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1573. Gabrielle d’Estrées

feuilleton


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 [1]

LES QUATRE HENRI

LEURS AMOURS, LEURS EXPLOITS, LEUR FIN TRAGIQUE

Par LÉON BEAUVALLET

SEPTIEME PARTIE : CHARMANTE GABRIELLE !

CHARMANTE GABRIELLE

...

Où l’on fait connaître au lecteur « le plus sage homme de la cour de France ».

Du propos imprudent tenu par Bellegarde devant Henri de Navarre et de ee qui s’ensuivit.

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omme bien on pense, le gros financier ne s’était pas fait tirer l’oreille pour servir de guide et de mentor à la charmante Gabrielle.

Il lui lit la conduite jusqu’à Cœuvres.

Une fois dans la famille d’Estrées, il morigéna vertement la mère coupable qui avait osé vendre à vil prix les charmes et l’innocence de sa fille.

Mme d’Estrées [2] jura ses grands dieux qu’elle n’avait jamais eu cette intention, et qu’elle avait cru que le roi de France la désirait voir en tout bien tout honneur.

Zamet [3] fit mine de croire la vieille’ drôlesse ; car le .bonhomme était chemin faisant, tombé profondément amoureux de Gabrielle, et il songea avec raison qu’il avait beaucoup plus à gagner en ménageant sa mère qu’en.la, traitant selon ses mérites.

En effet, cette créature sans vergogne lit tant et si bien que Gabrielle, bien qu’ayant au fond du cœur un sérieux amour pour. Bellegarde, devint la maîtresse du financier.

Elle se livra à Zamet sans passion et uniquement pour faire cesser les criailleries.de madame sa mère.

Zamet savâit:três-bien qu’il n’était pas aimé de Gabrielle mais de cela il avait le bon esprit de se soucier fort peu.

Aussi vit-il arrivera Cœuvres, sans jalousie aucune, le sieur de Bellegarde.

Si bien que, parfois ensemble, ou tantôt l’un, tantôt l’autre, les deux seigneurs venaient rendre visite à Gabrielle. C’étaient pour elle deux amis vrais, dévoués et sincères.

Un soir,— c’était vers la fin de juin 1589, — par une veillée d’orage, Gabrielle et ses soeurs étaient seules au château.

M. de Bellegarde arriva sans se faire annoncer. Il.était triste et sombre. Et comme Gabrielle lui demandait là cause de son chagrin :

— Ils le tueront ! murmura-t-il d’une voix sourde, Ils le tueront, ce pauvre roi !

. —Quoi donc ! s’écria Gabrielle tremblante, sa majesté est elle en danger de mort ?

— Autant vaut, la magie l’a tué par avance.

A ces mots, il sortit de sa pochette une image de cire représentant Henri III avec un petit couteau’ enfoncé dans le cœur

— Mon ami ! s’écria Gabrielle en émoi, qui a fait cet abominable meurtre sur une personne royale ?

— Voici le fait.Hier, à la nuit close, je dernandâi un gîte dans un .couvent de jacobins, et je me donnai pour ligueur afin .d’être mieux traité. Le père. Bourgoing, prieur des jacobins de Paris, voyageant avec un frêre dudit ordre, était festoyé par les beaux pères. Je m’excusai de les déranger en leurs offices, conciliabules et festins ; Je me couchai sans me débotter dans la cellule voisine de la chapeUe et dormis peu car ce fut dans l’église un tumulfe de diables déchaînés. Vers l’après-minuit, le calme revenu, je descendis pour m’enquérir des bruits et des cris qui m’avaient éveillé : les moines étaient à cuver leur vin, car dans la nef encore tapissée de noir et illuminée de cierges, je né rencontrai personne, sinon un gros ivrogne de frappart étendu tout au long sur les degrés du maître-autel. Mais je me signai à rebpurs, lorsque sur ce niéme autel profané je distinguai une image de cire magiqije sous les traits de notre bon roi. Si j’ayais été ceint de mon épée, j’aurais envoyé à Satan, son patron, ce porc de moine, auteur de telles abominations. Je m’arrêtai à une meilleure idée : je dérobai la victime et de grand matin, sans dire adieu ni merci, je partis de de moutier maudit, qui devrait s’abîmer dans les flamniies . comme Dathan et Abiron : -

Sur la fin de juillet, Bellegarde fît savoir à Gabrieiie que le roi s’en allait assiéger paris pour attaquer la ligue au cœur, et qu’ainsi de longtemps il n’aurait le loisir de la voir à Cœuvres.

Ce pourquoi il ja priait de le venir joindre à Saint-Cloud.

Sans hésiter, Gabrielle se mit en route accompagnée d’un seui serviteur. Elle eut le bonheur d’échapper aux partis qui battaient là campagne, brûlant les récoltes, forçant les femmes et tuant quiconque résistait.

Arrivée à Saint-Cloud, dont la guerre civile avait fait un camp, elle faillit retourner en arrière on entendant que Bellegarde était parti le matin même pour une expédition.

Toutefois, elle se décida à demander asile à S. M.. Henri III.

Elle eut grand peine à pénétrer dans la maison de Jérôme Gondi, où le roi était installé avec sa cour, « mieux habillée de soie que de fer ». .

Les gardes avaient des ordres exprès pour que nul étranger ne vînt jusqu’aux portes. Le pauvre Henri se rappelait à bon escient maintes surprises auxquelles il avait échappé par un coup de fortune.

