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Sacey - Notes historiques et archéologiques


Texte de 1847 : voir source en bas de page. [1]


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n triangle représente assez bien la forme générale de Sacey. Il est coupé vers le milieu par la ligne de la vallée de la Dierge que Cassini appelle la Valeine : le Couesnon avec un ruisseau forme un des côtés : la base s’appuie à Aucey dans lequel elle fait une échancrure : le reste a des limites artificielles. Les noms terriers intéressans sont le Gué-du-Diade , Taillepied, près du Couesnon, le Poulet, la Brèche-aux-Houx, la Pilaie, Rouffigny, le Mes, les Quatre-Cheminées, la Noe, le Gué-Février sur le Couesnon, Villeperdue, la Tourelle, le Homme, la Court.

Cette localité se recommande par un passé fort intéressant : pour les monumens, elle offre une église, un prieuré, un château, une forteresse ; pour les faits, des documens historiques, des légendes et la romanesque histoire de ses seigneurs.

L’Eglise

L’église présente des parties de trois grandes périodes, du roman, du gothique, du moderne. La première est représentée par la façade occidentale, un pan de maçonnerie du côté du nord, les piliers de la croisée et probablement les contreforts du chœur. Le portail, par l’élan de ses lignes, annonce un roman avancé. Le tympan est orné d’une sculpture caractéristique de ce style, malheureusement altérée par une niche taillée dans ses reliefs : c’est un zodiaque. Les signes les plus distincts sont le Lion, le Scorpion, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Sagittaire. La foliation des chapiteaux est assez variée, sans avoir rien de bien remarquable. Les piliers portent des retombées d’arcs assez élégans qui doivent être du XIIIe siècle. Le chœur, avec ses arêtes aiguisées, appartient au XVe ou au XVIe. Ces ouvrages ont dû être faits par les Malesmains : du moins on voit sur la face nord de la nef trois mains sculptées. Cette face est contrebutée de contreforts à cinq retraits. L’allée de la nef est dallée de tombes généralement insculptées de lozanges : une d’elles est celle d’un enfant ; une autre porte trois roses et une épée. Le sud de la nef date de 1627.

Trois arcades remplies, aux piliers plats, aux ogives obtuses forment le mur méridional de la nef et représentent un des côtés du cloître du Prieuré. Un passage voûté conduisait de la maison prioriale dans le chœur. Un chapiteau roman qui reste de cette galerie atteste le style roman ; le Prieuré existait au XIe siècle : Robert de Bodiac le fonda en 1090.

Cette esquisse monumentale appelle l’histoire de l’église et du Prieuré ; voici ce que nous avons pu recueillir :

Au XIIe siècle, Raoul de Sacey donna l’église de cette paroisse à l’abbaye de Marmoutier avec une terre de deux charrues et deux prés : Ansger, son fils, voulut conserver l’église, mais il la rendit sur l’invitation de Turgis, évêque d’Avranches, et en consentit solennellement la donation dans la cathédrale, à Guerin, prieur de Sacey, par l’investiture du couteau : Cum uno cultello super altare S. Andree. Plus tard Ansger se fit moine à Marmoutier.

En 1168 : Dedit litteras quae exstant Hasculfus de S. Hilario : confirmat monachis de Saceio quae pater suus dederat.

En ce même siècle : Alter miles Bart. Ducherius cruce signatus et apud Hispaniam pergens monasterio S. Martini de Saceio quatuor avenae quarteria dedit. — Insignes sunt inter eos qui quaedam béneficia largiti sunt huic caenobiolo (de Sacey), nobiles qui de S. Hilario cogn. habentur.

Le Prieuré

En 1250, le Prieuré reçut la visite de l’archevêque Odon Rigault, qui venait de Montmorel. Il y trouva trois moines de Marmoutier et leur fit subir un curieux interrogatoire dont voici la traduction littérale : « Nous visitâmes ce lieu : interrogés s’ils faisaient le service avec note, ils répondirent que oui — dixerunt quod sic — et même la nuit ; interrogés s’ils observaient le silence, ils dirent que non, — dixerunt quod non ; — interrogés s’ils vivaient en commun, ils dirent que oui ; interrogés s’ils étaient vêtus à frais communs, ils répondirent que oui ; interrogés s’ils rendaient les vieux habits en recevant les neufs, ils répondirent que oui, et qu’autrement ils n’en recevraient pas ; interrogés si le prieur avait soin des âmes des moines, ils répondirent que oui ; interrogés s’ils étaient tous prêtres, ils répondirent que oui ; interrogés si tous célébraient leur messe, ils répondirent qu’un d’eux était vieux, et qu’à cause de sa faiblesse il ne la célébrait pas ; interrogés s’ils se confessaient selon les statuts du pape Grégoire, ils répondirent que même en cela ils devançaient lesdits statuts : interrogés comment ils étaient couchés, ils répondirent qu’ils couchaient sur des matelas — culcitris. — Nous leur avons interdit l’usage des matelas si ce n’est dans le cas de nécessité, et permis par la règle. Interrogés s’ils mangeaient de la viande, ils répondirent que oui, et nous leur fîmes défense d’en manger, qu’autant que la règle le permettait. Ils ont dans leurs revenus environ deux cents livres : ils ne doivent pas plus qu’il ne leur est dû. »

A la fin de ce siècle, Gilbert de Malesmains rétablit le prieuré de Sacey.

