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Notice sur la famille Mariette de la Pagerie

source : Société d’Archéologie de la Manche - mélanges 8ème série 1979

archives départementales page 51/111


 [1]

Manoir de la PAGERIE

à Hambye

Résumé : La Pagerie a appartenu aux Mariette de la Pagerie (du milieu du XVIIe à la Révolution). Les Mariette (de diverses branches) ont donné cinq curés à Hambye (d’avant 1676 à 1756) ; les deux derniers appartiennent à la branche de la Pagerie.

Guillaume de la Pagerie (+ 1701) publia une célèbre carte du diocèse de Coutances (1689) et fut gouverneur des Pages de la Petite Ecurie du roi. La Pagerie appartient depuis 1919 à la famille Lesouef.

La façade de la Pagerie, en pierres de taille très régulièrement disposées avec effet de couleur, doit être un rhabillage de l’extrême fin du XVIIIe ou du début du XIXe s. A l’Intérieur, monumentale cheminée en granit datée de 1657. Une autre cheminée (fin Louis XIV) repose sur des jambages composés, semble-t-il, de pierres de remploi.


I) UNE TRIBU : LES MARIETTE, DE HAMBYE
II) LES MARIETTE DE LA PAGERIE
III) PERSONNAGE A MIEUX IDENTIFIER : GUILLAUME MARIETTE DE LA PAGERIE (+ 1701)
IV) LES MARIETTE DE PARIS, GRAVEURS ET AMATEURS D’ART, SONT-ILS ORIGINAIRES DE HAMBYE ?
V) NOTULE ARCHEOLOGIQUE SUR LA PAGERIE

I) UNE TRIBU : LES MARIETTE, DE HAMBYE

Les Mariette sont très nombreux à Hambye au XVIIe siècle. L’état civil de la commune commence seulement en 1671 ; on ne peut donc les rattacher tous ensemble.

Les éléments qui suivent, provenant des dépouillements d’état civil de M. Michel Le Pesant, conservés aux Archives de la Manche, résument ce que nous savons des plus notables.

A) Les cinq curés Mariette

Cinq curés de Hambye se sont succédé à la cure de Hambye ; plusieurs ont commencé leur carrière comme curés du Mesnil-Bonant. Leur lien de parenté n’est pas toujours connu. Leurs pierres tombales, que Renault (Annuaire de la Manche, 1854, p. 108), a vues dans le chœur, sont aujourd’hui sous le porche.

....-1676 : Me Guill. Mariette. "Sous ce tombeau, repose le corps de vénérable et discrète personne Me Guill. Mariette, prêtre, curé de ce lieu, décédé le 30 juin 1676.
IHS (dessin d’un cœur) ; Ma (Jesus Maria) ; Priés Dieu pour son âme".
Il fut inhumé le 1er juillet 1676, en présence de Me Henri-Robert Mariette, curé du Mesnil-Bonant. Il avait un homonyme, Guill. Mariette, prêtre, inhumé le 13 juin 1667, âgé de 82 ans 6 mois, fils d’André Mariette, frère de Thomas et de Michel (16 mai 1679, à 80 ans).

1676 (?)-1701 : Me Henri-Robert Ier Mariette. "Sous ce tombeau repose le corps de Me Henry Robert Mariette, pbre, curé de ce lieu, décédé le 18 Juillet 1701".
Comme curé du Mesnil-Bonant, il parraine, le 22 déc. 1672, Henri-Robert Mariette, fils de Thomas (fils Antoine) et d’Adrienne Rouelle, qui lui succédera. Il meurt âgé de 76 ans.

1701 (?)-1720 : Me Henri-Robert II Mariette. "Dessous ce tombeau est le corps de vénérable et discrète personne Me Henry-Robert Mariette, ptre, curé de ce lieu, décédé le 28e 7bre 1720, âgé de 48 ans. Priez Dieu pour le repos de son âme. Amen."
Fils de Thomas Mariette (file Antoine) et d’Adrienne Rouelle, nommé par Henri-Robert Mariette, alors curé du Mesnil-Bonant, le 22 décembre 1672, il avait, au moins, un homonyme Henri-Robert M., fils de Pierre (fils Gilles), nommé par H.-R. M., curé de Hambye, et Marie Mariette, fille de Joachim, avocat au bailliage de Coutances, le 26 octobre 1679.