M. de la Guesle fit pénétrer la belle voyageuse dans la chambre du roi.-

Henri jouait aux caries avec M. d’O...

« Sa Majesté avait ce jour-là l’apparence malade, —nous apprend Gabrielle elle-même dans les Mémoires déjà cités par nous ; — c’était le dernier jour du mois dé juillet. A notre ëntréè, il nè leva pas’ là tête et ne bougea pas, lés yeux fixés sur lés cartes.

« _— Sire, dit M. de la Gueslé, voici une belle dame qui souhaite parler à Votre Majesté.

« — Sire, dit à son tour Gabrielle, je suis bien téméraire dé .venir troubler Votre Majesté. Mais, ne Connaissant en cette viile nul endroit où me retirer jusqu’au retour de M. de Bellegarde...

" — Ah ! c’est toi, nia fille ! Vive Dieu ! tu es un modèle d’amoureuse ! Je suis content de te voir. Sieds-toi et parlons ëii bomië intelligence. » ".

Lé procureur général, M. d’O.. : et lés autres gentilshommes qui étaient.là, s’éloignèrent par respect, et. le roi, prenant les mains dë Gabrielle, lui dit" :

« — Ma fille, avez-vous-dit vos prières, ce matin ? .

« —.Je n’y manquerais.pas pour un monde, répondit la jeûne femme. !

« — En vérité, vous agissez prudemment, ma chère fille, car, vive Dieu ! nous sommes tous mortels, et il vaut mieux attendre là mort, qui ne nous àttend pas. »

...Ayant ainsi parlé, ie roi pria M. de là Giiesle de conduire en son logis Mlle d’Estrées.

Gabrielle, toute là huit, songea au propos lugubre que lui avait tenu le roi et l’image da cire percée d’un couteau lui revint à la mémoire.

Le lendemain, au point du jour, d’horribles clameurs la réveillèrent, - .

Henri III venait do tomber sous le couteau de Jacques Clément. [4]

Ce fut ce jour-là que, pour la première fois, la belle Gabriëllë vit Henri de Navarre.

La jeune femme était demeurée dans le logis de M. de là Guesle.

Elle s’assit à la fenêtre pour voir la rumeur populaire.

Plusieurs fois, tout vis-à-vis, le roi de Navarre regarda par les verrières du logis royal.

Elle le put contempler à loisir.

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aissons une. fois encore là parole à Gabrielle : — « J’en ai vergogne, mais son air me plut autant que më déplut sa figure. Je le trouvai fort peu avenant pour les dames, qui l’àimaient de passion et comme à l’envi. Son nëz prodigieux, sës.yéux fort libres en regards et tenant du satyre antique ; sa bouche aux dents reluisantes, aux lèvres trop épaisses, sa barbe et ses crins gris le faisaient plus vieux qu’il n’était. »

A quelque temps dé là, — la tête troublée par les fumées d’un vin trop généreux,— l’imprudent Bellegarde eut la folle de parler au roi de sa jeuhè et belle maîtresse.

Le pauvre niais d’amoureux vanta les charmes dé Gabrielle avec Une telle chaleuï que le Vert-Galant voulut à tout prix voir de ses yeux cette incomparable merveille.

Bëllegàrde, se dégrisant un peu, essaya de dissuader Henri de ce projet ce fut peine perdue.

Et le roi fit si bien que le lendemain même, aux environs de Senlis, dans la forêt de Villers-Cotterets, eut lieu sa première rencontré avec la belle Gabrielle.

Il fut ébloui de sa beauté, et, brusquement, il"en tomba éperdurnent amoureux.

Peu de temps après, le roi, poursuivant le duc de Parme, partit à la dérobée d’Attichi et vint voir à Cœuvres Mlle d’Estrées.

Il se contenta de prendre un léger déjeuner à la porte, pour iiè pas donner des soupçons au père de Gabrielle ; puis il remonta à cheval, en disant qu’il marchait à l’ennemi, et que bientôt, la belle entendrait parler de ce qu’il aurait fait pour l’amour d’elle.

Mais Gabrielle aimait Bellegarde, et le roi dut se contenter du piètre rôle de simple poursuivant.

Dévoré de jalousie, Henri emmena Gabrielle à Mantes, où était la cour, et enjoignit à Bellegarde de ne point l’y suivre.

Alors- Gabrielle parla de la sorte à son royal tyran :

— Si vous m’aimez réellement, sire, lui dit-elle, vous n’auriez garde de vous opposer à l’établissement avantageux que je trouve près de M. do Bellegarde, lequel m’oifre de m’ épouser.

Et, après avoir dit ce dernier mot qu’elle eut grand soin de souligner ainsi "que nous l’avons fait nous-même, la belle Gabrielle fit au roi une profonde révérence et le laissa seul.

*—Lequel m’offre de m’épouser, » répéta Henri IV. L’épouser ! — Perdiou ! reprit-il,"s’il ne s’agissait que de "lui offrir le mariage, cela m’inquiéterait médiocrement,-et ce ne serait pas la première à qui j’aurais fait semblable promesse ; mais de l’humeur dont je là connais, _ajouta-t-il, je doute fort que d’une promesse, elle se contente comme les autres !. ;. C’est grave !... continua-t-il pensif... car enfin la reine Margot est ma légitime épouse et la dissolution de ce mariage n’est pas prononcée ! , . .

