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Le Rozel - Notes historiques et archéologiques


Il est parlé d’un Hugues du Rozel dans une charte de Guillaume-le-Conquérant, rendue, en 1077, en faveur de l’abbaye de St.-Étienne de Caen [1]. En 1082, ce même Hugues fait en ces termes une donation à ladite abbaye : "Ego Hugo de Rozel trado cœnobio B. Stephani terras de Grainvilla [2]."

Le Livre noir, au f°. 224, signale un Patrice du Rozel qui tient de Roger Baron un fief dans le Nottingham, à la condition de fournir un soldat armé au roi d’Angleterre.

Le Cartulaire de St.-Sauveur, au f° 13, mentionne un Robert du Rozel ; Adivise, sa femme ; Raoul et Malvesin, leurs enfants, qui rendent un acte, en présence de Roger le Vicomte, à une date qui peut être reportée au commencement du XIe siècle.

Les chartes de l’abbaye de Blanchelande n’indiquent pas encore aux années 1154 et 1157 les dîmes de Rozel qui, ainsi que nous le verrons ci-après, appartinrent dans la suite à ce monastère.

Par accord fait, en 1207, entre le Chapitre de Coutances et l’abbé du Vœu de Cherbourg, il fut convenu que les fruits des églises du Rozel, de Gatteville et de Barfleur seraient partagés entre les contractants, qui feraient leur possible pour se défendre mutuellement [3].

Le Livre des fiefs de Philippe-Auguste, au f° 2, parle d’un Robert de Malvesin, qui tient au Rozel un demi-fief à charge de service. Ledit Robert donne au Chapitre de Coutances un quartier de froment de rente à prendre au Rozel sur Guillaume de Cléville, fils Anquetil.

Le Cartulaire de Saint-Sauveur mentionne, au f° 63, sans date, un Guillaume de Malvesin, qui donne à l’abbaye de ce lieu une mine de froment de rente à prendre sur son fief de Vaindil au Rozel. Plus tard, cette donation fut confirmée par Hugues de La Haye et par Luce, sa femme, héritière dudit Malvesin.

En 1222, Luce du Rozel, veuve de Hugues de La Haye, chevalier, donne à l’église de Coutances six quartiers de froment à prendre sur son moulin du Rozel [4].

Parmi les écuyers et chevaliers qui reçurent l’ordre de se trouver à Saint-Germain-en-Laye, en 1236, pour le service du roi, sont mentionnés Guillaume et Raoul de Malvesin ; mais leur résidence n’est pas indiquée [5]. Guillaume de Malvesin figure dans ce ban en 1242. A peu près dans le même temps, Raoul, son frère, se trouve au nombre des chevaliers normands qui comparaissent à Chinon [6].

En 1238, Eustache, évêque de Coutances, confirme aux religieux de Blanchelande les portions de dîmes du Rozel qui avaient été concédées par Vivien [7].

En 1260, accord est passé entre l’abbé du Vœu de Cherbourg et le Chapitre de Coutances pour le patronage alternatif du Rozel [8]. En 1270, le curé, nommé Sanson, est installé par ce Chapitre.

Laroque, à la page 49 de l’Arrière-Ban, année 1271, parle de Mathieu du Rozel, chevalier de la baillie de Coustantin, qui fait sa part du service de Guillaume de Vernon, son suzerain.

En 1280, à la fête de saint Clément, le Chapitre de Coutances mande au doyen des Pieux d’installer Pierre, fils de Richard Pernelle, en la cure du Rozel, vacante par le décès de Robert de Héauville.

En 1383, Eustache, évêque de Coutances, confirme à l’abbaye de Blanchelande des dîmes au Rozel [9].

Le Cartulaire de Saint-Sauveur fait mention d’un Richard de Pierreville présenté à la cure du Rozel, en 1288, par le Chapitre de Coutances, et, en 1292, par Johanna, femme de Monseignor Robert Rosel.

Par acte passé en mars 1293, Robert Bertran, baron de Bricquebec, donne à l’abbaye du Vœu jouxte Cherbourg le patronage de l’église Saint-Pierre du Rozel avec les droitures et appartenances [10]. Ledit baron donne, en même temps, à cette abbaye les patronages du Mesnil-au-Val et de Hardinvast.

Vers la même époque, Jourdain de Barneville donne à ladite abbaye l’église de Saint-Pierre du Rozel (ecclesiam sancti Petri de Rosello), et le prieuré de la Taille [11].

Roissy, dans son Armorial, mentionne dans la vicomté de Valognes, à l’année 1598, une famille du Rozel, qui portait d’argent à la fleur de lis de sable accompagnée de trois rameaux de sinople.

