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Pont-de-l’Arche (27) : Vicomté, vicomtes et autres ....


Texte de 1864 : voir source en bas de page. [1]


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e nom, qui a reçu toutes les consécrations de l’histoire, n’en est pas moins un contre-sens, dans le latin des cartulaires et des chroniques comme dans le français du moyen âge et dans celui du temps présent. Voilà huit siècles au moins que l’on écrit : « Pons Arcae, Pons Arcus, Pons Archiae, Pons Archae, Pons Arche ou Archie, Pons Archas ou Arcuatus, » sans que rien indique laquelle des vingt-deux arches d’un pont historique aurait eu le privilège d’imposer son nom à la ville forte.

Ce n’est pas qu’il n’y ait eu des tentatives isolées de redressement. On lit quelquefois, « Pons de Arcis, Pons Archarum, » Pont-des-Arches, et aussi Pont-des-Archers ou des Archiers. Un historien anglais, cité par Adrien de Valois, a dit le Pont-de-l’Arche-Guéroise (guerrière).

Le véritable nom est dans un diplôme d’Henri II. « Pons arcis meae, » pont de ma citadelle, disait-il dans un acte en faveur de l’abbaye de Jumièges (vers 1160). L’Arche-Guéroise en est presque la traduction.

Selon Piganiol de la Force, Pont-de-l’Arche était la capitale des Aulerques proprement dits. Malgré l’autorité de M. Rever, qui place aux Damps la station romaine d’Uggade, sur la route de Rotomagus à Mediolanum, nous persistons à penser avec d’Anville que le Pont-de-l’Arche en est le point le plus probable. Toutefois, comme nous l’avons dit dans notre Notice historique et archéologique sur le département de l’Eure, nous ne sommes pas éloigné, malgré la terminaison du nom de la commune qui s’étend sur la rive droite de la Seine, en face de Pont-de-l’Arche, de retrouver dans ce nom moderne d’Igoville quelque analogie avec le mot Uggade.

M. l’abbé Cochet place Uggate à Caudebec-lès-Elbeuf, où existent tant de vestiges antiques (Normandie souterraine, 2e édit., p. 155). Dans ses Sépultures, volume faisant suite à l’ouvrage précité, M. l’abbé Cochet passe en revue, p. 95 et suivantes, les opinions diverses sur la position d’Uggate ou Uggade.

On a souvent répété qu’entre le village des Damps et le point où s’est élevé l’abbaye de Bonport il a existé un établissement romain.

Le Mercure revendique très-chaleureusement en l’honneur de Pont-de-l’Arche l’avantage d’avoir été l’ancienne ville de Pistes, où Charles le Chauve bâtit un palais et fit tenir un concile en 861, des assemblées de grands personnages en 862-864, et un autre concile en 869.

André Duchesne estime que Pont-de-l’Arche est le lieu que les anciens annalistes appellent « Pistas et castellum novum apud Pistas ».

Le P. Hardouin, dans une note du Recueil des Conciles, pense que les conciles de Pistes ont été tenus à Pont-de-l’Arche ; mais Valois, Mabillon, Bessin, Le Brasseur opinent pour Pitres et ils ont raison.

L’histoire certaine de ce lieu, qui tient une grande place dans les annales normandes, commence au règne de Charles le Chauve, 862.

Il est parlé dans un fragment d’histoire de France et dans le Libellus de modernis regibus francorum presque dans les mêmes termes d’un pont qui avait été construit par Charles le Chauve. (Hist. de France, VIII, p. 302 et 318).

Cet épisode de l’histoire de France, autant au moins que de l’histoire locale, n’a échappé à aucun annaliste important. Il est résumé en ces termes par notre savant ami M. Bonnin : (Lettres au Courrier de l’Eure, 17 juillet et 4 nov. 1856.)

« Les Normands avaient déjà envahi et dévasté la vallée de la Seine, lorsque Ch. le Chauve convoqua les grands de l’Empire à son palais de Pitres, où, après avoir obtenu les subsides nécessaires, il fit venir et assembler un nombre immense de matériaux, de chars et d’ouvriers, pour y construire une fortification et un barrage assez forts pour entraver la navigation des barques normandes et pour défendre contre leurs invasions les riches cultures et les palais impériaux de Pitres et du Vaudreuil. L’endroit choisi était celui où la marée cesse de faire sentir son mouvement. Le pont fut établi sur un enrochement assez élevé pour qu’il en résultât une chute d’un mètre environ, obstacle presque insurmontable pour des barques légères. Des châteaux étaient placés aux extrémités pour défendre la navigation des deux bras. Enfin, une longue et étroite chaussée, percée de près de trente petits ponts fermait au nord le reste de la vallée. Tel est le système employé par les ingénieurs bysantins de Charles. »

Le pont construit par l’archevêque Hincmar et ses ingénieurs était crénelé comme jadis celui de Rouen. Des deux châteaux forts, le premier forme encore l’enceinte de la ville de Pont-de-l’Arche ; l’autre, connu sous le nom de château de Lymaie, a été détruit lors de la construction de l’Ecluse (1812).

