que mes recherches n’aient pas donné de résultat plus heureux, car je suis certain que l’histoire de cette ancienne paroisse aurait présenté un réel intérêt.

Cependant, il est avéré que Rideauville a été érigé en commune, depuis 1613 jusqu’à 1793 inclusivement, et tout porte à croire que c’est à cette dernière époque que la commune, sans aucune ressource, ayant peu d’habitants, fut rattachée officiellement à Saint-Vaast-la-Hougue.

En trente ans, Rideauville avait perdu toute son importance ; jusqu’en 1762, il fournissait encore son contingent de gardes-côtes.

Sur un projet de réunion de communes du département de la Manche, adopté par le Conseil général, le 15 Prairial an X, après examen et discussion des projets présentés par les Conseils d’arrondissements communaux, on lit :

  Noms des communes dont on propose la réunion :
  SAINT-VAAST-LA-HOUGUE, RIDEAUVILLE.
  Population totale : 3,089 HABITANTS.
  Nom que portera la nouvelle commune :
  SAINT-VAAST-LA-HOUGUE.

Déjà, le rapport du 1er Prairial an X, adressé au préfet par le sous-préfet de Valognes, présentait la commune de Rideauville comme étant depuis longtemps réunie à celle de Saint-Vaast. La décision du Conseil général ne fit donc que ratifier ce qui existait.

En l’an 2, Rideauville figurait sur le Dictionnaire des Communes de France, et le dénombrement de la population de l’arrondissement de Valognes, en l’an 8, ne le mentionne plus. Saint-Vaast est relevé avec 3,089 habitants, comme au jour de la réunion des deux communes.

Dans un travail qui fut fait en l’an 12, on trouve les indications suivantes :

Saint-Vaast et Rideauville, communes réunies sous le nom de Saint-Vaast-la-Hougue, n’ont plus pour église que celle de cette dernière commune.

L’église de Rideauville fut rendue à l’exercice du culte et érigée en Annexe, par un décret Impérial du 2 complémentaire an 13.

Quoique le personnel de l’église ne se composât que du prêtre officiant et du Custos, Pierre Loit, alors âgé de 18 ans, père de notre Maître chantre actuel, la commune de Saint-Vaast ne put supporter cette charge, et l’entretien de deux églises devint trop coûteux. Celle de Rideauville, fort ancienne, ne fut plus, du reste, en état de recevoir les fidèles et on l’abandonna.

Le mobilier fut transporté successivement dans l’église de Saint-Vaast, qui avait été dévastée à la Révolution et manquait de tout.

Les habitants de Rideauville virent disparaître avec peine tous les objets qui appartenaient à leur église. Quant vint le tour du Christ, qui est d’une sculpture remarquable, personne ne voulut le descendre de la place qu’il occupait. On finit par convaincre un nommé Martin Bodet, qui s’acquitta de cette tâche avec regret. Le voiturier Pierre Groult, transporta ensuite le Christ dans sa voiture, jusqu’à l’entrée de Saint-Vaast, d’où les matelots le portèrent processionnellement à sa destination.

La chaire de notre église et les fonds baptismaux proviennent également de Rideauville.

Rideauville possédait cinq cloches. Les deux plus importantes furent réquisitionnées pour la fabrication des canons, et l’on hissa les trois autres dans le clocher de Saint-Vaast.

Les habitants de Rideauville vont maintenant à la messe à Saint-Vaast. Dans les premières années, aucun d’eux ne manquait d’assister à celle de minuit ; on les autorisait à dormir dans l’église, en attendant que le jour leur permit de regagner le hameau.

On assure, toutefois, que les jeunes filles et les jeunes garçons préféraient s’en retourner bras dessus bras dessous, en chantant, par un beau clair de lune, les cantiques de Noël.

