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Neufchâtel-en-Bray : vicomté, quelques vicomtes ...


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’ancien nom de cette ville était Drincourt en latin Driencuria, ou Drincuria, quoiqu’on trouve aussi quelquefois, mais abusivement, Nicourt ou Lincourt, ou Druigourt ; Philippes Le Breton l’a nommée Driencuria et je ne vois pas pourquoi M. de Vallois s’est avisé de la mettre sur la Bresle, à cinq lieues de la ville d’Eu, à moins qu’au lieu de Driencuria il n’ait lu dans le poète Demicuria. On trouve en effet sur la Bresle, à une lieue d’Aumale, et dans le diocèse d’Amiens, le village de Demicourt.

Quoi qu’il en soit, le Neufchâtel était encore appelé, en 1205, Le Neufchâtel de Drincourt, mais alors le nom de Drincourt commençait aussi à se perdre, et on disait souvent le Neufchâtel tout simplement. On prétend que ce n’était dans son origine, qu’une maison de bois à trois étages. Henry Ier, Roi d’Angleterre, lui substitua, au commencement du douzième siècle, le nouveau château dont insensiblement la ville a tiré son nom, lequel a été rasé par ordre du Roi Henry IV en 1595.

Cette ville ne forma d’abord qu’un simple bourg, auquel on donna le nom de Saint-Pierre, qui était la seule église du lieu, et qui s’étendait aussi dans la campagne : le prieuré de Sainte Radegonde, au hameau du Mesnil, y est encore compris aujourd’hui. Dans la suite il s’y est formé deux autres parroisses, sans compter celle de l’hôpital Royal ; l’une, sous le nom de Notre-Dame, et l’autre, sous celui de Saint-Jacques. Son enceinte s’est encore étendue jusque sur les deux parroisses voisines, savoir Quievrecourt et Saint-Vincent de Nogent-en-Bray. L’église de Saint-Pierre, qui fut dédiée le 6 août 1248. Odo Rigaut, archevêque de Rouen, avait, dit-on, anciennement haute, moyenne et basse justice, avec un bailliage vicomtal, dont les officiers étaient nommés et institués par le curé : cela ne subsiste plus et l’on ignore ce qui a donné lieu à ce changement. La parroisse de Notre-Dame est devenue la première de la ville ; c’est là que l’on chante les Te Deum, et que se tiennent toutes les cérémonies publiques ; la nef de cette église n’a été construite que vers le milieu du seizième siècle, en 1558.

Celle de Saint-Jacques fut ruinée en 1591, par le gouverneur de la ville nommé Palcheul, ou, selon d’autres, Porcheux, huguenot, par la seule raison qu’elle commandait au château.

Neufchâtel a eu des seigneurs particuliers de la première et de la plus haute noblesse, avant que de rentrer dans le domaine de la couronne. Hugues de Neufchâtel était beau-frère de Valeran, comte de Meulan ; il entraîna avec lui ses autres beaux-frères Hugues de Montfort et Guillaume Louvel et plusieurs autres seigneurs dans la Ligue que fit, en 1123, Amaury de Montfort, comte d’Evreux, pour rétablir Guillaume, fils du duc Robert Courteheuse, c’est-à-dire courte botte, dans la possession de la Normandie injustement usurpée par Henry Ier Roy d’Angleterre. Depuis que cette ville est retournée au domaine, elle a été donnée en douaire, en 1351, à la reine Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe VI le Valois, et Catherine de France, femme de Henry V, roi d’Angleterre.....

Devenus possesseurs de la Neustrie, les ducs normands ne tardèrent pas à se faire une ligne de défense contre les Français, maîtres de la Picardie et de l’Ile-de-France, en élevant plusieurs forteresses sur les frontières nord, nord-est et est de la province appelée désormais Normandie, du nom des conquérants. Telles furent, en première ligne, les places fortes d’Eu, d’Aumale, de Blangy, de Gaillefontaine, de Gournay, et, en seconde ligne, Dieppe, Arques, Neufchâtel, La Ferté, pour ne citer que les plus fameuses.

Plus tard, au XIIIe siècle, après le retour de la Normandie à la couronne, bien que la Somme, avec ses prairies marécageuses, et ses tourbières donnât une assez bonne ligne de défense, et que la frontière de Picardie fût encore protégée par les forteresses d’Abbeville, d’Amiens, de Corbie, de Péronne, de Ham et de Saint-Quentin, les rois de France conservèrent néanmoins les deux lignes de défense précédemment établies pour la sécurité de la Normandie, et où Neufchâtel était appelé à jouer son rôle.

Ainsi s’explique son importance relative, puisque, pendant des siècles, sous le nom primitif de Drincourt, remplacé bientôt par celui de « Neuf-Châtel », dont l’étymologie rappelle la destination belliqueuse, cette petite place de guerre, entourée de murailles garnies de tours et défendue par un château assez considérable, bâti sur une hauteur, au nord de la ville, dans une assiette rendue plus forte par les fossés profonds qui l’isolaient de tous côtés, comme on le voit encore aujourd’hui, cette petite place a contribué, pour sa part, à défendre la Normandie, d’abord contre la France, et la France, ensuite, contre les attaques de ses ennemis. Cet office, Neufchâtel l’a rempli vaillamment pendant des siècles, et il a vu successivement les ducs de Normandie, les rois d’Angleterre, les rois de France, les ducs de Bourgogne, les Ligueurs, Henri IV et les Espagnols, au pied de ses remparts, pour s’en disputer la possession, les armes à la main. Sentinelle avancée de Rouen, son sort n’était pas indifférent pour notre ville, comme on le vit, une dernière fois, en 1592, quand, fidèle à Henri IV, elle tira ses derniers coups de canon contre le duc de Parme. Mais, après la démolition de son château, en 1595, son rôle diminue singulièrement d’importance, et c’est à peine si les historiens locaux ont pu signaler quelques autres faits saillants dans son histoire.

