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Le marquisat de Marigny

Daniel Chaumont


Texte de 1874 : voir source en bas de page. [1]


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e toutes les anciennes divisions territoriales de notre pays, la moins connue est peut-être la division féodale. Cependant elle date des temps les plus reculés de notre histoire, et elle a duré jusqu’en 1789.

Pour ne prendre que l’Election de Coutances, une des neuf élections de la généralité de Caen, il y avait dans sa circonscription 379 fiefs ou extensions de fiefs, répartis en 132 paroisses. On en trouve la liste complète dans l’Etat que Foucault intendant de la généralité de Caen, fit faire à la fin du XVIIe siècle.

Mais on ne sait généralement pas la hiérarchie qui existait entre ces fiefs. Cet Etat indique seulement les marquisats, les comtés, les baronnies, les châtellenies et les autres fiefs de l’Election. Ce n’est qu’un travail de recensement fait pour la Cour des comptes, aides et finances.

Nous nous proposons ici, dans la limite de nos forces, de combler cette lacune en ce qui concerne l’ancienne baronnie de Marigny, érigée en marquisat au XVIIe siècle, et nous serions heureux que cet opuscule fût le premier chapitre d’un livre qui pourrait s’appeler Recherches sur les grands fiefs du bailliage de Cotentin.

A la fin du XVIIIe siècle, le marquisat de Marigny avait son extension sur plus de vingt paroisses de l’Election de Coutances. Il se divisait géographiquement en plusieurs parties. La plus considérable était bornée au nord par le confluent de la Vanlouette du Lozon, et s’étendait, en descendant vers le sud, dans les petits bassins de la Vanlouette, du Vanlous, du Houlbec, Lozon, du Rogal et de la Lôque. Elle comprenait les paroisses de Remilly, d’Aubigny, du Mesnil-Vigot, de St-Ebremond-sur-Lozon, du Mesnil-Eury, de St-Louet-sur-Lozon (avec extension à l’ouest sur Feugères), de Hauteville-la-Guichard, de Marigny (en inclinant à l’est dans le bassin de la Terrette), du Lorey et de Camprond vers l’ouest, et était bornée au sud par la route de Coutances à Saint-Lo. Plus à l’ouest encore se trouvaient les deux enclaves de Gratot et de Gouville avec extension dans différentes paroisses.

Une autre partie était bornée au nord par la Soulle, au sud par la Venne, et renfermait, de l’est à l’ouest, les paroisses de Notre-Dame-du-Touchet, de St-Martin-de-Cenilly, de Roncey et de Guéhébert. Au sud-est se trouvait l’enclave de la Haye-Comtesse, dans le bassin de la Sienne et sur la rive gauche.

Une troisième partie, bornée à l’est par la Sienne, formait une sorte de quadrilatère, et s’étendait sur Cérences, Ste-Marguerite, Annoville, Tourneville et Quettreville.

Enfin il y avait les enclaves du Loreur dans le sud de l’Election de Coutances, de Sacey, dans l’Election d’Avranches, de Lamberville et de Précorbin, dans l’Election de Saint-Lo, vicomté de Torigny, et d’Hermanville, dans l’Election et vicomté de Caen. Cette extension si considérable était l’œuvre des siècles. Primitivement Marigny n’était qu’un membre de la baronnie de SAY et appartenait à l’antique famille de ce nom. Au XIIe siècle le mariage d’Agnès de Say avec Richard I du Hommet, amena la réunion de la baronnie de Say à celle de Remilly, sous la suzeraineté de l’Honneur du Hommet. Mais vers 1250, après le mariage de Mabille avec Richard de Courcy, la baronnie de Marigny et de Remilly agrandie devint distincte de l’ Honneur du Hommet et finit par absorber la demi-baronnie de Monfort qui cependant (en 1327), prétendait encore relever du roi, malgré les contestations d’un autre Richard de Courcy. A la fin du XIVe siècle la baronnie de Marigny et de Remilly tomba deux fois en quenouille. Les familles de Mallemains et de Montauban continuèrent à accroître l’importance de ce grand fief de dignité, et leur œuvre fut achevée par les Rohan qui le firent ériger en marquisat et y réunirent la fieffeferme de St-Louet-sur-Lozon. Mais cette transformation successive de la baronnie de Marigny ne se fit pas sans difficulté, et plus d’une fois un certain nombre de détenteurs de fiefs contestèrent leur mouvance : ce qui donna lieu à d’interminables procès.

Quoi qu’il en soit, dans les derniers temps, le marquisat de Marigny comprenait :
1. l’honneur de Marigny avec les trente-neuf nobles ou franches vavassories qui en dépendaient ;
2. la grande verge de Marigny consistant en domaines fieffés et non fieffés, avec les coutumes du Lorey, de Camprond et de Hauteville ;
3. la petite verge de Marigny ;
4. la seigneurie de Mary, à St-Martin-d’Aubigny ;
5. la seigneurie de Montfort ;
6. la seigneurie de Hauteville-la-Guichard ;
7. la grande verge, la baronnie de Remilly, et la petite verge de Remilly ;
8. la seigneurie de St-Louet-sur-Lozon, avec les domaines de la Croix-Mériotte, du Couaisel et de la Lande ;
9. la baronnie de Say-Montauban ;
10. la baronnie de la Haye-Comtesse.

Il est toutefois difficile de suivre dans l’histoire les vicissitudes de ce marquisat, du moins jusque vers la fin du XVe siècle. On trouve en effet, en 1486, une réclamation faite par Louis de Rohan aux juges du bailliage de Cotentin pour avoir copie des aveux rendus au roi à la Cour des comptes par ses prédécesseurs, et savoir ainsi les dépendances, rentes et sujétions dues à la baronnie, attendu que les titres ont été perdus par les guerres civiles, divisions et mortalités qui ont régné en Normandie. La révolution de 1793 nous a enlevé encore ce qui avait été recueilli et conservé depuis dans le chartrier du château. Toutefois la bibliothèque de Coutances possède un Inventaire in-folio de plus de 1600 pages, fait en 1761, un Journal, papier cueilloir et recette des rentes, cens et redevances de 1785, deux registres d’aveux des arrière-fiefs et tènements, et des notes généalogiques manuscrites, rédigées en 1808. Avec ces documents inédits, avec les archives de l’Etat civil, du notariat et de l’Eglise de Marigny et grâce aux renseignements que nous avons puisés dans la Revue Monumentale et historique de l’arrondissement de Coutances, par M. Renault, dans les travaux de M. de Gerville, et d’autres savants archéologues ; enfin dans l’Essai sur l’histoire civile et religieuse de Remilly, par M. l’abbé Bernard, œuvre manuscrite d’un savant aussi distingué que modeste, nous pourrons passer sommairement en revue tout ce qui concerne ce grand fief, en suivant l’ordre géographique que nous avons indiqué plus haut.

