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1547. Le coup de Jarnac

contribution Geneviève de Brébisson

voir CHABOT (Bas-Poitou)


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Guy Chabot, baron de Jarnac
Guy Ier Chabot de Saint-Gelais (° 1514 - † 6 août 1584), deuxième baron de Jarnac, seigneur de Montlieu, Saint-Gelais, Saint-Aulaye, et autres lieux.
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l s’appelait Guy Chabot -et portait à la Cour le titre de son père, le baron de Jarnac. Toujours "curieux de se bien vêtir", séduisant et séducteur, il ne faisait pas mystère de ses bonnes fortunes, se montrant même très disert [1] sur le sujet. [2]

La duchesse d’Etampes, favorite de François 1er, l’avait choisi pour Gentilhomme de sa Chambre et lui avait fait épouser (1540) sa sœur, Louise de Pisseleu.

Il appartenait donc au clan de la duchesse d’Etampes adverse de celui du Dauphin, futur Henri II. La maîtresse du Roi et celle de son fils aîné étaient en querelle permanente - les deux partis échangeaient inlassablement ces petites méchancetés qui font les conversations des cours royales engoncées dans un protocole trop rigide pour laisser quelque élan à l’expression personnelle.

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ans le cadre de ces joutes verbales, Guy Chabot se voit demander, un jour, par un partisan du Dauphin, comment il se payait d’aussi beaux vêtements : en homme infatué de ses succès féminins, il répond maladroitement qu’il s’entend très bien avec la jeune femme que son père a épousée en secondes noces et qu’elle l’aide souvent dans ce domaine...

Cette réponse irréfléchie suscite des commentaires ironiques qui se répandent et deviennent assez vite insultants : on en vient à suspecter la nature de sa relation avec cette dame ce qui plonge son père dans le chagrin et la rage.

Guy Chabot se trouve ainsi acculé à demander que son honneur lui soit rendu par la voie d’un duel judiciaire : les amis du Dauphin ; qui ont tous participé à l’offense, désignent pour relever le défi, le meilleur bretteur d’entre eux, François de Vivonne sgr le la Chataigneraie.

Mais, pour engager un duel judiciaire, qui est un duel à outrance (à mort), il faut l’autorisation du Roi et François 1er ne l’accorde pas : il connaît le contexte et refuse de risquer, pour des "querelles de femmes jalouses", la vie de ces deux hommes jeunes qui ont été tous les deux élevés à la Cour.

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rançois 1er meurt le 31 mars 1547 et le duel, autorisé par Henri II est fixé au 10 juillet 1547. François de Vivonne (28 ans), présomptueux ne se prépare pas tandis que Guy Chabot (33 ans), plus anxieux, s’exerce avec un maître d’armes réputé qui lui enseigne un coup qu’il dit imparable pour peu qu’il soit donné de façon imprévisible pour l’adversaire

Le duel se déroule donc devant le Roi et sa Cour, à Saint-Germain en Laye. Une foule de spectateurs est venue de Paris. Vivonne avait prévu d’offrir un somptueux banquet dans la soirée...

Après deux premières passes d’armes sans qu’aucun duelliste touche l’autre, l’occasion se présente pour Jarnac : Vivonne, un peu de biais, avance sa jambe droite et de ce fait, dégage le dos de sa jambe gauche : Jarnac lui donne deux coups d’épée de suite dans son jarret gauche, ce qui le fait tomber à terre - du haut de la tribune, Henri II donne le holà pour arrêter le duel, mais le mal est fait : Vivonne meurt le lendemain, ayant, de rage, arraché tous ses pansements.

Désespéré, Henri II interdit sur l’heure les duels judiciaires Comme on le sait, la formule est passée dans le langage usuel, avec une connotation de déloyauté qui est une déformation tardive (XIXème) car aucune des dispositions de la pointilleuse réglementation des duels - et surtout des duels judiciaires toujours conduits en présence du Roi - n’ a été transgressée au cours de ce dernier duel judiciaire.

Finalement, Guy Chabot est mort d’un duel, mais en 1584

Notes

[1] bavard, "en parlait avec complaisance"

[2] cf les références en ligne données sur Wikipédia dans sa notice "coup de Jarnac" - la meilleure référence est celle du Maréchal de Vieilleville qui est un contemporain - personnellement, je récuse celle d’Alfred Franklin (1909) qui est partiale et poisseuse.