En cet instant, Henri de Bois-Dauphin accourut près de lui :

— Sire, lui dit-il, Mlle d’Estrées vient de partir pour Cœuvres

— Pour Cœuvres ! s’écria le roi. Que dis-tu là, Henriot ? . .

— La vérité, sire : partie, sans qu’il ait été possible de la faire renoncer à ce projet.

Le roi pâlit horriblement à cette nouvelle. 11 aimait cette femme de toutes les forces .de son âme, comme jamais, peut-être il n’avait aimé.

— Henrîot, mon fils, dit-il enfin en relevant la tête, nous Tirons rejoindre !

— Sire,-, répliqua Bois-Dauphin, réfléchissez que de Mantes à Cceuyres il-y à plus de vingt lieue à faire et deux armées ennemies à traverser !

— Eussé-je mille lieues à faire, je les ferais, riposta le roi avec chaleur, eussé-jë vingt armées à traverser, je les travererais. A cheval, mon fils, à cheval .

Avec Bois-Dauphin et quatre amis seulement, le roi se mit en route.

La forêt de Compiègne était occupée par l’ennemi.

Le roi endossa aussitôt le pourpoint crasseux et le misérable bonnet d’un paysan.

Mettant ensuite sur son dos et sur sa tête un énorme sac plein de paille, il se rendit au château de. la belle Gabrielle ;

— Ah ! sire ; s’écria cette dernière en le reconnaissant, vous êtes si laid ainsi que je ne saurais vous regarder ?

Ce disant, elle se retira et ne voulut plus reparaître., Si bien que le pauvre Béarnais dût.s’éloigner à son, tour, le cœur navré,-et de grosses larmes dans les yeux, -

Pour revoir cette femme, il,avait joué sa vie, le sort de son royaume, et c’est ainsi qu’elle l’en récompensait

Il n’eût dû ressentir pour Gabrielle que mépris et indifférence tout au moins ce fut Je contraire qu’il éprouva : son amour n’en devint que plus violent.

Pour forcer celle qui le fuyait à revenir à la, cour, il fit rentrer son père dans le conseil [5] .

Impatient, pâle et le sein haletant, il attendait l’arrivée de M., d’Estrées.et de sa fille.

M. d’Estrées -parut bientôt...

Henri IV étouffa un cri de rage : M. d’Estrées était seul.
Gabrielle était restée à Cœuvres.

Le roi ne put s’empêcher de jeter un regard de jalousie, effrénée au due de Bellegarde qui, plus que jamais, était aimé.

— Qu’il est heureux, cet homme ! murmura Henri 1V.

Bellegarde surprit le regard de son royal maître ; et malgré lui, il se prit à trembler. Si bien qu’ayant appris que M. d’Estrées s’occupait de marier sa lille à Nicolas d’Armeval, seigneur de Liancourt, il trouva prudent de feindre l’indifférence la plus profonde et de s’effacer complètement. ’

Le seigneur de Liancourt était hideux de corps et d’esprit. Gabrielle le voulut refuser ; elle essaya même, de mettre le roi dans ses intérêts en tentant de faire croire à ce dernier que c’était par amour pour lui qu’elle repoussait M. de Liancourt.

Mais Henri IV ne se laissa point abuser et, par vengeance, il permit que le mariage s’accomplit.

Bientôt il donna l’ordre à M. de Liancourt de le venir joindre à Chauny avec sa femme. Le digne seigneur, qui n’était pas d’une grande rigidité de principes, réfléchit aussitôt que son avenir, sa position, sa fortune, dépendaient entièrement de son obéissance aux ordres du roi, et sans perdre de temps, il emmena à Cbauiiy Mme de Liancourt.

Le roi partait pour le siège de Chartres. Sans s’occuper en aucune façon du mari, il fit monter la femme dans son coche et partit avec elle.

À compter de cet instant, Mme de Liancourt devint la maîtresse du roi. Son mariage l’avait subitement humanisée.

Au mois de juin 1594, la belle Gabrielle donnait un fils à son amant : César, duc de Vendôme, lequel fut légitimé par lettre enregistrée au Parlement de Paris.

Le roi, au comble de la joie, substitua à son nom de dame de Liancourt celui de marquise de Monceaux.

Gabrielle, qui s’était bercée de l’espoir de devenir un joui reine de France, fit prononcer la nullité de son union avec M. de Liancourt..Elle sut si bien faire que le roi fit de son côté des démarches pour obtenir de Marguerite qu’elle donnât son consentement à leur séparation.

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Dans lequel le roi Henri, qui a trouvé bon de marier M, de Bois-Dauphin, pense qu'il ne serait point malséant de se marier à son tour

Avant de se mettre en route pour le pays navarrois, le roi l’on s’en souvient, avait dit à M. de Sully :

— " Pour tous, excepté pour vous et pour ceux de ma suite, je serai en mon palais de Fontainebleau.

Le désir de Sa Majesté s’était réalisé le mieux du monde et chacun à Paris ; croyait fermement que le roi avait tranquillement passé à Fontainebleau tout le temps qu’avait duré son voyage en Béarn.

Soi-disant pour donner à cet innocent mensonge une apparence de vérité, le-roi voulut, avant de.rentrer en son vieux Louvre descendre en ce palais de Fontainebleau, dont le roi de la. renaissance, grâce à ce puissant enchanteur qui avait nom : « Lé Primatice, » avait fait, la plus merveilleuse résidence qui se pût voir.