Les murailles de l’église de Rideauville sont couvertes d’inscriptions, prouvant les nombreuses visites que les Saint-Vaastais y ont faites. Beaucoup de ces inscriptions sont effacées ou noircies par le temps ; celle qui tranche le plus sur ces ruines antiques est le nom de

BASTIEN (1840)

On trouvera peut-être un jour, lorsqu’on détruira les fondations de l’église, quelques indications qui permettront de préciser la date de sa construction.

Des centaines d’années se sont écoulées depuis la pose de la première pierre, cela n’est pas douteux, puisque déjà, en 1730, l’église menaçait ruine. Le curé, M. Duchesne, formait alors le dessein de la faire réédifier, et, pour y réussir, il comptait sur la générosité des seigneurs du voisinage et surtout sur la libéralité du baron de Beauvais, qui lui avait promis tous les bois nécessaires à la charpente.

Deux ans plus tard, l’abbé Duchesne avait réussi dans ses projets et obtenu l’assistance généreuse des châtelains, près desquels il avait plaidé la cause de son église, car on lit dans un procès-verbal du 24 août 1732 :
« Nous avons trouvé l’église approchante de sa perfection, par les soins et la dépense du S. Curé qui travaille à l’édifier tout de neuf depuis les fondements jusqu’à l’élévation..... Nous espérons la trouver dans sa perfection, moyennant le temps qui est nécessaire pour y réussir, et que nous prions Dieu de lui accorder. »

Puis, le 31 mai 1740, un nouveau procès-verbal mentionna en ces termes la fin des travaux :
« Avons trouvé une église toute neuve, bien pavée, lambrissée, avec deux autels très propres et une contretable très belle..... »

Le dernier presbytère de Rideauville, portant la date de 1722, appartient maintenant à M. Lefilliatre qui reçoit avec la meilleure grâce du monde, le visiteur qui va rêver au passé dans cet humble petit cimetière, où les jeunes veaux pétinent et folâtrent sur l’herbe des tombeaux.

Les caractères gravés sur deux sépultures, dont l’une est à l’intérieur et l’autre à droite de l’église de Rideauville, sont devenus à peu près illisibles. La première épitaphe est ainsi conçue :


CY GIST LE CORPS DE DISCRETTE
ET HONORABLE FAMME CATERINE BVHO
VEVE DE FEV M. JEAN DE LA PORTE
LAQVELLE EST MORTE LE 31 DE XBRE 1705
LAN DE SON AGE 43 ET 2 MOIS
PRIEZ DIEV POVR SON AME

La seconde porte les lignes suivantes :

ICI REPOSE LE CORPS DE M. JEAN ANTOINE LEVAVASSEUR ANCIEN CHANOINE DE L’ÉGLISE PAROISSIALE DE St MAUR LES FOSSEZ CURÉ DE CETTE PAROISSE QU’IL A GOUVERNÉE PENDANT 27 ANS, MORT LE 12 DE NOVEMBRE 1773 ÂGÉ DE 98 ANS.

On a conservé les noms de cinq prêtres qui ont précédé M. Levavasseur à la cure de Rideauville. Ce sont :

     Louis Deloucelle en 1679
     Antoine De La Cotte en 1690
     Georges de la Porte en 1707
     Jean Prevastel en 1720
     Christophe Duchesne en 1721

M. Levavasseur a dû entrer en fonctions vers 1740, car il a signé le procès-verbal de la visite faite à Rideauville, le 31 mai de cette année, par l’Archidiacre du Cotentin.

Dans les dernières années de son existence, et quoique conservant intégralement la direction de la paroisse, M. Levavasseur a été secondé, dans l’exercice de son ministère, par les abbés Ledanois, Blainvillain, Cleret et Mallet.

