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Notice sur la paroisse de Clinchamp en Cinglais

Clinchamps-sur-Orne


Texte de 1884 : voir source en bas de page. [1]


Clinchamps, Clincampum, est une des communes qui offrent des débris notables de l’époque gallo-romaine.

L’église a une tour romane qui domine le paysage. Le chœur roman, voûté à plein-cintre, n’est pas sans intérêt. On a percé dans le chevet, vers le XIVe siècle, peut-être, une rosace d’un singulier effet et hors de proportion avec la hauteur très médiocre de l’édifice. La nef et les transepts ont été construits tout récemment : on les a couverts d’une charpente en forme de carène de navire. Cette forme de toit ne produit jamais qu’un mauvais effet, surtout dans des édifices de peu d’élévation, et je regrette qu’elle soit si souvent adoptée depuis quelque temps.

On a trouvé dans les fondations de l’ancienne nef un fragment sculpté assez remarquable, que M. le curé a eu le bon esprit de faire incruster dans le mur du transept nord.

L’église de Clinchamp est sous l’invocation de Notre-Dame ; le patronage appartenait aux prieur et chanoines de l’Hôtel-Dieu de Caen ; cet hospice percevait les dîmes. Le tout avait été aumône à l’Hôtel-Dieu en 1227, par Hugues de Clinchamps, chevalier, à la charge de recevoir le sieur de Clinchamps, par certains jours, avec son train, et dîner à table du prieur.

Antiquités gallo-romaines

J’ai visité, en 1829, les vestiges d’une villa qui furent découverts près de l’église de Clinchamps, à une lieue de la ville de Vieux, sur la pente d’un petit coteau exposé au midi, près duquel coule un ruisseau. Les murs furent trouvés à trois pieds de profondeur ; ils étaient composés d’un blocage à bain de chaux et de ciment, revêtu en pierre de petit appareil, au milieu desquels on remarquait des cordons de grandes briques. L’épaisseur de quelques-uns de ces murs était de 4 pieds ; ils s’élevaient à 3 ou 4 pieds au-dessus du pavé des appartements, et leurs fondations n’avaient pas moins de 4 à 5 pieds de profondeur. J’éprouve un regret bien vif d’avoir été informé de cette découverte trop tard pour surveiller les travaux ; on n’avait exhumé les murs romains qu’afin de se procurer des matériaux pour bâtir une grange, et je trouvai une grande partie des excavations déjà comblées, lorsque j’allai à Clinchamps. Toutefois, j’ai fait lever le plan de ce qu’on voyait encore pour conserver le souvenir d’une découverte qui serait demeurée inconnue, si je ne l’avais signalée dans les temps à la Société des Antiquaires.

Ce plan montre d’abord un atrium, le long duquel se trouvaient des chambres à peu près carrées. Le seuil et l’embrasure des portes des appartements existaient encore. La pièce, au fond de la cour, pourrait avoir été le lieu de réunion de famille, ou le triclinium de la maison. Les ouvriers m’ont assuré que la pièce n° 3 contenait les débris d’un foyer, dont il ne restait plus aucune trace à mon arrivée. Cette déclaration, sur la véracité de laquelle je n’élève aucun doute, me porte à croire que là était la cuisine, dont le cabinet n° 2 peut être regardé comme une dépendance.

L’appartement n° 5 se trouvait en communication avec le triclinium.

Les pavés de presque tous les appartements demeuraient encore en place. Ils étaient carrés, en pierre de Quilly, et peu différents de ceux qu’on emploie aujourd’hui ; ils reposaient sur une couche de ciment mêlé de brique pilée, au-dessous de laquelle existait un blocage fort épais à bain de chaux.

Dans presque tous les appartements on a trouvé un grand nombre de placages recouverts de peintures ; on y remarquait surtout des panneaux et une sorte de dessin formé de bandes rouges sur un fond blanc. Le vert tendre, le jaune terne et le gros bleu étaient ensuite les couleurs dominantes. Si j’en juge par les débris qui m’ont été présentés, quelques murs étaient peints en bleu et parsemés de bouquets de feuillages très grossièrement exécutés.

On m’a remis une médaille consulaire qui avait été trouvée dans les fouilles ; et on en avait recueilli d’autres que je n’ai pu me procurer.

Voie romaine

Une route antique venant de Vieux traverse le territoire de Clinchamps. Cette route passait l’Orne au lieu dit le Coudray, sur un pont de pierre auquel on accédait, du côté du midi, par une chaussée maçonnée et dont les piles existent encore en partie au fond de la rivière, tout près et au-dessus du Bac.

Après avoir traversé la grande route de Caen à Condé, près du lieu où se trouvait la Chapelle du Malpas, elle passait au carrefour de Guerre et continuait de se diriger vers le sud, en laissant à gauche l’église et le village de Boulon.

La voie traversait ensuite le village de Clinchamps, où l’on a trouvé, à diverses époques, des constructions romaines assez étendues ; puis elle se dirigeait vers Boulon, à travers la campagne ; elle y est encore connue sous le nom de Chasse ès Périers.

Notes

[1] Source : Maison de Clinchamp. Histoire généalogique, par J. Noulens, page 777 et suivantes.