Au XVIe, il était peu considérable : Cenalis écrivait alors : « Exstat alius claustralis conventus ad tenuitatem hodiè redactus, Saceianus (vulgo de Saxeio) et qui decurrit à Majori-monasterio. »

Dans le XVIIe, selon le Pouillé de 1648, il avait un revenu de 1,500 liv. La Statistique de 1698 lui en donne 2,500. Alors l’église avait un revenu de 300 liv. et quatre prêtres, outre le curé : 358 taillables payaient 2,375 liv. et le patronage alternait entre l’évêque d’Avranches et l’abbé de Marmoutier.

En 1621, avait été fait un marché pour la réparation de l’église : la côtière fut terminée le jeudi 5 août de 1621, et la porte de la chapelle le 16 novembre. Cette côtière fut refaite « avec les pilliers du coints de bas... ou deux pilliers arc-boutans avec trois rangs de carreau. »

Châreaux et Seigneurs

Mais la plus grande illustration de Sacey vient de ses châteaux et de ses seigneurs, de sa forteresse de Charruel, de son manoir de Sacey, et d’une longue série d’illustres personnages. Nous commencerons par Charruel sur lequel nous avons une excellente monographie de M. Guiton de La Villeberge. Nous ne pouvons mieux faire que d’en prendre la solide substance en n’y ajoutant que peu de chose de nous même. L’histoire des églises parle à l’âme ; celle des châteaux à l’imagination, et selon les expressions d’un archéologue artiste et poète : « En écrivant l’histoire de ces demeures scellées au territoire, nous élargissons la gloire de la monarchie : ce qui fait le soleil, ce sont les rayons. »

Sur le côté méridional d’une croupe élevée, baignée par la jolie rivière de Dierge, et d’où l’on aperçoit les toits du beau château de la Royrie, se dessinent les puissans reliefs de l’enceinte carrée de la forteresse de Charruel. Robert Ier, duc de Normandie, le fit construire en 1028, comme un des postes importans de sa ligne de défense contre la Bretagne, et spécialement contre Alain, duc de cette province : « Alanus, Britannarum comes, a Roberti ducis servitio se surripere pertinaciter est aggressus. Dux igitur adverstis eum innumerabilem exercitum movit et non longé à fluvio Coisnon castrum quod vocatur Carruel (seu Carrucas) ad munimen scilicet Normannici limitis et domandam tumidi arrogantiam prœsumptoris... » Ainsi s’exprime G. de Jumièges. Le duc Robert donna la garde de Charruel à Auvray-le-Géant. Réuni au capitaine de Pontorson, Auvray défit les Bretons dans le voisinage, dans une affaire longuement narrée par Robert Wace.

Telle est la première mention positive de Charruel : toutefois il se pourrait, et c’est l’opinion de M. Stapleton, que Charruel fût indiqué par le Carcei de la charte du duc Richard, forme peu éloignée du nom de Caresce que Wace donne à cette forteresse.

Il paraît qu’au XIIe siècle on confondait assez généralement ce château avec celui de Pontorson. L’auteur de la Chronique des Ducs de Normandie est tombé dans cette erreur :


Od le conseil de sun baronage
Ferma sur Coisnun un chastel
Qui mult fut gent e fort e bel,
Charrues fut primes nomez
E Pont-Orson s’est apelez.

Robert Wace constate cette confusion, en la corrigeant :


Un chastel ferma sur Coisnun
Alquanz dient a Punt-Orson,
As Caresce dient auquanz
Co seivent bien li païsanz.

Il est présumable que dans ce siècle, Charruel, soit par don, soit par usurpation, de vavassorie mouvante de la couronne devint un fief particulier, parce que dès-lors nous ne trouvons plus que des seigneurs de ce nom.

Un Jean de Charruel, de Charrueriis, ayant aidé dans leur révolte contre le roi Henri II les capitaines de Saint-Hilaire et de Saint-James, fut fait prisonnier à Dol en 1173.

Dans le XIVe siècle, on trouve mention de Charruel comme composant un fief d’environ 100 hectares, d’un moulin, et possédé par les seigneurs de ce nom dont les armes étaient de gueules à un char d’argent. Eudes de Cherruei figure pour ce siècle dans le Nécrologe du Mont Saint-Michel.