Comme dans toutes les places de guerre, surtout les petites, le sort des habitants de Neufchâtel et des environs ne fut pas heureux. Car, matériellement, la guerre alors était abominable ; le soldat ne subsistait que de rapines ; partout la maraude, le viol, le pillage ; un pays traversé par une armée nationale ou par une armée ennemie, était un pays ravagé ; la peste suivait les armées en campagne ; guerre et brigandage étaient à peu près synonymes.

Mais derrière ses remparts et ses tours, au pied du château qui la protégeait, il y avait une cité, avec tout ce qui la constitue : des églises, des hôpitaux, des couvents, une commune et des échevins ; l’administration de la justice comprenant une Vicomté, une Election, un Siège de police, un Grenier à Sel, une Maîtrise particulière des Eaux et Forêts et puis, des procureurs, des avocats, des bourgeois, des marchands, des hôtelliers, etc. Sur tous ces points, sauf le côté religieux, il règne, chez les divers historiens Neufchâtel, un silence presque absolu, faute, sans doute, d’avoir rencontré des documents qui permissent de les traiter avec certitude.

Nous avons vu que Philippe-Auguste avait soumis Neufchâtel à la vicomté d’Arques. Il en fut séparé plus tard, puis érigé en chef-lieu de vicomté.

Le doyenné de Neufchâtel comprenait 53 paroisses, la vicomté 137, et l’élection 101.

Pour l’exercice de la justice, le duc avait, dans la ville d’Aumale, un bailliage démembré de la vicomté de Neufchâtel ; une vicomté qui, après avoir été supprimée, fut rétablie en 1572......

Neufchâtel, avant la révolution, avait un doyenné rural dépendant de l’archidiaconé d’Eu. Cette ville était du gouvernement de Normandie, du ressort du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides et de la généralité de Rouen. Elle avait un bailliage subordonné à celui de Caux, une élection, un siège de police, un grenier à sel de vente volontaire, et maîtrise particulière des eaux et forêts qui lui était commune avec Arques.

Quelques vicomtes

 ? : Pierre Le Porc, vicomte de Neufchâtel

1530 : Me Pierre le Bailly, sr de Villy, vicomte du Neufchâtel.

1549 : M. Pierre Marc fut pourvu en l’état de lieutenant du vicomté.

1550 : Adrian Bridou fut pourvu en l’état de vicomte du Neufchâtel.

1557 : Me Bertrand Bodin fut pourvu à l’état de lieutenant du vicomté, par résignation de Me Pierre Marc.

 ? : Me Bertrand Bodin fut pourvu à l’état de lieutenant du vicomté.

 ? : Me Nicolas Chérie Daubrun, fut pourvu à l’état de vicomte, à la place de Me Adrien Bridou.

1577 : François Avisse, vicomte de Neufchâtel.

1578 : Jacques Engren, vicomte de Neufchâtel.

1584 : Pierre de Fry, fils aîné de defunt Thomas de Fry se fit pourvoir à l’état de lieutenant général de cette vicomté de Neufchâtel.

1585 : Possession prise de l’état de lieutenant particulier des forêts de la vicomté du Neufchâtel, par Charles de Biville.

1599 : Possession prise de l’estat de vicomte de ce lieu du Neufchâtel, par Me Jean Bodin, par la résignation à luy faite par Me François Avisse.

1612 : M. Jacques de Hasteville, après avoir été privé de son estat de lieutenant de vicomte, fut remis en place par la faveur de ses amis, entr’autres, par un nommé de la Porte.

1620 : Résignation faite par Me Jacques de Fry, lieut. de M. le bailly de Caux, de son office en cette ville du Neufchâtel, à Me Louis le Brumen, cy-devant greffier du vicomté dudit lieu.

1623 : Possession prise, audit an, par Me Adrien de Bailleul, fils de feu Adrien Bailleul, lequel fut reçu à l’état de lieutenant général du Vicomté, l’estat étant vacant par la mort de M. Jacques de Hasteville.

1631 : Prise de possession de l’estat de vicomte du Neufchâtel, par Me Louis Bodin, par la résignation que faite luy en auroit été par Me Jean Bodin, son père.

Sources

Recherches ...sur les possessions des Sires normands de Gournay, le Bray normand et le Bray picard et sur toutes les communes de l’arrondissement de Neufchâtel par N.-R. Potin de La Mairie
Documents concernant l’histoire de Neufchâtel-en-Bray et des environs, par F. Bouquet
Essai historique et archéologique sur le canton de Neufchâtel (Seine Inférieure), par l’Abbé Jean-Eugène Decorde