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François-Timoléon de Choisy

l’abbé habillé en femme


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François-Timoléon de Choisy, né le 16 août 1644 à Paris où il est mort le 2 octobre 1724, est un abbé et homme de lettres français.

Jusqu’à l’âge de dix-huit ans sa mère l’habille en fille pour l’introduire dans l’entourage du roi de France.

Arrière-petit-fils de Jean de Choisy père (né vers 1525), un marchand de vins en gros, et d’Opportune Bazanier, petit-fils de Jean de Choisy fils (né vers 1562, mort vers 1652), receveur général des finances de Caen (1605), et de Magdeleine Le Charron.

François-Timoléon de Choisy est le quatrième et dernier fils de Jean III de Choisy, seigneur de Balleroy (né en 1598, mort à Blois le 20 février 1660)1, un conseiller d’État, intendant du Languedoc, chancelier de Gaston d’Orléans, et de Jeanne-Olympe Hurault de L’Hospital (1604-1669), une petite-fille de Michel de L’Hospital et une intime de Marie de Gonzague, reine de Pologne.

Sa mère l’habille en fille jusqu’à l’âge de dix-huit ans pour faire sa cour à la reine Anne d’Autriche et introduire son fils dans l’entourage de Monsieur, frère de Louis XIV. Elle lui disait : « Écoutez, mon fils ; ne soyez point glorieux, et songez que vous n’êtes qu’un bourgeois. Je sais bien que vos pères, que vos grands-pères ont été maîtres des requêtes, conseillers d’État ; mais apprenez de moi qu’en France on ne reconnaît de noblesse que celle d’épée. La nation, toute guerrière, a mis la gloire dans les armes : or, mon fils, pour n’être point glorieux, ne voyez jamais que des gens de qualité. » C’est ainsi qu’il est poussé, tout jeune, à la fois à se détourner de la vie militaire et à faire sa cour au futur cardinal de Bouillon, son contemporain, dont il restera l’ami.

De 18 à 22 ans, il étudie la philosophie et la théologie à la Sorbonne et obtient le titre d’abbé ainsi que les revenus temporels liés à l’abbaye de Saint-Seine en Bourgogne.

Entre la mort de sa mère en 1669 et sa conversion en 1683, il mène une vie dissolue. Après être apparu, durant une courte période, habillé en homme, il reprend le costume féminin et réside, avec les encouragements de son curé et l’approbation de son évêque, dans une demeure du quartier Saint-Médard, sous le nom de « Mme de Sancy » jusqu’à ce que le duc de Montausier lui en fasse publiquement le reproche à l’Opéra. Il se retire alors en province, à Bourges, où il se fait passer pour une riche veuve sous le nom de « comtesse des Barres » et séduit sous ce costume filles de bonne famille et comédiennes – y compris les actrices Montfleury et Mondory – dont une qu’il fait tomber enceinte avant de la marier au comédien du Rosan, toutes aventures qu’il a rapportées dans ses Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme.

À 23 ans, sa famille l’ayant persuadé de renoncer à se travestir il se rend à Venise où, s’abandonnant à son autre passion, il se ruine au jeu. Revenu impécunieux en France, la pauvreté relative l’oblige à vivre de son bénéfice ecclésiastique. En 1676, il visite Rome dans la suite du cardinal de Bouillon. C’est à peu près au moment de ce voyage qu’il se lie avec Daniel de Cosnac, évêque de Valence. Pendant sa jeunesse, ses deux passions, le travestissement et le jeu lui auront coûté, l’une, l’épiscopat ; l’autre, de vivre toute sa vie d’expédients.

Tombé malade en août 1683, il frôle la mort et, décidé à changer de vie, se retire un an au séminaire des Missions étrangères de Paris, rue du Bac. Puis, de mars 1685 à juin 1686, il accompagne, comme coadjuteur, le chevalier Alexandre de Chaumont dans une mission au Siam auprès du roi Narai (1629-1688). Il s’y fait ordonner prêtre par Louis Laneau, évêque de Métellopolis, le 10 décembre 16854. Il raconte son périple dans un très vivant Journal de voyage au Siam. À son retour en France, il reçoit le bénéfice du prieuré de Saint-Benoît-du-Sault en 1689 et le doyenné du chapitre de la cathédrale de Bayeux, le 11 avril 1697.

Reçu à l’Académie française en août 1687, il collabore avec Charles Perrault à la rédaction des Opuscules sur la langue française. Il écrit une brève biographie de sa parente, l’édifiante Mme de Miramion. Le facétieux abbé tire un peu à la ligne, mais se réveille quand il raconte la tentative rocambolesque d’enlèvement de ladite dame par Bussy-Rabutin. Entre la mort de sa mère en 1669 et sa conversion en 1683, il mène une vie haute en couleur. Reprenant des habits de femme, il devient « comédienne » à Bordeaux puis s’établit, avec les encouragements de son curé et l’approbation de son évêque, dans une demeure du centre de Paris.

Les habits de l’abbé n’étaient pas du goût du duc de Montausier (ci-dessus), surnommé « Rabatjoie de Montausier ».

Il y devient « Mademoiselle de Sancy ». Présent à tous les bals du quartier, on dit de lui qu’il « affole ses admirateurs comme ses rivales ». « Cette vie était délicieuse, écrivit l’abbé, lorsque la bizarrerie ou pour mieux dire la brutalité, de M. de Montausier me renversa tout ». Un soir d’opéra, l’abbé est en effet attaqué par le duc de Montausier, qui lui ordonne « d’aller se cacher » alors que le Dauphin lui-même proteste en trouvant Choisy « belle comme un ange ». Écœuré, François-Timoléon prend la route de Bourges où, écrit-il, « je pourrai faire la belle tant qu’il me plaira », loin de celui qu’il surnomme « Rabajoie de Montausier ».

Quelques années plus tard, les contacts clairsemés entre François-Timoléon et la Normandie se resserrent. Tombé malade en août 1683, il frôle la mort et, décidé à changer de vie, se retire un an au séminaire. De retour d’un voyage au Siam (actuelle Thaïlande), où il est ordonné prêtre, il devient doyen du chapitre de la cathédrale de Bayeux, le 11 avril 1697. Homme de culture au caractère très sympathique, François-Timoléon obtient cette charge grâce à sa famille et grâce à ses amis influents, respectés à la cour comme dans le haut clergé.

Mais le séjour bayeusain de l’ancien abbé travesti est de courte durée. Curé de la cathédrale, il renonce à sa dignité de grand doyen en octobre 1699, mois de deux ans après son arrivée. Sa charge l’obligeait à résider à Bayeux, ce que l’ancienne star des bals mondains n’était pas décidée à faire.