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Sainte-Pience - Notes historiques et archéologiques


• Texte de 1847 ; voir source en bas de page. [1]


Nobilis matrona nomine Pientia.
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ette commune dont le développement est du nord-ouest au sud-est et du nord-est au sud-ouest affecte la forme générale d’une équerre dont une des branches, celle du nord-ouest est terminée par une ligne concave, et dont l’autre s’amincit en une pointe allongée. Cette configuration irrégulière est tracée par des lignes de ruisseaux, de chemins et des limites idéales très-variées dont le détail appartiendrait plutôt à une description qu’à une définition. Vers le centre est le bois royal du Parc qui coupe la route royale et où rayonnent un grand nombre de routes droites. Les deux objets à étudier dans cette paroisse sont l’église et le Parc.

Il semblerait que l’église voisine de la villa épiscopale devrait se distinguer par plus d’art et de richesse. Toutefois l’église de Sainte-Pience est une modeste petite église, une ecclesiola, surmontée d’une petite flèche qui n’a que l’apparence de l’art et de l’antiquité. L’arbre rond d’une croix et des restes de vitrail, replacés dans la fenêtre du chevet, sont tous ses témoins du passé. Elle appartient en général au XVIIe et au XVIIIe siècle. La tour qui porte cette inscription : « Julien Loisel du Gas ma fait 1637 », reçoit un certain caractère de son temps des italiennes qui la couronnent et une certaine physionomie gothique de sa flèche pentagone en pierres avec ses baies saillantes surmontées d’un petit gable, qui reproduisent le porche. Les transepts et le chœur ont été faits en 1732. On lit dans les manuscrits de M. Cousin : « Jacques Le Jametel, curé de Sainte-Pience, fit démolir une ancienne tour ou clocher de bois qui était au-dessous de l’arcade qui faisait la séparation du chœur d’avec la nef, et fit construire en 1637 la tour et pyramide en carreau qui est au bas de l’église. Il fit faire les contretables des petits autels. »

En 1648, l’église de Sainte-Pience, dont l’évêque d’Avranches était le patron, rendait 300 liv. ; en 1698, elle valait 400 liv. et avait trois prêtres. Une taille de 838 liv. était payée par 160 taillables. Les personnes nobles étaient alors G. Hullin et Marie Le Charpentier, veuve de Michel Docé.

Le principal titre historique de Sainte-Pience est d’avoir été le lieu de la villa des évêques d’Avranches, désignée sous le nom du Parc.

Cette habitation était à l’est de la route royale, à l’endroit qu’on appelle encore spécialement le Parc, au bord des étangs, où l’on voit encore des pans de murs anciens d’une grande puissance. Une chapelle moderne s’élève sur son emplacement. Le manoir épiscopal n’était pas dans l’origine une villa ouverte : elle était fortifiée, comme toutes les habitations féodales, et elle l’était encore dans des temps assez récens. La plus ancienne mention que nous en connaissions est de 1250. L’archevêque Odon Rigault venait de visiter Avranches, où il avait été reçu en procession et au son des cloches, pulsatione campanarum ; il avait trouvé quatre prêtres qui célébraient la messe au grand autel, et faisaient toutes les semaines l’office des morts, mais quelquefois sans note. Il avait appris que quelques pauvres clercs faisaient commerce du chœur, clerici de choro pauperes negotiantur, et pourtant le doyen n’avait pu les nommer. Il enjoignit de réformer cet abus : il visita le chapitre, il visita l’évêque, et de là il alla avec lui au Parc : « Non. Augusti venimus apud Parcum manerium episcopi cum expensis ipsiuis. »

Au XIVe siècle « Ric. de Parco et Agnes uxor ejus donaverunt S. Michaeli duas robas consimiles magnis clericis nostris et unum dolium vini Vascon. »

En 1425, au temps de l’occupation anglaise, Olivier de Mauni et le sire de Coetquen rassemblèrent des troupes en Bretagne, et firent une course contre les Anglais jusqu’au Parc de l’évêque d’Avranches, où ceux-ci étaient en plus grand nombre qu’ils ne l’avaient pensé. Ils sortirent sur les Bretons : on combattit vaillamment de part et d’autre ; mais à la fin les Bretons furent défaits, et Mauni fut pris avec beaucoup des siens.