Nous.ayons dit : « Soi-disant pour donner à son mensonge une appai’eneè dé vérité. »

Oui, soi-disant, car le seul et vrai motif qui pût attirer le.roi en ce bienheureux séjour, c’était la présence de Gabrielle.

Depuis longtemps, Paris ne plaisait que très-médiocrement à la favorite.

Le peuple ne l’aimait pas ; elle le savait.:Elle ne pouvait se montrer en public sans entendre des murmures railleurs et d’indécentes plaisanteries. Si bien qu’en attendant le grand jour qui la devait faire « reine de France », Gabrielle avait jugé d’une haute convenance et d’une bonne politique de vivre silencieusement dans la royale’ demeure de Fontainebleau.

Dans les grandes et belles allées du parc, le roi Henri devisait avec M. de Sully.

Après lui avoir narré, l’un après l’autre, tous les épisodes de son voyage, depuis sa nuit passée dans le moulin jusqu’au double mariage célébré dans la chapelle du château de Nérac :

— Oui, mon bien-aimé cousin, dit le roi, depuis cette union inattendue de M. de Bois-Dauphin, d’étranges velléités d’hymen se sont emparées de votre roi. N’ayant pas d’enfant de la reine Marguerite, c’est en vain que je me serai donné tant de soucis et tant de peines à pacifier mon royaume, puisqu’aprôs ma mort, il ne peut manquer de retomber dans ses premières calamités, par les disputes entre le prince de Coudé et les autres princes du sang sur la succession à la couronne. Cette raison, mon cher duc, me fait ardemment souhaiter de laisser des enfants mâles après moi.

— Sire, répondit Sully, la dissolution du mariage de Votre Majesté avec la princesse Marguerite est un point sans lequel ce contentement vous est absolument interdit.

— Là n’est pas l’obstacle ! répliqua le roi. L’archevêque d’Urbin, MM. du Perron, d’Ossat et de Marguemont, mes députés à Home, aplaniront sans peine auprès du pape cette légère difficulté. L’important, mon bien cher Sully, continua le monarque on se mordillant la moustache, comme c’était son habitude, l’important est d’examiner sur quelle princesse d’Europe je puis jeter les yeux pour en faire mon épouse, en supposant mon mariage avec Mme Marguerite dissous. C’est que, voyez-vous bien, pour ne pas avoir à me repentir d’un marché aussi hasardeux que celui-là, et pour ne pas tomber dans le malheur, le plus grand de tous à mes sens, d’avoir une femme mal faite de corps et d’esprit, il est sept choses indispensables qu’il me faudrait trouver en la femme que j’épouserais : qu’elle fût belle, sage, douce, spirituelle, riche, d’extraction royale et surtout féconde.

— Pour ce qui est de cela, répliqua M. de Sully en plaisantant, je ne vois d’autre expédient que de faire assembler les plus belles filles de France, depuis dix-sept jusqu’à vingt-cinq ans, afin de choisir, à bon escient, une femme qui sût se faire aimer et donner des héritiers à son roi.

—Ventre-saint-gris ! s’écria Henri IV en souriant, votre assemblée de filles donnerait grandement à gouailler, que je pense !

— Laissons donc cela, reprit le duc de Sully plus sérieusement. Pour moi, sire, mon avis sincère est que Votre Majësté peut tout d’abord retrancher de son plan les grands biens et la naissance royale. Il suffit d’une belle femme qui puisse se faire aimer et mettre au monde de beaux enfants !

— Voilà, perdiou, qui est sagement pensé, interrompit le roi, et votre avis, mon cousin, je le partage entièrement ! Et que diriez-vous si je vous en nommais une dont j’eusse une pleine connaissance sur ces trois choses ?

— Nommez-la donc, sire !

Après quelques instants de silence, et non sans un certain embarras :

— Ne trouvez-vous pas, poursuivit Henri en s’appuyant familièrement sur le bras de M. de Sully, ne trouvez-vous pas, mon cousin, que ces trois conditions se rencontrent dans Gabrielle ?

A ce nom, M. de Sully fit une légère grimace et fronça le sourcil :

—Gabrielle ! murmura-t-il à mi-voix ; je me doutais bien que c’était par elle que nous commencerions !

Le roi, qui savait parfaitement l’antipathie de Sully pour la favorite, s’aperçut facilement du méchant effet produit par sa question. Aussi, se rapprochant vivement du premier ministre :

— Si j’ai nommé Gabrielle, reprit-il, ce n’est pas, mon cousin, que j’aie formé le dessein de l’épouser. Non ! non ! continua-t-il en baissant la voix comme s’il eût craint d’être entendu par d’autres que par Sully. Non ! je désirais seulement savoir ce que vous en diriez, si, faute d’autres, cela me venait quelque jour en fantaisie.

Sully connaissait trop bien le roi de France pour ne pas avoir compris immédiatement que ce projet de mariage, dont il se défendait si bien, était très-sérieusement arrêté en son esprit.

Le surintendant des finances ne put réprimer un profond soupir ; mais, toutefois, il garda le silence.

— Parlez, mon cousin, reprit le roi, parlez, je vous en prie.

— Eh bien, sire, reprit Sully d’une voix ferme et cependant profondément respectueuse, Henri le Grand, mon maître, ne se doit point laisser vaincre par un vil sentiment qui ternirait sa gloire ! Avant d’être l’amant de Mme Gabrielle, vous êtes le roi de France, sire, et c’est au roi de France, c’est à mon souverain bien-aimé que je m’adresse présentement, Refoulez jusqu’au fin fond de votre cœur cette passion misélable, et, si vous répudiez Mme Marguerite, que ce soit au moins pour prendre une épouse plus digne et plus vertueuse que la fille de Catherine de Médicis, et non vingt fois moins honorable et vingt fois moins honorée !

