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3 avril 2011 - Tricentenaire de la découverte de l’île de la passion ou Clipperton


1711

3 avril 1711 : découverte de l’île Clipperton par le navigateur Michel Dubocage

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’est le 23 mars 1708 qu’une formation de quatre navires, la Princesse, l’Aurore, la Diligente et la Découverte, armés au Havre et à Dunkerque, quittait Brest et filait vers les côtes du Pérou pour s’y livrer à un long cabotage.

Le 8 mars 1711, Mathieu Martin de Chassiron (1674-1722) et Michel Dubocage (1676-1727), commandant respectivement les frégates la Princesse et la Découverte, partaient pour la Chine et, le vendredi saint 3 avril 1711, trouvèrent sur leur route l’île inhabitée qu’ils ne purent aborder en raison de l’état de la mer et que Dubocage baptisa du nom d’île de la Passion, donnant la description de celle-ci dans son journal de bord et signalant l’existence du lac central.

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e nom de Clipperton, qu’on lui connaît aujourd’hui, le doit à la légende du trésor de John Clipperton, flibustier qui aurait croisé au large de cette île, voire y aurait débarqué quelques années plus tôt, en 1704, abandonné ici lors de l’expédition — qu’il quitta peut-être délibérément — du navigateur anglais William Dampier, aucun écrit ne consignant cependant cette épopée.

Quoi qu’il en soit, après avoir fait escale en Chine durant 8 mois, les deux navires de Martin de Chassiron et Dubocage prirent le chemin du retour le 13 juillet 1712 et regagnèrent Le Havre le 23 août 1716, au terme d’un voyage ayant duré plus de 8 ans.

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’est en 1858 que l’île, située à 6000 kilomètres de Tahiti et à 1300 kilomètres au sud-ouest du Mexique, fut déclarée française, Napoléon III souhaitant y faire exploiter les gisements de guano. Un décret du 16 avril 1858 avait approuvé une convention passée entre Eugène Rouher, alors secrétaire d’État au département de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, et un négociant du Havre, l’armateur Lockart, aux termes de laquelle, sur les indications fournies par ce négociant, une prise de possession de certaines îles océaniennes pourrait être faite, au nom de la France, par un commissaire spécialement désigné à cet effet. C’est investi de cette qualité que le 17 novembre 1858, le lieutenant de vaisseau Victor Le Coat de Kervéguen (1816-1871), qui avait embarqué à bord de l’Amiral, l’un des navires de Lockhart — l’armateur ayant signalé Clipperton —, prit possession de l’île d’une superficie totale de 8,9 km2 et dont la surface des terres émergées s’élevait à 1,7 km2, et déposa copie de l’acte auprès du gouverneur des îles Hawaï et du Consul de France.

Il n’était alors pas un dictionnaire, une géographie, un atlas, qui ne portait cette mention accolé au nom Clipperton : « île française ». Cependant, en 1898, le croiseur le Catinat, naviguant dans les parages de l’île, vit avec étonnement le pavillon mexicain y flotter, et en référa au ministère de la Marine, qui n’attacha pas une extrême importance à cette nouvelle.

Mais bientôt, le géographe Henri Mager, membre du Conseil supérieur des Colonies depuis 1892, écrivit au ministre des Colonies pour lui signaler les inconvénients de cette mainmise des Mexicains sur cette possession française. «  N’abandonnez pas Clipperton, lui disait-il, sous cette excuse que l’île est petite, sans habitants et sans cultures ; elle est petite, mais son importance est grande : c’est une des clefs du Pacifique ; c’est un relais obligatoire entre Panama et les îles Hawaï, entre Panama et l’Asie ; qui tient Clipperton tient la route de l’Asie. Nous possédons avec Tahiti la clef de l’Australie, avec Clipperton, la clef de l’Asie ; n’abandonnons ni l’un, ni l’autre.  »

Quelques semaines après la publication de cette lettre, une Commission interministérielle était constituée pour décider sur la question de Clipperton : elle comprenait un représentant des Affaires étrangères, un représentant de la Marine, un représentant des Colonies. Le délégué des Affaires étrangères opina pour l’abandon ; les deux autres s’élevèrent avec énergie contre cette solution, qui ne pourrait que révolter le sentiment français ; ils demandèrent que la question de Clipperton fût soumise à un arbitrage international.

En 1931, et sur la base des preuves écrites que constituaient les journaux de bord de Mathieu Martin de Chassiron et de Michel Dubocage, cet arbitrage fut rendu en 1931 par le roi d’Italie au nom de la Cour internationale de la Haye, la souveraineté de la France sur l’île étant dès lors officiellement reconnue.