1720 (?)-1752 : Me Antoine Mariette. "Tombeau de vénérable personne Me Antoine Mariette, pbre, curé de ce lieu et doyen de Gavray, décédé le 26 mars 1752. Priez Dieu pour luy."
Nommé le 13 février 1694 (âgé de 3 jours), par Antoine Mariette, curé du Mesnil-Bonant, et Jacqueline Baudry, femme de Nicolas Tison Rouedière. Décédé le 26 mars 1752, sur les 3 h. après-midi, âgé de 58 ans ; inhumé le lendemain.

1752 (?)-1756 : Me Pierre-Guillaume Mariette. "Cy gist le corps de discrète personne Me Pierre-Guillaume Mariette, pbre, curé de Hambye, décédé le 15 9bre 1756. Priez Dieu pour luy".
Frère du précédent. Mort à 45 ans en 1756. Fils de Pierre Mariette, sr de la Pagerie, et d’Anne Tison.

B) La branche de Joachim Mariette, avocat au bailliage

Une proche parenté existe entre tous ces Mariette (comme l’indiquent les parrainages), mais nous ne pouvons actuellement la préciser.

I.- Antoine Mariette est le père de :
1) Joachim, qui suit.
2) Henri-Robert. + en 1701 à 76 ans, curé du Mesnil-Bonant, puis curé de Hambye.
3) Thomas, marié a Aérienne Rouelle, dont Henri-Robert II (1672-1720), curé de Hambye.

II.- Joachim Mariette, avocat au bailliage de Coutances, inhumé le 21 novembre 1687, âgé de 51 ans ; marié à Anne Lenglois. Dont, entre autres :
1) Charlotte, nommée en 1671 par Charlotte Lesvilly, femme de François de Beaufils, sr de Romainville, et par Pierre Mariette, conseiller avocat du roi en la vicomté de Gavray.
2) Anne-Marie, née en 1673, mariée en 1691 avec Charles Le Choesne, éc., sr de la Huberdière.
3) Jacques-Antoine (1675-1702), avocat au Parlement de Paris.
4) Claude-Henri (1680-1703...), avocat.
5) Elisabeth-Charlotte, nommée en 1686 par Catherine Le Page, veuve de Me Thomas Mariette-Pagerie.

C) La branche d’André Mariette-Les Perrelles, notaire

André Mariette est le père de Thomas, laboureur, marié avec Catherine Espaulle. Dont, entre autres enfants :
André Mariette Les Perrelles, notaire, né vers 1665, marié deux fois, d’abord en 1687, avec Jeanne Beaufils, fille de Jacques Beaufils Les Jardins ; ensuite en 1690 avec Jeanne Daveney.
Entre autres enfants, ils ont Anne-Louise, nommée en 1696 par Pierre Mariette-Pagerie et sa femme.

Parmi les autres Mariette, notables, citons :
Jean-Baptiste, avocat du roi, avant 1706
Jacques, docteur en médecine de Montpellier, inhumé le 9 septembre 1700 ; marié à dlle Suzanne de Cavelande ; dont Jeanne-Marie, mariée avec Me Guillaume Burnouf, fils de Julien, sr de la Croix.

II) LES MARIETTE DE LA PAGERIE

Cette branche apparaît avec :

I) Me Thomas Mariette, sr de la Pagerie, mort à l’âge de 58 ans ; inhumé le 28 juillet 1676, en présence de ses fils Joan et Guillaume. Il est le constructeur de la cheminée datée de 1657.
Il a épousé Catherine Le Page ; il est donc vraisemblable que la Pagerie (habitation des Le Page) soit, par ce mariage, entrée chez les Mariette. La tradition orale qui fait de la Pagerie, une école de pages destinés au château de Hambye et qui relie les deux édifices par un souterrain, montre surtout la fertilité d’imagination de nos ancêtres. Thomas Mariette eut au moins 4 enfants :

1) Jeanne, née vers 1647, mariée à l’âge de 25 ans, le 25 janvier 1671, avec honnête homme Antoine Coquillot, âgé de 25 ans.
2) Jean, présent à Hambye en 1676.
3) Guillaume, présent à Hambye en 1676, en qui nous verrions facilement le grand homme de le famille (voir ci-dessous).
4) Pierre, qui suit.