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suite Gabrielle d’Estrées - deuxième partie

</p> <p>Le roi contenait à grand peine son dépit d&#8217;entendre ainsi parler de sa maîtresse. Mais Sully, malgré les mouvements d&#8217;impatience et de méchante humeur du roi, reprit avec fermeté&nbsp;:</p> <p>

source

Les romans du Jeudi - 284e livraison - 4e volume

Gabrielle d’ESTRÉES

Gabrielle d’Estrée, Marquise de Monceaux , Dame de Verneuil , Duchesse de Beaufort , Duchesse d’Etampes , Favorite d’Henri IV


Antoine d’ESTRÉES, Marquis de Cœuvres et de Valieu †1516
|
Jean Ier d’ESTRÉES, Seigneur d’Estrées, de Valiers, de Cœuvres et de Viérey 1486-1571/
|
Antoine IV d’ESTRÉES, Marquis de Cœuvres ca 1529-1609
|
Gabrielle d’ESTRÉES, Marquise de Monceaux ca 1573-1599

Elle est donc la tante de César d’Estrées et la fille de Françoise BABOU de la BOURDAISIERE [6] , Favorite de Henri III.

Relation en 1591 avec Henri IV de BOURBON, Roi de France 1553-1610 (Parents : Antoine de BOURBON, Duc de Bourbon, 1518-1562 & Jeanne d’ALBRET, Reine de Navarre 1528-1572) dont ;

  • César de BOURBON-VENDÔME, Duc de Vendôme 1594-1665
  • Catherine-Henriette de BOURBON, Mademoiselle de Vendôme 1596-1663
  • Alexandre de BOURBON-VENDÔME, Gouverneur de Caen 1598-1629