Marigny est situé près de la voie romaine de Coutances à Bayeux.

En 1844, dit M. de Gerville, on a trouvé à la jonction de Marigny et de Carantilly un grand nombre de médailles, en grand, moyen et petit bronze, entre autres une Faustine et un Gallien. Le champ où elles ont été découvertes s’appelle encore aujourd’hui la Justice, parce que le carcan de la justice de Marigny était là, près de la grande route de St-Lo à Coutances et du bureau de la poste aux chevaux appelé la Fosse.

En sortant du bourg pour aller à la grande route de Coutances à St-Lo, vers le midi, on voit encore la motte de l’ancien château-fort, appelé la Butte-du-Castel. Elle est escarpée, quoique peu élevée, mais on n’y remarque aucune trace de maçonnerie. Elle était en grande partie défendue par les eaux du vivier voisin qu’on faisait refluer à volonté dans les fossés, et elle dominait tout le pays excepté du côté du sud.

Pour l’histoire de la paroisse de Marigny, les documents font défaut ; toutefois à l’aide des registres de l’Etat civil que M. Salles, maire de Marigny, a mis à notre disposition avec une grande complaisance, et grâce à quelques pièces que M. Ollivier, curé, a bien voulu nous communiquer, nous pouvons soulever un peu le voile du passé.

L’église actuelle a trois nefs, avec une tour pyramidale. Elle est du style ogival et toute moderne, sauf, une partie de la nef principale et des deux nefs latérales, à environ 2m 50 du sol, où les constructions du XVe siècle sont très-visibles. On y remarque encore de jolies consoles destinées à soutenir les nervures des voûtes (absentes) des nefs latérales et soutenant ces voûtes dans la grande nef. Cette église, qui a été plusieurs fois détruite, est sur l’emplacement d’une église romane dont la dédicace fut faite, sous le vocable de St Pierre, vers 1050, par Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances, et qui fut aumônée un siècle après à l’abbaye d’Aunay, près de Caen. On pourrait croire qu’antérieurement à cette époque il y en avait une autre dans un emplacement différent. Quoi qu’il en soit, rien aujourd’hui n’indique que le sol de l’église ait servi aux inhumations, et l’on n’y trouve pas de ces pierres tombales qui souvent sont des éléments de l’histoire locale.

Cependant au XVIIe et au XVIIIe siècles les inhumations dans l’église de Marigny ont été très-nombreuses. C’était pour ainsi dire un droit acquis aux paroissiens, moyennant une somme, fixée en 1658, par l’archidiacre de Coutances, à 20 sols payés entre les mains du curé pour être employés aux affaires les plus urgentes de l’église. En 1694, elle fut portée à 40 sols pour payer le pavage de l’église ; en 1703 elle fut portée à 60 sols.

Nous avons compté le nombre des personnes inhumées dans l’église pendant trois périodes de cinq ans :

• En 1668, il y en eut 18 ; en 1669, 11 ; en 1670, 8 ; en 1671, 7 ; en 1672, 2 (sur 27 décès cette année-là) ; ce qui donne une moyenne de 9 par an.

• En 1717, 2 ; en 1718, 7 ; en 1719, 14 ; en 1720, 18 ; en 1724, 4 ; ce qui donne encore une moyenne de 9 par an.

• En 1774, 7 ; en 1775, 7 ; en 1776, 2 ; en 1777, 4 ; en 1778, 4 ; ce qui donne une moyenne de 5 par an.

Cet usage ne fut plus suivi à partir de cette époque.

Nous sommes loin d’avoir la liste complète des curés et des vicaires de Marigny ; les registres paroissiaux ne commencent qu’en 1653. Toutefois nous pouvons donner quelques noms :

CurésVicaires
1656-1666 : Pierre de l’Isle 1655 : Pierre de l’Isle
1668-1671 : Jean Heudeline 1656 : Jean Basire
1671-1687 : Gilles Nicolle 1660-1667 Louis Chardin
1692-1729 : Robert Boudier 1667-1671 : Jean Chardin
1729-1762 : Jacques Boudier 1683-1697 : Pierre Margalay
1763-1784 : Ch.François Leconte 1699 : Michel Vimont
1784-1789 : N. Diguet 1700-1705 : Nicolas Huet
1709-1720 : Charles de Pirou
1720 : François Hervieu
1721-1725 : Jean Coquière
1725 : Jean-François Dufour
1732-1757 : Richard Huet
1759-1761 : Nicolas Dolley
1780 : Pierre-Philippe Heuguet

Dès 1658 nous constatons des quêtes faites dans l’église, aux grandes fêtes de l’année, pour les hopitaux de Paris. En 1669, le 9 décembre, le R. P. Antoine Gaugeard, prieur du couvent des Frères-Prêcheurs de Coutances, institua la confrérie du Rosaire dans la chapelle Notre-Dame, avec cette réserve que si à l’avenir les Dominicains avaient une maison de leur ordre à Marigny, cette confrérie y serait à l’instant transportée, avec tous ses droits, revenus et émoluments.

D’après le tableau des fondations pour 1737, il y avait : en janvier 6 obits ; en février, 9 ; en mars, 9 ; en avril, 8 ; en mai, 8 ; en juin, 5 ; en juillet, 11 ; en août, 7 ; en septembre, 7 ; en octobre, 4 ; en novembre, 6 ; en décembre, 9 : en tout 89. Il y avait en plus, en janvier, la fondation du Rosaire, pour laquelle il était dû un droit de 40 sols au custos. Une messe chantée, avec Libéra, se payait alors 4 ou 6 sols. Dans aucune de ces fondations il n’est question des marquis de Marigny.

Nous ne savons à quelle date remonte l’école de charité de cette paroisse ; elle existait toutefois avant 1752 (2 juin), époque où mourut Me François Quilien, prêtre, qui en était régent. De 1774 à 1777, Me Jacques-Philippe Hérouard, prêtre, remplissait les mêmes fonctions. D’après un acte du 15 février 1759 il y avait aussi une école de filles, tenue alors par Michelle Gardie. Nous avons d’ailleurs constaté un grand nombre de signatures dans les actes de baptêmes, de mariages et d’inhumations ; celles des femmes sont assez rares au XVIIe siècle ; il y en a beaucoup plus au XVIIIe ; l’écriture est même assez belle.