Un Yves Charruel, chevalier, était en 1350 au combat des Trente. On trouve au Trésor des Chartes un dominus Yvo Charruel, probablement le même, aux gages du roi de France, de 1351 à 1369, avec cet article : « Par mandement du dernier nov. 1369, le roi accorde à Yvain Charruel, chevalier, 100 liv. pour lui aider à supporter les frais et missions de son service. »

La famille Le Charpentier succéda aux Charruel. Les noms de Phelipot et Perrot Le Charpentier se voient dans la liste de la montre des écuyers et chevaliers qui eut lieu à Pontorson en 1365, et qui suivirent Duguesclin en Espagne.

En 1419, Henri V, roi d’Angleterre, confisqua la terre et seigneurie de Charruel sur Robert Le Charpentier, écuyer rebelle, et les donna au capitaine anglais G. Hodehal. Pendant que les Anglais occupaient les domaines de sa famille, un Le Carpentier défendait le Mont Saint-Michel avec les 118 chevaliers Bretons et Normands.

Le dernier du nom, Robert, décéda en 1458, et fut inhumé dans l’église de Sacey où l’on voyait sa tombe insculptée d’une grande épée sur un écusson portant triangulaires les trois roses de la famille.

Les trois filles de ce seigneur épousèrent chacune un fils d’un chevalier défenseur du Mont Saint-Michel : aussi trouve-t-on ce quatrain dans l’ancien registre du prieuré de Sacey :


Les trois Charpentières eurent l’heur
D’espouser chacune un damoisel
Comme elles fils d’un preux défenseur
Du bel moustier monsieur sainct Michel.

L’aînée, Yvonne, porta Charruel à Pierre de La Paluelle, fils de Thomas. Un de ses descendans, Gilles de La Paluelle, après la réunion de la Bretagne à la France, dans le XVIe siècle, fit démolir la forteresse. De ses débris il fit bâtir, à peu de distance, un manoir avec colombier. Cette branche de La Paluelle, de Saint-James, se conserva dans ce nouveau Charruel jusqu’en 1602 qu’elle tomba en quenouille dans la personne d’Hélène, qui épousa Olivier des Douetils, de Granville, lequel étant venu à Charruel voir ses enfans y mourut, avec un de ses petits-fils, en 1615, pour avoir mangé des champignons. Ils furent enterrés dans la chapelle de Charruel, dans l’église de Sacey. Sa fille, Anne, épousa, en 1621, Gilles Vivien de La Champagne, lieutenant-général du bailliage d’Avranches, et son fils décéda au manoir de Charruel, en 1622. Charruel passa dans la maison de La Champagne, où il est resté jusqu’à la Révolution, époque où il fut vendu comme bien national.

Lorsque les Vendéens marchèrent sur Granville, en 1793, l’armée de Sheffer campa plusieurs jours sur les ruines du fort de Charruel. Enfin, dit M. de La Villeberge :


Charruel n’offre plus aux yeux épouvantés
D’attributs teints de sang, de rebelles domptés,
Mais des sillons, des bœufs, une simple charrue.

Le château de Sacey est situé dans une vallée entre la colline de l’église et la croupe de Charruel. Il offre deux parties bien distinctes. D’abord c’est une bizarre construction, tour coupée par un mur aux deux tiers, figurant ainsi une hotte ou une râpe, percée de meurtrières et de massacres. Cette belliqueuse construction est une chapelle, et remonte à la fin du XVe siècle. Un escalier extérieur conduisait à la tinterelle et à une lucarne, orifice d’une cage de bois, espèce de cercueil, suspendue dans la chapelle où vivait, dit-on, un ermite, le Siméon stylite de ce temps et de ce pays. Les alimens étaient élevés par un tuyau de cheminée par lequel il pouvait entendre l’office sans se déranger. Le corps de logis, plus moderne, a été bien dégradé : il y avait un perron qui portait des monolithes cannelés, dont un se voit encore. Une moulure prismatique court encore sur la façade et rappelle le XVIe siècle. L’intérieur n’offre d’intéressant que la Salle des Plaids ou des Gardes, dont les poutrelles sont semées d’ornemens peints. Il y a plusieurs statues d’une physionomie mythologique : celle qui représente une femme revêtue d’une peau de lion semble symboliser le courage, Fortitudo.

Cette chapelle fut fondée en 1496, selon les termes d’une charte qui nous a été communiquée par M. de La Villeberge : « Ut quaedan capella ad venerationem S. Crucis fundaretur, erigeretur, constriteretur et de novo edificaretur in castro seu fortalicio per nobilem virum Egidium de Couvran, etc. » Cet acte fut traduit ainsi qu’il suit : « _ Nous Gilles de Couvran, etc., en fervente dévotion, désirant fonder une chapelle en notre château de Sacey en l’honneur de S. Croix et de N. D. de Pitié la bénoite mère pour qu’en icelle il soit à tout jamais prié Dieu pour nous, consanguins et affins, ai donné place à mon dit château et dédié à construire ladite chapelle... avec ce fournir livres, touailles, pain, vin, etc., réserve deux cierges que sera tenu querir le chapelain lesquels ardront durant la messe, et pour faire ledit service de cire lui donne la revenue des mouches à miel... et 30 liv. avec deux pièces de terre, etc., et à tous les dimanches devra dire en haut Placebo et dirige, etc., et sera tenu de sonner le pardon à une cloche chaque jour à l’heure de midy, et pour luy aider ordonne cinq clercs ou écoliers à simple tonsure et seront choisis par moi et mes hoirs des plus pauvres de l’école de Sacey, et un des clercs sera tenu de venir querir ledit seigneur et sa dame pour aller à l’église, etc. »