ascendance

1 d’ESTRÉES Gabrielle Favorite d’Henri IV
2 d’ESTRÉES Antoine IV ° ../../1529 x 14/02/1559 Chartres (28) + ../../1609 marquis de Cœuvres
3 BABOU de la BOURDAISIERE Françoise ° ../../1542 x 14/02/1559 Chartres (28) + 09/06/1592 ISSOIRE (63) Favorite de Henri III [7]
4 d’ESTRÉES Jean ° ../../1486 x < ../../1515 + > ../../1571 Grand-maître de l’Artillerie, Seigneur d’Estrées, de Valiers, de Cœuvres et de Viérey
5 de BOURBON Catherine x < ../../1515 + ca ../../1530
6 BABOU Jean ° ../../1511 + ../../1569 comte de Sagonne
7 ROBERTET Françoise (fille d’un ministre d’Henri II)
8 d’ESTRÉES Antoine + ../../1516 Marquis de Cœuvres et de Valieu
9 de la CAUCHIE Jeanne
10 de BOURBON Jacques ° ca ../../1455 x 07/12/1505 AMIENS (80) + 01/10/1524 Sgr de Ligny
11 de RUBEMPRÉ Jeanne x 07/12/1505 AMIENS (80) Dame de Rubempré
12 BABOU de la BOURDAISIERE Philibert Grand argentier du roi François 1er, maire de Tours (37)
13 GAUDIN Marie ° ../../1495 + ../../1580 Favorite de François 1er [8]
14 ROBERTET Florimond ° 11/02/1459 Montbrison (42) + 18/11/1526 Blois (41) Trésorier de France, Ministre de François Ier, baron d’Alluye et de Brou, seigneur de La Guierche (72), Villlemomble (93), Bury (41)
15 GAILLARD MICHELLE + ../../1549
16 d’ESTRÉES Antoine ° ../../1422 + ../../1465
17 d’AIX Jeanne
20 de BOURBON-VENDÔME ; de VENDÔME Jean II ° ../../1429 x + 06/01/1478 LAVARDIN Comte de Vendôme
21 de GOURNAY Philippine x
22 de RUBEMPRÉ Charles ° ../../1422 Seigneur de Rubempré et d, Anthies
23 de MAILLY Françoise ° ../../1470 + ../../1493
26 GAUDIN Victor + ../../1498 Seigneur de La Bourdaisière et de Thuisseau, Argentier de la Reine
27 MORIN Agnes ° ../../1475 Montlouis-sur-Loire (37) + ../../1510 Dame des Ralluères
28 ROBERTET Jean ° ../../1402 + ../../1491 Seigneur De Contéol et De Bullion, Juriste, Ecrivain, Bourbonnais célèbre Penseur
29 CHAUVET Louise
30 GAILLARD Michel
32 d’ESTRÉES Pierre + ../../1457
33 de BEAUMONT Marie
40 de BOURBON-VENDÔME Louis ° ca ../../1376 x ../../1424 + 21/12/1446 TOURS (37) 24ème Comte de Vendôme, Comte de Castres
41 de MONTFORT-LAVAL Jeanne ° ../../1406 x ../../1424 + 18/12/1468 LAVARDIN
46 de MAILLY Adrien
47 de BERGHES Jeanne ° ../../1440 + 1520/....
52 GAUDIN Nicolas ° ../../1430 + 28/06/1515 Sgr de Jallanges, argentier de la reine Anne de Bretagne, Chanoine, Marchand, Notaire, Secrétaire du Roi, Maire de Tours (37)
53 de la MÉZIÈRE Charlotte Dame de la Bourdaisière
56 ROBERTET Louis
64 d’ESTRÉES Pierre
65 du PESTRIN Marie
80 de BOURBON Jean Ier x ../../1364 + ../../1393 Comte de la Marche, Comte de Vendôme
81 de VENDÔME Catherine x ../../1364 + 01/04/1411
82 de LAVAL ; de MONTFORT Guy XIII ° ca ../../1380 x 22/01/1404 + 12/08/1414 RHODES Comte de Laval
83 de LAVAL Anne ° ../../1385 x 22/01/1404 + 28/01/1466 VITRÉ (35) 15ème Dame de Laval
92 de MAILLY Ferry 1er ° ../../1398 + ../../1484
93 de BRABANT Marie ° ../../1402
94 de BERGHES Jean ° ../../1395
95 de ROUVROY Jeanne Blanche ° ../../1400
104 GAUDIN Jean
106 de la MÉZIÈRE Louis Maire de Tours (37), conseiller et maître d’Hôtel du Roi
107 de NOUVEAU Agnès
160 de BOURBON Jacques Ier ° ../../1315 x ../../1335 + 06/04/1361 LYON (69) Comte de la Marche
161 de CHÂTILLON-SAINT POL Jeanne x ../../1335 + ../../1371
162 de VENDÔME Jean VI ° ../../1317 + 19/02/1368 MONTPELLIER (34) Comte de Vendôme
163 de PONTHIEU Jeanne ° ca ../../1320 + 15/08/1376 dame d’Epernon
164 de MONTFORT Raoul Ix Ou VIII x ca ../../1379 + 19/09/1419 Sire de Montfort, de Gaël et de Lohéac, Baron de La Roche-Bernard
165 de KERGORLAY Jeanne ° ca ../../1355 x ca ../../1379 + ../../1396 Dame de Kergorlay
166 de LAVAL Guy Xii ° ca ../../1335 x 28/05/1384 + 21/04/1412 14ème Sire de Laval
167 de LAVAL Jeanne x 28/05/1384 + > ../../1385
184 de MAILLY Jean ° ../../1360 + ../../1432
185 de CRESEQUES Jeanne ° ../../1376
186 de BRABANT Clignes ° ../../1376
187 de NAMUR Marie ° ../../1370
320 de BOURBON Louis Ier Le Grand ° 1270/1280 x ../../1311 + ../01/1342 Duc de Bourbon, Comte de Clermont, Duc de Bourbon
321 d’AVESNES ; de HAINAUT Marie ° ca ../../1280 x ../../1311 + ../09/1354 MURAT
322 de CHÂTILLON Hugues ° ca ../../1270 Comte de Saint-Pol
323 d’ARGIES Jeanne + ../../1334 Dame de Catheu
324 de VENDÔME Bouchard Vi ° ca ../../1290 x ../../1320 + 26/11/1354 Comte de Vendôme
325 de BRETAGNE ; de DREUX Alix ° ../../1297 x ../../1320 + ../05/1377 MONTOIRE
326 d’AUMALE ; de PONTHIEU Jean II x ../../1320 + 16/01/1343 Comte d’Aumale
327 d’ARTOIS Catherine x ../../1320
328 de MONTFORT Raoul VII + 28/03/1394 seigneur de Montfort-La-Canne et de Gaël
329 de LA ROCHE-BERNARD Isabeau dame héritière de La Roche-Bernard et de Lohéac
330 de KERGORLAY Jean Iii ° ca ../../1335 x <> ../06/1363 + 29/09/1364 AURAY (56)
331 de LÉON Marie x <> ../06/1363
332 de LAVAL Guy x x 02/03/1315 + 18/06/1347 LA ROCHE-DERRIEN (22) Sgr de Laval
333 de DREUX Béatrice ° 07/12/1295 x 02/03/1315 + 09/12/1384 Dame de Hédé
334 de LAVAL Jean ° ca ../../1315 + ../../1398
335 de TINTENIAC Isabeau
368 de MAILLY Jean ° ../../1330
369 de MOREUIL jeanne ° ../../1335
370 de CRESEQUES Guillaume
371 d ’ HARCOURT-MONTGOMERY Marie ° ../../1350
374 de NAMUR Guillaume 1er
375 de SAVOIE Catherine
640 de CLERMONT ; CAPET Robert ° ../../1256 x ../../1272 CLERMONT-EN-BEAUVAISIS + 07/02/1317 Comte de Clermont-en-Beauvaisis
641 de BOURGOGNE ; de BOURBON Béatrice ° ../../1257 x ../../1272 CLERMONT-EN-BEAUVAISIS + 01/10/1310 MURAT Dame de Bourbon
642 de HAINAUT ; d’AVESNES Jean II ° ca ../../1255 x ca ../../1270 + ../../1304 Comte de Hainaut
643 de LUXEMBOURG Philippa ° ca ../../1255 x ca ../../1270 + ../../1311
644 de CHÂTILLON Jacques ° > ../../1254 + ../../1302 Sgr de Leuze
645 de CONDÉ Catherine + > ../../1329 Dame de Carency
646 d’ARGIES Gaubert Ier Sgr de Catheux
647 de NESLE Ide
648 de VENDÔME Jean v ° ca ../../1250 + ../../1315 Comte de Vendôme
649 de MONTFORT Eleonore ° ../../1255 + ../../1338
650 de BRETAGNE ; de DREUX Arthur II ° 25/07/1262 x ../../1294 + 27/08/1312 LA ROCHE-BERNARD Comte de Leon, Duc de Bretagne, Comte de Richemond
651 de DREUX Yolande ° ../../1263 x ../../1294 + 27/08/1322 Comtesse de Montfort-l’Amaury
652 de PONTHIEU Jean I comte d’Aumale /1264-1302
653 de MEULAN ; de BEAUMONT Ide + ../../1324 dame de Fontaine-Guérard +1324
654 d’ARTOIS Philippe Ier ° ../../1269 + 11/09/1298 FURNES Sgr de Conches
655 de BRETAGNE ; de DREUX Blanche ° ../../1270 + ../../1327 Dame de Brie-Comte-Robert
658 de LA ROCHE-BERNARD Eudon seigneur de Lohéac
659 de CRAON Béatrice + 29/09/1364
660 de KERGORLAY Jean Ii ° 1310/1315 x 1330/1335 + 11/09/1339
661 de RIEUX Jeanne x 1330/1335
662 de LÉON Hervé Vii x ../../1334 + ../../1344 7ème sire de Léon, Sgr de Noyon sur Andelle
663 d’AVAUGOUR Marguerite ° ca ../../1305 x ../../1334 + ../../1375
664 de LAVAL Guy IX + ../../1333 seigneur de Laval et de Vitré
665 de GAVRE Béatrice + ../../1277
666 = 650 de BRETAGNE ; de DREUX Arthur II ° 25/07/1262 x ../../1294 + 27/08/1312 LA ROCHE-BERNARD Comte de Leon, Duc de Bretagne, Comte de Richemond
667 = 651 de DREUX Yolande ° ../../1263 x ../../1294 + 27/08/1322 Comtesse de Montfort-l’Amaury
670 de TINTENIAC Jean ° ca ../../1300 + 30/08/1352
671 de DOL Jeanne ° ca ../../1300 + 23/11/1374
736 de MAILLY Jean ° ../../1270
737 de PICQUIGNY Marie jeanne ° ../../1290
738 de MOREUIL Bernard ° ../../1300
739 de CLERMONT-NEELLE Mahaut ° ../../1300
748 de FLANDRE ; de FLANDRES ; de DAMPIERRE Jean x Paris (75) Comte de Namur
749 d’ARTOIS Marie x Paris (75)