Les actes sont d’ailleurs rédigés avec un grand soin et renferment souvent des détails assez curieux.

En 1698, la paroisse comptait 250 feux et payait 3,367 livres de tailles ; il n’y avait pas de privilégiés autres que le curé, son vicaire et un sieur Margalet, prêtre ; les dîmes valaient 1,000 livres sur lesquelles était prise la portion congrue du curé et de son vicaire.

Les archives du notariat de Marigny ne remontent qu’au milieu du XVIe siècle. La plus ancienne des minutes est de 1862. Voici les noms des notaires :

De 1562 à 1688

Thyboudet, Campain, Laurens,Grould, Lepourry, Girard, Ferry, Fernent, de La Mazure, Laffaiteur, Fossey, de Pirou, Le Rouxel, Morel, Le Paulmier.

De 1681 à 1794

Huault, Bon-François Traisnel, Pierre-Jean Brique, Jean Voisin,Jean-François Huault, Pierre Hue, Jean Duduyt,Jacques Caudel, Jacques de Coquerel.

La BARONNIE (plus tard le MARQUISAT) relevait du roi par foi et hommage, nûment et sans moyen, à cause de la vicomté et châtellenie de Coutances, à gage-plège, cour et usage, service de prévôté, gabelage, graverie, service de quintaine, regard, censerie, entretien des moulins, etc., avec franche bourgeoisie, grand et petit éclusage et autres droits utiles et droits honorifiques. Elle donnait au baron droit de séance à l’Echiquier de Normandie, avec quatorze autres barons du bailliage de Cotentin.

LA GRANDE VERGE DE MARIGNY comptait quatre moulins à eau et à blé, d’un revenu de 250 livres ; elle comprenait le fief d’AUNAY, aumôné à l’abbaye d’Aunay, dans le diocèse de Bayeux, avec droits de relief, treizième, aide, banalité et service de prévôté, (le fief roturier au Gascoing), et un grand nombre d’arrière-fiefs. Tous les hommes tenants et habitants de la bourgeoisie de Marigny devaient chacun, à la St-Michel, dix deniers pour gabelage.

LA PETITE VERGE DE MARIGNY comprenait les fiefs ès Auvrais, Duval, du Moulin, Blandin-Cosnuet, à Lointier, au Camp, à Lengretz, les tènements de la Grimaudière, des Rondes-Fosses, etc.

Il y avait pour la baronnie une haute-justice établie en 1465 en faveur de Jean, sire de Montauban. Le cours en fut interrompu pendant quelque temps ; elle fut rétablie en 1586, après une enquête qui dura trois ans. Pierre Michel, sieur du Mesnil, lieutenant général du bailli de St-Sauveur-Lendelin, n’y mit aucune opposition, et Henri III, malgré les réclamations du duc de Joyeuse, accorda le 15 mai 1586 des Lettres patentes faisant défense aux officiers de Coutances et de Saint-Sauveur-Lendelin de troubler les officiers du prince de Guémené dans l’exercice de leurs fonctions, leur donnant assignation au Conseil privé pour dire leur cause d’opposition, et se voir condamner aux dépens, dommages et intérêts envers le prince de Guéméné et ses sujets.

Parmi les droits seigneuriaux dont jouissaient les barons et les marquis de Marigny, notre attention a été spécialement attirée sur le droit de chasse et de pêche, auquel ils tenaient beaucoup, comme tous les seigneurs, bien qu’ils ne résidassent guère. Le 3 août 1612, Alexandre de Rohan obtint des Lettres patentes du Roi, adressées au grand prévôt de Normandie, au bailli de Cotentin et au sénéchal de Marigny, portant défense de chasser et de pêcher, de quelque manière que ce fût, sur les terres, seigneuries, rivières, marais et étangs du marquisat, à peine de 1,000 livres d’amende pour la première fois, et de punition corporelle en cas de récidive. On peut croire que cette mesure avait été amenée par des abus considérables ; mais elle n’empêcha pas que, le 17 septembre suivant, on ne dût dresser procès-verbal contre quatre ou cinq particuliers, qu’on avait trouvés chassant sur les terres de Marigny, avec cornets et une meute de douze à quinze chiens. Le 16 septembre 1631, le sieur de Montfort, Henri-Marie Le Marquetel, dut être également rappelé à l’ordre, et on lui signifia les Lettres patentes de 1612 ; enfin le 4 juillet 1684, une sentence du présidial de Coutances, rendue à la requête de Mme de Guéméné, contre Pierre Darthenay, laboureur, un des tenants de la marquise, convaincu d’avoir tué des pigeons, des lièvres et autre gibier sur la seigneurie, le décréta de prise de corps. Il fit défaut, et on ordonna que la sentence serait exécutée à ban.

Vers la même époque (24 septembre 1694) le marquis eut à réprimer une tentative d’un autre genre. Les habitants de Marigny avaient pris l’habitude de se placer à l’église dans le banc seigneurial situé dans le chœur. On fut obligé d’interdire cet envahissement par acte publié à l’issue de la grand’messe.

Il y avait à Marigny trois foires par an et un marché la semaine ; les Lettres d’érection furent accordées en avril 1570 par Charles IX. Le marché se tenait près du cimetière, qui était alors à l’ouest de l’église ; il y avait des halles, avec étaux, pour la boucherie et la poissonnerie. En face, un sieur Guillet, marchand de St-Lo, avait établi des boutiques (1694) pour lesquelles il payait un droit. Ces foires et ces marchés étaient très-fréquentés, et les marquis firent tous leurs efforts pour en maintenir la prospérité. Un procès, qui ne dura pas moins de trente ans, eut lieu avec Jean Richer, sieur de Cerisy, qui voulait avoir aussi ses foires et ses marchés à Cerisy. Louis Habert, voyant que ce serait la ruine du commerce de Marigny, soutint les droits de son marquisat, et un arrêt du Parlement de Rouen, (10 mars 1671) lui donna pleine satisfaction.

Le droit de jauge et de visite des foires et des marchés fut aussi une cause de litige. Bernard Fallaize, jaugeur-visiteur royal au bailliage de Cotentin, prétendait en jouir. L’affaire fut portée devant le Parlement de Rouen (1630) et se termina par un accord à l’amiable. Quant aux poids et mesures, c’était l’un des tenanciers du marquisat qui avait le privilège, à condition de les tenir en bon état, et de payer une rente seigneuriale. La ferme du quatrième sur le vin, le cidre et autres boissons, pour Marigny et les autres paroisses, était donnée à bail en 1634 pour 1,000 livres par an ; en 1636, elle s’élevait à 1,600 livres.