II) Me Pierre Mariette, sr de la Pagerie, né vers 1665. Il épouse, le 5 mai 1693, honnête fille Anne Tison, âgée d’env. 20 ans, fille de Me Nic. Tison, sr de la Rouedière, et de Jacqueline Baudry (en présence d’Antoine Mariette, curé du Mesnil-Bonant ; de dlle Anne Lenglois, veuve de Joachim M., avocat ; de Marie M. ; de Joseph M. fils de Me Jacques, docteur en médecine). De ce mariage naîtront :
1) Antoine, né le 10 février 1694, nommé le 13 par Antoine Mariette, curé du Mesnil-Bonant, et Jacqueline Gaudry, femme de Nic. Tison Rouedière ; curé de Hambye ; décédé le 26 mars 1752, à 58 ans.
2) Marie (1695)
3) Françoise (1697)
4) Henriette (1698)
5) Anne (1700)
6) Jacqueline-Angélique (1701-02)
7) Elisabeth-Catherine (1703), nommée par Claude-Henri Mariette, avocat, et sa soeur Elisabeth-Charlotte, enfants de + Joachim, avocat ; mariée en 1727 avec Jean-Fr. Marie, sr de la Fontaine, de Cerisy-la-Salle
8) Catherine (1704)
9) Pierre-Guillaume, diacre (1739), curé de Hambye (1752-56), à la place de son frère Antoine, + 1756, à 45 ans
10) Joachim, qui suit.

III) Joachim Mariette, né le 9 février 1707, nommé le 11 février par Me Joachim Tison, sr de la Richardière, et h.f. Jeanne Daveney, épouse de Me André Mariette, sr des Perrelles. Il ne portera jamais de nom de sieurie (ni celui de la Pagerie, ni un autre).
Il se marie deux fois, d’abord avec Marie-Jeanne Denys. Puis, à l’âge de 42 ans (en réalité 45 ans), conseiller du roi, lieutenant général de police au bailliage de Coutances, il épouse, à St-Nicolas de Coutances, le 31 janvier 1752, dlle Marguerite Le Prestre, 24 ans, fille de Pierre Le Prestre, conseiller du roi, élu en l’élection de Coutances, et de dame Jeanne Guinette.

Il meurt d’apoplexie, en septembre 1758, à Gavray, chez Guischard, conseiller du roi, lieutenant général de police à Gavray. L’inventaire de son mobilier assez somptueux est dressé le 24 septembre, dans son hôtel de la Basse-Rue (A.D. Manche, lnv. après décès de Coutances, n° 2739). Il contient une bibliothèque et, ce qui est plus rare, des bijoux. Parmi les papiers, l’acte de vente, passé à Paris le 7 février 1733, de l’office de lieutenant général de police de Coutances, par dame Anne Radulphe de Chiffrevast à Joachim Mariette.

Son unique héritier est sa fille Anne-Françoise, fille du 1er lit, qui a épousé, le 25 octobre 1757, Gabriel Le Vallois (1736-92), alors étudiant en droit, futur lieutenant de police à Coutances, et maire de Coutances (1770-73), acquéreur du Bouillon à N.-D.de Cenilly (1765) et de la Cour de Soulles (vers 1791). Parmi leurs six enfants, citons :

1) Marie-Sophie-Michelle, mariée en 1785 à Nic.-Fr. de Tournebut, dont Auguste de Tournebut, héritier du Bouillon et de la Pagerie.
2) Marie, mariée en 1790 à Th.-Fr. Quenault de la Groudière (dont postérité subsistante).

