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Pont-de-l’Arche (27)


Histoire

Création de la ville : raisons militaires

La ville a été créée après la construction de fortifications militaires sur le territoire du village des Dans en amont [attesté au XIe siècle sous les formes : Archas que dicitur : Asdans ; in portu Dancs ; Hasdans. XIIe siècle : Asdans qui lors Arches appelée (Wace). Aujourd’hui Les Damps, c’est-à-dire « les Danois »[1], alors que l’abbaye Notre-Dame de Bonport a été construite au lieu appelé Maresdans, « la mare aux Dans » en aval. Un pont de bois fut jeté sur la Seine et sur l’Eure, à partir de 862, et protégé par deux forts, de part et d’autre. Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne de Charles II, dit Charles le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 869, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés.

Ils servirent notamment en 885 lors d’une offensive générale des Vikings, ayant pour but le siège de Paris. Le pont « de l’Arche » (c’est-à-dire « de la forteresse ») servit à retarder l’avancée de ces Nortmanni. Ceux-ci mirent quatre mois à gagner Paris depuis l’embouchure de la Seine. Cependant, les rois des Francs peinaient à mobiliser pleinement les troupes de leurs vassaux. Ainsi le fort de Pont-de-l’Arche a très certainement manqué d’hommes de garnison : Guillaume Caillou, plus connu sous le nom de Guillaume de Jumièges, dit Calculus[2], moine qui tint les chroniques de l’abbaye de Jumièges, rappela, un siècle et demi plus tard, avec de nombreuses imprécisions, que des renforts francs vinrent aux Damps pour renforcer la garnison du pont de l’Arche. En vain, donc.

La paroisse de Pont-de-l’Arche (curieusement dénommée « de l’Arche », au lieu de « de l’Arque » sous sa forme normande comme on devrait s’y attendre au nord de la ligne Joret. Cf. Arques-la-Bataille) apparaît dans une charte de Richard II, duc de Normandie qui accorda en 1020 de nombreux droits spirituels mais surtout financiers (notamment sur le trafic fluvial) à l’abbaye de Jumièges.

La ville semble s’être développée autour du pont fortifié, ouvrage nécessitant le halage des bateaux et offrant la possibilité de percevoir des droits de passage.

Développement d’une place forte : l’enjeu de la lutte entre les rois d’Angleterre et de France

Pont-de-l’Arche apparaît ensuite bien plus clairement dans les archives lors des luttes entre Richard Cœur de Lion, duc de Normandie et roi d’Angleterre, et Philippe II, dit Philippe Auguste, roi de France. Richard Cœur de Lion fit rénover le pont de la ville et donna les moyens nécessaires à la fondation de l’abbaye Notre-Dame de Bonport (à deux kilomètres en aval de Pont-de-l’Arche) peu de temps avant de faire bâtir le Château-Gaillard. Dans les luttes entre les deux monarques, le château du Vaudreuil fut rasé ce qui, lorsque le roi de France reprit possession de la Normandie, facilita le choix de Pont-de-l’Arche comme chef-lieu militaire local. En effet, Philippe Auguste fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il fit fortifier la ville par des remparts en pierre de taille de Vernon encore visibles de nos jours. Il en fit de même pour le Fort de Limaie, situé de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait l’accès, telle une barbacane. Ce fort était doté d’une tour philipienne qui constituait un observatoire idéal sur la circulation fluviale et le halage des bateaux. Les atouts géographiques, alliés aux atouts militaires, firent que la ville devint le siège d’un bailliage secondaire de Rouen. La date de cet établissement nous échappe.