Les revenus du marquisat lui-même étaient affermés ; nous avons la date de différents baux qui peuvent nous fixer sur leur valeur. En 1327, ils étaient de 700 livres : en 1595, de 4,200 livres ; en 1618, de 5,400 livres ; en 1636, de 6,300 livres ; en 1646, de 7,060 livres ; en 1658, de 7,500 livres ; en 1673, de 6,600 livres ; en 1677, de 7,475 livres. Ils consistaient en argent, froment, orge, avoine, farine, pains, chapons, oies, gelines, poulets, pigeons (pour droits de fuie ou de volière), épervier, œufs, moutons, porcs, 275 anguilles à la Saint-Sébastien (pour droits de pêche), une langue de bœuf, du poivre, de la cire, une livre de cumin, des gluds, des éperons, des corvées de charrue et de charriage pour les foins, les pommes, les bois de pressoir. Le curé de Marigny, à cause de la fieffe d’une portion de terre près du cimetière (15 mai 1602), devait, entre autres choses, un coq le lendemain de Pâques, et trois bâtons pour tirer audit coq, suivant la manière accoutumée. (Cet usage existe encore à Bretteville-sur-Odon, près Caen).

On trouve aussi deux aveux du 9 décembre 1558 et du 3 juin 1572, rendus à Louis de Rohan, marquis de Marigny, par Guillaume et Pierre L’hermitte, bourgeois de Coutances (probablement les aïeux de l’amiral), pour une maison, place, terre et jardin assis en la bourgeoisie de Coutances, paroisse St-Nicolas, pour lesquels ils devaient trente sous à la St-Michel, et un chapeau de roses à la St-Jean-Baptiste, quand le seigneur était présent à sa baronnie, ou 2 deniers tournois pour ledit chapeau. Cette maison, qui avait appartenu antérieurement à Colin Homeril, était tenue par foi et hommage. Avec le jardin, elle occupait environ une vergée de terre, joignant d’un côté à la grand’rue tendante à l’église cathédrale, à l’écluse étroite, et butait d’un but aux héritiers de Jean Corbet. Toutefois Guillaume L’hermitte se réservait d’affranchir ladite rente, vu qu’il était en la franche-bourgeoisie de Coutances.

Parmi les noms de champs ou de terres, dans la paroisse de Marigny, nous en avons relevé quelques-uns qui nous ont paru dignes d’être mentionnés. Tels sont :
le Champ-des-Tombes ; la Pièce-des-Vignes ; le Champ-du-Vinage ; le Tonnerre ; le Jardin-à-Drogues ; la Vieille-Navière ; le Clos-des-Féages ; le Clos-au-Cuir ; la Poterie ; le Jardin-de-la-Froide-Rue ; le Champ-au-Roi ; le Champ-du-Grand-Pilier ; le Champ-des-Guerrières ; le Champ-de-la-Foire ; le Village-de-la-Clergerie ; le Clos-au-Moine ; le CLOS-DE-L’ECOLE ; la Maison-de-la-Taverne ; le MOULIN-A-DRAP, dont nous trouvons l’existence constatée pendant trois cents ans, de 1361 à 1671 ; enfin le Clos-ès-Malades ; le Champ-de-la-Maladerie et le fief au Malade, tenu en arrière-fief du Mesnil-Alaume. Cette maladrerie, dont M. Renault n’a pas parlé dans ses Nouvelles Recherches sur les Léproseries et Maladreries en Normandie, était établie à la chapelle St-Léger, dont le patronage et la présentation étaient contestés entre le marquis de Marigny et l’abbaye d’Aunay. Les seigneurs de Marigny prétendaient prouver leurs droits par la présentation paisible qu’ils avaient faite, en 1560, de Gatien Ribot, prêtre. Quant à la Maladrerie elle-même, qui fut réunie à l’ordre de St-Lazare, sous Louis XIV, on trouve une transaction sur procès, en date du 3 mai 1443, passée entre Jean Le Massey, usant du droit de Colin Bellot d’une part, et Jean Le Sauvage, procureur de vénérable personne frère Michel Caillard, religieux, et Mariette, femme dudit Sauvage, rendu malade à la Maladrerie de St-Léger, d’autre part, au sujet du chemin de passage prétendu par ledit Le Massey sur les terres de la Maladrerie, et contesté par le procureur de Michel Caillard.

Barons et Marquis de Marigny

« Les plus anciens barons de Marigny dont j’aie connaissance, dit M. de Gerville, appartiennent à une des principales familles normandes établies en Angleterre dès le temps de la conquête, c’est celle de Say (ou de Sey), qui tirait son origine d’une commune de l’arrondissement d’Argentan.
Dans le XIe volume du Gallia Christiana, je trouve une charte de 1060, où figure Picot de Say, avec Robert et Henri ses fils ; ils font à St-Martin de Séez des donations dans la paroisse de Say.... »

1. A la même époque, vers 1050, ENJUGER DE SAY confirmait les donations faites à l’église de Marigny, le jour de sa dédicace, par Robert, fils de Rainfroy de Remilly, et autres, en présence de Robert d’Anières, de Hugues de Say, de Robert de St-Ebremond, etc. Nous devons le regarder comme le premier baron de Say (ou de Marigny) : c’est du moins le premier qui nous soit authentiquement connu.

2. Dans le siècle suivant, JOURDAIN, seigneur de SAY et d’Aunay, et Luce, sa femme, fondèrent l’abbaye d’Aunay (1131).

3. GILBERT de SAY confirma en 1151 les donations faites par son père Jourdain à l’abbaye d’Aunay et y en ajouta de nouvelles. Il data sa charte de son château de Marigny, et mourut peu après, sans avoir été marié.

4. AGNÈS de Say, dame de Beaumont, sa soeur et unique héritière, épousa RICHARD Ier DU HOMMET, connétable de Normandie, seigneur de Remilly, et lui apporta en mariage tous les biens de sa famille. C’est lui qui, en 1163, s’empara du château de Combourg, en Bretagne. En 1144 il avait donné la foire de St-Fromond aux moines du lieu, et il mourut vers 1180. Conjointement avec sa femme et ses trois fils, Guillaume, Enguerrand et Jourdain, il avait confirmé les donations faites par Jourdain de Say à l’abbaye d’Aunay, et parmi celles qu’il y avait ajoutées on voit l’église de Marigny avec le bourg, et on trouve un certain Robert de Marigny qui signe dans cette charte.