L’histoire des seigneurs de Sacey est peu connue jusqu’au XIIIe siècle, époque à partir de laquelle nous avons des documens suivis et d’un grand intérêt. Toutefois nous avons rencontré pour les siècles antérieurs des mentions des seigneurs de cette localité. En les donnant ici nous n’avons pas la prétention d’établir une série complète.

Comme toutes les paroisses du voisinage, Sacey semble tirer son nom d’un chef de la Conquête. Robert Wace le cite ainsi : « Et cil d’Oilli et de Sacie. »

Le Cartulaire du Mont renferme une charte (Charta de Buceio et de Saceio), dans laquelle sont cités un Michel de Sacey et un G. de Sacey. Cette charte doit remonter au milieu du XIe siècle, puisque ces deux derniers témoins souscrivirent en 1054 la charte de la Perelle.

Les Rôles de l’Échiquier citent souvent des seigneurs de Sacey : W. de Saxeio deb. xx li. ...Rogues de Saceio.

Evanus de Saceio qui cepit Columbas, est cité près de R. de Presseio pour 1180, dans les Rôles de M. d’Anisy.

Jordanus de Saceio miles souscrivit à la charte de Champcervon, à la fin du XIIe siècle. Il figure aussi sur une charte de Richard de Subligny. Nous avons cité Raoul de Sacey.

Au XIIIe siècle, les Malmains possèdent le fief de Sacey par les femmes : « Fralinus de malis manibus unum feodum de parte uxoris apud Saceium et vallem Scie. »

Jeanne de Malmains, mère de Duguesclin, était dame de Sacey au commencement du XIVe siècle. Les Malmains ont laissé un profond souvenir dans le pays, et figurent même dans les légendes. Pour continuer la série des seigneurs de Sacey, nous avons de curieux Mémoires, rédigés par une dame, en 1712, qui à l’intérêt historique ajoutent le charme du roman et la peinture des mœurs par leurs légendes, leurs vendettes, leurs duels et leurs intrigues. Nous les citerons textuellement en les abrégeant :

« On ne sait s’il y a eu des seigneurs qui aient porté le nom de Sacey ; cependant on se persuade qu’il pourrait bien y en avoir eu quelques familles. Ce que l’on trouve de plus ancien, ce sont les Malmains, maison fort distinguée dans la Normandie. Il n’en resta que deux filles dont la cadette eut la terre de Sacey. Elles étaient filles de Gilbert de Malmains qui étant allé à la Terre-Sainte avec Hugues-le-Brun, son parent, il lui prit une si grande envie de s’en revenir à son château de Sacey, que, dans le désespoir où il était d’en être éloigné, il eût donné toutes choses pour y être transporté. Il se présenta un homme de bonne mine qui, lui ayant demandé le sujet de son inquiétude, M. Gilbert de Malmains le lui dit ; l’autre lui proposa de le ramener chez lui dans vingt-quatre heures, pourvu qu’il lui donnât la première chose qu’il verrait sur le pont de son château ; ce qu’il promit, et en effet, le lendemain, à la même heure, il se trouva près du moulin de la Porte. Ce qu’il vit d’abord ce fut sa fille : il se jeta le visage contre terre et pleura amèrement... d’autant plus que ce même homme parut à ses côtés. Sa prière fut cependant si fervente, qu’il lui sembla entendre ces mots : tourne le pommeau de ton épée et ta fille sera sauvée. Il le fit, et cet homme de bonne mine s’enfuit avec un bruit si épouvantable que l’on crut qu’il emportait le château. »

« En mémoire de cette histoire ou fable, ses descendans avaient fait mettre sur la maison un homme de plomb avec les armes des Malmains, et une épée dont il tournait le pommeau devant un autre homme, et la dame qui fit écrire ces Mémoires dans l’an 1719 l’a vu en 1686. »

« Mais pour revenir à M. Gilbert, il maria cette fille dans la maison de Cambray. Avec la terre de Sacey, il donna 2,700 liv. de rente pour la fondation du prieuré qui est actuellement entre les mains des Bénédictins, pour instruire la jeunesse, et il croyait n’en faire jamais assez pour expier la faute qu’il avait faite de s’être laissé surprendre par l’ennemi du genre humain. »