Rôle de Pont-de-l’Arche dans la maîtrise territoriale et la police intérieure

L’assise militaire présentait de nombreux avantages, tant pour la maîtrise territoriale face aux éventuels envahisseurs que pour la police intérieure au royaume. Pont-de-l’Arche permettait la maîtrise de la circulation fluviale et, donc, l’approvisionnement de Rouen, ville qui pouvait tomber entre des mains ennemies. C’est pourquoi elle fut un enjeu lors des combats qui opposèrent les rois d’Angleterre aux rois de France durant la guerre de Cent Ans. Ainsi Henri V, roi d’Angleterre, se rendit maître de Pont-de-l’Arche en 1418. La ville connut ainsi une occupation anglaise jusqu’en 1449. En 1346, Édouard III ne put prendre Pont-de-l’Arche et poursuivit sa chevauchée vers Mantes. Qui plus est, la ville offrait une base arrière idéale en vue d’une attaque de la capitale haut normande :

  • dans le cadre de la lutte contre la Ligue du Bien public, en 1466 Louis XI établit un vaste camp dans la vallée située entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre et ce après avoir repris le fort de Limaie qui était tombé entre les mains des nobles de Louviers, ligueurs. Ce camp aurait accueilli une armée de près de trente mille hommes afin de reprendre Rouen puis toute la Normandie. C’est ici que furent créées les célèbres « bandes de Picardie » qui ont donné naissance au 1er régiment d’infanterie de ligne de l’armée française, ancêtres de l’infanterie française.
  • en 1589, les troupes d’Henri IV, qui assiégeaient Rouen, étaient ravitaillées depuis Pont-de-l’Arche. Le gouverneur de la ville, Le Blanc du Rollet avait, parmi les premiers, ouvert les portes de la ville à Henri IV, roi contesté. Ce monarque avait, en remerciement, gratifié les armes de la ville des trois fleurs de lys royales. Bastille excentrée de Rouen, Pont-de-l’Arche était une base de repli en cas de révolte du peuple normand. C’était une place de sûreté dans la mesure où il n’y avait pas assez d’habitants ici pour impulser une révolte dépassant les forces de police locales. De plus, maîtriser la ville ne suffisait pas : il fallait encore prendre d’assaut le fort de Limaie, de l’autre côté de la Seine. Pont-de-l’Arche était donc, pour des raisons de police intérieure, de maîtrise du territoire en cas de guerre, une place stratégique :
  • c’est ainsi que, dans le cadre des guerres de religions, des protestants rouennais assiégèrent la ville, en 1562, avec six pièces d’artillerie en espérant y faire un butin. Ils s’en prirent directement au pouvoir royal, mais en vain car la ville était restée fidèlement catholique.
  • en 1650, la Fronde renversa l’utilité des fortifications de la ville : Le duc de Longueville utilisa la garnison et le château contre le pouvoir royal. Le comte d’Harcourt, qui protégeait le voyage du monarque en Normandie, reçut l’ordre d’investir la place. Il vint camper auprès de ses murs avec l’aide des habitants qui avaient pointé trois canons contre le château, de l’autre côté de la Seine. Le duc de Longueville se servit de cette place forte comme un argument supplémentaire pour négocier la paix avec le roi. Les remparts de Pont-de-l’Arche, encore visibles de nos jours, étaient devenus une arme pour d’éventuels insurgés. Le parlement de Normandie et le peuple de Rouen demandèrent à plusieurs reprises le démantèlement de ceux-ci. Cependant, les nobles qui percevaient des droits sur la ville négocièrent le maintien des fortifications. Elles ne tombèrent en désuétude qu’à la fin du XVIIIe siècle.

Pont-de-l’Arche et la convoitise des privilèges royaux sous l’Ancien Régime

Les ambitions n’étaient pas rares qui regardaient Pont-de-l’Arche avec intérêt. La ville comptait de nombreuses charges qui attiraient les convoitises :

  • La charge de gouverneur de la ville (police militaire locale) : les plus grands nobles qui obtinrent du roi les droits de gouverneur de la ville furent Concini, allié de Marie de Médicis, Charles d’Albert, duc de Luynes, Jean-Baptiste d’Ornano, Richelieu.
  • 4 tribunaux : le tribunal de première instance (le bailliage), la perception de la taille (le tabellionage), le grenier à sel (sa vente était un monopole d’État) et l’administration des Eaux et forêts. Ces tribunaux attirèrent de nombreux officiers royaux dans la ville ;
  • Les droits mineurs (droits de passage sur le pont, droit de halle, droit d’octroi…). Il résultait de ces charges un déséquilibre : outre une fabrique de drap qui ne dura qu’un temps, la ville de Pont-de-l’Arche ne connaissait aucune industrie qui nourrît les 1700 habitants que comptait la cité à la veille de la Révolution française. Elle n’en était pas moins le chef-lieu de l’administration locale.