La Pagerie, à la mort de Pierre Mariette de la Pagerie (décédé après 1725), passa à l’un de ses fils, probablement pas à Joachim (qui n’en prendra jamais le titre de sieurie), peut-être à Antoine, curé de Hambye. La propriété revint en tout cas à Anne-Françoise Mariette, fille de Joachim, Mme Gabriel Le Vallois : le 11 juin 1792 elle louait la Pagerie à Joseph Venard (inv. de ses papiers, Notariat de Coutances, n° 4508, fol. 182) ; puis à son petit-fils Auguste de Tournebut, maire de N.-D. de Cenilly.

Les aimables recherches de Mme la Secrétaire de mairie dans les documents cadastraux de Hambye permettent de connaître la succession sommaire des propriétaires :

1823 : Auguste de Tournebut, déjà cité
1832 : Mme Pigeon, de Granville
1890 : M. Alfred Pigeon-Litan, de Villedieu
1911 : M. Jules Pigeon-Litan, de St-Lô
1915 : M. Joseph Dorlhac, procureur de la République à Cambrai, héritier du précédent, qui vend La Pagerie à M. Louis Lesouef le 7 octobre 1919 (Etude G. Le Rouxel à Granville)
1921 : M. Louis Lesouef
1943 : M. Fernand Lesouef, fils du précédent
1972 : M. Daniel Lesouef, fils du précédent.

III) PERSONNAGE A MIEUX IDENTIFIER : GUILLAUME MARIETTE DE LA PAGERIE (+ 1701)

Nous croyons pouvoir identifier en un seul personnage :
G. Mariette de la Pagerie, cartographe
Guillaume Mariette, fils de Thomas M. de la Pagerie, présent à Hambye en 1676
Guillaume Mariette de la Pagerie, gouverneur des pages de la Petite écurie, mort en 1701.

Nous présentons les éléments dont nous disposons aujourd’hui sous une forme très scolaire pour en faciliter l’utilisation, dans l’espoir qu’un lecteur de ces notes pourra approfondir la question.

1) G. Mariette de la Pagerie est l’auteur d’une Carte du diocèse de Coutances (Le lieu-dit "la Pagerie" à Hambye, est mentionné sur la carte de 1689) qu’il dédie à Mgr de Loménie de Brienne, évêque de Coutances, et qu’il fait éditer, en 1669, chez I. Mariette, "A la Victoire et aux Colonnes d’Hercules", rue St-Jacques. I. Mariette est Jean Mariette, 1660-1742, graveur et imprimeur-libraire ; petit-fils de Pierre Ier Mariette, marié en 1633, remarié en 1641 avec Cath. Dubray, fille de Toussaint, marchand libraire (Doc. du Minutier central conc. les peintres (1600-50), 1969, p. 471) ; fils de Pierre II Mariette (1634-1716) ; père de Pierre-Jean Mariette (1694-1774), le plus célèbre, graveur, marchand d’estampe, collectionneur et écrivain d’art.

2) Guillaume Mariette est témoin au décès de son père Me Thomas Mariette, sr de la Pagerie, décédé à Hambye en 1676, âgé de 58 ans.
En 1758, l’inventaire après décès de son neveu présumé, Joachim Mariette, lieutenant général de police à Coutances (Notariat de Coutances, n° 2739) mentionne : "133 cartes du dioc. de Coutances, prisées 332 l. 10 sols" ; et "4 cartes de cuivre rouge gravé pour faire des cartes du diocèse de Coutances dans une caisse de sap., prisé et estimé à la somme de 25 livres".