L’aveu rendu à Louis XV, en 1723, par M. de Matignon, au sujet de sa baronnie de Bricquebec, déclare que les barons de ce lieu ont donné et aumôné à l’abbaye du Vœu de Cherbourg les églises et presbytères du Rozel, de St.-Paul des Sablons et de Vasteville.

Les états de la même baronnie pour les années 1723 et 1787 indiquent que le Rozel était un fief tenu de Bricquebec par "moitié de haubert". Il appartenait alors à la famille de Hennot et passa ensuite par mariage dans celle de Bignon.

En 1839, on découvrit, en exécutant des terrassements sur la ferme de Becdoisel, douze disques romains en marbre.

Dans le cimetière on remarque un tombeau en granit qui, par sa forme, rappelle celui de Châteaubriand. Ce tombeau porte l’inscription funéraire de M. Armand-Jérôme Bignon, né en 1767, mort en 1847.

Au chevet de l’église on lit : "Cette sacristie a été faite bâtir par M. Jean-Charles Vaultier, sieur du Vivier, curé du lieu, en l’an 1763 ; Jacques Vilot étant trésorier en charge."

L’église du Rozel est petite et n’a qu’une simple campanille, mais elle possède sept tableaux dont trois sont fort remarquables. Au premier coup d’œil, on reconnaît que ces trois tableaux appartiennent à l’école de Rubens.

Celui qui se présente tout d’abord aux regards lorsqu’on entre dans l’église, haut de 1 mètre 50 centimètres et long de 2 mètres 50 centimètres, retrace la scène qui suivit la décollation de saint Jean-Baptiste. Cette scène se passe à Jérusalem dans le palais d’Hérode-Antipas, tétrarque de Galilée pour les Romains. Hérode, coiffé d’un bonnet à calotte rouge et à bandeau de fourrure, porte une ample robe de velours gris à pèlerine d’hermine, que couvre à moitié une riche pelisse de cette même fourrure. Une massive chaîne d’or pend à son cou, et une cordelière à larges torons suspend à son côté un sabre arabe incrusté de pierreries. Des brodequins en maroquin orange à bordure de pourpre défendent ses jambes, dont les genoux sont nus. Le tétrarque est assis au haut bout d’une table de banquet ; sa main droite, passée dans sa barbe brune et touffue, soutient sa belle tête. Sa femme Hérodiade est assise à sa droite, sous un dais de velours vert à franges d’or. Elle est coiffée de cette toque de velours noir qu’on retrouve dans tous les tableaux de Rubens, et elle porte la robe de satin orange qui était adoptée, au XVIIe siècle, par toutes les dames des grandes maisons des Pays-Bas. L’éclatante blancheur de son cou, qui n’a rien de galiléen, mais qui rappelle les beaux types flamands, est rehaussée par un petit collier et par une rivière de grosses perles et de pierres précieuses qui voilent à demi son sein. En face du tétrarque s’avance Salomé, fille de sa femme. Elle est vêtue d’une robe écarlate brodée d’or. Sa pose est majestueuse, et sa jolie tête blonde se penche capricieusement vers Hérode avec un voluptueux sourire. Elle lui présente un plat d’argent qu’elle découvre, et qui contient la tête livide de Jean-Baptiste. Parmi les personnages accessoires on remarque, derrière Salomé, un nain, la rapière au côté, ayant un tambour de basque et éloignant avec une baguette un lévrier aussi haut que lui. Au bas de la table est assis un vieillard qui, tout surpris de la scène à laquelle il assiste, tient élevée, sans la porter à ses lèvres, la coupe d’un vin à la fois limpide et richement coloré qu’il se disposait à vider. Auprès de lui est une matrone qui paraît partager sa surprise. Le fond du tableau est occupé par le personnel de service dans la salle du banquet, où tout retrace, non l’ordonnance des palais de l’empire romain, mais celle des châteaux des Pays-Bas ou d’Espagne au temps de Rubens. Deux valets apportent, l’un un paon rôti auquel on a restitué son brillant plumage ; l’autre, qui est africain, une corbeille de fruits. Derrière Hérodiade se tiennent deux soldats romains, et une camériste prête à lui donner une assiette d’argent. La table, vide de plats, attend un nouveau service, et ne laisse voir qu’un homard à l’une de ses extrémités.