Trois années (de 862 à 865) paraissent avoir été employées à la construction du pont, qui malheureusement ne produisit pas le résultat qu’on en attendait. Les Normands, portant à bras leurs barques légères, passèrent à côté du fort..... »

Devenus maîtres de la Neustrie, ils s’en servirent dans leurs guerres intestines et dans leurs guerres avec la France. Le nom de Pont-de-l’Arche revient sans cesse dans les annales de plusieurs siècles.

Quelques extraits des chartes et des chroniques constateront ce fait : [2]

1304. Subvention des nobles levée par Jean de Chambli, en la vicomté de Pont-de-l’Arche.

Avril 1309. Le roi confirme une vente consentie par Laurent Thiart, vicomte de Pont-de-l’Arche, à Jean le Moine, cardinal de Rome, au nom de ses écoliers de Paris.

Des lettres royaux du roi Jean, du 13 avril 1350, constatent que Jean, comte d’Harcourt, son cher et féal cousin, lui devait 220 livres 8 sols 11 deniers tournois, payables au vicomte de Pont-de-l’Arche, pour la ferme qui avait appartenu à Pierre de Préaux, chevalier.

1350. Le roi Jean fait échange avec Jean d’Harcourt de quelques rentes et droits assignés sur la vicomté de Pont-de-l’Arche.

Aux états de Rouen, en décembre 1437, Brunet de Longchamp, chevalier, seigneur d’Armenonville, comparut pour la noblesse de la vicomté de Pont-de-l’Arche, les lettres du roi lui tenant lieu de mandat. Quand il s’agit de lui allouer une indemnité (55 s. par jour), Henri V déclara « qu’il n’y avait en la vicomté de Pont-de-l’Arche aucuns nobles sur quoi le dit chevalier pût bonnement recouvrer la dicte somme.  »En conséquence, la taxe fut imposée sur tous les habitants de la vicomté.

Le 30 septembre 1442, l’aide exigée de la vicomté de Pont-de-l’Arche fut adjugée à 673 l. 49 s. tournois, dont 505 l. 49 s. pour la ville chef-lieu, et 168 seulement pour les paroisses rurales. Ce bail à ferme reposait sur l’octroi au roi de 2 s. pour livre sur toutes les marchandises.

1587. Le président au parlement, Bretel de Gremonville, assisté d’un conseiller, Claude Sedile, sieur de Monceaux, et d’un avocat du roi, Thomas, sieur de Verdun, se transporte en la ville de Pont-de-l’Arche, où, le 5 janvier, en présence et du consentement des gens des trois états à ce convoqués, il réduit en un article l’usage local d’icelle, et abroge la coutume locale qui s’observait, contenant que : « tout ce que femme ou fille des villages de la vicomté apporte en mariage à un homme des champs est tenu et est réputé pour le dot et tient le costé et ligne de la femme, si autrement il n’est convenu réservé le trousseau ; mais ce que la femme ou fille des champs mariée à homme des villes, et la femme ou fille des villes et gros bourgs apporte au mary appartient au mary, s’il n’y est autrement pourveu et convenu du contraire. » ......

A dater de la Fronde, Pont-de-l’Arche cessa d’avoir une existence historique pour ne plus vivre que d’une existence locale assez animée encore.

Voici comment l’appréciait Th. Corneille, en 1708, dans son Dictionnaire géographique : « Vicomté, bailliage, élection, grenier à sel, maîtrise des eaux et forêts, et un bon château de l’autre côté de son pont de pierre ; c’est le plus beau, le plus long et le mieux bâti qui soit sur la Seine. Cette ville, bâtie par Charles le Chauve, a de bons fossez et des murailles flanquées de tours.... »

Mais, en 1787, un dernier regain d’importance allait renaître pour les bailliages. Pont-de-l’Arche était une des quatre vicomtés du bailliage de Rouen ; une des quatorze élections et l’un des douze greniers à sel, dits de vente volontaire de la généralité de Rouen ; une des sept maîtrises des eaux et forêts du département de Rouen. Il était le siège d’un des quatorze bureaux de la haute Normandie pour la levée des aides. Il y avait aussi prévôté.

En 1772, un édit avait réuni la vicomté au bailliage. La collection des Archives de l’Empire possède d’anciens sceaux de cette vicomté.