Ces lieux avaient déjà vu passer le fléau de la guerre en 1204, quand les Bretons enlevèrent d’assaut le Mont-Saint-Michel, s’emparèrent d’Avranches, et brûlèrent toutes les bourgades situées entre cette ville et Caen. Ils le virent pour la dernière fois, quand les Vendéens envoyèrent un détachement contre Villedieu.

Le château du Parc fut rebâti à la fin du XVe siècle par l’évêque Louis de Bourbon, qui, dans son goût et sa magnificence, dut l’orner de tous les caprices de l’art de cette époque. François Desrues l’appelle « un beau châsteau, basti par Louis de Bourbon. » Cenalis le décrit dans son Aveu à François Ier : « Le chasteau du Parc, clos de murs, d’eau, d’avenues, d’étangs, et en état de demeure, dans lequel il y a une chapelle, » et plus longuement ailleurs : « Sylva quam Parcum vocant. Castrum, turrim et maenia, ipsas denique intraneas domos summa vigilantia nec impari sumptu Lud. Borbonius extrui curavit. » Le vieux et fort manoir de Louis de Bourbon, sa position dans un vallon sombre et humide ne convenaient plus aux temps modernes. L’avant-dernier évêque d’Avranches, M. de Malide, bâtit le château actuel du Parc, à l’ouest de la route, sur un terrain élevé d’où l’on pouvait contempler un vaste pays, et même un coin de la baie du Mont Saint-Michel. Le dernier évêque, M. de Belbeuf, compléta ses travaux, et l’on eut une de ces grandes maisons modernes, confortables et régulières, d’où sont généralement bannis l’art architectural et cette solidité qui regarde l’avenir. Vendue nationalement en 1791, la propriété du Parc passa, en 1821, de M. de Quincey à M. Bunel, dont le fils en a fait une de ces belles villa, jetées au milieu des caprices de la nature et de art, qui attestent des temps pacifiques, et que ne connurent pas nos rudes aïeux.

La sainte, à laquelle la paroisse est dédiée, appartient à la Normandie, et fut martyrisée dans le Vexin. Sa vie est racontée dans les hagiographes, mais nous la trouvons résumée dans le Bréviaire de Daniel Huet : « Une noble dame, nommée Pientia, ensevelit avec honneur les corps de trois martyrs, saint Nicaise, saint Scubicule, saint Querin, qui avaient évangélisé la Neustrie. Fescenninus, le chef de la province, l’ayant appris, la fit meurtrir à coups de poing, déchirer à coups de fouet, et frapper de la hache. Ses reliques, transportées dans l’église d’Avranches, y sont entourées d’une grande vénération. »

Pendant long-temps, les moines du Mont Saint-Michel allèrent processionnellement à Avranches, portant le corps de saint Aubert, et les chanoines d’Avranches allèrent au Mont avec celui de sainte Pience. Pendant les guerres du XIVe siècle, l’évêque d’Avranches fit transporter à l’abbaye la caisse d’ivoire qui renfermait les reliques de la martyre. Toutefois ces processions solennelles, ces échanges de visites religieuses et ces pèlerinages cessèrent à l’occasion d’un mauvais procédé du clergé d’Avranches envers les moines du Mont, comme le raconte leur annaliste principal :
« Lan 1635 les necessitez publiques exigeants des prieres publiques il fut arreste dans ce monastere que la communaute iroit en procession en la cathedrale dAvranches distante de trois lieues ce qui fut fait avec toutte solennite apres en avoir donne advis a M. Pericard evesque et a tout son chapitre qui tesmoignants lagreer fesoient esperer une meilleure reception quils ne firent aux moynes lesquels apres avoir faits leurs stations dans laditte eglise furent obligez daller prendre leur repas dans un pre ledit s. evesque ny aulcun de son clerge ne les ayants conviez a disner quoy que selon lancienne coustume cela fut deu aux moynes qui par apres firent voir que cette incivilite les avoit touche dautant que le 7 doctobre ensuivant les calamitez du royaulme continuant levesque et ses chanoines firent solennellement leur procession en cette abbaye ils resolurent quon ne les traitteroit point de sorte que levesque alla disner avec tout son clerge dans le logis abbatial a ses depends sans que pas un des religieulx lui alla faire civilite et ayant seu quil sen estoit indigne delibererent que desormais notre procession niroit plus en laditte ville pour quelque necessite que ce fut. »