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Les sémaphores


Sémaphore

À sa création en 1806 par Louis Jacob sous Napoléon Ier, le sémaphore était un poste de défense établi sur la côte, chargé de surveiller les approches maritimes et de signaler par signaux optiques toute activité ennemie (le mot sémaphore vient du grec sema : signe et phoros : qui porte).

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les sémaphores sont avec leur capacité télégraphique conçus comme un canal de communication, le seul pour l’époque en tout point de la côte entre les navires et la terre, notamment les armateurs1. D’ailleurs, les sémaphores étaient des bureaux télégraphiques à part entière. L’aspect de surveillance complète ce rôle central : « Chaque poste sémaphorique est un œil - et un œil vigilant - ouvert sur la mer pour voir tout ce qui s’y passe. »

Aujourd’hui, le sémaphore est un poste de surveillance en bord de côte qui assure des missions diversifiées qui vont de l’assistance à la navigation jusqu’à la surveillance du territoire en passant par la régulation du trafic maritime et de la pêche.

Pour exercer ces missions, le personnel du sémaphore dispose d’une « chambre de veille » équipée de larges baies vitrées et de puissantes paires de jumelles (et éventuellement d’un télescope) donnant sur la zone maritime à surveiller, d’un radar et de moyens de radiocommunication. Le sémaphore est installé sur un point culminant de la côte si le relief s’y prête. La chambre de veille est généralement au sommet d’un bâtiment qui parfois s’apparente à une tour.

Les sémaphores sont échelonnés tout au long des côtes françaises, chacun couvrant un secteur maritime défini. Sous Napoléon 1er, toute les côtes françaises était couvertes, chaque sémaphore en vue du précédent et du suivant pour faire circuler l’information qui pouvait arriver jusqu’à l’empereur par un courrier à cheval à la fin des échanges de signaux entre les sémaphores.

Le réseau des sémaphores est de la responsabilité de la Marine nationale qui les arme en personnels militaires spécialisés : les guetteurs sémaphoriques.

les ancètres du sémaphore

  • Les tours de guet romaines :
    En Occident, les Romains furent les premiers à mettre en place un dispositif de surveillance du littoral composé de postes de guet communiquant par des signaux de fumée avec les postes militaires. Pas moins de 3 200 tours de guet furent installées, dont 1 200 en Gaule.
  • XVe siècle : les tours génoises en Corse :
    Pour lutter contre les incursions barbaresques, les Génois mettent en place en Corse un système de surveillance maritime reposant sur un réseau de 87 tours communiquant entre elles par des feux. On trouve un dispositif similaire à Jersey.
  • XVIIe siècle : création des batteries de côte :
    Le règne de Louis XIV est une longue suite de conflits qui opposent fréquemment la France et l’Angleterre. Colbert crée les batteries côtières qui communiquent à l’aide d’un code de pavillons pour assurer la protection des côtes de l’ennemi.
  • Les guerres révolutionnaires :
    En 1789, l’ennemi est aux frontières et les batteries côtières reprennent du service.
  • La naissance du sémaphore :
    En 1806, Napoléon Ier demande au ministère de la Marine de mettre en place un dispositif de surveillance des navires depuis la terre. Un officier d’artillerie, nommé Charles Dupillon, propose à la Marine un système sans doute inspiré du télégraphe de Chappe, appelé sémaphore. Ce système est composé d’un mât sur lequel sont articulés 4 bras pouvant prendre 301 positions. Les sémaphores sont nés. Des postes de surveillance équipés de ce dispositif sont installés tout au long de la côte.
    Avec la chute de l’Empire, les sémaphores sont jugés superflus.
  • Deuxième moitié du XIXe siècle : l’apparition des missions de service public
    En 1862, les sémaphores sont réactivés. Ils sont dotés d’un télégraphe pour permettre aux navires de transmettre leurs communications. Le service des sémaphores n’est assuré que pendant le jour, bureau télégraphique compris : « Chaque sémaphore est un bureau télégraphique, fonctionnant comme les autres bureaux et ouvert au public pour le service des dépêches privées, au départ comme à l’arrivée2. » et le guetteur touche 0,45 franc pour toute dépêche reçue ou expédiée. Les sémaphores sont également associés aux opérations de sauvetage et recueillent des informations météorologiques.
    En principe, « on trouve un poste sémaphorique à peu près sur chaque point saillant de la côte. » Généralement, les sémaphores communiquent entre eux par les mêmes moyens qu’avec les navires. Se ressemblant visuellement, chaque poste dispose d’un signal spécifique pour que les navires puissent l’identifier et l’utiliser comme repérage.
    Les sémaphores utilisent deux langages :
    • Les signaux basés sur les positions des bras articulés et qui sont compris par la marine de guerre.
    • Les signaux du code international de signaux datant de 1856 et basés sur les pavillons colorés, convertibles en lettres, elles-mêmes codées ou utilisées pour former un nom propre ou autre mot particulier2 : l’association des pavillons blanc et rouge est comprise comme la lettre C ou le terme oui.
      Certains sémaphores étaient équipés d’un petit canon ou caronade pour attirer l’attention de navires, notamment en cas de visibilité médiocre et de péril : quatre sémaphores en disposaient sur les onze des Côtes-d’Armor2. Les cent-trente et un « sémaphores étaient divisés en huit circonscriptions, chacune sous les ordres d’un capitaine de frégate inspecteur qui relèvait du major-général de son arrondissement maritime2. »
  • Changement de statut :
    En 1897, le personnel des sémaphores est désormais partie intégrante de la Marine.
  • De nouvelles missions :
    En 1958, le service de télégraphie est fermé. Les sémaphores sont désormais chargés de la surveillance de l’espace maritime, aérien et terrestre, militaire et civil. Ils doivent, en particulier, participer à la sécurité de la navigation et à la sauvegarde de la vie humaine dans la zone côtière.
  • La création des CROSS :
    Des pollutions massives par hydrocarbures des côtes bretonnes (Boelhen et Olympic Bravery en 1976, Amaco Cadiz en mars 1978 et Tanio en mars 1980), l’extension des zones maritimes placées sous souveraineté ou contrôle français, l’augmentation du trafic des navires de commerce et de leurs dimensions, l’explosion des activités de plaisance vont obliger l’État à mettre en place des structures pour mieux contrôler et coordonner ses actions en mer. En 1970 sont créés les CROSS (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage). Dirigés par des administrateurs des affaires maritimes, les CROSS sont occupés par du personnel de la Marine nationale. Les CROSS travaillent avec les sémaphores qui leur communiquent les appels de détresse.