En face de la toile que nous venons de décrire, on en remarque une autre, qui présente une hauteur de 2 mètres 50 centimètres sur 1 mètre 60 centimètres de largeur. On y voit, au premier plan, un évêque renversé sur le sol ; sa mitre et sa crosse sont tombées près de lui. Un bourreau l’a saisi et lui a coupé la langue ; le sang coule sur la barbe blanche du prélat. Un autre bourreau tient cette langue avec une tenaille et la jette à un chien. Au second plan, on aperçoit la rude figure d’un cavalier romain, dont le cheval se cabre malgré les efforts d’un soldat qui cherche à le maintenir. Au ciel se déploie une troupe d’anges apportant au saint martyr la palme qui lui est due. Dans le lointain se découvre un paysage montagneux. On reconnaît dans cette belle peinture la fin glorieuse de saint Liévin, patron de Gand, irlandais de naissance. Il venait d’être élevé à l’épiscopat dans son pays, lorsque, pressé par son zèle, il quitta son siège pour travailler à la conversion des payens. S’étant rendu en Flandre en 655, il fut honorablement reçu à Gand par saint Florbert, abbé du monastère de St.-Pierre, que l’illustre saint Amand avait fondé dans celte ville naissante. Liévin prêchait l’évangile dans les environs d’Alost, et sa parole éloquente opérait de nombreuses conversions parmi les populations de cette contrée où régnait un culte barbare, mélange grossier du paganisme romain et des superstitions germaniques ; lorsque, par ordre du proconsul, il fut saisi à Esschen, et subit, le 12 novembre 657, pour être puni de son éloquence même, le supplice que le tableau retrace. Ses reliques furent transférées, en 1007, par Erembold, abbé de St.-Bavon, dans la ville de Gand, où sa fête est célébrée le 12 novembre [12]. Cette toile est une copie du magnifique tableau de Rubens qui existe au musée de Bruxelles, et qui a été gravé, au temps de ce grand maître, par Bolsmert et P. Pontius [13].

Dans le chœur, un autre tableau du même style, ayant les mêmes dimensions que le premier, représente l’adoration des Mages. Au seuil d’une étable en ruines, une vierge blonde et fraîche, vêtue d’une robe écarlate dont la partie inférieure disparaît dans un manteau gris, tient, debout sur ses genoux, l’enfant Jésus potelé et souriant. Auprès d’eux est saint Joseph, à la barbe argentée, enveloppé dans un manteau gris qu’il ramène sur sa poitrine. Deux mages, à têtes nues, sont prosternés aux pieds du divin enfant : l’un, qui lui présente une coupe d’or, est drapé dans un manteau orange et blanc, rehaussé d’or ; l’autre est vêtu d’une sorte de damaltique de pourpre, dont la queue traînante est portée par un petit page à pourpoint espagnol et à fraise. Le troisième mage, dont le visage africain est ombragé d’un épais turban, est resté debout, et semble exprimer des actions de grâces. Les gens de la suite des mages se groupent au deuxième plan.

Les trois tableaux décrits ci-dessus et plusieurs autres ont été donnés à l’église du Rozel au commencement de ce siècle, et viennent d’Anvers, où le donateur (père du rédacteur de ces notes) servait alors, comme commissaire principal de la marine française. Ce don avait été fait à l’église du Rozel en considération de son curé, M. Vaultier-Desaulnais. Ces tableaux sont travaillés sourdement par l’humidité des murs de cette petite église, et il serait à désirer qu’on prît des mesures pour les préserver de cette cause de destruction.

On remarquait autrefois parmi les notables habitants du Rozel les lords Russel, plus tard ducs de Bedfort ; les maisons Girot des Moustiers (1464), de Hennot et Blondel (1666), et la famille Bignon à laquelle appartinrent le vertueux Jérôme Bignon, avocat général au parlement de Paris (1626), qui portait d’azur à la croix de calvaire d’argent cantonnée de quatre flammes de même et accolée d’un cep de vigne de sinople, et l’abbé Terray, intendant général des bâtiments sous Louis XV.

Source :

Notes

[1] Gallia Christiana, t. XI, Instrumenta, col. 67

[2] Ibid., col. 74

[3] Toustain de Billy, Histoire des évêques de Coutances, f° 207

[4] Id., Histoire ecclésiastique, f° 236

[5] Laroque, Arrière-Ban, rôles 20 et 21

[6] Id., Ibid., p. 29

[7] Toustain de Billy, Histoire des évêques de Coutances, f°. 312

[8] Id., Ibid., f° 289

[9] Gallia christiana, I. XI, col. 882

[10] Toustain de Billy, Histoire des évoques de Coutances, f° 324

[11] Archives de l’Empire, carton de la Taille, n° 307

[12] Félix Bogaerts, Histoire du culte des saints en Belgique dans les Œuvres complètes de cet auteur, grand in-8*., Anvers 1850, p. 368, col. 2 : Juste et Caillau, Histoire de la vie des saints, t. IV, p. 257

[13] Lettre de M. Félix Bogaerts à l’auteur, en date d’Anvers du 2 juillet 1850