Les extraits suivants des visites de M. L’Archidiacre à l’église de Rideauville, relevés par M. de Boyer de Choisy, nous édifieront sur les coutumes du temps :

Le 27 août 1701 : « Avons trouvé le cymetière en bonne réparation et ordonnons qu’il soit toujours bien conservé ; avons trouvé l’église en bon état et continué le trésorier. Faute d’avoir comparu à la visite, luy ordonnons de rendre son compte à la fin de la gestion ; établissons sage-femme : Jeanne Ansot, femme de Aubril. »

Le 27 juillet 1703 : « A été nommé pour trésorier Masset ; ordonnons à Jacques Aubril, cy devant trésorier, de rendre son compte. »

Le 7 juillet 1705 : « Nous a été représenté par M. le Curé qu’il y a quelques particuliers qui ne se sont pas même présentés dans le temps de la Pâque pour satisfaire à l’étroite obligation du devoir pascal. En quoi avons enjoint au sieur Curé, après les avoir avertis encore une fois s’ils persistent dans l’opiniâtreté, de leur faire publiquement au prône les monitions canoniques par trois dimanches consécutifs, pour ensuite, en cas de manifeste obstination, être dénoncés à M. le Promoteur et poursuivis à la diligence, selon les rigueurs des canons, jusqu’à sentence d’excommunication. Avons continué Charles Vase, trésorier. »

En 1706 : « Avons nommé pour trésorier Jean Ruault que nous avons chargé de faire rendre compte au trésorier passé. »

Le 7 août 1707 : « Avons permis de faucher l’herbe du cimetière au profit du trésorier et défendu à toutes sortes de personnes d’y mettre ni bercail ni bestiaux ; avons ordonné que les comptes seront exactement rendus tous les ans, avons continué le sieur Curé pour trésorier. Seront exécutées nos Ordonnances touchant le bon des processions et du respect que l’on doit aussi pour les Saints Autels et les causeries dans le cimetière ; avons trouvé le pavé de la nef malpropre. »

Le 14 juillet 1708 : « Nous a été fait plainte que la plupart de ceux qui assistent à l’office divin se laissent aller au sommeil avec beaucoup de négligence ; c’est pourquoi avons ordonné qu’ils seront souvent avertis surtout quand l’église commande, par les cérémonies, de se lever qu’ils se lèvent, s’agenouillent ou changent de posture ; il nous a été rapporté que quelqu’un n’avait point fait son devoir à Pâques depuis plusieurs années, c’est pourquoi il sera souvent averti en particulier du devoir, de son salut. »

En 1710 : « Le sieur Curé nous a dit que tous les paroissiens ont satisfait à leur devoir pascal ; que le catéchisme se fait régulièrement et qu’il n’y a point de scandale dans la Paroisse. Nous avons nommé Jacques Masset, trésorier, en remplacement de Louis Terrier. »

En 1712 : « Avons trouvé le cimetière assez bien fermé et tout le corps de l’église en bon état par dehors ; avons constaté par dedans qu’on a commencé à décorer les autels proprement dans leur pauvreté ; des fonds baptismaux fort beaux faits depuis peu ; les bancs uniformes qu’on a récemment enfoncés, ils sont réguliers. Le sieur Curé a déclaré son dessein de faire abattre le chœur pour le faire allonger et y placer une contre-table à quoi on ne saurait trop bien louer la piété et le zèle de M. le Curé, d’entreprendre un si grand dessein dès la première année qu’il entre dans son bénéfice. Avons trouvé des vases sacrés très propres et des ornements de toutes couleurs, riches par rapport à la Paroisse, que le sieur Curé a aussi donnés à l’église ; avons trouvé un vicaire en exercice qui instruit la jeunesse et l’avons continué dans les fonctions de trésorier. »

En 1716 : « Nomme le sieur Jean Troude comme trésorier ; il commencera sa gestion à la Saint-Michel prochain ».

En 1775 : « Mademoiselle de Beauvais, dame patronesse de Rideauville, a donné pendant le cours de cette année l’encensoir d’argent. La navette d’argent a été donnée par le sieur Levavasseur, curé ».

En 1777 : « Ont été achetés les chapes et les chasubles tuniques à orfroïes drap d’or pour le prix de neuf cent cinquante livres, de laquelle somme Mademoiselle de Beauvais, dame de cette paroisse, en a donné sept cents livres ».