« De ce mariage sortit un fils qui épousa Jacqueline de Vendôme, d’où vint Marie de Cambray, mariée à Roland de Couvran, chevalier, d’où sortit Gilles de Couvran, chambellan, maître d’hôtel du roi, etc. Cette maison de Couvran était fort illustre : ils avaient fait beaucoup de grandes et belles actions avec Duguesclin. Gilles de Couvran épousa Marguerite de Beauveau, dont la cousine germaine, Ysabeau, a été mère de nos rois. C’était une grande alliance, mais son mari n’eut pas lieu d’être content de sa conduite. On a trouvé une enquête par laquelle on voit que, à la persuasion d’un nommé Achille de Mondiou, elle aurait fabriqué une fausse procuration pour avoir la liberté de vendre et d’aliéner. Il y a apparence qu’elle s’en servit, puisque l’on informa que ladite procuration était fausse, et les discours des témoins font croire qu’Achille de Mondiou la servait de plus d’une manière, puisqu’ils disent qu’elle quittait son mari pour lui, et que lui quittait sa femme pour elle. Ils ajoutent qu’il a fait tort dans la maison de plus de 30,000 liv., somme très-considérable, valant bien 100,000 écus à présent. Cet Achille avait même enlevé les tapisseries où étaient les armes de Beauveau. On ne sait point la suite de ce procès. Gilles de Couvran était au lit malade quand on l’interrogea. Il eut un fils nommé Charles... Il avait fait l’acquisition des terres de Boucey et du château suzerain de Montaigu ou grand fief d’Argouges en 1479, et en 1496 il fonda la chapelle du château de Sacey. Il mourut fort endetté. »

« Son fils Charles épousa Françoise Busson : il mourut en 1550, et n’eut qu’un fils appelé Gilles. Ce Gilles de Couvran épousa deux femmes dont il n’eut pas d’enfans. Au lieu de remettre les affaires de sa maison, il acheva de la ruiner ; et ses sœurs furent obligées de retirer leurs biens par droit de clameur. Il mourut en 1575, et sa succession fut recueillie par ses sœurs et Béatrix de Roumilly, sa nièce, qui avait épousé, en 1561, Jacques Budes, seigneur de Hirel, que le roi Henri II choisit parmi les plus considérables de Bretagne pour être Procureur général au parlement qu’il institua dans ce temps-là. C’était un homme d’un mérite et d’un savoir qui n’étaient pas ordinaires dans son siècle ; il remplit sa charge dignement jusqu’en l’an 1580 qu’il mourut et laissa sa veuve avec six garçons et quatre filles. N’étant âgée que de 35 années, elle se remaria avec Thomas Guiton, son cousin ; ce deuxième mariage lui causa de violens chagrins. Les aînés de ses fils et deux de ses filles furent accusés d’avoir, à l’aide de l’intendant de la maison, fait périr par une forte étreinte de corps l’enfant dont elle était enceinte, et d’avoir, de guet-à-pens, dans le bois de Corbley, fait percer certaines parties du corps de leur beau-père, afin de le rendre impropre à la génération. Ensuite de quoi le cadavre de cet intendant, nommé Durosset, fut trouvé dans la rivière de Guerge, cousu dans un sac de toile. »

« Raoul Guiton, frère de Thomas, se battit à outrance dans le parc de Jautée avec François Budes, dit le seigneur de Hirel, qui le tua. Le sieur de Hirel était l’aîné de tous et le plus coupable. Jeune et audacieux, il se présenta quelques jours après au château de Sacey, dont on s’empressa de lui fermer la porte. Resté dans la cour, il demanda à voir sa mère ; ce qu’apprenant, la pauvre dame se fit porter à une fenêtre de la grande chambre, et là, tenant en main un crucifix la tête en bas, elle lui dit : « Ces terres que vous avez ensanglantées et ce chastel où vous m’avez assassinée, sont mon héritage. Je vous en bannis à toujours, et sachent tous que je vous déshérite et vous maudis. Allez, fuyez la justice humaine, en attendant celle de Dieu. »

« François Budes attéré ne revit plus sa mère : il passa en Italie d’où les guerres de la Ligue lui permirent de rentrer en France. Après plusieurs faits d’armes, il fut tué à l’âge de 26 ans devant le château de Quilbec en Bretagne. »