biographie

Gabrielle d’Estrées, née au château de Cœuvres en 1573, et morte à Paris dans la nuit du 9 au 10 avril 1599, devient la maîtresse et favorite d’Henri IV en 1591.

Elle est la fille d’Antoine d’Estrées, baron de Boulonnois, vicomte de Soissons et Bersy, marquis de Cœuvres, gouverneur de l’Île-de-France (Grand-maître de l’artillerie sur une très courte période en 1596) et de Françoise Babou de La Bourdaisière. Ils donnent naissance à onze enfants dont sept filles, que leur père nommait en plaisantant les « sept péchés capitaux ».
Le Château Royal de Montceaux les Meaux à son époque de gloire

En novembre 1590, le siège de Paris s’étirant en longueur, Roger de Bellegarde, grand écuyer de France et ancien mignon d’Henri III, est contraint de présenter sa maîtresse Gabrielle d’Estrées au roi, ils partent tous deux au château de Cœuvres où habite Gabrielle. Henri IV conçoit pour elle une vive passion. Selon la légende, Gabrielle résiste plus de six mois à ce monarque sentant fort « de l’aile et du gousset », mais finit par lui céder. Il la marie par souci des conventions à Nicolas d’Amerval de Liancourt, baron de Benais, puis demande que le couple divorce pour la rendre libre, l’appelle à la cour, crée pour elle le duché de Beaufort et comble d’honneurs tous ses parents. Elle reçoit de Henri IV le Château Royal de Montceaux les Meaux avec le titre de marquise de Montceaux, puis celui de duchesse de Beaufort. Henri IV vient fréquemment la rejoindre au château de Montceaux, à Montceaux-lès-Meaux (Seine-et-Marne), et elle y poursuit les travaux d’embellissement engagés par Catherine de Médicis en construisant de nouveaux bâtiments, notamment les quatre pavillons d’angle.

Le projet de mariage qu’entretient Gabrielle d’Estrées avec Henri IV est freiné par le Pape Clément VIII, qui voudrait le voir épouser sa nièce Marie de Médicis. Marguerite de Valois, épouse du roi depuis 1572, mais séparée de longue date. Le 23 février 1599 lors d’une fête au palais du Louvre, le roi annonce publiquement son intention d’épouser Gabrielle en lui offrant l’anneau de son sacre. « La presque reine » est détestée aussi bien par le peuple parisien acquis aux Guise ultra catholiques que par l’aristocratie à cause de ses nombreuses dépenses (robes, bijoux, hôtel de Schomberg en face du Louvre). Elle est l’objet de nombreux pamphlets.