3) Guillaume Mariette de la Pagerie, gouverneur des pages du roi (... 1696- + 1701)
a) "Gouverneur des pages du Roi en sa Petite écurie" - Armorial de 1696 (Meurgey de Tupigny, t.3, p. 385) : d’azur à la croix recroisetée d’or éc. d’arg. à la bande de gu., acc. de 2 mouchetures d’herm. de sable, l’une en chef, l’autre en pointe. Le même Armorial (même page) signale un individu, inconnu par ailleurs : Alexandre Mariette, sr de Grandchamp, gouverneur des pages de Madame (d’or au chev. d’azur acc. de 3 chardons de sinople, 2 en chef et l’autre en pointe).
b) “Gouverneur des pages du roy, décédé en son appartement à la Petite Ecurie", inhumé le 15 nov. 1701 à St-Germain-l’Auxerrois, sa paroisse (Lettre de part ; A.D. Manche).
c) Nous n’avons pu consulter Gaston de Carné, Les Pages des écuries du roi, l’école des pages, Nantes, In-18, XI-210 p.
d) Le Notariat de Hambye, déposé en 1921, contenait des actes de Michel Mareschal, ébéniste de la Chambre du roi et maître tourneur à Paris, qui a probablement sculpté vers la fin du XVIIe s. le beau maître-autel de l’église de Hambye (Rapport de l’archiviste, 1922, p. 157).
Ce Michel Maréchal, ébéniste du roi, époux d’Anne Fortier, mourut à Hambye le 13 avril 1704, à l’âge de 79 ans, en présence de Guy Maréchal, vicaire. Un homonyme, Michel-Jacques Mareschal, "mestre ébéniste de la Chambre du roy", marié à Françoise Sevaux, est mentionné le 26 avril 1694.

A noter qu’au moins 6 Mariette ont été curés de Hambye de... 1676 b 1756.

L’émigration des Hambions vers la Cour (Mariette, Maréchal, Beaufils de Romainville) était donc un phénomène assez sensible.

IV) LES MARIETTE DE PARIS, GRAVEURS ET AMATEURS D’ART, SONT-ILS ORIGINAIRES DE HAMBYE ?

La question mérite d’être posée. La réponse ne peut vraisemblablement trouver sa solution qu’au minutier des Archives nationales.

Le seul lien positif entre les Mariette de Paris et ceux de Hambye est le fait qu’en 1689 G. Mariette de la Pagerie (de Hambye) ait fait éditer sa carte du diocèse de Coutances, chez Jean Mariette (1660-1742), graveur et imprimeur-libraire, rue St-Jacques. Une coïncidence reste possible, bien qu’on songe immédiatement à un lointain cousinage possible avec des Mariette établis à Paris dès le début du XVIIe siècle.

L’armature généalogique des célèbres Mariette parisiens se présente ainsi :

I) Pierre Ier Mariette, libraire, armateur et marchand d’estampes, à l’enseigne "A l’Espérance" ; marié en 1633 ; remarié en 1641 avec Catherine Dubray, fille de Toussaint, marchand-libraire (Doc. du minutier central conc. les peintres (1600-50), 1969, p, 471) ; mort soit le 18 déc. 1657 (pour Hoefer), soit en 1678 (pour Duchartre, L’imagerie parisienne, 1944, p. 227). Dont 16 enfants, parmi lesquels :

1) Pierre II, qui suit
2) (filiation supposée) Claude-Augustin, graveur
3) Denis, libraire, + en 1641

II) Pierre II Mariette (1634-1716), marié en 1655 avec la veuve de François Langlois, dit Ciartres ou Chartres, éditeur d’estampes (+ 1647), dont il reprend la boutique "Aux Colonnes d’Hercule". Il a 4 enfants de sa première femme (+ vers 1662). Il se remarie, et s’installe alors dans la boutique de son père "A l’Espérance". Parmi ses enfants :
1) Pierre-Joseph, installé à la boutique "A l’Espérance"
2) Jean, qui suit.