Le procès-verbal de l’assemblée de l’ordre de la noblesse du bailliage de Rouen, du 15 avril 1789, a conservé les noms des membres de cet ordre qui représentèrent le vicomte de Pont-de-l’Arche. Ils étaient relativement en très-petit nombre : seize présents, dix représentés par procuration.

Mais l’ère nouvelle ne devait apporter à Pont-de-l’Arche qu’une prompte décadence, tandis que deux des dix sergenteries de son ressort, Elbeuf et Louviers, allaient devenir des villes importantes.......
L’heure arrivait où toutes les anciennes juridictions de Pont-de-l’Arche allaient se fondre en une simple justice de paix, et son existence militaire en un modeste gîte d’étape. Il lui restait ses armoiries, qu’on allait bientôt supprimer.

M. Canel, dans son Armorial des villes et corporations de Normandie, formule ainsi le blason de Pont-de-l’Arche : De gueules, au pont de neuf arches élevées, d’argent ; mouvant d’une rivière de sinople, et supportant au milieu une tour d’argent, et à chaque côté de la tour une croix d’or.
Millin en a donné cette variante : De gueules, à un pont de quatre arches d’argent, chargé d’une croix à tige d’or sur le milieu, et de deux tours d’argent couvertes aux deux extrémités ; au chef d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or ; et le Bulletin de l’Académie ébroïcienne : De sable, au pont d’argent à trois arches, maçonné de même, au chef d’azur, chargé de trois fleurs de lis d’or.

Il restait à Pont-de-l’Arche son vieux pont, solide monument des âges lointains et contemporain neuf fois séculaire de ses bons et de ses mauvais jours.

Sans doute il portait les traces de plusieurs restaurations ; mais M. Bonnin, qui a jeté tant de jour sur l’architecture militaire des anciens temps, a parfaitement établi son identité, contre l’opinion qui voulait l’attribuer soit au XIIIe siècle, à cause d’une arche ogivale ajoutée par Richard Cœur de lion vers 1195, soit seulement à la Renaissance, parce qu’une partie des parapets en portait le caractère, dû à une réparation partielle qui n’intéressait que le parement ou l’appareil extérieure et le tablier de la chaussée, vers 1435, pendant l’occupation anglaise. L’invention du canon fit aussi supprimer une bordure crénelée et la fit remplacer par un parapet continu.

Les plus grandes vicissitudes de ce doyen des ponts français furent causées par l’art moderne de la guerre. En 1594, un lieutenant d’Henri IV, en 1844, un lieutenant de Napoléon voulurent le faire sauter.

Il était destiné à une fin moins héroïque. Le corps des ponts et chaussées le considérait plutôt comme un reste gênant que comme un monument respectable.

Dès 1712, un procès-verbal constatait que la grande arche, joignant le château, par laquelle passaient les bateaux s’était ouverte ; plusieurs pierres s’en étaient détachées. La plupart des arches étaient embarassées de gords et de pêcheries, dont la suppression était instamment demandée dans l’intérêt public.

En 1812 seulement, une grande écluse a été ouverte pour le passage des bateaux dans le bras de la Seine qui servait de fossé au château.

Le pont, tel qu’il existait en 1849, est figuré dans l’Eure historique et monumentale de MM. Batissier et Sainte-Marie Mévil, ouvrage inachevé d’où a été extrait un album.

Le voisinage de travaux neufs a porté un coup fatal, et le 12 juillet 1856 s’est consommé au milieu d’un lugubre fracas l’écroulement du vieux pont de Charles le Chauve.

C’est dans les deux lettres de M. Bonnin citées plus haut qu’il faut lire le récit animé et bien inspiré de cette catastrophe.......

Il ne serait pas sans intérêt de réunir la liste complète des personnages qui ont occupé à divers titres une position importante dans l’administration civile comme dans le commandement militaire du Pont-de-l’Arche. Nous avons recueilli plusieurs noms dans nos recherches :

« Willelmus de Ponte Archarum » était chambrier du roi Jean.

1211. « Johannes, clericus Pontis Archae ».

Pierre de Mauléon, châtelain de Pont-de-l’Arche en 1237 et 1238.

1256. Barthélemi Fergant, vicomte.

1260. Guillaume des Gades-Renicourt, chevalier, vicomte et chevetain de Pont-de-l’Arche.

1309. Laurent Thiart, vicomte.

1327-1344. Jehan du Bosc, de la maison de Pirou, vicomte de Pont-de-l’Arche. En 1344, il siégeait à l’échiquier de l’Ascension.

1344. Monseigneur Pierre de Poissi, chevalier, capitaine des nobles de la vicomté de Pont-de-l’Arche.

1347. Richard du Mesnil, écuyer, châtelain du châtel de Pont-de-l’Arche.

1351. Simon de Baigneux ; peu après, Richard de Bitot, vicomtes.

1360,30 septembre. Colart Mardargent, chevalier, maréchal de Normandie, et Jehan de la Heruppe, écuyer, capitaines de la ville de Pont-de-l’Arche.