Les sémaphores de la Manche (english channel)

voir la carte de France dans le port-folio

Manche au Nord du Havre

  • Dunkerque (24h/24)
  • Boulogne-sur-Mer (24h/24)
  • Ault (24h/24) [1]
  • Dieppe (24h/24)
  • Fécamp (24h/24)
  • La Hève (24h/24)

Manche au Sud du Havre

  • Villerville (24h/24)
  • Port-en-Bessin (24h/24)
  • Saint-Vaast-la-Hougue (24h/24)
  • Barfleur (24h/24) au pied du phare de Gatteville
  • Sémaphore du Cap-Lévi (Fermanville), déclassé, propriété du conservatoire du littoral, géré par le conseil général
  • Vigie de l’Onglet (Cherbourg), déclassé
  • Le Homet (Vigie)
  • Sémaphore du fort de Querqueville, déclassé
  • Sémaphore de Jardeheu (Digulleville), déclassé en 1986, aujourd’hui gîte
  • Cap de la Hague (24h/24)
  • Sémaphore de Jobourg, détruit en 1944
  • Sémaphore de Flamanville, déclassé, aujourd’hui restaurant
  • Carteret (24h/24)
  • Sémaphore de Portbail, déclassé
  • Sémaphore de Saint-Germain-sur-Ay, déclassé, aujourd’hui propriété privée
  • Sémaphore d’Agon-Coutainville, déclassé
  • Le Roc (24h/24)
  • Sémaphore de Chausey (Granville), désarmé

Manche - Bretagne Nord

  • Saint-Cast (24h/24)
  • Saint-Quay
  • Bréhat (24h/24)
  • La Clarté - Ploumanac’h
  • Île-de-Batz (24h/24)
  • Brignogan
  • Le Stiff (24h/24)

Vers 1875 : il existait de plus des sémaphores aux points suivants des Côtes-du-Nord : Fréhel ; Erquy ; Roselier (entrée du Légué) ; Plouézec ; Chréach-ar-Maout (Pleubian) ; Port-Blanc ; Bihit (Trébeurden). Le sémaphore du Roselier avait entre autres mission d’indiquer les marées aux navires entrant (trois signaux spécifiques). Le sémaphore de Fermanville (50) nest plus en activité.

Catégories de sémaphores aujourdhui

Les sémaphores sont classés en trois catégories :

  • Les vigies assurent une veille permanente (24h/24) à l’entrée des ports militaires
  • Les sémaphores de 1re catégorie assurent une veille permanente (24h/24) en des endroits remarquables de la côte ou dangereux pour la navigation, ainsi qu’à l’entrée des ports de commerce d’intérêt majeur (Le Havre, Marseille, Dunkerque…)
  • Les sémaphores de 2e catégorie assurent une veille du lever au coucher du soleil.

Le personnel est constitué, selon la catégorie du sémaphore, de cinq à douze personnes désignées sous le terme de guetteurs, travaillant par quart comme sur un navire

le sémaphore de Fermanville

Au cap Levy, le sémaphore en premier plan et le phare

Cayeux-sur-Mer

la station balnéaire se nommait Brighton

Le phare et le sémaphore de Brighton, avant destruction en 1944


Portfolio

carte des sémaphores

Notes

[1] en 1986 il remplace celui de Cayeux-sur-Mer détruit en 1944