III) Jean Mariette, graveur et imprimeur-libraire (1660-1742), installé à l’enseigne "Aux Colonnes d’Hercule". Artiste très fécond, Il étudia la peinture sous la direction de son beau-frère J.-B. Corneille, mais, sur le conseil de Le Brun, se consacra à la gravure (860 pièces). Faisant un commerce considérable d’estampes, il était en relations suivies avec les artistes et les amateurs de son temps. On lui doit le frontispice du Dictionnaire de l’Académie française, 1ère édition (1694). Il épousa Claude-Geneviève Coignard, dont :

IV) Pierre-Jean Mariette (1694-1774), le plus célèbre de la famille. Graveur, marchand d’estampes, collectionneur et écrivain d’art très érudit, il visita les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. Il resta en relations épistolaires avec de nombreux amateurs français et étrangers. J. Dumesnil lui consacre la majeure partie de son Histoire des plus célèbres amateurs (1656). Il fait de lui cet éloge : "Il fut ami fidèle et désintéressé, sans ambition et sans envie, sévère dans ses moeurs au milieu de la société la plus corrompue, indulgent pour les autres, pratiquant la religion sans fausse honte et la charité sans ostentation... n’ayant vécu que pour sa famille, pour les pauvres et pour l’Art. L’amour des belles choses élève l’âme, c’est l’excuse des collectionneurs".
Il s’était marié par contrat de 1722 avec Angélique-Catherine Doyen, fille de Louis, notaire au Châtelet (Doc. du minutier central conc. l’histoire de l’art (1700-50), 1964, p.195).
Faut-il préciser que sur ces Mariette parisiens notre documentation disparate omet des ouvrages fondamentaux ? Nous accueillerons avec reconnaissance toutes informations de la part des adhérents qui peuvent accéder aux bibliothèques parisiennes.

V) NOTULE ARCHEOLOGIQUE SUR LA PAGERIE

La ferme comprend la maison manable, d’importants communs anciens, et une ancienne chapelle (transformée en fagotier), petit bâtiment carré, couvert d’un toit à 4 pans avec coyaux.

La façade de la maison manable nous paraît un rhabillage de l’extrême fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle (malgré la présence d’une souche de cheminée, caractéristique du style Louis XIII par sa section presque carrée et sa corniche à modillions) : l’absence totale de relief (aucun élément en décrochement) et la régularité trop géométrique des pierres de taille ne permettent pas d’y voir une œuvre contemporaine de la cheminée (1657).

Cette façade, dont l’appareillage est à la limite d’une certaine sécheresse, a cependant d’indéniables qualités :
la perfection de la taille des pierres d’angle (pignons et jambages), avec la disposition en harpe "renforcée" qu’affectionne le Sud de la Manche, spécialement dans la construction des clochers
la composition très étudiée d’une symétrie rigoureuse (cinq fenêtres disposées autour d’une porte centrale à imposte)
le renforcement des lignes verticales reliant le sol à la toiture
l’alternance des pierres ferrugineuses et du granit aboutissant à un damier de couleur (encadrement des baies, souche de cheminée)
tout cela ne manque pas d’un certain charme.

L’intérêt de la Pagerie réside surtout dans son intérieur :
au centre, un escalier de pierre, d’une largeur exceptionnelle, accédant d’une seule volée au 1er étage ; d’une manière assez originale, le voûtement est assuré par des planches de bois à deux niveaux, venant butter sur des poutres sculptées
à gauche, une large cheminée basse, en granit, décorée d’une coquille assez fruste. Les jambages, de granit, sont composés de courts éléments sculptés, plus ou moins hétéroclites. On notera, en particulier, dans le piédroit de gauche des éléments évoquant, avec plus ou moins de fidélité, un carreau, un pique et un cœur (?). Probablement s’agit-il de pierres de remploi soutenant un manteau début XVIIIe siècle.
à droite, une cheminée à hotte monumentale, en granit, aux motifs puissants caractéristiques du règne de Louis XIII (mollets d’abbé, corbeaux, double corniche à modillions, moulurations diverses). Au centre du manteau, un élément décoratif en granit supporte une date et cinq lettres : "1657, F.F.P.T.M.". Le troisième chiffre de la date peut donner l’impression d’être un 8 ; à la photographie, la lecture est indubitablement un 5. "F.F.P.T.M." signifie : "Fait faire par Thomas Mariette" ; le propriétaire est mort en 1676.

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Notes

[1] OCR et mise en page par Daniel Chaumont et jcd