5. GUILLAUME II DU HOMMET, connétable de Normandie, comme son père, baron du Hommet, fut aussi baron de Remilly et de Marigny, du chef de sa mère, Agnès de Say. Il eut au moins six fils de sa femme, Luce de Bruis (Richard, Guillaume, Henri, Jourdain, Thomas et Enguerrand) ; mais l’aîné, Richard II, mourut vers 1200, et lui même en mourant (1209) laissa son héritage à Guillaume III du Hommet, son petit-fils, moins probablement la baronnie de Marigny. Il avait assisté en 1190 à la dédicace de l’abbaye d’Aunay.

6. ENGUERRAND DU HOMMET eut pour sa part la baronnie de Marigny et de Remilly, dont il faisait déjà le service du vivant de son père.

7. JOURDAIN DU HOMMET, qui figure en 1253 comme connétable de Normandie, lui succéda ; mais après lui la baronnie tomba en quenouille, et fut démembrée de l’Honneur du Hommet. L’histoire de l’illustre famille des du Hommet est très-obscure à cause du grand nombre des branches qui la composent. Leurs armes étaient d’argent à trois fleurs de lys de gueules.

8. RICHARD Ier DE COURCY commence la troisième famille des barons de Marigny. La baronnie lui avait été apportée en dot par Mabile sa femme. En 1260, il confirma aux religieux l’abbaye d’Aunay la donation des églises de Marigny et de Remilly qui leur avait été faite par ses ancêtres. La famille de Courcy, qui subsiste encore aujourd’hui, remonte jusqu’au XIe siècle et a pris son nom de la baronnie de Courcy (élection de Falaise, diocèse de Séez). Elle s’est divisée en plusieurs branches et le nombre des fiefs qu’elle a possédés dans les départements actuels de la Manche et du Calvados est très-considérable. Les de Courcy portaient d’azur fretté d’or de six pièces. Plusieurs d’entre eux furent grands sénéchaux de Normandie : c’était la première charge du duché.

9. ENGUERRAND DE COURCY succéda à Richard Ier comme baron de Marigny et de Remilly. En 1261, il donna une charte de confirmation des donations faites par ses ancêtres à l’abbaye d’Aunay, de concert avec Guillaume, Me Jean et Nicolas ses frères.

10. Guillaume de COURCY, chevalier, probablement le frère du précédent, lui succéda. Il y a une charte de lui en août 1270, au sujet du four banal qu’il venait de faire reconstruire à Marigny. Chesnaye des Bois se trompe quand il dit qu’il « épousa Anne de Marigny, dame et héritière des terres de Marigny et de Remilly, qu’elle apporta dans cette maison. » Il est cité parmi les bienfaiteurs des abbayes d’Ardennes, de Ste-Barbe et de St-André-de-Gouffern.

11. GEOFFROY DE COURCY, sire et baron de Courcy, seigneur de Montfort et du Bourg-Achard, de Marigny et de Remilly, est connu de tous les généalogistes pour fils de Guillaume de Courcy. Tous parlent de son mariage avec Marie d’Estouteville... On croit qu’il fut tué à la bataille de Crécy ; ... toutefois cette opinion n’est fondée que sur une note trouvée dans les papiers de la famille, et qui paraît ancienne. Elle porte ces mots : Geoffroy, Baron de Courcy, fils unique de Guillaume fut tué sous le règne de Philippe de Valois. Les enfants qu’il eut de son mariage sont Richard... Guillaume... Jean... et Marie alliée à Guillaume de Bricqueville.

12. RICHARD II DE COURCY. Ici se présente une difficulté historique sur la question de la transmission de la baronnie. Voici ce que rapporte La Chesnaye des Bois :
Jean de Courcy eut en partage les terres de Marigny et de Remilly. Sa postérité s’est éteinte à la première génération, n’ayant eu de sa femme, dont le nom est inconnu, que Jeanne de Courcy, appelée mal à propos par le P. Anselme Thyphaine, mariée à Gilbert de Mallemains, seigneur de Sacé, laquelle n’eut qu’une fille nommée aussi Jeanne, mariée à Olivier, IV du nom, sire de Montauban. Les baronnies de Marigny et de Remilly ont ensuite passé par alliance dans la maison de Rohan. (Voy. le P. Anselme, Histoire des grands officiers de la Couronne, t. II). Il y eut un procès entre le comte d’Harcourt et les héritiers de Jean de Courcy, seigneurs de Remilly (V. l’Histoire de la Maison de Harcourt, t. III, p. 484), où il est rapporté trois arrêts de la cour de l’Echiquier, qui parlent des héritiers de Jean et de Jeanne de Courcy, sa fille, seigneur et dame de Remilly, etc.
Richard, sire et baron de Courcy, 2e du nom, fut marié, du vivant de son père, avec Alix Bertrand, fille de Robert Bertrand, baron de Bricquebec et vicomte de Roncheville, et d’Ide de Nesle. Il s’appelait alors baron de Remilly, parce qu’il y faisait sa demeure ; mais après la mort de son père, il s’appela comme lui, le sire de Courcy. Bien des auteurs, et entre autres Moréri, semblent ne l’avoir connu que comme baron de Remilly ; il est cependant certain qu’il n’eut point cette baronnie en partage, et qu’elle était tombée en quenouille de son vivant.

Nous croyons néanmoins que Richard de Courcy fut non-seulement seigneur de Remilly, mais baron de Marigny. En 1299, il octroya aux moines de l’abbaye d’Aunay une charte portant confirmation des donations faites par ses prédécesseurs dans les églises de Marigny et de Remilly. Cependant l’abbé d’Aunay ayant eu à se plaindre quelque temps après des empiétements du baron sur les droits de l’abbaye, un accord passé en 1309, par devant le bailli du Cotentin, Louis de Villepereur, rétablit la bonne harmonie. Il est encore connu comme baron de Marigny par l’accord qu’il fit en 1318 avec les hommes de Saint-Louet-sur-Lozon, par devant Adrien Fressent, tabellion royal à Coutances.
Enfin dans l’Etat des fiefs du bailliage de Cotentin, dressé en 1327 (dont une copie est aux archives de la Manche, et une autre à la bibliothèque de Coutances), on lit :
« Tenants du roy. - Sergenterie de Jehan de la Halle » :
« M. Ricart de Courcy, chevalier, seigneur de Remilli, tient l’honneur de Marrigny et ses appartenances du roy nostre sire par hommage, et y a plusieurs fiefs francs dudit chevalier franchement, lesquels sont montrés par ceux qui les tiennent, et est a scavoir que ledit chevalier veut avoir l’hommage et connaissance des fieux que ledit Guillaume de Montfort tient en l’honneur dudit tènement, dont contens est entre ledit Ricart et ledit Guillaume en la cour du roy, se ainsi n’est que ledit Guillaume puisse qu’il soit encore en tel estat qu’il le tienne de li en parage et peut valloir bon an mal an, au regars de la mesure qui est petite, 700 livres de revenu ans communs. »

Dans le même Etat nous avons également l’indication d’un certain nombre de fiefs relevant de Richard de Courcy.