136 ?. Jehan de Giencourt, chevalier, châtelain du châtel de Pont-de-l’Arche.

1363. Colard d’Estouteville, seigneur d’Aussebosc et de Lamerville, capitaine de Pont-de-l’Arche.

1369. Jehan de Jaucourt, dit Brunet, chevalier, capitaine du châtel de Pont-de-l’Arche. Le 18 janvier 1369 (n. s.) on lui assigna un traitement annuel de 400 l. t.

Vers 1390, Jehan de Gué, vicomte.

1400. Jehan de Saint-Ouen, seigneur de Tordouet, vicomte.

1408. Jehan Monnet, vicomte.

Pierre, dit Moradas, sieur de Houville, capitaine de Pont-de-l’Arche, tué à Azincourt.

1417. Jehan de Graville, chevalier, seigneur de Montagu, conseiller et chambellan du roy, et capitaine du châtel de Pont-de-l’Arche.

1422. Jehan Beaucharap, capitaine.

1423-1429. Guillaume du Fay, vicomte.

1424. Jean Falstaff, grand maître d’hôtel du régent d’Angleterre, est nommé « gouverneur et superviseur de toutes les villes, chasteaux et païs subgies au roy, es bailliages de Rouen de la rivière de Seine, du côté de la ville de Pont-de-l’Arche, Caen, Alençon... »

1429, juillet. Raoul le Sage, l’homme important après Bedfort, fait l’inspection de la forteresse de Pont-de-l’Arche. La garnison est renforcée.

1429. Pierre de Poissi, écuyer, chef de monstre.

1430. Le sire de Willughby, capitaine.

1435. Bérard de Montferrand, chevalier, capitaine.

1435. Jean de Rouvray, châtelain (?) de Pont-de-l’Arche.

1440, 23 juillet. « Makin Hilton, escuier, mareschal de la garnison de Pont-de-l’Arche. »

1442, 5 janvier. (n. s.) Le même, « ayant la charge de la garde et cappitainerie du Pont-de-l’Arche soubz mons. le cardinal de Luxembourg, chancelier de France ».

1447. Jean Lancelin, vicomte.

1463. Pierre Bachelet, vicomte.

1474. Julien du Gué, vicomte.

1474. L’amiral Louis Malet est capitaine de Pont-de-l’Arche.

1480 « Loys de Graville, seigneur de Montagu, de Sees et Bernay, conseiller et chambellan du roy, et cappitaine de Pont-de-l’Arche. »

Vers 1485, Péronne de Jaucourt apporte en mariage à Guy de Matignon, seigneur de Torigny, la seigneurie de Pont-de-l’Arche et un grand nombre d’autres. C’est évidemment de ce personnage que provint le nom de Matignon donné à l’un des moulins du Pont.

1492. Jehan Challenge, vicomte.

1500. Messire Louis de Graville, chevalier, seigneur de .... .. et Bernai, et capitaine de Pont-de-l’Arche, amiral de France.

1540. « ... Puissant messire Robert de Pommereul, en son vivant chevalier, sr du lieu de Myserey et d’Irevile, premier escuyer d’escurye du roy, cappitaine des ville et chasteau du Pont-de-l’Arche, grant maistre enquesteur et réformateur des eauls et forestz en Normandie et Pycardie, lequel décéda le XVIIIe jour de may M. V. XLIII. »

1562. Les capitaines Guion et Maze défendent Pont-de-l’Arche contre les protestants venus de Rouen.

1591-1609. Le Sergeant, vicomte.

1616. Concini (le maréchal d’Ancre), gouverneur.

Sous Louis XIII, le connétable de Luynes était gouverneur de Pont-de-l’Arche.

1639. Jean de Lonlay, seigneur de Saint-Georges, capitaine des gardes du cardinal de Richelieu, gouverneur.

1649. Le sieur de Beaumont, gouverneur.

1650. Gouverneur : le baron de Chamboy, mestre de camp de cavalerie, et capitaine lieutenant des gendarmes du duc de Longueville.

1666. « Charles de Tesson, escuier sieur de Bellengaust, fils de Louis de Tesson, escuier, commandant pour le roy en la ville et chasteau de Pont-de-l’Arche. »

1671. Druel, commandant de Pont-de-l’Arche.


Pont-de-l’Arche (27) sur le BIS

Notes

[1] Source : Mémoires et notes pour servir à l’histoire du département de l’Eure, par de M. Auguste Le Prevost

[2] NDLR : le BIS n’a retenu que quelques passages où il est question de vicomté et vicomtes