En 1780 : « Mademoiselle de Beauvais, dame et patronne de cette paroisse, recommandable par ses vertus, sa piété, sa charité compatissante envers les pauvres, son zèle à contribuer à la décoration des temples du Seigneur, est décédée à Rennes en Bretagne, en son hôtel, le premier jour d’Avril de la présente année, âgée d’environ soixante-dix-neuf ans ».

En 1784 : « On a travaillé à amasser des matériaux tirés de Réville, la Pernelle et le Vicel, pour l’édification du clocher de Rideauville ».

Le 25 Janvier 1786 : La première pierre du clocher de Rideauville a été posée et frappée par M. l’abbé de Folleville, curé de Saint-Vaast, et autres ecclésiastiques du dit lieu de Saint-Vaast ; M. de la Chesnier, prêtre de la Pernelle, demeurant à Rideauville ; le sieur Jacques-Gabriel Ferréol Levavasseur, curé de cette paroisse, qui a fourni pour la bâtisse du clocher plus de deux mille livres ; M. le marquis de Légalle, seigneur du dit lieu de Rideauville, voulant seconder le sieur Curé dans cette entreprise a donné une somme de 1.200 livres. Les frais de cette bâtisse se montent en total jusqu’à ce jour à 3,226 livres d’argent, déboursées par le Seigneur et le Curé. Le lambris de l’église a été peint par Godefroy, menuisier de Morsalines. »

Les registres de l’état-civil de Rideauville nous procurent les actes suivants :

• Pour le XVIIe siècle,
« Le troy. jour du moys d’octobre 1622, Martin Gougeon épousa Catherine Le Coustour, fille de Julien Le Coustour. »
Nicollas Aubril, fils de Françoys Aubril et de Scolastique Pillard, sa femme, fut baptisé le 17e jour de Nov. 1625 par le curé de cette paroisse. »

• Cent cinquante ans plus tard : « Le 15 décembre 1769, a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Jean Guichaut, matelot, décédé d’hier, âgé de trente ans environ, par Louis Ledanois, prêtre, en présence de Michel Blanvillain et de Nicolas Cleret, prêtres. »

• Le registre de l’année 1771 débute ainsi :
« Registre pour servir à coucher les baptêmes et mariages qui se feront dans l’église paroissiale de St Martin de Rideauville pendant l’année 1771 :
Ce jourd’huy dix-sept Nov., au dit an 1771, a été baptisé par moy prestre, un fils né du légitime mariage de Pierre Compère, charpentier, de cette parroisse, et de Louise Sansbale, son épouse, qui a été nommé Jacques-Hilaire-Thomas par Jacques Compère, assisté de Françoise Benoist, parrain et marraine, qui ont déclaré ne sçavoir signer. »                     LEVAVASSEUR.

Puis, nous arrivons en 1793, année où M. Gilles Boulland, conseiller général, remplissait à Rideauville les fonctions d’officier public. Trois actes, les derniers de la Commune, sont consignés dans les termes suivants :


LA LOI, LE ROI
DEPt DE LA MANCHE
4. S.

« Registre à tenir pendant l’année 1793 par l’officier public de la municipalité de Rideauville, pour coucher les actes de naissance, cotté et paraphé depuis un jusqu’à fin, par nous Administrateurs du Directoire District de Valognes, le 24 Dec. 1792, l’an premier de la République. »
« Acte du 16 février 1793, naissance d’un enfant malle. »
« Acte du 29 juin 1793, naissance d’un enfant femelle. »
« Acte du 24 avril 1793, naissance d’un enfant femelle. »

Ainsi prit fin l’autonomie de la Commune de Rideauville.

Source :
Histoire de Saint-Vaast-la-Hougue, ancien fief de l’abbaye de Fécamp, par Jules Leroux : édition 1897, pages 200 à 209