« Le deuxième, nommé René, seigneur de Boucey, mourut de chagrin d’avoir perdu son fils unique. Le troisième, Jean, vécut mal avec son épouse et n’en eut point d’enfans. Le quatrième, auquel sa mère donna la terre de Sacey, laissa : Yves, baron de Sacey ; Jean-Baptiste, seigneur de Guebriant, maréchal de France, marié à Renée du Bec, femme de haute intrigue, dont il n’eut pas d’enfans. Ce baron de Sacey s’étant rencontré fortuitement au carrefour du chemin de Sacey à Pontorson, où est aujourd’hui la croix de Budes-Teillé, avec François Guiton, seigneur de La Villeberge, qu’il avait offensé deux ans auparavant dans l’église Saint-Martin-de-Saint-James, ils se prirent de paroles, et quoiqu’ils fussent seuls et sans armes, ils se battirent corps à corps. Le seigneur de la Villeberge, alors âgé de 20 ans et plus vigilant, l’ayant terrassé lui enfonça deux côtes d’un coup de genou, ce dont il mourut à Sacey le 8 janvier 1631, laissant de son mariage : Henri, baron de Sacey, lequel, pendant les fêtes de carnaval, ayant rencontré dans une maison de Rouen le meurtrier de son père, l’apostropha en jeune homme, le provoqua au pré, et il reçut un coup d’épée dont il mourut à Rouen en février 1655 pour ne s’être pas assez abstenu de boire pendant le traitement de ladite blessure. Ce sinistre fut le dernier acte de la tragédie commencée en 1589, laquelle avait mis en quenouille les Guiton de Carnet ; Charles qui mourut en démence ; Renée qui épousa le marquis de Molac. »

« Béatrice de Roumilly vécut dans une parfaite union avec son second mari jusqu’en 1602 que la mort le lui ravit... ces personnes croyaient que Gilbert de Malmains avait perdu le bon sens quand il fit la fondation du prieuré de Sacey, et qu’ainsi ils pouvaient prendre le revenu, ce qu’ils faisaient quelquefois : aussi a-t-on trouvé des enquêtes contre eux. »

« Charles Budes qui leur succéda était un homme d’esprit, mais violent,et qui s’attira par sa vivacité beaucoup de malheurs qui lui auraient souvent coûté la vie sans la prudence d’Anne Budes, sa femme, qui le soutint dans toutes ses disgrâces. Il se battit plusieurs fois : il était secondé par le seigneur de la Marzélière, lorsqu’il fut tué le mardi gras de l’an 1604, à Cormeray par le seigneur de Montgommery qui avait Jean Guiton le Huguenot pour second. Cette affaire eut beaucoup de peine à être accommodée, et il fallut que le roi Henri IV y entrât. »

« Il ne laissa que deux enfans, Yves Budes, marquis de Sacey, dont nous parlerons, et Jean-Baptiste Budes, comte de Guébriant, maréchal de France, qui était né avec toutes les dispositions nécessaires à faire un homme illustre ; aussi répondit-il parfaitement à la bonne éducation qu’on lui donna. Comme il avait beaucoup de grâce et de hardiesse, quand le roi Louis XIII passa à la Flèche, il fut choisi pour faire la harangue dont sa Majesté fut fort contente : il fut à l’académie où il fit fort bien ses exercices, étant fort bon homme de cheval, ayant une fort belle taille ; mais comme en ces temps-là la coutume était de se battre souvent, cela lui arriva plusieurs fois. Enfin le sieur de La Courbe le mit dans le régiment d’un de ses amis, simple soldat, pour apprendre le métier : le maréchal de Turenne et lui étaient ensemble. On lui donna une compagnie d’infanterie au siège de Vigon où il servit devant le roi. Comme il parlait à un soldat pour lui donner des ordres, une balle lui donna dans la joue et sortit par la bouche qu’il avait ouverte : depuis ce temps il fut obligé de porter une mouche. Il se lia avec le marquis du Bec, lequel ayant eu une affaire avec des jeunes gens de la cour, ils se battirent, et le comte de Guébriant fut son second : ce fut dans la forêt de Chambord, pendant que le roi était à Blois. »

« Un combat si près de sa Majesté qui les avait défendus sous de rigoureuses peines, les obligea d’aller voyager en Italie. Pendant leur absence, on ménagea leur raccommodement. Ils revinrent à la cour, et le roi dit au comte de Guébriant qu’il voulait qu’il achetât une charge de capitaine aux Gardes. Sur cela, le comte revint en Bretagne pour engager sa famille à lui donner 25,000 écus pour faire cette acquisition. Il passa au château de Sacey, où demeurait son frère aîné depuis son mariage. Apparemment il ne le trouva pas disposé à lui faire plaisir, puisque les deux frères eurent des paroles si violentes que leur mère fut obligée d’écrire au marquis de La Coste, son gendre, de venir lui aider à mettre la paix entre deux furieux qui voulaient se poignarder. Ce qu’il fit, et emmena avec lui le comte de Guébriant pour nommer son fils aîné : il fit plus parce qu’il cautionna les 25,000 écus.... Ayant ensuite gagné la bataille de Kempek et pris le général Mercy, le comte de Guébriant fut fait maréchal de France ; mais ayant reçu un coup de fauconneau dans le bras, on ne le lui coupa pas assez haut ; aussi la cangraine (sic), s’y mit. Il y en a qui disent qu’il y avait des ordres secrets d’en user ainsi, parce que le cardinal de... craignait de n’être pas maître d’un homme qui gouvernait tout en Allemagne. Il ne laissa pas d’enfans. »