13. TYPHAINE OU JEANNE de COURCY, nièce de Richard, devint baronne de Marigny du vivant de son oncle qui n’avait pas eu d’enfants de son mariage avec Alix Bertrand, mais qui eut deux fils, Guillaume et Gillet, de son second mariage avec Agnès du Plessis. Elle épousa Gilbert de Malesmains, seigneur de Sacey, et lui apporta en dot les baronnies de Marigny et de Remilly, et la seigneurie de St-Louet ; mais cette quatrième famille ne devait pas les conserver longtemps.

14. JEANNE DE MALESMAINS, leur fille aînée, les porta dans la famille de Montauban, par son mariage avec OLIVIER IV, SIRE DE MONTAUBAN, seigneur breton, qui commença la cinquième famille des barons de Marigny et mourut en 1388, cinq ans après sa femme.

15. OLIVIER V, SIRE DE MONTAUBAN, leur fils aîné, leur succéda en 1388. Il avait épousé Mahaud d’Aubigné, dame de Landal.

16. RENAUD DE MONTAUBAN leur troisième fils fut seigneur de Crespon et de Marigny ; il fit hommage en cette qualité le 14 octobre 1394. Il n’a pas laissé de postérité, et son frère aîné lui succéda à la seigneurie de Marigny.

17. GUILLAUME, SIRE DE MONTAUBAN, de Landal, etc., chancelier de la reine Elisabeth de Bavière, était seigneur de Marigny et Remilly, et en rendit aveu au roi en 1408. Il portait le titre de haut et puissant seigneur et chevalier, et avait un château avec douves, fossés et un vivier à refoul. Il est mort en 1432. Il avait épousé en premières noces Marguerite de Lohéac de la Roche-Bernard, et en secondes noces (1411), Jeanne Visconti de Milan, fille de Charles Visconti, seigneur de Parme, et de Beatrix d’Armagnac. Il eut pour sénéchal Jean Petiot.

De 1415 à 1450, la Normandie ayant été soumise à la domination anglaise, les Montauban perdirent momentanément leurs possessions, et les baronnies de Marigny et de Remilly furent possédées par des seigneurs anglais.

Toutefois, bien qu’il ait dû y avoir à Marigny certaines défections, la confiscation des domaines de Guillaume de Montauban lui fait honneur. Le peuple lui-même résista courageusement aux envahisseurs. Aux alentours de Coutances, de Saint-Lo, surtout dans l’Avranchin, dit Toustain de Billy, un paysan de la paroisse de Marigny, nommé Richard Le Marié, et ses trois fils, firent une guerre de partisans. Leur modeste fortune fut confisquée, mais leur bande vigoureuse et déterminée fit payer cher aux Anglais cette perte dont ils furent, d’ailleurs, indemnisés quand Charles VII... eut expulsé les étrangers. Le père, ayant été fait prisonnier dans une rencontre, fut décapité, mais le zèle et le courage de ses trois fils et de leurs compagnons n’en fut pas ralenti. Ils avaient à venger la mort d’un brave vieillard, et un grand nombre d’Anglais la payèrent de leur vie.

Cette résistance héroïque des paysans et des gentilshommes déshérités s’étendit dans toute la province, et rendit bien précaire la situation des concessionnaires de fiefs et des colons anglais. L’histoire en a été retracée d’une façon saisissante par M. Léon Puiseux, sous ce titre : L’Emigration normande et la colonisation anglaise en Normandie au XVe siècle.

Il y eut à Marigny trois barons anglais.

18. Le premier fut RICHARD de SEAFORT ; en 1424 il reçut en cette qualité un aveu pour le fief de la Courandière, situé au Lorey : et cependant en 1426 Guillaume de Montauban recevait, en la même qualité, un aveu pour le fief Prevel, situé à Remilly ; ce qui prouverait la résistance opposée par certaines familles aux envahisseurs.

19. CHARLES DE THYBOUTOT, chevalier normand qui avait suivi le parti de Henri V, fut baron de Marigny dès 1427. Il reçut alors un aveu pour le fief Hercent, situé à Hauteville-la-Guichard.

20. THOMAS de THYBOOUTOT, chevalier, fils du précédent, lui succéda en 1430 comme baron de Remilly et de Marigny ; il avait épousé madame de Tilly. Il réintégra Guillaume Pestel dans la possession des terres et biens de la Pestellerie, à Remilly, provenant de la succession de Guillaume Pestel, prêtre, dont il était l’héritier (21 janvier 1437). Après lui, la baronnie revint à ses légitimes seigneurs.

21. JEAN, SIRE DE MONTAUBAN, de Landal, de Remilly, de Marigny, de Gonneville, de Crespon, etc., conseiller et chambellan du roi, maréchal de Bretagne, grand-bailli du Cotentin de 1451 à 1454, était né du second mariage de Guillaume, sire de Montauban. Il épousa Anne de Kerenrais, dame de Kerenrais et de la Rigaudière. En 1450 il était grand-maître des eaux et forêts ; en 1461 il était amiral de France. Rentré en possession de ses biens après l’expulsion des Anglais, il rendit aveu au roi le 20 mai 1450 des baronnies de Marigny, Remilly et Say, anciennement tenues en deux parties, l’une par Guillaume de Montauban son père, et l’autre par Robert de St-Denis et la dame sa femme, à cause d’elle. Il y a encore un autre aveu de lui le 21 mai 1457.

Il acquit en 1461, pour 1,800 écus d’or, de Guyon d’Espinay, seigneur du Bois-du-Lys, le fief, terre et sieurie de Hauteville-la-Guichard qu’il réunit à la baronnie de Marigny. En 1466, peu de temps avant sa mort, il prit place à l’Echiquier de Normandie, parmi les grands barons du Cotentin.