La Révolution française et l’Empire ou la fin des privilèges

La Révolution française remit les pendules l’heure en faisant de Louviers le chef-lieu de l’administration locale : le rôle militaire de Pont-de-l’Arche avait cédé depuis longtemps le pas aux gains issus de l’industrie manufacturière de Louviers, ville bien plus peuplée. En 1790, Elbeuf ne fut pas compris dans le nouveau département de l’Eure à cause du refus de Louviers de cohabiter avec son concurrent drapier. Ces deux villes locales purent donc toutes les deux devenir des chef-lieux de circonscription. Hormis un juge de paix et une municipalité, Pont-de-l’Arche perdit toute fonction administrative. Durant la Révolution, les nouvelles municipalités archépontaines connurent les mêmes disputes que celles qui déchiraient les nobles d’avant la révolution. Néanmoins, celles-ci étaient publiques. Après 1792, les républicains avancés prirent le dessus de la politique locale. Alexandre de la Folie fut maire de Criquebeuf et devint propriétaire de l’ancienne Abbaye Notre-Dame de Bonport. Il fut déchu suite au 9 Thermidor, date de la Chute de Robespierre (1794). Les principaux problèmes que connut la ville durant cette période concernent les altercations entre les régiments de l’armée révolutionnaire et les habitants les plus attachés au culte catholique. Ils concernent aussi, et surtout, la famine. Celle-ci était aussi atroce que partout ailleurs à cela près que les habitants de la ville, depuis de longs siècles, aidaient les bateaux à franchir le pont qui barrait la Seine. Ils tiraient donc les bateaux de blé destinés à la population de Paris mais le ventre vide ! sans même pouvoir manger de quoi refaire leurs forces. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent de travailler et qu’ils prirent du blé dont étaient chargés les bateaux… avant que l’armée ne les réprime. Napoléon Bonaparte, qui passa deux fois par Pont-de-l’Arche, comprit ce danger pour la police intérieure et fit bâtir une écluse, inaugurée en 1813. Celle-ci permettait de se dispenser de la main d’œuvre locale tout en faisant acheminer le pain qui apaisait le peuple et évitait ainsi d’éventuels mouvements insurrectionnels parisiens. Rappelons que le peuple en armes avait fait changer le cours de la Révolution à plusieurs reprises déjà (la déchéance du roi, la répression des girondins…). Le début du XIXe siècle fut une période de misère pour la ville. Il n’y a guère d’événements si ce n’est l’occupation prussienne en 1815, la présence de la Franc-maçonnerie et la création de la gare d’Alizay-Pont-de-l’Arche en 1843.

La révolution industrielle : l’industrie du chausson et de la chaussure La révolution industrielle a touché le pays : l’industrie du chausson s’est développée qui a apporté un travail très faiblement rémunéré aux habitants de la proche région. Les chaussons, d’abord réalisés dans les foyers des ouvriers, furent ensuite fabriqués dans des usines construites dans les ruelles médiévales de la ville à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. La première raison sociale date de 1833 et fut déposée par Antoine Ouin, cordonnier, dont l’entreprise devint Marco. Les premières chaussures furent montées à partir de 1899 grâce à une forte mécanisation qui toucha tout d’abord la manufacture Henry et Albert Prieur. L’industrie de la chaussure se propagea et, dans l’entre deux guerres, une vingtaine d’usines existaient qui employaient plusieurs milliers de personnes. Plus de 50 entreprises se sont succédé dans ce secteur à Pont-de-l’Arche et Saint-Pierre-du-Vauvray (entreprise Labelle). La concurrence étrangères frappa les entreprises de la ville qui fermèrent après la Libération hormis Marco qui subsiste jusqu’à nos jours.