« Il faut présentement passer au chapitre de l’aîné. »

« Il était plus beau que le maréchal, avait infiniment d’esprit, mais il avait une antipathie secrète pour son frère, ce que l’on avait reconnu dès l’enfance. Aussi fit-on voyager l’aîné tout seul long-temps avant l’autre. Ensuite à vingt-quatre ans on le maria à la nièce de M. de Beaumarchais, qui était trésorier de l’Epargne et en grande faveur. On crut qu’en prenant cette alliance-là qui était fort au-dessous de lui, cela l’avancerait dans le service, étant guidon dans la gendarmerie ; mais Beaumarchais fut disgracié six mois après, et le marquis de Sacey se trouva mari d’une bourgeoise avec 80,000 liv. et d’une humeur fort extraordinaire. Il mourut en 1691, laissant quatre enfans de son mariage. Sa veuve se maria incontinent après avec un petit gentilhomme du voisinage. »

« Il vint donc du mariage de M. de Sacey, Mlle de Guébriant qui mourut fille d’honneur de la reine, et le marquis de Sacey qui était l’homme de son temps le mieux fait ; mais le chagrin d’avoir été blessé en duel par François Guiton, le porta à s’enivrer de liqueurs fortes ; la plaie s’envenima et il mourut à Rouen. Il y avait Charles Budes, son frère, qui ayant beaucoup d’amour pour l’étude, qui s’y étant adonné il « sic » devint en démence : il ne resta donc de cette illustre maison que Renée Budes, qui, sans être belle, avait le plus grand air que l’on pût voir. C’était l’aînée de ses frères, mais on dit qu’elle avait toujours compté sur leur succession. Il y avait dans sa personne un assemblage de toutes les mauvaises qualités qu’avaient pu avoir ses aïeuls mêlées à quelques bonnes. Elle était emportée jusqu’à la fureur, d’une hauteur infinie, puis elle retombait dans ses bassesses qu’elle tenait apparemment du côté de sa mère, avare et prodigue. Son frère mourut à Rouen où elle était avec la marquise de Courvaudon, sa cousine. L’abbé de ce nom lui faisait l’amour ; mais comme on voulait sauver pour 8,000 liv. de rente de bénéfices qu’il avait, on attendait à les faire tomber entre les mains de son frère, le chevalier de Courvaudon. Cependant le marquis de Sacey mort, Mlle sa sœur craignit que la dame de Saint-Gilles, sa mère, ne s’emparât du comte de Guébriant qui n’était pas si fort en démence qu’elle n’en eût pu l’obliger à signer quelque chose à son avantage. Elle en parla au marquis de Courvaudon et à ses frères. Ils lui dirent qu’ils feraient monter quarante gentilshommes à cheval pour l’aller enlever, mais avant cela il fallait qu’elle tînt la parole qu’elle avait donnée à l’abbé, et qu’ils ne se mettraient point au hasard de se faire tuer pour qu’un autre en eût la récompense. Elle eût bien voulu se dédire, mais elle avait affaire à des Normands qui ne prennent pas le change ainsi. La crainte de n’avoir pas tout le bien de sa maison l’obligea à faire une chose qui lui a causé tous les malheurs de sa vie. Elle épousa donc dans une chambre haute de Courvaudon, avec dispense de l’archevêque de Paris pour la publication des bans, et comme elle allait pour faire ce beau coup là, sa femme de chambre se jeta à ses pieds pour l’en empêcher ; mais le marquis de Courvaudon lui donna un si furieux coup qu’il la jeta du haut de l’escalier en bas. »