La mort surprenante de la favorite du roi met un terme au problème. Enceinte de quatre mois du quatrième enfant d’Henri IV, elle est prise de terribles convulsions le 9 ou 10 avril 1599, après avoir été dîné chez le financier Sébastien Zamet qui lui a offert comme rafraîchissement un citron givré. Les témoins racontent que son visage révulsé noircit au point de la rendre totalement méconnaissable (son aspect est tel que l’entourage du roi l’arrête à Villejuif alors qu’il accourt pour la voir de Fontainebleau, où il séjourne, afin de lui éviter un spectacle si horrible) et qu’elle souffre de douleurs épigastriques (signe de Chaussier évoquant une hypertension artérielle ?), ce qui a fait naître le soupçon d’un empoisonnement par le citron dans lequel la substance nocive aurait été introduite. Mais l’hypothèse la plus probable est qu’elle aurait été victime d’éclampsie, l’éclampsie toxique (intoxication par un taux élevé d’albumine dans les urines, pathologie de la femme enceinte se traduisant par une forte hypertension, allant jusqu’à des convulsions) ayant tous les symptômes de l’empoisonnement9. Ses obsèques sont célébrées dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois avec les honneurs liés à son rang. Elle est enterrée dans le chœur de l’église de l’abbaye de Maubuisson, dirigée par sa sœur Angélique d’Estrées.

Après sa mort, Henri IV rachète le domaine à ses héritiers et l’offre à Marie de Médicis à l’occasion de la naissance du futur Louis XIII.

Descendance

Henri IV et Gabrielle d’Estrées auront :

  • César (7 juin 1594 à Coucy –1665), duc de Vendôme, marié en 1609 à Françoise de Lorraine-Mercœur ;
  • Catherine Henriette (11 novembre 1596 à Rouen –1663), dite « Mademoiselle de Vendôme », mariée à Charles II de Lorraine, duc d’Elbeuf et comte d’Harcourt ;
  • Alexandre (19 avril 1598 à Nantes –1629), dit le « Chevalier de Vendôme ».

célèbre tableau d’un inconnu

Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs, peint autour de 1594 par un auteur inconnu de l’École de Fontainebleau.

annexe

Maison de Gabrielle d’Estrées (rue Talma) [Paris, 16e arrondissement], photo presse, 1908

Notes

[1] ceci est un roman

[2] NDLR : amusante version romancée car en réalité, Françoise Babou de La Bourdaisière (voir BABOU, Babou de La Bourdaisière), mère de Gabrielle d’Estrées, était une des maîtresses de Henri III

[3] NDLR : Zamet, un riche financier florentin venu à Paris à la demande de Catherine de Médicis

[4] NDLR : Installé à Saint-Cloud dans l’attente du siège de Paris, ce 1er août 1589, vers huit heures du matin, Henri III accueille sur sa chaise percée le procureur général accompagné d’un moine dominicain ligueur, Jacques Clément, qui se dit porteur de nouvelles en provenance du Louvre. Devant l’insistance du religieux à vouloir parler en privé avec le souverain, Roger de Bellegarde, premier gentilhomme de la Chambre, laisse le moine s’approcher du roi. Selon les versions des chroniqueurs de l’époque, le roi reste sur sa chaise percée ou se lève pour s’entretenir dans l’embrasure d’une fenêtre. Jacques Clément en profite pour frapper le roi au bas ventre avec le couteau qu’il tient dissimulé sous son habit. Henri III s’exclame : « Ah, mon Dieu ! », puis arrache le couteau de son intestin perforé et frappe son assaillant au visage en s’écriant : « Méchant, tu m’as tué ! »

Au bruit, les gardes du roi, les fameux Quarante-cinq, accourent, transpercent le moine de leurs épées et le jettent par la fenêtre. Dans un premier temps, les médecins minimisent la gravité de la blessure, remettent les intestins en place et recousent la plaie. Henri III parvient à dicter des lettres aux villes qui lui obéissent afin de couper court aux rumeurs. À sa femme restée à Chenonceau, il affirme même que dans quelques jours, il pourra monter de nouveau à cheval. Toutefois, à l’occasion d’une visite de son cousin Henri de Navarre, le roi de France aurait harangué ses serviteurs de respecter les règles de passation de pouvoir en reconnaissant le roi de Navarre comme son successeur légitime.

Cependant, le soir venu, la péritonite progresse et ses souffrances augmentent. Après une douloureuse agonie, il décède le 2 août 1589 vers 3 heures du matin. Henri de Navarre lui succède sous le nom d’Henri IV.

Henri III est le dernier souverain de la Maison capétienne de Valois, laquelle a régné sur la France de 1328 à 1589.

[5] Il était le fils de Jeanne III, de son nom patronymique Jeanne d’Albret, reine de Navarre, et d’Antoine de Bourbon, chef de la maison de Bourbon, descendant du roi Louis IX, prince du sang et seconde personne de France. En vertu de la « loi salique » cette filiation fera d’Henri le successeur naturel du roi de France à la mort de François, duc d’Alençon et d’Anjou (frère et héritier du roi Henri III), en 1584.

[6] voir Françoise Babou de La Bourdaisière, marquise de Cœuvres

[7] Elle meurt assassinée à Issoire le 9 juin 1592, avec son amant Yves IV d’Alègre gouverneur de cette ville (où ils avaient fui en 1589, Françoise abandonnant sa famille et confiant ses enfants à sa sœur Isabeau Babou, elle-même femme de François d’Escoubleau de Sourdis et amie intime du chancelier Philippe Hurault de Cheverny), dans une émeute pendant la guerre de la Ligue.

[8] Marie Gaudin, qui passait pour la plus belle femme de son temps, a été la première maîtresse de François Ier, de Charles Quint ainsi que la maîtresse du pape Léon X. Elle et son mari Philibert Babou, lui-même trésorier de l’Épargne de François Ier, étaient proches de la famille Médicis.