Guerre et destructions

La ville connut l’occupation prussienne en 1870 à cause de son pont, qui faillit être dynamité. Elle accueillit un camp de l’armée anglaise entre 1915 et 1920. Elle connut les combats entre les panzers de Rommel et les armées française et anglaise en 1940. Ses ponts furent une des principales cibles locales des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois les bombardements n’ont pas fait disparaître le patrimoine architectural de la ville : l’église gothique du XVIe siècle, les maisons bâties selon la technique du pan de bois de la fin du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, le bailliage du XVIIIe siècle principalement, la maison du gouverneur (XVe siècle ?), les remparts (XIIIe siècle), le manoir de Manon…

Personnalités

Le dernier des ponts de la ville fut inauguré en 1955 par Pierre Mendès France qui était alors président du Conseil des ministres mais aussi conseiller général du Canton de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche a aussi accueilli des personnalités lettrées : Octave Mirbeau, écrivain, Jules Massenet, compositeur, Jacques Henri Lartigue, photographe. Mais la plus grande gloire de la cité est Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant du pays, qui était archéologue, artiste dessinateur, nouvelliste... Cet homme participa au lancement de l’étude du patrimoine médiéval normand. Il fut le premier instigateur du musée des antiquités de Rouen et fut aussi professeur à l’école des beaux-arts. De nombreuses amitiés culturelles se mobilisèrent pour honorer sa mémoire et financèrent un buste (disparu) et un médaillon à Pont-de-l’Arche. Les élus de Pont-de-l’Arche donnèrent son nom à la principale place de la cité.

Croissance démographique et développement des services publics depuis 1945

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la ville connaît une très grande croissance démographique suite aux nombreux projets immobiliers qui accueillent une population désireuse de vivre dans un cadre de vie agréable. Située entre l’Eure, la Seine et la forêt de Bord, la ville de Pont-de-l’Arche est très proche des bassins d’emplois que sont Rouen, Val-de-Reuil et Paris, facilement accessibles depuis la construction de l’A 13 en 1967. Les municipalités, généralement situées à gauche de l’échiquier politique, ont donc depuis accompagné le développement des services publics définis par l’État en faisant face, de plus, à la croissance démographique propre à la ville (écoles, crèches, infrastructures sportives, voirie). Pont-de-l’Arche compte aujourd’hui plus de 4200 habitants. La ville fait partie, depuis 2001, de la Communauté d’agglomération Seine-Eure, qui réunit les municipalités des régions de Louviers et de Val-de-Reuil.

Personnalités liées à la commune

  • Pierre Mendès France fut député de la circonscription de Louviers (1932-1940 et 1946-1958) ainsi que Conseiller général du canton (1937-1940 et 1945-1958).
  • Octave Mirbeau a habité une location située sur la commune voisine des Damps de 1888 à 1892 et c’est dans la région de Pont-de-l’Arche qu’il a situé deux de ses romans, Dans le ciel et Le Journal d’une femme de chambre. Il a pu observer la détresse dans laquelle vivaient les ouvriers chaussonniers de Pont-de-l’Arche. Cette détresse était d’autant plus forte, en ces temps, que la ville fut frappée durant trois ans par une épidémie d’influenza. Les chaussonniers ne pouvant travailler, ils étaient réduits à demander leur pain au Bureau de Bienfaisance de la ville. Or, comme celui-ci manqua vite de ressources, le maire fit une demande d’aide exceptionnelle en préfecture. Octave Mirbeau l’appuya mais en vain. C’est pourquoi l’écrivain, qui fourbissait alors ses premières armes anarchistes, écrivit la nouvelle Les abandonnés, publiée dans le Figaro, qui est une charge contre le gouvernement républicain opportuniste de Sadi Carnot. Par ailleurs, Octave Mirbeau trouvait aux Damps et à Pont-de-l’Arche de quoi satisfaire son plaisir de la balade dans de charmants décors naturels
  • Jules Massenet a habité Pont-de-l’Arche.
  • Jacques Henri Lartigue a habité Pont-de-l’Arche.
  • Eustache-Hyacinthe Langlois

    source wiki

  • voir aussi : Brève histoire de Pont de l’arche

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