« Cependant le maréchal de Guébriant ayant entendu quelque bruit sourd de cette affaire demanda à la reine un carosse de sa Majesté avec un exempt des Gardes et une lettre de cachet pour aller quérir Mlle de Sacey, ce qu’on lui accorda. De Courvaudon était revenu de sa capture et avait mis le frère en sûreté, mais les ordres de la cour étaient si précis que l’on ne voulut jamais la laisser voir à personne. Elle n’avait pas une pièce de 30 sous : l’abbé de Courvaudon lui jeta dans le carosse une bourse de 150 louis. Elle la rejeta, et dans l’instant un fin Normand, qui était auprès de lui, l’assura qu’elle ne tiendrait point le mariage puisqu’elle refusait l’argent, et en effet, elle ne fut pas sitôt arrivée à Paris qu’elle dénia la chose et qu’elle assura la maréchale de Guébriant qu’il n’y avait rien de moins vrai. Elle la voulut marier au comte de Moret, homme d’une très-grosse qualité et d’un mérite à aller à tout ; mais Mlle de Sacey n’en voulut jamais rien parce qu’elle ne voulait pas être sous la direction de la maréchale... elle ne se plaisait qu’avec des personnes moins qu’elle, afin de dominer toujours.
L’on proposa le mariage de M. de Molac : elle reçut cette proposition à bras ouverts, et on conclut le mariage au mois de septembre 1655, sans que l’abbé y mît la moindre opposition. Il trouvait si peu de mérite à une femme qui était capable d’avoir deux maris à la fois, que jamais il ne fit la moindre démarche. Mme de Molac ne laissait pas de craindre qu’on ne troublât ses épousailles ; et, comme elle gouvernait son mari, elle lui fit vendre de très-belles terres, dont on n’a pas su ce que pouvait être devenu l’argent. On prétend que pour avoir les minutes de son contrat, il en coûta 10,000 écus, et autant à l’officiale pour avoir les épousailles, 20,000 écus à Rome pour avoir les dispenses sur la supposition qu’il n’y avait pas de consommation et qu’ayant des bénéfices il ne pouvait pas contracter. Elle a payé chèrement sa mauvaise conduite. Son humeur impérieuse dégoûta si fort son mari qu’il s’attacha ailleurs ; et, comme un malheur n’arrive jamais seul, le château de Nantes, dont il était gouverneur, fut entièrement brûlé : ils perdirent pour plus de 100,000 écus d’effets.
Cherchant une belle-fille sur laquelle elle pût avoir de l’autorité, elle s’attacha pour comble de malheur à une sœur de la duchesse de Fontanges, maîtresse du roi ; mais, bon Dieu ! dans quel temps ? dans celui où cette dame était à l’extrémité. Elle lui fit cependant demander de finir le mariage de sa sœur en donnant la survivance, ce que le roi promit. La duchesse mourut, et le ridicule de Mme Molac fut de consentir au mariage : le père mourut en 1693 ; sa femme n’en fut point affligée, mais elle vit, après sa mort, ce qu’il lui avait prédit, qu’elle serait misérable avec ses enfans. L’aîné commença par se mettre en possession de sa charge, sans vouloir payer 20,000 liv. par an qui étaient dus pour l’acquisition : il fut au château de Sacey faire ouvrir toutes les armoires, pour voir s’il n’y avait point de papiers de son père. Un procédé si violent toucha vivement sa mère, mais elle devait s’y attendre parce qu’on l’avait toujours vue cacher les papiers de sa maison. Elle traîna pendant quinze mois une vie assez misérable, étant obligée de demander une provision pour vivre. Il lui prit, à 67 ans, une si furieuse perte de sang que l’on en fut surpris : on envoya prier la marquise Langeron, sa nièce, de ne la pas quitter, et de ne pas souffrir que l’on ne lui donnât rien sans que l’on sût ce que ce pût être, parce qu’il lui prenait de grandes convulsions. Helvétius promit cependant de la guérir, pourvu qu’on le laissât faire.
Dans le plus fort de son mal, son fils aîné et sa belle-fille étaient à l’opéra. On fit venir un chirurgien qui la saigna, et ensuite un apothicaire, que le hasard fit choisir, lui apporta de l’opium une si furieuse dose que la bonne dame n’en revint jamais. Il faut savoir que Mme de Molac avait menacé le même apothicaire de le faire pendre parce qu’il était d’accord avec sa belle-fille pour supposer un enfant. Ainsi mourut dame Renée Budes, née avec beaucoup de biens et de qualités, qui a trouvé le secret de ruiner sa maison et celle de son mari en menant une vie de bohémienne. M. de Molac, son fils, était bien fait, dansait admirablement, beaucoup de savoir, mais la mauvaise compagnie qu’il avait vue, une femme qui n’avait que ses intérêts propres à ménager, l’avait rendu si méprisable que personne n’en faisait cas ; il avait le défaut de tous les Molac qui était la facilité de se laisser gouverner ; sa femme l’empêcha de payer ses dettes, parce qu’elle gémissait de tout le bien qu’elle mettait sous un autre nom, quoiqu’elle fût séparée, lui faisant faire de faux contrats au tiers et au quart, comptant toujours sur sa mort, et pour parvenir à ses fins lui indiquant des maîtresses à sa guise, à qui elle donnait des cent pistoles pour lui faire faire des seings. Il se plongea dans une si affreuse débauche qu’enfin il mourut à 42 ans. »

Ici se termine le manuscrit de Sacey : les Langeron succédèrent aux Molac dans la seigneurie de Sacey. Lors de la Statistique de 1698, les gentilshommes à Sacey étaient Vivien, P. et J. Courtée, Fr. de La Binolaie, écuyer, et Fr. Le Roy, écuyer.

Situé aux marches de Bretagne, Sacey avait un bureau de fermes. Au milieu du XVIIe siècle, des denrées destinées au Mont Saint-Michel furent arrêtées à ce bureau, et les fermiers-généraux voulurent soumettre les religieux au droit commun. Le procureur de l’abbaye fit rédiger un savant Mémoire où furent relatés les titres les plus antiques depuis Lothaire jusqu’à Louis XIV, dans lesquels le monastère était considéré comme partie du domaine royal. Les religieux gagnèrent leur procès.