Ses officiers furent : Michel Scelles, sénéchal de Marigny ; Jean de Gouey, son lieutenant ; Guillaume Pestel, procureur ; Pierre Potier, sénéchal ; Jean Le Guelinel, son lieutenant ; Guillaume Mondray, procureur. En 1461, Allain Plumengard était maître d’hôtel, et Jean de Gouey, lieutenant de la vicomté de Marigny.

22. MARIE DE MONTAUBAN, fille et unique héritière de Jean sire de Montauban, épousa d’abord en 1443 LOUIS Ier DE ROHAN, seigneur de Guéméné, Guingamp, la Haye-Comtesse, etc., qui mourut le 15 décembre 1457. En secondes noces, le 20 janvier 1467, elle épousa GEORGES DE LA TRÉMOILLE, seigneur de Craon, de Jonvelle, de Rochefort, de l’Isle-Bouchard, conseiller et premier chambellan du roi, qui mourut en 1481 Elle n’en eut pas d’enfants et mourut en 1477. Le seigneur de Craon conserva la baronnie jusqu’à sa mort. Le 15 septembre 1477, il fieffa à Jean Pestel le fief de Mons, sis à Remilly.

23. Louis II de ROHAN, fils des précédents, sire de Guéméné, Guingamp, Montauban, fut baron de Remilly et de Marigny dès le 29 juin 1481. Il rendit aveu de ses terres en 1486 et en 1499 en la vicomté et chambre des comptes de Saint-Sauveur-Lendelin. Il épousa Louise de Rieux d’Harcourt.

Ses officiers furent : Pierre Potier, sénéchal ; en 1494 Nicolas Le Gascoing, écuyer, receveur, et Guillaume Malenfant, procureur. Il mourut le 25 mars 1508.

24. LOUIS III DE ROHAN, seigneur de Guéméné, fils du précédent, étant mort avant son père (31 août 1498), après avoir épousé Renée du Faou, dame de Montbazon, ce fut son fils, LOUIS IV DE ROHAN, qui succéda à Louis II comme baron de Marigny ; il en rendit aveu en 1518 et en 1522-23. Il mourut en 1527, après avoir épousé une de ses cousines, Marie de Rohan, qui eut la curatelle de Louis V de Rohan par arrêt en date du 29 juillet 1527.

25. LOUIS V DE ROHAN, sire de Guéméné, comte de Montbazon, baron de Remilly et de Marigny, rendit aveu le 16 janvier 1530, puis le 30 mars 1532 à la cour des comptes de Normandie, et le 24 octobre 1534 aux assises de Coutances.

Ses officiers étaient Jean Martinel, lieutenant ; Julien Le Cornu, écuyer, procureur ; en 1538, Jean Martinel, lieutenant-général de M. le sénéchal ; en 1540 et 1548, Pierre-Michel de Vesly, écuyer, sénéchal ; Nicolas Le Darondel, procureur ; en 1540, Martin Michel, écuyer, procureur ; en 1547 et 1548, Jacques Le Cocq, écuyer, lieutenant général de M. le sénéchal ; Nicolas Le Darondel et Julien Le Cornu, écuyer, procureurs ; Jean du Bouillon, avocat de la baronnie ; en 1550 et 1557, Vincent Quesnel, lieutenant-général du sénéchal, et Nicolas Le Darondel, procureur.
Il avait épousé Catherine de Laval, en 1526.

26. Louis VI DE ROHAN, dit l’Aveugle, leur fils, sire et prince de Guéméné, Guingamp, baron de Lannion, Rochefort, Moison, Condé-sur-Noireau, Marigny, Remilly, Say, comte de Montauban, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de 50 hommes d’armes, devint aveugle dès l’âge de 5 ans. Il épousa Eléonore de Rohan de Gié, comtesse de Rochefort. Il en eut quatre fils : Pierre, dont la fille Anne fut plus tard marquise de Marigny ; Louis qui, en 1575, après une longue absence causée par les troubles de l’Etat, et ses différents emplois dans les armées, réclama ses droits sur la baronnie de Marigny ; Hercule, qui a continué la branche aînée des princes de Guéméné-Montbazon ; et Alexandre, qui fut marquis de Marigny.

En 1573, il nomma à la cure de Hauteville-la-Guichard Me Gilles Laffauteur, prêtre. En 1575, il céda la seigneurie de Hauteville-la-Guichard à Henri de Silly, chevalier, comte de la Roche-Guyon, en échange de la terre de Rochefort ; en 1582, il racheta Hauteville. Le 30 décembre 1575, il obtint du roi des Lettres qui lui permirent de retirer la rente de 130 livres qu’il devait pour la fiefferme de St-Louet au sieur de Hubertant, qui l’avait achetée du chapitre de Coutances, et remise lui en fut faite par acte du 14 septembre 1578. Par trois donations successives du 16 mai et du 1er décembre 1594, et du 27 novembre 1609, il légua la baronnie de Marigny et ses dépendances à son quatrième fils Alexandre ; il rendit aveu en 1610, et mourut le 14 mai 1611.

Ses officiers étaient : Julien Lecornu, écuyer, sénéchal de 1556 à 1561 ; noble homme Nicolas Le Darondel, procureur de 1566 à 1575 ; Vincent Quesnel, lieutenant-général du sénéchal de 1556 à 1575 ; Arthur Michel, écuyer, sieur de Bellouze, sénéchal en 1564 ; Jean du Bouillon, procureur en 1567 ; Michel Daireaux, avocat en cour laye, exerçant la juridiction de la baronnie en 1572 ; Julien Girard ou Gueroult, avocat en cour laye, exerçant ladite juridiction en l’absence des juges ordinaires ; Gilles Vautier, écuyer, sieur de la Granderie, lieutenant-général du sénéchal en 1583 ; Jean Dudouy, procureur de 1583 à 1586.

27. ALEXANDRE DE ROHAN est le premier que nous voyons prendre le titre de MARQUIS de Marigny. Il rendit aveu en 1612 et en 1614. Il était comte de Rochefort, chevalier des ordres du roi, capitaine de 50 hommes d’armes de ses ordonnances.

Parmi ses officiers, on ne trouve que Jean Duquesne, sénéchal en 1616, et Vincent Duchemin qui lui succéda.

En 1598, il avait obtenu du roi Henri IV des Lettres de réunion de la seigneurie de St-Louet-sur-Lozon, au marquisat de Marigny, à la charge de remboursement à la veuve du sieur Le Marquetel de Hubertant. Dans un voyage qu’il fit cette année-là à Marigny, il se fit céder aussi par ses tenanciers la propriété du marais du Coudray à Remilly. En 1793, la commune invoqua la nullité de cet acte pour en obtenir la rescision.

28. Henri-Louis HABERT, chevalier, seigneur du Mesnil, de Montmort et de La Brosse, conseiller du roi, premier maître des requêtes de son hôtel, devint marquis de Marigny et de Remilly, par la vente de ses terres et seigneuries que lui fit Alexandre de Rohan, mort depuis sans postérité. Le contrat fut passé au Châtelet de Paris le 27 septembre 1634.

29. Jean-Louis HARBERT, chevalier, seigneur de Montmort, comte de Mesnil-Habert, etc., petit-fils du précédent par son père, Jean Habert, lui succéda comme marquis de Marigny. Il rendit aveu au roi en 1681, comme seigneur et patron de la terre, fief et seigneurie de la grande portion de la fiefferme de St-Louet-sur-Lozon, tant pour lui que pour messire Louis Habert de Montmort, abbé de Notre-Dame de la Roche, évêque de Perpignan, messire Bernard de Rieux, maître d’hôtel ordinaire du roi, et dame Madeleine Habert de Montmort, son épouse, donataires entre vifs et légataires universels de Henri-Louis Habert, marquis de Marigny. Toutefois, par contrat du 13 avril 1684, ses cohéritiers et lui, remirent la seigneurie et fiefferme de St-Louet, avec le fief d’Avenel, à Anne de Rohan, princesse de Guéméné, qui avait réclamé dès 1679, comme nous le voyons d’après un inventaire en 50 rôles qui est aux archives du notariat de Marigny.

30. ANNE DE ROHAN, princesse de Guéméné, était seule fille de Pierre de Rohan et de Madeleine de Rieux-Châteauneuf. Elle attaqua les donations faites par Louis l’Aveugle à son oncle Alexandre de Rohan, et lui contesta, ainsi qu’à ses acquéreurs, le marquisat de Marigny. Le procès dura de longues années ; le Parlement de Paris condamna ses prétentions ; mais un arrêt du Parlement d’Aix (19 décembre 1645) lui donna gain de cause, et la remit dans ses droits sur le marquisat tel qu’il était avant les donations de 1594 et de 1609. Elle en prit possession le 4 avril 1646 et en rendit aveu le 9 janvier 1647. En 1648 le sieur de Clamorgan était son sénéchal ; en 1678 c’était Alexandre Duchemin, et en 1686 le sieur Leclerc.

En 1617, elle avait épousé son cousin-germain Louis VII DE ROHAN-MONTBAZON, fils D’ HERCULE, pair et grand-veneur de France, qui mourut le 19 février 1667, à l’âge de 68 ans ; elle ne mourut que le 14 mars 1686.

31. CHARLES II DE ROHAN, prince de Guéméné, duc de Montbazon, marquis de Marigny, comte de Montauban, etc., leur fils aîné, épousa Jeanne Armande de Schomberg, et mourut en 1699. Le sieur Duprey de Feugères était son sénéchal pour Marigny, et Me Jean de Pirou, ci-devant notaire, demeurant à Hauteville-la-Guichard, était greffier.

32. CHARLES III DE ROHAN, prince de Guéméné, duc de Montbazon, marquis de Marigny, fils des précédents, naquit en 1655 et mourut en 1727. Il épousa en premières noces Marie-Anne d’Albert de Luynes qui mourut à dix-sept ans, le 29 août 1679. En secondes noces, le 2 décembre suivant, il épousa Charlotte-Elisabeth de Cochefilet. Le 2 mars 1695 il rendit aveu de la fiefferme de St-Louet, et le 16 août 1719, du marquisat de Marigny.

33. ARMAND JULES DE ROHAN, sixième fils des précédents, né le 10 février 1695, marquis de Marigny, devint archevêque-duc de Reims, et premier pair ecclésiastique de France en 1722.Le 13 août 1728, un arrêt du Conseil le déclara exempt des droits de relief et mutations pour son marquisat de Marigny.

34. JULES-HERCULE-MÉRIADEC de ROHAN, fils d’Hercule-Mériadec de Rohan, duc de Montbazon et de Louise-Gabrielle-Julie Louise de Rohan-Soubise, prince de Rohan-Guéméné, duc de Monthazon, né en 1726, était neveu de l’archevêque de Reims. Il lui succéda au marquisat de Marigny qu’il vendit le 20 septembre 1766, devant Me Desplasses, notaire à Paris, aux sieurs de Marnière, appartenant à une famille bretonne.

35. JEAN-FRANÇOIS-CONSTANTIN DE MANIÈRE DE GUER, chevalier, lieutenant-général des armées du roi, capitaine aux gardes françaises depuis le 10 mai 4748, commandeur par honneur de l’ordre royal et militaire de St-Louis, et gouverneur de Landrecies, ne s’était rendu acquéreur du marquisat de Marigny que pour sa vie. Il en rendit aveu le 8 mai 1769.

36. HYACINTHE-JULIEN-ANNE de MANIÈRE DE GUER, chevalier, son neveu, était acquéreur en propriété, et jouit du marquisat après la mort de son oncle en 1771. Cependant, dans le procès-verbal de l’assemblée des trois ordres du grand bailliage de Cotentin, en mars 1789, il n’est désigné que comme propriétaire du marquisat de Marigny, seigneur de Hauteville-la-Guichard, et il est porté absent. Toutefois il prenait le titre de seigneur-marquis de Marigny, baron de Say-Montauban, Cenilly, Quettreville, la Haye-Comtesse, Remilly, seigneur-patron de Hauteville-la-Guichard, Mesnil-Vigot, St-Louet-sur-Lozon, Montfort au Lorey, Mary et autres lieux. Il émigra, et ses biens confisqués furent vendus comme domaines, nationaux.

Avec lui se termine cette liste remplie de noms illustres dans l’ancienne monarchie. Marigny est aujourd’hui un modeste chef-lieu de canton de l’arrondissement de St-Lo, à un demi-kilomètre de la route de St-Lo à Coutances. Le voyageur qui s’y arrête ne se doute pas qu’il est sur une des terres de la vieille famille de Say, dont le nom se trouve encore dans la liste des Lords d’Angleterre, de la famille du HOMMET, dans laquelle la charge de connétable de Normandie était héréditaire, et de la famille de GUÉMÉNÉ, dont l’histoire remplirait des volumes.